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Full text of "Le catéchisme romain : ou, L'enseignement de la doctrine chrétienne; explication nouvelle"

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Digitized by the Internet Archive 
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LE CATÉCHISME 

ROMAIN 

ou L'ENSEIGNEMENT DE 

Doctrine Chré 



EXPLICATION NO 



PAR 

Georges BAREILL'E 

Docteur en théologie et en droit canonique 
Chanoine de Toulouse 




Instaurare omnia in Christo. 
Tout restaurer dans le Christ. 
Eph., I. 10. 



TOME HUITIÈME 

QUATRIÈME PARTIE 

Dimanches et Fêtes 

II 



(^\Am/^\') 



MONTREJEAU 

(Haute-Garonne) 



J.-M. SOUBIRON 

Éditeur 



Librairie Nouvelle du Sacré-Cœur 

J. CARDEILHAC 



Libraire-Editeur 
Droit* d« reprodnetiea et «(• trtductioB réserves 



LE 

Catéchisme Romain 

ou L'ENSEIGNEMENT DE LA 

Doctrine Chrétienne 



NIHIL. OBSTAT 

TolosŒf die 2^ Julii 191^ 
J. Baylac, 

Can. Censor. 



IMPRIMATUR 

Tolosœ, die 16'' julii 1913. 

f AUGUSTINUS, 

Arch. Tolosanus. 



L'éditeur se réserve tous les droits de reproduction 
et de traduction 



Ce volume a été déposé conformément aux lois 
en juillet 19 13 



LE CATECHISME 

ROMAIN 

ou L'ENSEIGNEMENT DE LA 

Doctrine Chrétienne 

EXPLICATION NOUVELLE 

PAR 

Georges BAREILLE 

Docteur en théologie et en droit canonique 
Chanoine de Toulouse 



Instaurare omnia in Christo. 
Tout restaurer dans le Christ. 
Eph., I. 10. 



\ 



TOME HUITIEME 

QUATRIÈME PARTIE 

Dimanches et Fêtes 

II 



MONTREJEAU 

(Haute-Garonne) 



J.-M, SOUBIRON 

Éditeur 



Librairie Nouvelle du Sacré-Cœur 

J. CARDEILHAC 



Libraire-Editeur 
Droits de reproduction et de traduction réscrvéj 



Leçon XVIir 

Dimanches 
après la Pentecôte 



DANS Texplicationdes messes des dimanches qui 
suivent la Pentecôte, on chercherait vaine- 
ment les harmonies qu'y remarquèrent les 
liturgistes du moyen âge, attendu que les pièces 
liturgiques qui les composent n'occupent plus la 
même place qu'alors. Ces messes, telles qu'elles sont 
aujourd'hui, n'en offrent pas moins, chacune prise 
à part et dans leur ensemble, des beautés de pre- 
mier ordre et un intérêt des plus grands pour 
l'instruction et la piété. Nous laisserons pourtant de 
côté la question des chants, pour éviter trop de 
répétitions, et nous ne nous en tiendrons qu'aux lec- 
tures et aux prières, dont nous essaierons de déga- 
ger la note caractéristique et quelques-uns des 
enseignements qu'elles contiennent. 

I. Premier dimanche. — Ce dimanche a été 
appelé tantôt Octava Peatecostes, parce qu'il était le 
huitième jour après la grande solennité de la Pen- 
tecôte ; tantôt Dominica vacans, parce qu'il venait à 
la suite des Quatre-Temps de l'été ; tantôt Dominica 
prima ou Hebdomada secunda post Pentecosten, 
parce qu'il est en effet le premier dimanche ou le 
commencement de la deuxième semaine après la 

LE CATÉCHISME. — T. VIII. £ 



LE CATECHISME ROMAIX 



Penlecôte. Il porte actuellement, dans la liturgie 
latine (i), le iiire de Dominica prima posi Pentecoslen. 

I. Les Grecs distribuent la lecture de i'Evangile à la messe 
et à l'office de la manière suivante : — i'* de Pâques à la Pen-^ 
tecôte, l'Evangile de saint Jean ; — 2° du lundi de la Pente- 
côte au vendredi qui suit l'Exallation de la sainte croix, 
l'Evangile de saint Matthieu, chaque jour pendant les onze 
premières semaines, et seulement le samedi et le dimanche à 
partir de la douzième semaine ; — 3° dès le lendemain du 
dimanche qui suit l'Exaltation, fête qui comprend deux di- 
manches, jusqu'au dernier dimanche après l'Epiphanie exclu- 
sivement, l'Evangile de saint Luc, chaque jour pendant les 
douze premières sem.aines, et seulement le samedi et le di- 
manche des semaines qui suivent ; — 4° l'Evangile de saint 
Marc est lu, du lundi au vendredi, dans l'intervalle laissé 
libre par les lectures de saint Matthieu et de saint Luc, et 
tous les samedis et dimanches du carême. D'ordinaire, les 
Grecs donnent à leurs dimanches le nom de l'Evangèliste» 
dont ils font la lecture, avec un numéro d'ordre correspon- 
dant ; c'est ce qui a lieu pour tous les dimanches, depuis la 
Pentecôte jusqu'au dernier dimanche après l'Epiphanie exclu- 
sivement, à l'exception des deux dimanches de l'Exaltation de 
la sainte croix, du dimanche des ancêtres du Sauveur (troi- 
sième dimanche de Pavent), du dimanche des saints de 
l'Ancien Testament (quatrième dimanche de Pavent), du di- 
manche après la Noël et après l'Epiphanie. Pour les diman- 
ches du Triodlon, depuis le dernier dimanche après l'Epipha- 
nie jusqu'à Pâques, et pour ceux du /^enlecostarion, de 
Pâques à la Pentecôte, ils les nomment, au contraire, d'après 
le mystère et la pratique du jour : dimanche du pubîicain et 
du pharisien; dimanche de l'enfant prodigue; dimanche, 
à7:6xp£(o, jour après lequel la viande n'est plus permise ; di- 
manche ^upoçàyo-j, jour après lequel on cesse défaire usage 
du lait, du beurre et du fromage ; premier dimanche des 
jeûnes ou de l'orthodoxie; second, troisième, quatrième, 
cinquième dimanche des jeûnes ; dimanche des Rameaux ; 
dimanche de Pâques ; dimanche de Panti-Pàques, ou de 
saint Thomas ; troisième dimanche après Pâques, ou des 
saintes femmes portant des aromates ; quatrième dimanche 
après Pâques, ou dti paralytique; cinquième dimanche après 
Pâques, ou de la Samaritaine; slp^ième dimanche après 
Pâques, ou de Paveugle-né ; septième dimanche après Pâques,. 



PREMIEB DIMANCHE APRES LA PENTECOTK 3 



C'était, du temps de Rupert (i)et de Durand (2), le 
Dimanche du pauore Lazare ; c'est aujourd'hui le 
Dimanche de la miséricorde. 

T. L'évangile. — Le passage évangélique actuel (3) 
contient le grand précepte de la miséricorde : 
(( Soyez miséricordieux, comme votre Père céleste est 
miséricordieux. •> Soyez miséricordieux, voilà le pré- 
cepte à remplir ; comme votre Père céleste, voilà le 
modèle à imiter. Le précepte est susceptible de mul- 
tiples applications, mais le passage évangélique 
n'en signale que trois : une, toute négative, qui est 
de ne juger ni de condamner son prochain ; deux, 
toutes positives, qui sont de remettre ou de pardon- 
ner au prochain et de lui donner généreusement. 

Et d'abord, ni jugement, ni condamnation : il y 
aurait impertinence à se le permettre. Car, à obser- 
ver la paille qui est dans l'œil du prochain, on en 
vient à ne pas remarquer la poutre qu'on a dans le 
sien. (( Comment peux-tu dire à ton frère : i< Mon 
frère, laisse-moi ôter celte paille de ton œil, » toi qui 
ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, 
Ole d abord la poutre de ton œil, et tu verras ensuite à 
ôter la paille qui est dans F œil de ton frère. » 

Ensuite, remettre au prochain ; car c'est la condi- 
tion préalable pour qu'il nous soit remis à nous- 
mêmes. C'est la formule même de l'Oraison domi- 
nicale : (( Pardonnez-nous nos oiTenses comme 
nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé. » 
S'y refuser, c'est s'exposer à être traité pareillement 
soi-même par Dieu. Dieu est miséricordieux, il par- 
donne ; de même tout homme qui se sait véritable- 

ou des 3i8 Pères de Nicée ; dimanche de la Pentecôte. Gf- 
Milles» Kalendariam, t. 11, p. xvn-xxi, 1-6/46. — 1. De dlv. ofjîc.^. 
XII, I. Patr. lai, t. clxx, col. 3i5. — 2. Ratlonale,!. VI, c. cxv. 
— 3. Luc, VI, 36-42. 



LE CATECHISME ROMAIN 



ment enfant de Dieu doit pratiquer la miséricorde 
et le pardon. 

Enfin, donner au prochain, c'est-à-dire exercer à 
son égard les œuvres corporelles et spirituelles de 
miséricorde ; car c'est encore là la condition né- 
cessaire pour qu'il nous soit donné. Le pro- 
chain pourra peut-être oublier de remplir son 
devoir de réciprocité, mais Dieu n'oublie jamais, 
lui qui ne laisse pas sans récompense même un 
verre d'eau, quand il est donné en son nom. « On 
se servira pour vous rendre^ dit l'Evangile, de la 
même mesure avec laquelle vous aurez mesuré. » Ce 
doit être là, en bonne équité, entre créatures humai- 
nes, la règle à suivre ; quelques-unes s'y soustrai- 
ront, mais qu'importe ; d'autres, plus généreuses, 
rendront peut-être plus qu'elles n'ont reçu ; quoi 
qu'il en soit, l'essentiel c'est d'avoir soi-même rem- 
pli son devoir, sans escompter la réciprocité de la 
part du prochain, mais en laissant fîlialement à 
Dieu le soin des justes compensations. 

2. UépUre. — La raison d'une telle conduite se 
trouve dans Tépître (i). Il y est dit : « Dieu est 
amour. » Il nous a aimés le premier et pour le 
prouver il nous a envoyé son Fils unique « comme 
victime de propitiation pour nos péchés. )) Nous de- 
vons donc le payer de retour ; c'est la conclusion 
que tire saint Jean ; mais il en tire une seconde qui 
est que nous devons nous aimer les uns les autres. 
Et dès lors nos devoirs envers le prochain ne peu- 
vent pas être uniquement inspirés par la justice, 
ils doivent l'être aussi par la charité, qui en der- 
nière analyse se ramène à l'amour que nous devons 
^voir pour Dieu. Entre l'amour pour Dieu et l'amour 
pour le prochain, il y a la corrélation étroite de 



I Joan., IV, 9-21. 



SECOND DIMANCHE APRES LA PENTECOTE O 

^^— ^1^— ■ III II. I 1^ 

cause à effet : le premier est la source du second ; 
le second est la preuve certaine du premier ; aimer 
le prochain c'est être assuré par là même qu'on 
aime Dieu ; tandis que prétendre aimer Dieu tout 
en détestant le prochain, ce serait mentir, affirme 
saint Jean. « Comment celai qui ri aime pas son frère 
qu'il voit peutAl aimer Dieu qu'il ne voit pas ? )) 

3. La collecte. — Il va de soi que le fidèle éclairé 
par la foi doit reconnaître d'abord son impuissance 
à rien faire de bon, selon ce mot du Sauveur : 
(( Séparés de moi, vous ne pouvez rien faire (i). » Il 
doit aussi, en fils très soumis qui compte sur la 
bonté du Père qui est aux cieux, faire appel à la 
nécessaire intervention de la grâce notammentpour 
pratiquer les leçons de l'évangile et de l'épître d'au- 
jourd'hui. De là cette admirable formule de la 
collecte : « Dieu, force de ceux qui espèrent en 
vous, soyez propice à nos demandes ; et puisque 
sans vous Tinfirmité de l'homme mortel ne peut 
rien, accordez-nous le secours de votre grâce, afin 
que, en exécutant tout ce que vous nous comman- 
dez, nous vous plaisions et par la volonté et par la 
conduite. » 

II. Second Dimanche. — Chose unique dans 
toute la série des messes dominicales après la Pen- 
tecôte, toutes les prières liturgiques de ce dimanche 
sont aujourd'hui exactement les mêmes que du 
temps de Rupert au xn^ siècle (2). L'institution sub- 
séquente de la fête du Très-Saint-Sacrement, fixée 
au jeudi précédent, n'a donc été pour rien dans leur 
choix ; m.ais il se trouve que le passage évangéli- 
que n est pas sans offrir d'heureux rapprochements 
avec le mystère eucharistique qu'on célèbre à cette 

I. Joan.y XV, 5. — 2. De div, offic.y xn, 2, Pair, lai., t. clxx, 
col. 3i5. 



6 LE CATÉCHISME ÎIOMAIX 

époque de Tannée. C'est le Dimanche des inoilés à an 
grand festin, 

I. L'évangile (i). — Jésus dînait un Jour de sab- 
bat à la table d'un des principaux pharisiens. Après 
avoir guéri un hydropique, il donna une leçon de 
discrétion à ceux des invités qu'il avait vus prendre 
les premières places. Et comme il recommandait à 
son hôte d'inviter de préférence ceux qui ne pour- 
raient pas lui rendre son invitation, parce que cela 
lui serait rendu à la résurrection des justes, l'un 
des invités s'écria : o Heureux celui qui aura part 
au banquet dans le royaume de Dieu! » Profitant de 
cette exclamation, le Sauveur raconta la parabole 
suivante : « Un liomnie donna un grand repas et y 
-convia beaucoup de gens. A Hieuredu repas, il envoya 
^es serviteurs dire aux invités : « Venez, car tout est 
déjà prêt. )> Et tous, unanimement, se mirent à s'excuser. 
Van dit : « J'ai acheté une terre, et il faut que faille 
la voir. » Un autre dit : « J'ai aclieté cinq paires de 
bœufs, et je vais les essayer, » Un troisième dit : « Je 
viens de me marier et je ne puis me rendre. » Le père 
de famille irrité commande alors à ses serviteurs 
d'aller sur la place et da/ts les rues de la ville et de 
lai amener les pauvres, les estropiés, les aveugles et 
les boiteux. Des places restant encore vides, il lui com- 
mande d'aller dans les chemins et le long des haies, et 
d'amener tous ceux qu'il rencontrerait jusqu'à ce que 
sa maison fut remplie. » 

Cette parabole, au sens mystérieux, a été pronon- 
cée, comme nous l'avons rappelé, à l'occasion du 
banquet du royaume de Dieu ; elle a donc quelque 
rapport avec lui. Cet homme qui invite, ce père de 
famille n'est donc que Dieu lui-même. Mais quel 
€st ce grand repas ? Dans le passage parallèle de saint 

I. Luc, XIV, 16-24. 



SECOND DIMANCHE APRES LA PENTECOTE 7 

Matthieu, quî sera lu le xix^ dimanche, il est dit 
que u le royaume de Dieu est semblable à an roi qui 
faisait les noces de son fils. » Il s'agit donc du 
royaume de Dieu, autrement dit de TEgiise ici-bas 
et du ciel là haut. Or, dans l'Eglise, le banquet n'est 
autre que l'Eucharistie ; dans le ciel, ce sera le fes- 
tin des noces éternelles dont il est dit : « Heureux 
ceux qui sont invités au festin des noces de C Agneau ( i ) ! » 
Dieu invite à l'un et à l'autre. Mais, pour divers 
motifs d'ordre terrestre, matériel et charnel, les 
invités se récusent. Et ils sont aussitôt remplacés 
par les pauvres, les malheureux, les délaissés, tous 
ceux qui semblent le rebut de la société. Une telle 
substitution parait étrange à qui ne tient pas compte 
des desseins de la Providence. Il s'agit là du grand 
mystère de la vocation et du salut dans la suite des 
âges, de la substitution des gentils au juifs et, 
parmi les baptisés, des plus humbles à ceux qui 
sont retenus par le souci du monde, le soin des 
affaires temporelles ou les plaisirs sensuels. Cette 
parabole mérite d'être méditée avec l'humilité né- 
cessaire ; elle doit rappeler les obstacles que les 
infidèles ou les baptisés ont coutume d'opposer 
eux-mêmes à l'invitation divine, formulés par les 
liturgistes du moyen âge dans ces deux vers latins : 

Villa, baves, uxor cœnam clausere vocatis ; 
Mandas, cura, caro cœlum clausere renatis. 

C'est pour ces vocati et ces renali qu'a été dressée la 
table eucharistique ; c'est pour eux que se prépare le 
festin des noces de l'Agneau. A faire la sourde oreille 
à l'invitation de Dieu, à alléguer de misérables pré- 
textes, on s'exclut soi-même du banquet eucharisti- 
que, et on court risque de ne point prendre part aux 
noces éternelles. Y pense-ton sérieusement ? 

I. Apoc XIX, 9. 



s LE CATÉCHISME ROMAIN 

2. Uépître. — C'est encore la charité à l'égard du 
prochain qui est recommandée dans Tépître de ce^ 
jour (i) ; et rien de mieux à cette époque- de l'année 
où l'on célèbre le sacrement de l'amour. Le modèle 
de cette charité est toujours Dieu. Or, Dieu se re- 
connaît à ce signe caractéristique qu'il a donné sa vie 
et qu'il se donne pour nous. Nous devons donc sem- 
Llabiement être prêts à donner notre vie pour nos 
frères. Mais sans aller jusqu'à ce témoignage su- 
prême, au delà duquel il ne s'en conçoit pas d'au- 
tre, et auquel, le cas échéant, nous ne saurions 
logiquement nous refuser, combien d'autres maniè- 
res de pratiquer l'amour du prochain, ne serait-ce 
qu'en exerçant les œuvres corporelles de miséri- 
corde ! Quand on possède les biens de ce monde et 
qu'on voit son frère dans la nécessité, lui fermer 
ses entrailles, ce n'est point posséder l'amour de 
Dieu, c'est être mort spirituellement, car l'amour du 
prochain fait « passer de la mort à la vie » ou vivre 
de la vie du Christ ; le détester serait pire encore,, 
car on se rendrait « meurtrier, » dit saint Jean. 
Donc <( n aimons pas de parole et de langue, niais en 
action et en vérité ; » autrement dit, traduisons géné- 
reusement par des actes les vrais sentiments du 
cœur ; soyons de vrais enfants de Dieu. 

3. La collecte. — Conforme à ces leçons de l'épî- 
tre, la collecte nous fait demander à Dieu, en vue 
de la persévérance, la crainte et Tamour de son 
nom. (( Faites, Seigneur, que nous ayons toujours 
la crainte et l'amour de votre saint nom, parce que 
vous ne cessez jamais de diriger ceux que vous éta- 
blissez dans la solidité de votre amour. » 

III. Troisième Dimanche. — Pour ce dimanche 
I. I Joan., III, i3-i8. 



TROISIEME DIMANCHE APRES LA PENTECOTE 9 

encoî-e les chants et les lectures sont restés les mê- 
mes que du temps de Rupert ([) ; seules, les priè-^ 
res ont cédé la place à celles qui se disaient alors, 
le dimanche suivant. C'est le Dimanche de la brebis 
égarée et de la drachme perdue, 

I. L'évangile {2), — Scribes et pharisiens s'offus- 
quaient et murmuraient de ce que Jésus accueillait 
les publicains et les pécheurs et mangeait avec eux. 
Loin de répéter une fois de plus qu'il était venu 
pour sauver les enfants perdus de la maison d'Is- 
raël, Jésus leur marque, sous forme de parabole, le 
but de sa mission, qui est de sauver les âmes, et, par 
une double comparaison empruntée aux incidents 
ordinaires de la vie, il révèle la joie qui éclate dans 
le ciel chaque fois qu'une brebis égarée est ramenée 
au bercail ou qu'une drachme perdue est retrouvée» 
c'est-à-dire chaque fois qu'un pécheur se convertit. 
<( // y aura plus de joie dans le ciel pour an seul 
pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix- 
neuj justes qui n'ont pas besoin de repentir. » 

Au lieu de murmurer, il faut bénir l'amour da 
bon pasteur si extraordinaire, si miséricordieux, si 
empressé, si infatigable pour les pauvres pécheurs ; 
car c'est Tamour qui le presse. « Je t'ai aimée cVua 
amour éternel, disait-il, de la nation choisie, par la 
bouche du prophète (3), cest pourquoi j'ai prolongé 
pour toi la miséricorde. » Au jour de la naissance de 
saint Jean Baptiste, son père Zacharie faisait allu- 
sion à la mission du Sauveur, quand il chanta : 
(( Par l'effet de la tendre miséricorde de notre 
Dieu, nous a visités, d'en haut, le soleil levant pour 
éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et 
l'ombre de la mort, pour diriger nos pas dans la 

I. De div. offic, xii, 3, Pafr. îaL, clxx, col. 3i6. — 2. Luc, 
XV, i-io. — /3. Jerem., xxxi, 3. 



lO LE CATECHISME ROMAIN 

voie de la paix (i). )> Certes, cette mission n'a été 
ni sans peines, ni sans souffrances, mais le Sauveur 
a tout bravé, lui qui, « au lieu de la Joie qu'il avait 
devant lui, méprisant l'ignominie, a souffert la 
croix (2). » Quelle reconnaissance ne doit pas être la 
nôtre, quand nous devons dire comme saint Paul : 
« // m'a aimé, et il s'est livré tai-méme pour moi (3). » 
C'est le cas de répéter à Dieu, avec le Psalmiste, 
dans l'introït de ce jour: « Regarde-moi et prends 
pitié de moi, car Je suis délaissé et malheureux ; vois 
ma misère et ma peine, et pardonne tous mes 
péchés (/i). » 

2. L'épître (5). — Aux pauvres brebis égarées que 
sont les pécheurs, l'Apôtre recommande l'humilité 
devant Dieu, l'abandon confiant en sa providence, 
la sobriété, la vigilance, la résistance au démon qui 
(( rôde autour d'eux comme un lion rugissant, cher- 
chant qui dévorer, » et la fermeté dans la foi. « Le 
Dieu de toute grâce, qui nous a appelés à sa gloire 
éternelle dans le Christ, après quelques souJJYances, 
achèvera lui-même son œuvre, vous ajjermira, vous 
fortifiera, vous rendra inébranlables. » 

3. La collecte. — C'est bien la prière qui convient 
au pécheur confiant. « Protecteur de ceux qui espè- 
rent en vous, ô Dieu, sans qui rien n'est solide ni 
saint, multipliez sur nous les effets de votre miséri- 
corde, afin que sous votre loi et sous votre con- 
duite, nous puissions passer à travers les biens 
du temps sans perdre ceux de l'éternité. » 

IV. Quatrième Dimanche. — Primitivement, 
et encore du temps de Durand, à la fin du xiii^ siè- 
cle (6), on lisait en ce jour le passage évangélique 

I. Luc, I, 78. — 2. Heb., XII, 2. — 3. GaL, 11, 20. — 4- Ps., 
XXIV, 16, 18. — 5.1 Petr.,\, 6-1 1. — i5, Ralionale,l.\l,c.c\\iiu 



QUATRIEME DIMANCHE 1 1 

t 

de saint Luc qu'on lil actuellement le premier 
dimanche après la Pentecôte. On lui a substitué 
révangile qui était alors celui du dimanche suivant. 
C'est aujourd'hui le Dimanche de la pêche rnivaca- 
leuse ou de la vocation de Simon. 

I. L'évangile (i), — En quelques versets, l'évan- 
gile de ce jour offre une suile de scènes très sim- 
ples, mais d'un symbolisme et d'un enseignement 
aussi profond que mystérieux. 

Voici d'abord la foule, toujours avide d'écouter la 
parole de Dieu. Elle se presse sur les hords du lac 
de Génésareth ; l'endroit n'était guère propice pour 
y parler en public, mais ii y avait deux barques, 
dont les pêcheurs, Pierre et André, Jacques et Jean, 
descendus à terre, lavaient les filets. Jésus avise 
celle de Simon, y entre, se fait éloigner quelque 
peu du rivage et de là se met à prêcher. Dès qu'il 
eut fini, il dit à Simon : « Avance en pleine mer et 
vous Jetterez vos filets pour pêcher. » Une telle invita- 
tion, après toute une nuit d'efiorts infructueux, 
paraissait bien inopportune. Simon obéit néan- 
moins : (( Sur votre parole, Je jetterai les filets. )> Or, 
telle fut la prise que le filet se rompait et qu'on dat 
faire appel aux autres pêcheurs de l'autre barque; 
on remplit même les deux embarcations. Simon, 
saisi de stupeur et d'effroi, tombe aux genoux de 
Jésus : « Eloignez-vous de moi. Seigneur, parce que 
je suis un pauvre pécheur. » Et Jésus de lui répon- 
dre : « Ne crains point, car désormais ce sont des 
hommes que tu prendras. » Et aussitôt, ajoute saint 
Luc, ramenant leurs barques à terre, ils quittèrent 
tout et le suivirent. 

Il n'est pas question ici du discours que vient de 
faire Jésus, mais de l'ordre qu'il a donné à Simon. 

I. Luc, V, i-io. 



12 LE CATECHISME ROMAIN 

Qu'est-ce que tout ce travail de nuit resté sans 
résultat à côté de ce seul coup de filet qui ramène 
tant de poissons ? Ce n'est point le travail des 
enfants de lumière, mais celui des enfants du siècle 
qui opèrent à tâtons dans les ténèbres de l'erreur et 
du vice, en vue de biens purement temporels. Par- 
fois ils réussissent au gré de leurs désirs ; mais ce 
n'est qu'un succès d'autant plus dangereux qu'il 
favorise trop souvent la satisfaction de caprices 
futiles, de passions désordonnées ou de convoitises 
coupables, au détriment de la vertu et du salut. 
Mais parfois aussi, quelque précaution qu'ils pren- 
nent et quelque effort qu'ils fassent, ils n'aboutis- 
sent à rien. Le travail même des enfants de lumière 
ne réussit, et parfois jusqu'au miracle, que lorsqu'il 
est entrepris dans un esprit de foi et par obéissance 
aux ordres divins ; tel fut le travail de Simon, et 
tel est aussi, en dépit de toute apparence contraire, 
le travail du chrétien quand il obéit aux inspira- 
tions de la grâce. 

Et ce lac, cette barque, ce filet, cette pêche, n'est- 
ce point, sous la forme d'images, le symbole du 
monde, de l'Eglise, de l'apostolat, de la conquête 
des âmes ? Ces humbles pêcheurs de poissons sont 
appelés à devenir pêcheurs d'hommes. Que pourra 
bien être ce rôle nouveau, inconnu, mystérieux ? 
Sans nul doute il sera fécond pour le salut des 
autres et glorieux pour eux ; mais qu'en savent-ils ? 
Evidemment il exigera des efforts, des sacrifices, 
peut-être même le don total de soi jusqu'au sang, 
jusqu'à la mort.^ Qu'ils se soient posé ces questions, 
qu'ils aient entrevu ou ignoré la rançon de l'hon- 
neur auquel ils étaient conviés, les quatre premiers 
apôtres, Simon en tête, n'hésitèrent pas un instant : 
barque et filet, parents et amis, ils laissent tout 
pour s'attacher au Sauveur. Quelle foi 1 quelle déci- 



QUATRIÈME DIMANCHE l3 

sion prompte ! quelle docilité généreuse I Ils feront 
leur apprentissage, ils s'instruiront aux leçons de 
leur Maître, ils prendront modèle sur son exemple 
et, comme malgré tout ils resteront hommes, c'est- 
à-dire faillibles, il s'abandonneront à la direction 
du Saint-Esprit. Admirable modèle que celui-là ! 

2. Uépitre (i), — L'épître complète l'enseigne- 
ment de révangile; elle explique une résolution si 
déconcertante aux yeux de la raison. C'est un chan- 
gement inouï de perspective dans l'appréciation des 
événements de ce monde; c'est une idée nouvelle 
dont le retentissement dépasse les limites étroites 
de l'espace et du temps : il s'agit, au milieu des 
épreuves d'ici-bas, d'une transformation mysté- 
rieuse, mais nécessaire, comparée à un enfante- 
ment moral, dont le terme est l'affranchissement de 
la servitude et de la corruption, la participation à la 
glorieuse liberté des enfants de Dieu, l'adoption, la 
rédemption. Et c'est ce qui fera dire à saint Paul : 
<( J'estime que les souffrances du temps présent sont 
sans proportion avec la gloire à venir qui sera mani- 
festée en nous. Aussi la création attend-elle avec un 
ardent désir la manifestation des enfants de Dieu... 
Nous savons que Jusqu'à ce jour la création tout 
entière gémit et souffre les douleurs de Venfante- 
ment, » 

3. La collecte. — Se sachant sous l'action divine 
de ce travail de mystérieuse transformation et d'en- 
fantement spirituel, ni le fidèle, ni l'Eglise ne doi- 
vent se laisser troubler; au contraire, ils doivent 
imperturbablement poursuivre leur course, tout en 
souhaitant qu'elle ne soit pas entravée. De là cette 
prière : u Faites, nous vous en supplions, Seigneur, 
que par votre Providence la marche de ce monde 

I. Rom,^ VIII, 18-28. 



l4 TE CATÉCHISME ROMAIN 

soit pour nous pacifique et que votre Eglise se 
réjouisse dans les démonstrations d'un zèle tran- 
quille. » 

V. Cinquième Dimanche. — L'évangile qu'on 
lisait jadis à pareil jour, et qui faisait appeler ce 
dimanche le dimanche de la pêche miraculeuse, 
est passé, comme nous 1 avons dit, au dimanche 
précédent. On lit aujourd'hui celui qui était avant 
au vi^ dimanche. Semblable déplacement de la 
leçon évangélique se reproduit dans la suite. C'est 
aujourd'hui le Dimanche de la justice et de la récon- 
ciliation. 

I. L'évangile (i). — L'évangile de ce jour traite 
d abord de la justice en général : les apôtres doi- 
vent la pratiquer mieux que les scribes et les phari- 
siens. « Si votre justice, leur dit le Sauveur, ne sur- 
passe pas celle des scribes et des pharisiens, vous 
n'entrerez pas dans le royaume des deux, » Quelle 
était donc cette justice, à laquelle le royaume des 
cieux ne saurait appartenir? C'était une justice dé- 
faillante, toute de surface, purement extérieure, 
méticuleuse à l'excès sur des points de minime im- 
portance et nulle sur les devoirs essentiels, inspirée 
par Ihypocrisie dans le but unique de capter l'esti- 
me des hommes. Qu'on se rappelle, en efl'et, les 
invectives du Sauveur à ces u hypocrites, » qui 
payaient scrupuleusement la dîme de la menthe, 
de l'aneth et du cumin et négligeaient sans sour- 
ciller les prescriptions les plus graves de la loi; à 
(( ces aveugles, conducteurs d'aveugles, fdtrant le 
moucheron et avalant le chameau ; » à ces amateurs de 
pureté légale, qui n'étaient au fond que des a sépul- 
cres blanchis, » remplis intérieurement d'ignomi- 

I. Matth., V, 20-2 j. 



CINQUIÈME DIMANCHE l5 

nie ; à ces a serpents » de la race des vipères, qui 
disaient et ne faisaient pas. Tout autre doit être la 
justice du chrétien : véritable et réelle, réglant les 
puissances intérieures de l'âme ; intégrale, s'appli- 
quant à tous les points essentiels de la loi, sans né- 
gliger pour autant les détails secondaires ; humble, 
n'agissant nullement en vue de l'estime des hom- 
mes, mais par respect pour les droits d'autrui, pour 
remplir pleinement son devoir et obéir à Dieu. 

Pour bien faire saisir sa pensée, le Sauveur rap- 
pelle le commandement qui interdit l'homicide : 
(( Et moi je vous dis que quiconque se met en colère 
contre ses frères mérite d^être puni par les juges ; et 
celui qui dit à son frère : Raca, mérite d'être puni 
par le conseil ; et celai qui lui dira : Fou, mérite d'être 
jeté dans la géhenne du feu. )) Donc point de colère, 
point d'insulte, point d'outrage. La colère est une 
passion de l'appétit irascible; en soi, elle n'a rien de 
repréhensible ; elle peut même être louable, quand 
elle s'inspire d'un motif raisonnable, quand elle 
poursuit un noble but et se maintient dans de sages 
limites ; elle communique alors aux vertus l'ardeur 
et le courage pour empêcher le mal et produire le 
bien. C'est d'elle qu'il est dit : a Mettez-vous en 
colère, mais ne péchez point (i) ; » et c'est d'elle que, 
à l'exemple du Sauveur chassant les vendeurs du 
temple, ont été animés tous les grands zélateurs du 
salut de leurs frères et de la gloire de Dieu. Mais 
c'est une passion difficile à contenir et à maîtriser. 
Trop souvent elle trouble, exalte, met hors de soi, 
et se traduit par de déplorables excès dans le cœur, 
sur les lèvres ou dans les actes. Qu'elle se borne à 
des sentiments intérieurs de rancune ou de haine, 
ou qu'elle éclate en outrages et en sévices, elle 

I. P5 , IV, 5. , , 



ï6 LE CATÉCHISME ROMAIN 



tombe sous le coup d'une légitime réprobation. II 
importe d'y couper court résolument dès le principe, 
sous peine de rompre le lien nécessaire de la cha- 
rité et de Tunité (i). 

Poussant plus loin son explication, le Sauveur 
montre la nécessité de pratiquer la justice à l'égard 
du prochain avant même de remplir un acte reli- 
gieux envers Dieu. Il fait passer l'honneur dû à 
Dieu après le devoir de la réconciliation fraternelle, 
car Dieu ne saurait agréer des présents delà part 
de celui qui a quelque dette envers le prochain. 
<( Si donc, lorsque ta présentes ton offrande à l'autel, 
ta te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, 
laisse là ton offrande devant r autel et va te réconcilier 

I. « L'or le plus brillant n'est pas toujours le plus pur, et la 
piété la plus éclatante n'est pas toujours la plus solide ni la 
plus parfaite. En pouvons-nous souhaiter un témoignage 
plus authentique et plus sensible que celui des pharisiens et 
des docteurs de la loi ? Leurs œuvres les plus saintes en 
apparence ne leur étaient pas seulement inutiles devant Dieu, 
mais c'étaient des œuvres expressément réprouvées de Dieu. 
Pourquoi cela ? Par trois grands désordres que nous y pou- 
vons remarquer... Qu'était-ce que cette piété pharisienne ? 
Une piété hypocrite, une piété fausse et vicieuse dans son 
sujet, dans sa fin, dans sa forme : vicieuse dans son sujet, 
parce qu'elle affectait une régularité scrupuleuse sur les 
moindres observances, tandis qu'elle négligeait les devoirs les 
plus essentiels ; vicieuse dans sa fin, parce qu'elle n'agissait 
qu'en vue de ses propres avantages et que pour des intérêts 
tout humains ; vicieuse dans sa forme, parce qu^elle était 
toute extérieure et qu'elle ne consistait qu'en certains 
dehors... Que notre piété soit entière, désintéressée, inté- 
rieure ; entière pour embrasser tout ce qui concerne le service 
de Dieu, soit grandes ou petites choses, et surtout pour ne 
pas préférer le conseil au précepte ; désintéressée, pour ne 
chercher que Dieu, sans égard à tout ce que nous en pourrio^is 
d'ailleurs espérer par rapport au monde et aux affaires du 
mionde ; intérieure, pour résider dans le cœur et pour partir 
du cœur : » Bourdaloue, Sermon pour le P Dim. après la 
Pentecôte, Exorde. 



SIXIEME DIMANCHE I7 

avec ton frère, puis viens présenter ton offrande, )) 

2. L'épitre (i). — L'épître appuie cet enseigne- 
ment évangélique, en recommandant d'abord la 
paix avec tout le monde, a Qu'il y ait entre vous 
union de sentiments, bonté compatissante, charité fra- 
ternelle, affection miséricordieuse, humilité. Ne rendez 
pas le mal pour le mal, ni F injure pour V injure ; bénis- 
sez au contraire ; car cest à cela que vous avez été 
appelés afin de devenir héritiers de la bénédiction, » 
Avec cela retenir sa langue, fuir le mal, rechercher 
le bien, et laisser à Dieu, témoin de tout, le soin 
des justes compensations, sans avoir la moindre 
crainte. Que si, malgré tout, on souffre pour la jus- 
tice, TEsprit-Saint déclare que c'est un bonheur. 

3. La collecte. — D'accord avec ces belles règles 
de conduite, dont la pratique implique les compen^ 
sations d'outre-tombe, et faisant écho à l'enseigne- 
ment de saint Paul dans l'épître du dimanche pré- 
cédent, la collecte s'exprime ainsi : ce Dieu, qui 
avez préparé des biens invisibles pour ceux qui vous 
aiment, répandez en nos cœurs votre amour, afin 
que, vous aimant en toutes choses, nous obtenions 
ces biens promis par vous qui surpassent tout 
désir. )) 

VI. Sixième Dimanche. — C'est aujourd'hui le 
Dimanche de la multiplication des sept pains et de 
quelques petits poissons, d'après l'évangile actuel, 
qui se lisait, du temps de Rupert (2) et de Durand (0), 
le dimanche suivant. 

I. L'évangile (4). — L'évangile montue d'abord la 
pitié compatissante de Jésus pour la foule: Misereor 
super turbam. Parole unique dans les annales de 

I. I Petr,, iir, 8-10. - 2. De div. offic, xii, G. — 3. Raiionale, 
1. VI, c. Gxx. — 4. Marc, viii, i-g. 

LE CATÉCHISME. T. VIII. ?* 



l8 LE CATÉCHISME ROMAIN 

l'humanité qui marque le souci qu'on n'avait pas et 
qu'on doit avoir à l'égard de la foule à raison de 
son imprévoyance, de son ignorance et de son im- 
puissance, et qui fonde le devoir social. C'est parce 
qu'elle a été prononcée par le Verbe fait chair, 
parce qu'elle est devenue la règle de conduite de 
l'Eglise, parce qu'elle a été appliquée par le catho- 
licisme tout le long de l'histoire, que la société a 
été secourue dans tous ses besoins avec autant d'op- 
portunité que d'efficacité. Elle reste le seul mot 
d'ordre, le seul principe capable d'assurer dans le 
présent et l'avenir comme dans le passé le service 
des besoins nouveaux comme des besoins anciens 
du peuple. Et lorsque, par haine sectaire, nos 
modernes émancipés de la foi affichent la prétention 
de remplacer l'Eglise dans sa fonction sociale, ils 
ne commettent pas seulement une ingratitude en- 
vers Tœuvre du Christ, dont ils sont malgré eux 
les héritiers et les bénéficiaires, ils s'engagent sur- 
tout présomptueusement dans un service d'ordre 
public pour lequel ils n'ont ni l'autorité, ni la com- 
pétence, ni le dévouement nécessaires. C'est d'une 
source plus haule qu'a jailli le Misereor super lar- 
bam; c'est sous une inspiration plus noble, par des 
moyens plus compréhensifs et mieux appropriés, et 
dans un but plus désintéressé, que doit fonctionner 
le service social. Bornés uniquement à des préoccu- 
pations d'ordre terrestre, ils peuvent bien soulager 
des misères matérielles, ils ne sauraient remplacer 
Dieu ni l'Eglise, et ils sont condamnés à un échec 
certain, qui servira d'argument apologétique en 
faveur du catholicisme. 

Le Sauveur a nourri miraculeusement la foule 
pour qu'elle n'eût pas de défaillance physique le 
long du chemin ; mais il avait eu soin préalable- 
ment de lui rompre le pain de la parole et de nour- 



SIXIÈME DIMANCHE IQ* 



rir son âme. Or, c'est ce dernier point qu'on oublie 
trop de nos jours ; la science qu'on prône tant n'est 
qu'un leurre, elle laisse inassouvie la partie la plus 
noble de l'homme, son âme faite à l'image de Dieu. 
Tout pourtant nous fait un devoir de venir au 
secours total du prochain, la même nature, la même 
origine, la même destinée, le même décalogue, le 
même Evangile. Mais à écarter témérairement le- 
décalogue et l'Evangile, on se réduit aux seuls prin- 
cipes d'ordre naturel, qui, sans la grâce, — l'his- 
toire passée et l'expérience présente en font foi, — 
restent absolument défaillants et sont condamnés à 
l'impuissance. 

2. VépUre (i) — Avec Tépître d'aujourd'hui com- 
mence l'exposition de la morale chrétienne. Jésus 
est le fondement du salut : sa mort, sa sépulture et 
sa résurrection sont le symbole de la mort, de l'en- 
sevelissement et de la régénération spirituelle du 
pécheur dans le baptême. Le pécheur, grâce au 
baptême, sort de son état de déchéance, de l'escla^ 
vage du péché pour entrer dans la liberté des 
enfants de Dieu et marcher dans la vertu comme 
un fils de la lumière. Il sait son impuissance à réa- 
liser seul la justice, à atteindre le bien absolu, à se 
sanctifier et à se sauver; mais il sait aussi qu'avec 
la grâce tout lui devient possible. 11 doit donc la 
solliciter humblement et y coopérer généreusement. 
(( Ne savez-vous pas, dit saint Paul, que nous tous 
qui avons été baptisés en Jésus-Christ, cest en sa 
mort que nous avons été baptisés? Nous avons donc 
été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin 
que, comme le Christ est ressuscité des morts par la 
gloire du Père, nous aussi nous marchions dans une 
vie nouvelle. Si, en effet, nous avons été grejjés sur 

I. Rom., VI, 6 II, 



20 LE CATECHISME ROMAIN 

lai par la ressemblance de sa mort, nous le serons 
aussi par celle de sa résurrection ; sachant que notre 
vieil homme a été crucifié avec lui^ afin que le corps 
du péché fut détruit, pour que nous ne soyons pas 
esclaves du péché,,. Ainsi vous-mêmes regardez-vous 
comme morts au péché et comme vivants pour Dieu ea 
Jésus-Christ. » 

3. La collecte. — Puisque Dieu est l'auteur de tout 
bien, des biens de l'âme et des biens du corps, rien 
de mieux: que de lui dire dans la collecte, en sou- 
venir de la foule nourrie par Jésus spirituellement 
et matériellement : « Dieu des vertus, de qui vient 
tout ce qui est excellent, semez dans nos cœurs 
l'amour de votre saint nom et laites naître en nous 
la religion ; nourrissez ce qui est bon et, par le zèle 
de la piété, conservez ce que vous avez nourri. )) 

VII. Septième Dimanche. — C était jadis le 
dimanche de la multiplication des pains, à cause 
de l'évangile qu'on lisait primitivement (i). C'est 
aujourd'hui le Dimanche des faux prophètes, dont il 
faut se garder, et du salut qu'il faut poursuivre par 
Faccomplissement de la volonté de Dieu. 

I. L'évangile (2). — Tout d'abord un conseil de 
prudence est donné dans l'évangile de ce jour, 
celui de se garder des faux prophètes, qui se pré- 
sentent « sous des vêtements de brel)is, » et ne sont 
que des u loups ravissants. » On se trouve, en effet, 
si souvent exposé à des exploiteurs de tout genre, 
même et surtout sur le terrain religieux, qu'on ne sau- 
rait trop prendre de précautions. Saint Paul signalait 
déjà aux anciens d'Ephèse (3) qu'après son départ 
des loups cruels devaient s'introduire qui n'épar- 

I. Diirnnd, Raf.ionale, 1. VLc. cxxi, n. /i, sijrnale pourtant que, 
dans quelques é<ïlises, se lisait l'évangile actuel. — 2. MaUh.^ 
VII, i5-2i. — 3. Ad., XX, 2(j. 



SEPTIÈME DIMANCHE .21 

gneraient pas le troupeau. Ces « faux prophètes » 
sont de tous les temps ; mais quel que soit leur 
déguisement, on les connaît à leurs fruits. Un 
arbre mauvais ne saurait produire de bons fruits, 
car « on ne cueille pas des raisins sur des épines 
ou des figues sur des ronces. » iMais « tout arbre qui 
ne porte pas de bons fruits, a dit le Sauveur, sera 
coupé et jeté au feu, » Donc, nécessité des bonnes 
oeuvres. L'homme racheté doit produire de bons 
fruits, sous peine d'être condamné au feu éternel. 

Chaque jour, dans la prière, nous disons à Dieu : 
« Que votre règne arrive ! » et nous ajoutons aus- 
sitôt : « Que votre volonté se fasse ! » Or, Tévangile 
de ce jour marque la relation étroite qui existe 
entre l'ac'complissement de la volonté de Dieu et la 
conquête du ciel. « Ce ne sont pas ceux qui disent: 
Selqneur, Seigneur, qui entreront dans te royaume des 
deux, mais bien celui qui fait la volonté de mon Père. » 
C'est donc par l'obéissance qu'on arrive à la vie 
éternelle, ainsi que le rappelle le prêtre au caté- 
chumène avant de lui conférer le baptême : « Si tu 
veux arriver à la vie éternelle, observe les com- 
mandements ; )) non par une obéissance d'esclave, 
à base de crainte servile, mais par une obéis- 
sance de fils, à base d'amour, semblable à celle du 
Verbe qui, par amour pour nous et pour nous sau- 
ver, s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et à la mort 
de la croix. Heureux, disait le Prophète, ceux qui 
marchent dans la loi du Seigneur (i), ils connaî- 
tront par expérience combien le joug de Dieu est 
« suave et léger ; » en le portant allègrement, ils 
seront soutenus et portés par lui, car, au lieu de 
peser, ce joug donne des forces et des ailes. 

2. VépUre (2). — L'une des conséquences du bap- 

I. Ps., cxviii, I. — 2. Rom., VI, ig-aS. 



2 2 LE CATECHISME ROMAIN 

terne que signale saint Paul, c'est de nous soumet- 
tre au joug du Seigneur et à la pratique de la jus- 
tice. (( De même, dit-il, qae vous avez livré vos mem- 
bres comme esclaves à rimparelé et à l'injaslice, pour 
arriver à Vinjuslice, de même livrez mainlenant vos 
membres comme esclaves à lajaslicepoar arriver à la 
sainteté. Car, lorsque vous étiez les esclaves du péché^ 
vous étiez libres à l'égard de la justice. Quel fruit aviez- 
vous alors des choses dont vous rougissez aujourd'hui? 
Carlajln de ces choses, c'est la mort. Mais mainte- 
nant, ajffranchis du péché et devenus les esclaves de 
Dieu, vous avez pour fruit la sainteté, et pour fin la 
vie éternelle en Jésus-Christ Notre Seigneur. » 

3. La collecte. — Il est clair que, quoi que fasse 
rhomme, qu'il se soumette ou qu'il se révolte, la 
volonté souveraine de Dieu doit finalement avoir 
raison et se manifester par la récompense des justes 
et le châtiment des coupables. A ce point de vue, la 
collecte de ce dimanche se rattache aux enseigne- 
ments de l'évangile et de Tépître. C'est une hum- 
ble prière pour demander à Dieu d'être selon sa 
volonté. « Dieu, dont la Providence n'est jamais 
frustrée dans ses desseins, nous vous supplions 
d'écarter de nous tout ce qui pourrait nuire (sur- 
tout la désobéissance) et de nous accorder tout ce 
qui peut être salutaire (donc la docilité). » Mais bien 
mieux appropriée aux lectures de ce jour est la col- 
lecte du dimanche suivant. 

VIII. Huitième Dimanche. — On lisait, comme 
évangile, du temps de Rupert (i) et de Durand (2), 
celui de dimanche dernier ; on lit aujourd'hui celui 
qu'on lisait de leur temps le dimanche suivant. 
C'est, actuellement, le Dimanche de l'économe infidèle. 

I. De div, offic, xii, 8. — 2. Ralionale, 1. VI, c. cxxii, n. 3. 



HUITIÈME DIMANCHE 23 

I. V évangile (i). — La parabole d'aujourd'hui 
est celle de l'économe infidèle ; elle a besoin d'être 
entendue correctement. Qu'un riche, averti des 
malversations de son économe, exige une sérieuse 
reddition de comptes, rien de plus légitime. Que 
cet économe coupable cherche à se tirer d'affaire, 
rien de plus compréhensible; encore faadrait-il 
qu'il le fit honnêtement sans blesser ni la vérité ni 
la justice. Tel n'est pas le cas. « Travailler la terre, 
se dit-il, je n'en ai pas la force, et j'ai honte de 
mendier. Je sais ce que je ferai, afin que, lorsqu'on 
m'aura ôté mon emploi, il y ait des gens qui me 
reçoivent dans leurs maisons. » Convoquant donc les 
débiteurs, il remet à chacun une partie de sa dette. 
Mais, ce faisant, il fausse les comptes, il cause un 
préjudice à son maître. Pourquoi donc le Sauveur 
ajoute-t-il que le maître loua son serviteur d'avoir 
agi habilement.^ Entend-il justifier l'indélicatesse de 
cet économe? Nullement, mais il a voulu faire obser- 
ver que « les enfants de ce siècle sont plus habiles 
entre eux que les enfants de la lumière, » c'est-à-dire 
mieux avisés dans la conduite de leurs intérêts tem- 
porels que ne le sont les enfants de la lumière dans 
la poursuite de la seule chose qui importe, le salut 
éternel. Il a voulu surtout donner ce conseil impor- 
tant : « Faites-vous des amis avec les richesses d'ini- 
quité, afin que, lorsque vous quitterez la vie, ils vous 
reçoivent dans les tabernacles éternels. » Qu'est-ce 
à dire ? Ceci regarde l'emploi des richesses ; et ces 
richesses sont qualifiées d'iniquité, ou parce 
qu'elles en proviennent ou parce qu'elles y con- 
duisent. Même quand elles proviennent d'une 
source honnête, elles constituent un danger moral ; 
car trop souvent elles favorisent le vice. Elles 

I. Luc, XVI, 1-9. 



2/1 LE CATÉCHISME ROMAIN 

peuvent pourtant et même elles doivent servir 
au bien. Comment ? par l'aumône ; et c'est par l'au- 
mône qu'on se recrute auprès de Dieu ces vrais 
amis, qui plaident la cause de celui qui « a Vinlelli- 
gence de r indigent et du pauvre (i), » et le recevront 
un jour dans les tabernacles éternels. 

2. Vépître (2). — Autre enseignement dans Tépî- 
tre de ce jour : l'un des fruits de la justification, 
c'est notre adoption de la part de Dieu et notre droit 
à l'héritage céleste. Le l)aptisé, en effet, n'est plus 
redevable à la chair pour vivre selon la cliair, mais 
à 1 Esprit pour faire mourir les œuvres du corps ; il 
n'a pas reçu un Esprit de servitude pour être encore 
dans la crainte, mais un Esprit d'adoption. « Et cet 
Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que 
nous, sommes enfants de Dieu. Or, si nous sommes 
enfants j nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu 
et cohéritiers du Christ. » L'homme entrant par 
l'adoption dans la famille de Dieu et ayant part à 
son héritage, quelle doctrine magnifique ! Le bap- 
tisé a reçu l'Esprit de Dieu, qui est un Esprit 
d'amour ; en s'abandonnant docilement à cet Esprit, 
il mortifie sa chair sans doute, mais il ne peut pas ne 
pas ouvrir son cœur aux malheureux et sa bourse aux 
indigents ; voilà le type parfait de l'homme régénéré 
par la grâce, fidèle à ses devoirs et poursuivant ses 
glorieuses destinées. Il n'a plus ici-bas qu'à deman- 
der très humblement la persévérance, et c'est ce 
qu'il fait dans la collecte. 

3. La collecte, — « Accordez-nous, miséricor- 
dieux Seigneur, nous vous en supplions, l'Esprit de 
penser et de faire toujours ce qui est droit, afin que 
nous, qui ne pouvons être sans vous, puissions 
vivre selon vos désirs. » 

I. Ps , XL, 2. — 2. Rom., Yiiï, 12-17. 



NEUVIÈME DIMANCHE 25 



IX. Neuvième Dimanche. — C'est le Dimanche 
des pleurs de Jésus sur Jérusalem, d'après l'évangile 
qu'on lisait autrefois le x^ dimanche (i)et qui se lit 
actuellement le ix^. 

I. L'évangile (2). — L'évangile de ce jour est em- 
prunté au récit de saint Luc sur l'entrée triomphale 
de Jésus à Jérusalem ; il en rapporte deux scènes, 
celle où le Sauveur, avant d'entrer dans la ville. 
Averse des pleurs sur l'ingrate cité, et celle où il 
chasse les vendeurs du temple. 

Venant de Béthanie, Jésus arrive, acclamé par la 
foule, sur le mont des Oliviers. De là, il aperçoit 
Jérusalem et laissant couler ses larmes, il dit : « Si 
tu connaissais, toi aussi, du moins en ce jour qui Vesl 
donné, ce qui ferait ta paix! Mais maintenant ces cho- 
ses sont cachées à tes yeux. Viendront sur toi des 
jours, ou tes ennenûs V environneront de tranchées,.. 
te renverseront... ne laisseront pas dans ton enceinte 
pierre sur pierre, parce que tu nas pas connu le temps 
ou tu as été visitée. )) 

N'ayant tenu compte ni de la prédication du Sau- 
veur, ni de ses miracles, ni de sa visite miséricor- 
dieuse, Jérusalem en est arrivée au point de ne voir 
ni les biens qu'elle perd, ni les maux qu'elle s'attire, 
ni les crimes qu'elle va commettre : elle en subira 
le châtiment selon la prophétie de ce jour. Or c'est 
là, d'après les Pères, la figure du pécheur obstiné. 
Lui aussi est l'objet de la part de Dieu de visites 
miséricordieuses, d'avances et d'appels aussi nom- 
breux que pressants ; mais il est resté sourd. Une 
dernière fois le Sauveur s'approche encore de lui ; 
entendra-t-il et se rendra-t-il enfin ? Jésus le regarde 
d'un œil compatissant; il verse même des larmes 

I. Rupert, De div. oj/lc, xu, 9 ; Durand, Rationale, 1. Yî^ 
c. Gxxiii. — 2. Luc, XIX, /J2-47. 



26 LE CATÉCHISME ROMAIN 

en lui adressant un appel pathétique, qui lui appor- 
terait le pardon et la paix. Pauvre pécheur ! Jus- 
qu'ici rien ne l'a remué, ni les lumières de l'esprit, 
ni les inspirations de la volonté, ni les touches 
secrètes de la grâce sur le cœur, ni les prévenan- 
ces les plus délicates, ni les instances les plus tou- 
chantes. Jésus pleure, et il ne tombe pas à ses genoux ! 
Malheur à lui de laisser passer ainsi la visite de son 
Sauveur ! Il s'est obstinément soustrait aux avances 
de la miséricorde, espère-t-il donc échapper aux 
châtiments de la justice ? Hélas ! il est à craindre 
qu'il ne vérifie un jour la vérité de cette parole : 
« // est effroyable de tomber entre les mains du Diea 
vivant (i), » surtout quand on a refusé son amour. 
Mais ce sera trop tard, et il l'aura bien voulu. Pour- 
quoi donc ne pas se convertir, quand il est temps 
encore? 

Arrivé au temple, Jésus se mit à chasser vendeurs 
et acheteurs, leur disant: « Il est écrit: a Ma mai- 
son est une maison de prière, » et vous en avez fait 
une caverne de voleurs. » Le zèle de la maison de 
Dieu le dévorait, selon le mot du Psalmiste (2), et 
c'est, animé par ce zèle, qu'il procéda à cette exécu- 
tion salubre, rappelant que le temple doit servir à 
la prière et non à un commerce quelconque. 

2. Uépître (3). — Saint Paul recommande aux 
Corinthiens de ne pas suivre le mauvais exemple 
des Hébreux au désert, de se garder de l'idolâtrie et 
de l'impudicité, de ne pas tenter le Christ, de ne 
point murmurer. « Que celui qui croit être debout 
prenne garde de tomber ! » Une chute est toujours 
possible, et l'homme est si fragile, si présomptueux, 
et les tentations sont si fortes et si fréquentes ! Il 
faut compter sur Dieu, faire appel à sa grâce ; « et 

I. Hehr., x, 3i. — 2. Ps., lxviii, 10. — 3. I Cor,, x, 6-i3. 



DIXIÈME DIMANCHE 27 

Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez 
tentés au delà de vos forces ; mais, avec la tentation, 
il ménagera aussi une heureuse issue en vous donnant 
le pouvoir de la supporter, » Dans les desseins de la 
Providence, la tentation a son rôle : elle sert de 
pierre de touche à la valeur morale, elle éprouve la 
fidélité, elle exerce la vertu, elle offre une occasion 
de mérites. Eclairé par la foi, le chrétien ne deman- 
de pas à en être privé, mais seulement à n'y pas 
succomber, et pour cela il recourt à la prière pour 
obtenir la grâce de triompher. C'est donc un béné- 
fice moral pour lui. 

3. La collecte, — Le meilleur moyen d'être exaucé, 
c'est de ne demander à Dieu que ce qui plaît à Dieu. 
De là cette belle collecte : « Ouvrez, Seigneur, 
l'oreille de votre miséricorde à la prière de ceux 
qui vous implorent, et pour que vous exauciez 
leurs désirs, faites que leurs demandes soient con- 
formes à vos desseins. » 

X. Dixième Dimanche. — Jadis dimanche des 
pleurs de Jésus (i), c'est aujourd'hui le Dimanche du 
Pharisien et du Publicain, 

I. V évangile (2). — Delà parabole de ce jour une 
double leçon se dégage contre l'orgueil de ceux qui 
sont satisfaits d'eux-mêmes et méprisent les autres, 
et en faveur de l'humilité de ceux qui, loyalement, 
reconnaissent leur néant et avouent leur culpabilité; 
les premiers sont dans le mensonge qui les perd, 
les seconds dans la vérité qui les délivre. 

Voici le Pharisien dans le temple : il est debout ; 
il remercie Dieu de ne pas ressembler aux autres 
hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères ; il 

I. Rupert, De div, offic, xii, 10; Durand, Ratlonale, 1. VI, c. 
cxxiv, constate qu'on lisait l'évangile actuel dans quelques 
églises. — 2. Lac, y xviir, 9-14. 



28 LE CATÉCHISME ROMAIN 



loue ce qu'il fait : (( Je jeûne deux fois la semaine, 
je paye la dîme de tous mes revenus. » Le jeûne et 
la dîme, c'est quelque chose, mais combien pea en 
comparaison de l'adoration, de l'amour de Dieu ou 
de l'aumône, dont il n'est pas question. Il n'est pas 
question davantage d'un péché quelconque, et pour- 
tant tout homme est plus ou moins pécheur, et tout 
péché exige le repentir, l'expiation ; mais ce phari- 
sien est un orgueilleux. Il ne demande rien, ni 
pour lui, ni pour les autres. Pleinement satisfait, il 
n'a qu'une piété hypocrite, arrogante, égoïste et 
bornée. 

Combien différent est le Publicain ! Humble, mo- 
deste, respectueux, il se tient à distance, les yeux 
baissés, le cœur contrit ; il se frappe la poitrine ; 
loin de se comparer aux autres pour se préférer à 
eux, il ne voit que sa propre misère, il la confesse 
et en demande pardon. « Dieu, ayez pitié de moi, 
qui suis un pécheur. )) Or, dit le Sauveur, a celui-ci 
descendit justifié dans sa maison, plutôt que celui-là, » 
Pourquoi ? parce que Dieu résiste aux superbes et 
donne sa grâce aux humbles. « Quiconque s'élève 
sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. » 

2. Vépitre ([). — Sous une autre forme, c'est 
encore une leçon d'humilité que donne saint Paul 
dans répître de ce jour. Interrogé par les Corin- 
thiens, entre autres choses, sur la question des 
charismes, qui n'était pas sans exciter quelque va- 
nité chez ceux qui en étaient favorisés et quelque 
jalousie chez les autres, il rappelle d'abord ce 
grand principe : « Personne, s'il parle par V esprit de 
Dieu, ne dit : « Jésus est anathhnc ; y) et personne ne 
peut dire : « Jésus est le Seigneur, » si ce nest par 
l'Esprit de Dieu, )) Il n'y a donc pas à s'enorgueillir 

1. 1 Cor. xiï, 2-1 1. 



ONZIEME DIMANCHE 29 



de dons purement gratuits, qui ne proviennent, ni 
de nos dispositions, ni de nos mérites. Si ces dons 
sont divers, et plus étonnants les uns que les autres, 
ils viennent tous du Saint-Esprit, qui les distribue 
comme il lui plaît, non comme une garantie de 
sainteté, ni surtout comme un bien personnel dont 
on aurait le droit d'être fier, mais dans Tintérêt gé- 
néral et pour l'utilité d'autrui. Quiconque donc se 
complairait dans la possession de ces dons gratuits 
sans les faire servir au bien de ses frères, aura beau 
dire au jugement : « Seigneur, Seigneur, n'est-ce 
pas en votre nom que nous avons prophétisé ? N'est- 
ce pas en votre nom que nous avons chassé les dé- 
mons ? Et n'avons-nous pas, en votre nom, fait 
beaucoup de miracles ? » Le Souverain Juge leur 
répondra : « Reilrez-vous de moi, ouvriers (Tiiii- 
qniié {\). » Car c'est la foi opérant par la charité, 
et pleine de bonnes œuvres, qui recevra la récom- 
pense éternelle, et non la vanité et l'orgueil qui 
stérilisent ce qu'on fait. 

3. La collecte, — On devrait s'attendre, semble- 
t-il, à voir formulée dans la collecte une demande 
pour combattre l'orgueil et pratiquer l'humilité. La 
collecte actuelle implique seulement cette demande 
et se borne à solliciter le pardon et la miséricorde, 
qui ne sont accordés qu'aux pécheurs contrits et 
repentants, tels que le Publicoin de l'Evangile. (( 
Dieu, qui manifestez votre puissance surtout par le 
pardon et la miséricorde, multipliez sur nous votre 
miséricorde, afin que, courant à ce que vous avez 
promis, nous participions aux biens célestes. )> 

XL Onzième Dimanche. — C'est aujourd'hui 
le Dirnaiiche du soard-tnaet, conformément à l'évan- 



I. Matth., VII, 22, 2 3. 



30 LE CATÉCHISME ROMAIN 

gile, qu'on lisait jadis le dimanche suivant (i). 

I. L évangile (2). — Comme Jésus passait par la 
Décapole, on lui présenta un sourd-muet. Le tirant 
à part de la foule, il lui mit les doigts dans les 
oreilles et de la salive sur la langue, en disant : 
Ephpheta, c'est-à-dire ouvre-toi. Et aussitôt les oreil- 
les de cet homme s'ouvrirent, sa langue se délia, et 
il parlait distinctement. Jésus leur défendit d'en 
rien dire à personne, mais plus il le leur défendait, 
plus ils le publiaient, et, ravis d'une admiration 
sans bornes, ils disaient : « Tout ce qu'il a fait est 
merveilleux : il a fait entendre les sourds et parler 
les muets. » 

Dans cette guérison miraculeuse, le Sauveur agit 
et parle ; gestes et paroles se retrouvent dans les 
cérémonies préparatoires du baptême. Non sans 
motif, c'est l'ouïe qui est d'abord rendue, car c'est 
par elle que pénètre dans l'âme l'enseignement de 
la foi. Puis, c'est la langue qui est déliée, car c'est 
par elle que se confesse la foi. Saint Paul disait : 
c( // est écrit : « Tai cru, c'est pourquoi f ai parlé {3), » 
Nous aussi, nous croyons, c est pourquoi nous par- 
lons (4). » Avant le baptême, le catéchumène est 
préparé par le rite de VEphphela à entendre la parole 
de Dieu et sa langue est déliée spirituellement pour 
pouvoir faire entendre la profession de foi. Dans 
l'ordre moral et surnaturel, combien de pécheurs, 
à la fois sourds aux appels et aux inspirations de la 
grâce, et muets pour l'expression de leur foi et de 
leur repentir, recouvrent pareillement l'ouïe et la 
parole, prêtant une oreille attentive à des enseigne- 
ments nouveaux ou simplement oubliés, et procla- 
mant ensuite la foi reçue ou recouvrée ! C'est là l'un 

1. Rupoi't, De d'w. offic, xii, 11, Durand, Rnflonale, 1. VT, 
c. cxxv. — 2. Marc, vu, 31-37. — ^' ^^^'•» ^^^'' *^- ~ ^- ^^ 
Cor., IV, i3. 



DOUZIEME DIMANCHE 



des effets de la grâce, et TEglise, comme la foule de 
la Décapole, a droit de dire au Sauveur : u II a fait 
entendre les sourds et parler les muets. » 

2. Vépîlrc (i). — Le témoignage de saint Paul 
s'ajoute à celui de Tévangile. Après le pécheur, re- 
présenté dimanche dernier par le Puhlicain, voici 
le juste qui pratique rhumilité. Une fois terrassé 
sur le chemin de Damas, TApôtre se rendit à merci 
et devint le grand héraut de la foi. Dans le passage 
d'aujourd'hui, il rappelle la mort, la sépulture, la 
résurrection et les diverses apparitions du Sauveur. 
Après tous les autres, écrit-il humblement, « il ni est 
aussi apparu à moi, comme à V avorton; car je suis 
le moindre de ses apôtres, moi qui ne suis pas digne 
d'être appelé apôtre, parce que j'ai perséculé r Eglise 
de Dieu, » Et il termine par cette humble profession 
de foi : « Cest par la grâce de Dieu que je suis ce que 
je suis ; et sa grâce envers moi na pas été vaine. » 
Tous les convertis, qui ont miséricordieusement 
recouvré l'usage de leurs sens spirituels, doivent 
tenir un pareil langage d'humilité repentante et de 
gratitude agissante. 

3. La collecte, — Puisque c'est à la grâce que l'on 
doit tout ce qu'on a et tout ce qu'on fait de bien, 
voici une formule de prière pour tous ceux qui 
peuvent dire comme saint Paul : « Sa grâce envers 
moi na pas élé vaine, » — <( Dieu tout-puissant et 
éternel, qui dépassez par l'abondance de votre bonté 
les mérites, et les vœux de ceux qui vous prient, 
répandez sur nous votre miséricorde, pardonnez ce 
que la conscience redoute et accordez ce que n'ose 
point formuler la prière. » 

XII. Douzième Dimanche. — C'est le Dimanche 

I. 1 Cor. y XV, i-io. 



3^ LE CATÉCHISME ROMAIN 

du bon Samaritain, et non plus comme autrefois, du 
temps de Rupert (i) et de Durand (2), celui du 
sourd-muet. 

1. V évangile (5). - — Dans un tressaillement de 
joie, Jésus venait de bénir son Père d'avoir révélé 
aux humbles les merveilles de la foi. Et s'adressant 
à ses disciples, il leur dit : « Heureux les yeux qui 
voient ce que vous voyez! Car, Je vous le dis, beau- 
coup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous 
voyez, et ils ne l'ont pas vu, entendre ce que vous en- 
tendez, et ils ne l'ont point entendu, » C'est que les 
rois et les prophètes vécurent surtout d'espérance, 
à la pensée des promesses divines, tandis que les 
apôtres assistaient à la réç^lisation de ces mêmes 
promesses. 

Sur ce, un docteur de la loi se lève et dit à Jésus 
pour réprouver : « Maître, que ferai-je pour posséder 
la vie éternelle? » Jésus lui dit : « Qu'y a-t-il d'écrit 
dans la loi ? Quy lis-tu ? » Il répondit : « Tu aimeras 
le Seigneur ton Dieu de tout cœur.,, et ton prochain 
comme toi-même. )> — « Fais cela, réplique Jésus, et 
ta vivras. )) — « Qui est mon prochain, » demande 
alors le docteur? Une telle question s'explique sur 
les lèvres d'un juif pour qui le prochain se borne à 
ceux de sa race, à l'exclusion des étrangers ; mais 
elle accuse une méconnaissance de la loi elle-même. 
Aussi, pour ramener à son vrai sens ce qu'il faut 
entendre par le prochain, le Sauveur propose-t-il la 
parabole du bon Samaritain. 

Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho; 
chemin faisant, il fut arrêté par des brigands, 
dépouillé, roué de coups, laissé pour mort. Survint 
on prêtre, puis un lévite, qui passèrent sans daigner 

I. De diu. offic, xii, 12. — 2. nationale, 1. VI, c. cxxxvi. — 
3. Luc, X, 23-157. 



DOUZIÈME DIMANCHE 33 

secourir cet infortuné. Mais un Samaritain fut tou- 
ché de compassion. Il s'approcha, banda ses plaies, 
après y avoir versé de Thuile et du vin ; puis il le 
mit sur sa propre monture, le mena dans une 
hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, tirant 
deux deniers, il les donna à Thôte en lui disant : 
(( Aie soin de cet homme, et tout ce que ta dépenseras 
de plaSf je te le rendrai à mon retour. » « Lequel de 
ces trois, demande alors Jésus au docteur de la loi, 
te semble avoir été le prochain de cet homme qui tom- 
ba entre les mains des brigands ? » Le docteur ne 
répond pas : « C'est le Samaritain, » mais : a Celui 
qui a pratiqué la miséricorde envers lui. » Jésus lui 
dit alors : « Toi aussi, va et fais de même, » 

De cette parabole, qui figure l'histoire entière du 
genre humain maltraité par Satan et sauvé par 
Jésus (i), il faut retenir la réponse provoquée et 
approuvée par le Sauveur, à savoir que le prochain 
est celui qui s'approche pour faire œuvre de miséri- 
corde. Et comme, dans le cas présent, celui qui 
s'approche et fait œuvre de miséricorde est un 
Samaritain, il s'en suit que ce qui lie les hommes 
entre eux et les oblige réciproquement, ce n'est ni 
la race, ni la condition, ni l'état, mais la commu- 
nauté des besoins, la parité des misères, le danger, 
c'est-à-dire tout homme, quel qu'il soit, du moment 
que nous pouvons lui être utile ou nécessaire. Il 
s'en suit aussi que la charité doit être, comme celle 
du bon Samaritain, attentive, compatissante, em- 
pressée, généreuse, persévérante, complète, sura- 
bondante. 

2. Vépître (2). — Dimanche dernier, saint Paul 
donnait l'exemple de l'humilité sincère et procla- 
mait cette vérité capitale que tout bien vient de 

I. Voir à la fin de la leçon, — a. II Cor., m, 4-9. 

LE CATÉCHISME. — T. VIII, 




■34 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Dieu. Dans l'épître d'aujourd'hui, il s'inspire des 
mêmes sentiments et de la même foi. Obligé par 
les circonstances de faire l'apologie de son minis- 
tère, il n'encourt pas pour autant le reproche d'ar- 
rogance ou d'orgueil, car il a bien soin d'en repor- 
ter tout 1 honneur à Dieu. « Ce n'est pas, dit-il, que 
Jious soyons par nous-mêmes capables de concevoir 
quelque chose comme venant de nous-mêmes, mais 
notre aptitude vient de Dieu. C'est lui également qui 
nous a rendus capal)les d'être ministres d'une nouvelle 
alliance, » Et pour relever la dignité, la grandeur, la 
gloire de ce ministère, qu'il reconnaît ne tenir que 
de Dieu, il le compare en quelques traits à celui de 
Moïse (le prêtre et le lévite de l'évangile), et le 
met bien au dessus. « Si le ministère de mort, gravé 
en lettres sur des pierres, a été entouré de gloire au 
point que les fils d'Israël ne pouvaient fixer leurs re- 
gards sur la face de Moïse, à cause de l'éclat de son 
visage, tout passager qu'il fût, combien plus le minis- 
tère de l'Esprit ne sera-t-il pas entouré de gloire? C'est 
qu'en effet si le ministère de la condamnation a élé glo- 
rieux, le ministère qui corifère la justice le surpasse de 
beaucoup. » 

Le sacerdoce chrétien l'emporte donc sur le sacer- 
doce juif, comme la loi de grâce sur la loi de crain- 
te, comme Jésus sur Moïse : il est éminemment 
glorieux. Celui qui a l'honneur d'en être revêtu, 
l'a été gratuitement pour le bien de ses frères ; il ne 
saurait s'en prévaloir jusqu'à en méconnaître l'ori- 
gine et le but ; mais très humblement, à l'exemple 
du grand Apôtre, il doit en reporter à Dieu toute 
la gloire, et le consacrer sans réserve au salut du 
prochain (i). Il sera par là même le vrai disciple 

I . C'est sans doute à cause de ce passage de l'épître que, par 
exception, roITertoire de ce dimanche, au lieu d'être emprunté 
aux psaumes comme à l'ordinaire, est tiré de VExode et rap- 



DOUZIÈME DIMANCHE 35 

du Samaritain par excellence qu'est le divin Sau- 
veur. 

3. La collecte, — Sans lien apparent et précis 
avec les lectures de ce jour, la collecte se rapporte 
plutôt au temps de l'année où l'on se trouve, et qui 
n'est autre, au point de Aue liturgique, que le temps 
du pèlerinage terrestre : elle demande à Dieu la 
grâce de fournir jusqu'au bout et sans encombres 
les étapes qui doivent conduire jusqu'à son royau- 
me céleste. « Dieu tout-puissant et miséricordieux, 
de la grâce de qui vient que vos fidèles vous servent 
comme il convient et d'une façon digne de louan- 
ge, accordez-nous de courir sans broncher dans la 
voie qui conduit à vos promesses. » 

I. Parabole du bon Samaritain. — a Quiconque 
a lu cette parabole, n'y a-t-il pas reconnu tout de suite 
l'histoire du monde et n'a-t-il pas compris que Jésus- 
Christ est le bon Samaritain dont elle décrit la généreuse 
conduite ? Or, c'est là véritablement le point saillant de 
cette splendide composition. 11 serait impossible de par- 
courir en moins de mots toute l'histoire du monde, 
depuis sa chute jusqu'au jour où l'œuvre de sa régéné- 
ration complète et de son salut a été consommée. Cet 
admirable morceau atteste partout la main d'un grand 
maître ; les touches sont peu nombreuses, les groupes à 
la fois pleins de simplicité, de grandeur, et accompagnés 
de détails suffisants pour leur donner un caractère dis- 
tinct et bien défini. Pouvait-on trouver une image plus 
heureuse pour représenter la chute de l'homme que la 
figure de ce voyageur, qui, attaqué par des voleurs, a 
été dépouillé par eux de tout ce qu'il possédait, couvert 
de blessures et abandonné sur la voie publique, nu, res- 
pirant à peine et hors d'état de faire un mouvement ? 
C'est dans ce moment que vient à passer le prêtre , per- 

pelle Moïse apaisant la colère de Dieu après rérection du veau 
d'or, et obtenant le pardon de ce péché d'idolâtrie commis- 
par les Juifs au désert. Ëxod,, xxxn, ii-i4. 



36 LE CATÉCHISME ROMAIN 



sonnifîcation de tous les systèmes de religion qui exis- 
taient antérieurement, tels que ceux de Noé, de Melchisé- 
dech et même des faux cultes de l'Egypte, de Flnde et de 
la Grèce. Tous avaient reconnu dans l'homme le type dé- 
figuré et déchu d'une créature plus parfaite ; mais nul 
d'entre eux n'avait su ni le guérir, ni le relever. Un peu 
plus tard vient le lévite, titre sous lequel est spécifié ce 
qui auparavant était générique : il représente la loi et le 
sacerdoce de l'Ancien Testament, lesquels mieux instruits 
de l'histoire de l'homme que leurs prédécesseurs, étaient 
aussi incapables de lui porter secours. Enfin vient le 
Samaritain, celui qui est étranger à la race de l'homme. 

« Jusqu'ici un juif intelligent pouvait suivre le récit 
de Notre Seigneur, mais s'il voulait aller plus loin, il se 
trouvait en défaut. Reconnaissant dans le Christ un ca- 
ractère en dehors de la race humaine, il se demandait 
comment Jésus se proposait de bander les plaies de 
rhumanité ? Quel vin et quelle huile il allait répandre 
sur ses blessures saignantes ? Gomment il chargerait sur 
ses épaules un fardeau tel que le corps meurtri d'une race 
tout entière luttant contre la mort ? Etait-il possible au 
plus savant de résoudre ce problème ? Non, nul ne le 
pouvait faire jusqu'à l'accomplissement des terribles réa- 
lités qui devaient correspondre à cette partie de la parabole 
aussi fidèlement que d'autres réalités correspondaient 
au reste, et alors même nul ne reçut une réponse satis- 
faisante aux questions que nous avons posées plus haut 
qu'après que le système de l'expiation lui eût été prêché 
dans toute sa plénitude, qu'après qu'il eût compris que 
par les plaies de Jésus-Christ nos plaies étaient guéries et 
que le Sauveur s'était vraiment chargé de toutes nos 
iniquités. 

(( C'est pourquoi il est donné au protestant de pousser 
l'intelligence de cette parabole beaucoup plus loin que 
cela n'était possible au juif, bien qu'il ne la saisisse pas 
complètement, même jusqu'au point où nous sommes 
arrivés, et qu'il n'aille pas au delà. Il ne la saisit pas 
complètement, parce que la nature sacra'mentelle des 
remèdes employés par le bon Samaritain lui échappe. II 



PARABOLE DU BON SAMARITAIN 87 



connaît le vin, sans doute ; mais qu'est-ce que l'huile 
pour lui, car elle a perdu toute signification dans le sys- 
tème protestant ? Là, en effet, elle ne coule pas sur le 
front de l'enfant régénéré par l'eau du baptême et qui 
vient prendre part aux privilèges d'un sacerdoce royal, 
ni sur le jeune athlète qui descend dans l'arène pour 
combattre des ennemis surnaturels, ni sur le prêtre pour 
lui conférer un caractère sacré et inviolable, ni sur le 
pèlerin fatigué au bout de sa carrière pour le fortifier 
dans sa lutte suprême contre ce géant qu'on nomme le 
désespoir. Pour le protestant l'huile a perdu son symbo- 
lisme ; elle ne lui représente plus la lumière du sanc- 
tuaire de Dieu, ni Vonction de sa parole, ni le baume 
suave et salutaire qui s'exhale de deux noms si doux dans 
la bouche d'un catholique. Elle ne rappelle point à son 
esprit la pensée de la virginité ; car, plus que tous les 
autres bienheureux, le chœur des vierges a reçu l'onction 
-de l'huile de la joie. Elle n'adhère pas, comme un sceau 
sacré, aux pierres de l'autel qui s'élève dans l'enceinte 
d'une antique basilique, jadis catholique, aujourd'hui 
protestante, afin que cet autel proclame à qui elle appar- 
tenait autrefois. L'huile a disparu du système protestant, 
et, avec elle les mains du prêtre levées pour bénir. Consé- 
cration de l'homme, consécration des choses, l'une et 
l'autre ont cessé d'exister dans le protestantisme, il ne 
les connaît pas. Mais Ihuile, emblème de toute consécra- 
tion et de la grâce des sacrements, mais le vin, le plus pur 
symbole de cette source salutaire où l'on puise la vie et 
de son effusion par le canal des sacrements dans l'âme 
de l'homme, offrent tous deux à l'esprit d'un catholique 
la représentation la plus exacte qu'il puisse imaginer de 
la manière dont son Sauveur communique à sa nature 
souffrante la santé, la vigueur et la vie. 

« Le protestant ne fait qu'un pas de plus que le juif 
vers l'intelligence de cette parabole, et s'arrête court. 
L'homme, arraché à une mort imminente, est ensuite, 
selon la stricte doctrine du protestantisme, abandonné 
à ses propres forces comme à son propre jugement pour 
regagner sa demeure comme il pourra. Le bon Samari- 



38 LE CATÉCHISME ROMAIN 



tain n'a délégué à aucune autorité sur la terre le soin de 
pourvoir à tous les besoins de celai qu'il a sauvé, ni la 
tâche d'achever son œuvre. La guérison a été complète 
•dès le moment où il a touché le blessé ; et désormais, si 
les plaies se rouvreat, nul ne sera là pour les bander ou 
pour olTrir au malade une potion salutaire dans le cas 
où il viendrait à s'évanouir. Mais le catholique voit la 
parabole s'accomplir à la lettre et jusqu'à la {\n dans cha- 
cune de ses parties. Le bon Samaritain a continué sa 
route et il n'est point encore de retour ; nous attendons 
sa venue à la fin des temps. Cependant l'homme, bien que 
guéri de sa blessure mortelle et assuré de sa vie, demeure 
encore une créature faible et maladive ; il n*a d'autre 
nourriture, d'autres remèdes que ceux que la compassion 
de l'étranger lui a laissés. Mais celui-ci a confié à des 
mains pures et fidèles le dépôt qui lui est si cher. Incapa- 
ble de se passer des secours étrangers, hors d'état de se 
sauver seul par suite de raflaiblissement de son intelli- 
gence, en proie à des souffrances sans cesse renaissantes, 
le malheureux blessé songe avec vm sentiment inellable 
de reconnaissance qu'en attendant le jour, où son tendre 
ami doit venir le chercher pour le ramener dans sa patrie, 
il est confié à des gens à qui il sera demandé un compte 
exact des soins qu'ils auront eus de lui, parce qu'ils ont 
reçu de quoi subvenir abondamment aux besoins du pré- 
sent, et que des promesses plus généreuses encore les 
autorisent à faire toutes les dépenses qu'ils jugeront 
ultérieurement nécessaires. 

« Oui, c'est véritablement une hôtellerie que cette 
noble Eglise de Jésus-Christ, ce Khan du bon Samaritain, 
car il n'existe pas d'habitation permanente où l'homme 
puisse fixer son séjour sur cette terre, où nous ne faisons 
que passer pour nous rendre à Jérusalem. Cette route 
îi*est fréquentée que par des pèlerins. Admirons la jus- 
tesse du type choisi par Notre Seigneur, c'est une maison 
qui n'est pas notre demeure, où nous ne sommes, pour 
ainsi dire, qu'en passant comme des voyageurs qui ge 
dirigent vers une cité éternelle ; et pourtant nous y trou- 
vons du repos, de la nourriture, des soins, des remèdes 



LA. BREBIS ÉGARÉE 89 



à nos maux et de quoi réparer nos forces, le tout a la 
seule charge de celui qui nous a arraches à la mort et qui 
a fermé nos plaies. Ce n'est point à un individu qui se 
trouve par hasard dans la maison, en qualité de serviteur 
et pour un temps limité, que nous sommes redevables de 
ces bienfaits, c'est à la maison; elle est toujours la même, 
quel que soit celui qui la gouverne; elle est toujours la 
même et la même pour tous. Certes, nulle autre Eglise, 
en dehors du catholicisme, n'inspire à ses enfants cette 
douce confiance, ni ne leur fait sentir qu'ils sont les 
objets d'une sollicitude particulière et qui ne se dément 
jamais. Ce sentiment est en contradiction avec la théorie 
du libre examen.» Wiseman, Mélanges, trad. franc., 
Paris, i858, p. 58-Gi. 

2 . La brebis égarée et les sacrements. — a Quant à 
la magnifique parabole de la brebis égarée, il n'y a qu\in 
catholique qui puisse en faire Tapplication dans toute sa 
plénitude. Sans doute, d'autres que lui pèchent, se repen- 
tent et croient se sentir pardonnes, si telles sont les ten- 
dances de leurs opinions religieuses. Quelques-uns encore, 
parmi les protestants qui s'eiîbrcent d'imiter les institu- 
tions catholiques, peuvent chercher leur pardon dans des 
simulacres de confession et d'absolution. Mais la grâce a 
créé un système qui, h l'aide d'opérations dont l'effet est 
certain, fait seutir au pécheur repentant et lui donne 
l'assurance infaillible que, dans tout le cours de sa vie 
errante, il a été miséricordieusement suivi de près par un 
ami tendre et constant, qu'il a été ramené par la dou- 
ceur dans la voie droite, qu'une main délicate a allégé 
pour lui le poids de son fardeau, soulagé les peines de 
son cœur et adouci l'amertume de ses souffrances, que 
les épines qui s'étaient enfoncées dans sa chair n'en ont 
pas été violemment arrachées, mais retirées avec précau- 
tion, que chaque plaie, chaque contusion a été soigneu- 
sement sondée, afin d'être nettoyée, fermée et habilement 
pansée ; puis, quand l'appareil a été posé sur ses blessu- 
res, que la même main bienfaisante l'a doucement 
ramené au foyer paternel, comme une nourrice porte son 
enfant. Ce système, ou plutôt cette puissance de la grâce. 



4o LE CATÉCHISME ROMAIN 



qui permet au pécheur de connaître le jour, l'heure et le 
moment précis où il redevient l'enfant de Dieu, ne se 
trouve nulle part, non, nulle part ailleurs que dans le 
sein de TEglise catholique, le véritable bercail du Dieu 
vivant. En voulons-nous une preuve courte, maispéremp- 
toire ? Nulle part ailleurs on ne rencontre, prêt à toute 
heure du jour, le banquet auquel les anges sont invités à 
se réjouir de ce que la brebis égarée a été retrouvée. 
Nulle part ailleurs la communion n*est considérée ni don- 
née comme un gage de repentir. Que le cœur d'un pro~ 
testant soit rempli de contrition et de douleur, il pourra 
s'écouler des mois entiers sans que son ministre juge à 
propos d'ajouter un jour de communion à ceux qui sont 
marqués par le règlement de la paroisse ; mais dans 
l'Eglise catholique, quelle dilTérence! le pénitent s'élance, 
plein d'amour et de joie, au banquet de la vie ; de la 
place de Madeleine, aux pieds de Jésus, il vole à la 
place de saint Jean, sur le sein du Sauveur. » Wiseman, 
Ibid.y p. 36. 



«^L> *>^ */$^ */f>j %^<i %/^ *J^ %/^ */^ tjju t/jij *j^ %/j>^ «^^ »/^ *j^ */^ \j!^ 

Leçon XIX' 

Dimanches 
après la Pentecôte 



I. A partir du XIIP Dimanche. — IL Les Quatre- 
Temps. — III. Les derniers Dimanches. 

I. A partir du XIIP Dimanche 

I. Treizième Dimanche. — Ce dimanche, qui 
était jadis celui du bon Samaritain (i), et que Du- 
rand (2), à cause de Fintroït, de la collecte et de 
répître, appelait le Dimanche des promesses divi- 
nes, est aujourd'hui le Dimanche des dix lépreux. 

I. L'évangile (3). — Chacune des circonstance» 
de révangile de ce jour est à considérer. Jésus passe 
sur les confins de la Galilée et de la Samarie, en 
route vers Jérusalem. Dix Lépreux accourent. Ce 
qui les attire, c'est sans doute l'espoir d'être guéris^ 
mais un espoir fondé sur la foi. Quelle attitude res- 
pectueuse que la leur ! Ils se tiennent à distance. 
Et quelle confiance dans celui qu'ils implorent l 
« Jésus, Maître, ayez pitié de nous. » Formule dis- 
crète de leur prière commune. Et voilà qu'au lieu 
de laguérison escomptée, ils reçoivent l'ordre d'aller 

I. Rupert, Dedlv. offic.,\u, i3. — 2. Railonale.l. VI, c. cxxvn. 
Dans le Missel actuel l'introït et l'épître sont bien restés les 
mômes qu'au xii« et xni^ siècles; mais la collecte et l'évangile 
de jadis sont passés au XII* dimanche. — 3. Luc, xvii, 11-19. 



42 LE CATÉCHISME ROMAIIV 

se présenter aux prêtres. Ne serait-ce pas une 
ironie? Car la loi de Moïse ne prescrivait une telle 
démarche que pour faire constater légalement la 
guérison de la lèpre ; et précisément aucun d'eux 
n'est dans ce cas. Qu'importe, ils joignent la doci- 
lité à la foi ; ils font ce que ne fit pas jadis Naaman 
le Syrien à la voix du prophète : ils obéissent. Mais 
en exécutant l'ordre reçu, avant même d'être arri- 
vés àdestination, ils se trouvent guéris. Aussitotl'un 
d'eux revient sur ses pas; sa gratitude est aussi 
grande que sa foi avait été vive et son obéissance 
prompte. 11 glorifie Dieu à haute voix et se jetant 
cette fois aux pieds de Jésus il lui rend grâces pu- 
bliquement. Or, note l'Evangéliste, c'était un Sama- 
ritain. Les autres étaient donc des Juifs. Pour souli- 
gner la difTérence de conduite de la part de ceux qui 
avaient reçu un semblable bienfait, le Sauveur fait 
cette remarque : « Esl-ce que les dix n'ont pas été 
guéris ? Et les neuf oh sont-ils ? Il né s'est trouvé 
parmi eux que cet étranger pour revenir et rendre 
gloire à Dieu, » Et s'adressant au Samaritain, il lui 
dit : (( Lève-toi, va; ta foi Va sauvé, » 

Tout homme est Tobligé de Dieu, plus particu- 
lièrement tout malade guéri, tout pécheur converti; 
mais que d'ingrats parmi ces obligés de Dieu ! Et 
qu'il est petit le nombre de ceux qui savent se sou- 
venir des bienfaits reçus et en témoigner une juste 
reconnaissance ! Combien la gratitude envers Dieu 
est chose rare ! 

2. Uépllre (i). — Traitant de Timpuissance de la 
loi, dont le rôle dans l'économie du salut n'a été 
pour les Hébreux que celui d'un pédagogue chargé 
de les conduire à Jésus-Christ, saint Paul rappelle 
que la promesse faite par Dieu à Abraham et à sa 

I. GaLy ni, 16-22. 



TREIZIEME DIMANCHE 43 

descendance a été antérieure à la loi de quatre cent 
trente ans, et que Taccomplissement de celte pro- 
messe dépend, non de la loi, mais de la foi. « La 
loi A^a-t-elle donc contre les promesses de Dieu? 
Loin de là ! S'il eût été donné une loi capable de 
procurer la vie, la justice viendrait réellement delà 
loi. » D'où vient donc la justice? De la foi. Car 
<( l'Ecriture a tout enfermé sous le péché, afin que, 
par la foi en Jésus-Christ, ce qui avait été promis 
fût donné à ceux qui croient. » 

L'enseignement de cette épîtresur l'infériorité de 
la loi comparativement à la foi trouvait jadis, dans 
révangile du bon Samaritain qu'on lisait à la suite, 
une illustration topique. Prêtre et lévite, représen- 
tants de la loi mosaïque, passant devant le blessé, 
symbole de l'humanité, sans le secourir; le secours, 
un secours efficace, ne vient que d'un étranger, 
d'un Samaritain, figure du Sauveur. C'est, grâce au 
Sauveur, que la promesse faite à Abraham s'est 
réalisée. Et les véritables enfants de la promesse, 
ceux qui forment la descendance spirituelle d' Abra- 
ham, le grand croyant, ne sont autres que ceux qui 
ont la foi, les fidèles. Or, cet inappréciable bienfait 
de la foi qui sauve, ils le doivent au Christ Jésus ; 
guéris de la lèpre du péché, la reconnaissance leur 
fait un devoir d'en remercier tout spécialeiîient le 
Sauveur. 

3. La collecte. — Très opportunément la collecte 
fait demander à Dieu l'augmentation des vertus 
théologales, notamment delà charité dont il est ques- 
tion dans l'évangile, et de la foi dont parle l épître. 
« Dieu tout-puissant et éternel, donnez-nous l'ac- 
croissement de la foi, de l'espérance et de !a cha- 
rité ; et pour que nous méritions d'obtenir ce que 
vous promettez, faites-nous aimer ce que vous com- 
mandez. » 



44 LE CATÉCHISME ROMAIN 

IL Quatorzième Dimanche. — A la place de 
l'évangile des dix lépreux qu'on lisait du temps de 
Rupert (i) et de Durand (2), et qui est devenu celui 
de dimanche dernier, on lit actuellement Tévangile 
qui se trouvait jadis au xv^ dimanche. C'est aujour- 
d'hui le Dimanche des deux maîtres ou de la Provi- 
dence. 

I. V évangile (3). — « Nul ne peut servir deux 
maîtres ; car ou il haïra l'un et aimera Vautre, ou il 
s'attachera à l'un et méprisera l'autre. » Qu'est-ce à 
dire ? Le Sauveur précise : « Vous ne pouvez servir 
Dieu et la richesse. » C'est donc qu'entre le service 
de Dieu et le service de la richesse il y a une in- 
compatibilité irréductible. Poursuivre avidement 
des biens matériels, dont on peut mal user et quon 
doit laisser sur la terre, c'est s'asservir aux choses 
périssables du temps qui valent moins que nous; 
tandis que le service de Dieu, s'il requiert le déta- 
chement et l'abnégation, nous procure aussi le seul 
trésor véritable qui soit inaccessible à la rouille et 
aux vers et assure la possession du ciel, dont il 
ouvre la porte. 

Il faut bien cependant se préoccuper des choses 
nécessaires à la vie .^ Oui, certes, et rien n'est plus 
légitime. Mais ce n'est pas là ce que le Sauveur con- 
damne; ce qu'il condamne, c'est l'excès d'une telle 
préoccupation, parce qu'il y a là comme la néga- 
tion de la Providence. L'homme doit savoir que si 
Dieu prend soin des créatures inférieures, il s'inté- 
resse à plus forte raison à celle qu'il a faite à son 
image et ressemblance Delà ces conseils du Sau- 
veur dans l'évangile de ce jour : « Ne vous inquiétez 
pas pour votre vie, de ce que vous mangerez ou boireZy 

1. De div. offic, xii, 14. — 2. Rationale, 1. M, c. cxxvii. — 
3. Matth., VI, 24-33. 



QUATORZIÈME DIMANCHE 45 

ni pour voire corps, de quoi vous le vêtirez, La vie 
n est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus 
que le vêtement ? » De là aussi ces comparaisons : 
« Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne 
moissonnent, ils n'amassent rien dans des greniers, et 
votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beau- 
coup plus qu'eux ? Qui de vous, à force de soucis, 
pourrait ajouter une coudée à sa taille ? Considérez les 
lis des champs comme ils croissent: ils ne travaillent ni 
ne filent. Et cependant je vous dis que Salomon même, 
dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. 
Que si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui est 
aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne le fera-t-il 
pas bien plus pour vous^ gens de peu de foi ? Ne vous 
mettez donc point en peine, en disant : Que mange- 
rons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous 
vêtirons-nous ? Car ce sont les gentils qui recherchent 
toutes ces choses, et votre Père céleste sait que voàs 
en avezbesoin. )) Conclusion pratique, éminemment 
conforme à la destinée surnaturelle de l'homme : 
« Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa 
justice et tout cela vous sera donné par dessus, )) 

2. Vépître (i). — L'un des meilleurs moyens de 
chercher le royaume de Dieu et sa justice est indi- 
qué par l'Apôtre dans l'épître de ce jour : c'est de 
marcher selon l'Esprit et de repousser les convoiti- 
ses de la chair. Ramené par la mort du Sauveur à 
la liberté des enfants de Dieu, et rentré dans l'ordre 
qui veut que le corps obéisse à la raison et la raison 
à Dieu, le fidèle n'est pas pour autant délivré des 
assauts de la concupiscence ; sa chair, malgré le 
baptême reçu, reste en état de rébellion perma- 
nente. Il doit donc, s'il veut être logique et sage, 
rester en état de lutte armée et de combat incessant. 

I. Gai,, V, i6-24. 



46 LE CATÉCHISME ROMAIN 

La morlifîcation est une expiation des fautes commi- 
ses, un exercice salutaire, un effort de ressemblance 
ou de conformité à l'image du Fils de Dieu, un 
supplément à ce qui manque de notre part aux 
souffrances du Sauveur, une source de mérites. Et 
tandis que les œuvres de la chair, quel que soit 
leur nom ou leur nombre, empêchent sûrement 
u d'hériter du royaume de Dieu, le fruit de l'Esprit, 
au contraire, c'est la charité, la joie, la paix, la 
patience, la mansuétude, la bonté, la fidélité, la 
douceur, la tempérance. » Or, u ceux qui sont à 
Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions 
et ses convoitises. » 

3. La collecte. — Où donc cueillir ces admirables 
fruits, dont parle l'Apôtre, sinon dans le jardin de 
l'Epoux, dans le corps mystique du Christ, c'est-à- 
dire dans l'Eglise.^ Aussi la collecte nous fait-elle 
prier pour cette mère de nos âmes. (( ^ous vous en 
supplions. Seigneur, gardez toujours miséricordieu- 
sèment votre Eglise, et, parce que sans vous l'hu- 
maine nature chancelle, que sans cesse votre se- 
cours l'arrache au mal et la dirige dans la voie du 
salut. » 

III. Quinzième Dimanche. — La messe de ce 
dimanche, comme le remarquait Durand (i), n'est 
pas sans quelques rapports avec celle du dimanche 
précédent. Cela est encore vrai quant àl'épître, dont 
on lit les passages depuis le xin^ dimanche. Mais il 
faut tenir compte du déplacement des prières et de 
l'évangile. C'est aujourd'hui le Dimanche de la résar^ 
reclion du fils de la veuve de Naïm. 

I. L'évangile (2). — Au moment d'entrer dans le 
petit village de Naïm, Jésus rencontre un convoi 

I. Rationale, 1. VI, c. cxxix. — 2. Lac, vu, 11-16. ,^ 



QUINZIÈME DIMANCHE ^7 

funèbre : on procédait aux funérailles d'un jeune 
homme, fils unique d'une pauvre veuve. La mère 
était là tout en larmes. Emu de compassion, le Sau- 
veur s'adresse à elle : a Ne pleurez pas. » Et s'ap- 
prochant, il touche le cercueil et dit : « Jeune hom- 
me, Je te le commande Jève-loL » Aussitôt le mort se 
leva sur son séant et commença à parler. Et Jésus 
le rendit à sa mère. Tous les témoins furent saisi» 
de crainte et se mirent à glorifier Dieu, en disant : 
(( Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a 
visité son peuple. » Les témoins avaient raison ; 
mais quelle différence entre Elie ressuscitant le fils 
de la veuve de Sarepta ou Elisée rendant à la Suna- 
mite l'enfant qu'elle pleurait, et Jésus qui d'un mot 
rend la vie ! Rien de plus touchant que cette scène. 
Cette fois, l'intervention de Jésus est spontanée ; 
personne ne l'a sollicitée. Mais il y a là une mère en 
pleurs, qui suit le convoi de son fils unique, de ce 
fils qui était sa joie, son honneur, le seul soutien 
de sa viduité. Et cela suffit pour émouvoir et tou- 
cher le cœur de Jésus. Jésus est l'auteur de la vie : 
il la donne, il peut la rendre ; sa puissance est tou- 
jours au service de sa bonté, et sa bonté est tou- 
jours au service de l'homme. Jésus est aussi le con- 
solateur des affligés. C'est pourquoi il rend le fils à 
la mère, après l'avoir ressuscité. Qui dira la joie, le 
bonheur, la reconnaissance de cette mère et de ce 
fils ? 

C'est la seconde fois que l'évangile de ce jour 
paraît dans le cycle. 11 a été lu d'abord le jeudi qui 
suit le iv^ dimanche de Carême, pendant que l'Egli- 
se, par le jeûne et par la pénitence, poursuivait la 
préparation des catéchumènes et la conversion des 
pénitents. Il est encore lu après la Pentecôte non 
sans raison ; car l'Eglise est une mère. Pendant le 
carême, elle pleurait la mort de ses fils pour obte* 



48 LE CATÉCHISME ROMAIN 



îiîr leur résurrection spirituelle au jour anniversaire 
de la glorieuse Résurrection du Sauveur. Mainte- 
nant encore elle pleure ceux de ses fils ingrats ou 
oublieux qui sont retombés dans la mort du péché. 
L'évocation du miracle de Naïm est pour son cœur 
tin souvenir et une espérance. 

2. Vépître (i). — L'Apôtre continue la série de 
ses conseils sur la vie et les œuvres de l'esprit, en 
vue de préparer la vie future sans perdre une occa- 
sion de faire le bien. « Si nous vivons par Vesprit, 
dit-il, marchons aussi par l'esprit. Ne cherchons pas 
une vaine gloire, en nous provoquant les uns les au- 
tres^ en nous portant mutuellement envie, » Si un 
homme tombe dans quelque faute, il faut le repren- 
dre avec un esprit de douceur, en prenant garde à 
soi-même de peur de tomber semblablement. Cha- 
cun a ses misères, et le mieux est de porter le far- 
deau les uns des autres ; car on ne moissonnera 
que ce qu'on aura semé. « Celui qui sème dans sa 
chair moissonnera, de la chair, la corruption ; celui 
qui sème dans l'esprit moissonnera, de l'esprit, la vie 
éternelle. Ne nous lassons pas défaire le bien, car nous 
moissonnerons en son temps, si nous ne nous relâchons 
pas. Ainsi donc, pendant que nous avons le temps, fai- 
sons le bien envers tous, et surtout envers les frères 
dans la foi. » 

3. La collecte, — C'est encore aujourd'hui une 
prière pour TEglise, la mère de nos âmes. Elle 
veille sur nous, elle nous protège et nous aide, 
n'ayant d'autre ambition que de donner à son 
céleste Epoux des enfants dignes de lui. Nous avons 
donc à son égard un doux devoir de piété filiale à 
remplir, a Que votre miséricorde. Seigneur, purifie 
et protège sans fin votre Eglise et, parce qu'elle ne 



I. Gai, y, a5 — Yi, lo. 



SEIZIÈME DIMANCHE 49 

peut sans vous demeurer sauve, qu'elle soit toujours 
gouvernée par votre grâce. » 

IV. Seizième Dimanche. — C'est aujour- 
d'hui le Dimanche de la gaérison de Vhydropique ou 
mieux de la recommandation de r humilité (i). 

I. L'évangile (2). — Cet évangile comprend deux 
parties : dans la première, Jésus montre une fois de 
plus qu'il a le droit de guérir même un jour de 
sabbat. Et de fait c'est un jour de sabbat qu'il gué- 
rit l'hydropique qu'on lui présente, non sans poser 
préalablement cette question à ces malades d'esprit 
que sont les scribes et les pharisiens : « Est-il per- 
mis de faire une gaérison le jour du sabbat? » Per- 
sonne ne répondant, il prend l'hydropique par la 
main, le guérit et le renvoie. Puis, s'adressant de 
nouveau à ceux qui ont gardé le silence: « Qui de 
vous, si son âne ou son bœuf tombe dans un puits, ne 
Ven retire aussitôt le jour du sabbat? » Scribes et 
pharisiens restèrent encore muets. 

Mais le Sauveur poursuit pour leur donner encore 
une leçon d'humilité. Il avait remarqué, en effet, 
l'empressement qu'ils mettaient à choisir à table les 
premières places. Quand on est invité à des noces, 
dit-il, c'est la dernière place qu'on doit choisir. De 
cette façon, quand vient celui qui invite, il vous 
prie de monter plus haut, ce qui est un honneur en 
présence des autres convives, a Car quiconque s'élève 
sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. » C'est 
la parole que nous avons déjà entendue à propos du 
Pharisien et du Publicain, le x^ dimanche. Elle se 
vérifie, dès ici-bas, dans maintes circonstances, 
selon les desseins mystérieux de la Providence à 

I. Du temps de Rnpert, Dediv. offi,, xii, 16, et de Durand, 
Raiionale, 1. VI, c. cxxx, on lisait 1 évangile de la résurrection 
du fils delà veuve de Naïm. — a. Luc, xiv, i-ii. 

LE CATÉCHISME. — T. VHI. 4 



5o LE CATÉCHISME ROMAIN 

regard des orgueilleux qu'elle abaisse et des hum- 
bles qu'elle exalte ; mais combien plus encore dans 
le royaume des cieux, au banquet des noces éter- 
nelles, où chaque convive, pourvu quïl soit revêtu 
de la robe nuptiale, occupera un rang d'autant plus 
élevé que plus humble aura été sa vie. Il en est de 
l'édifice spirituel comme des édifices matériels : à 
ceux-ci un architecte avisé donne des assises d'au- 
tant plus profondes qu'il veut élever davantage la 
construction. Or, le fondement de l'édifice spirituel, 
c'est l'humilité, et l'édifice spirituel ne peut s'élever 
qu'en proportion de l'humilité. C'est pourquoi Dieu 
résiste aux superbes qui ne peuvent bâtir que sur le 
sable, et il donne sa grâce aux humbles qui fondent 
sur le roc ; il abaisse les uns et exalte les autres, 
mais c'est au ciel surtout qu'il récompensera ma- 
gnifiquement la sainte humilité. 

L'évangile actuel, qu'on lisait jadis le dimanche 
suivant, et qui permettait à l'évêque de Mende (i) 
d'appeler le xvii'' dimanche le dimanche des noces, 
parle de l'invitation aux noces. D'accord avec les 
liturgistes du moyen âge, le continuateur de dom 
Guéranger écrit : « La sainte Eglise découvre aujour- 
d'hui le but suprême qu'elle poursuit en ses fils 
depuis les jours de la Pentecôte. Les noces dont il 
est question dans notre évangile sont celles du ciel, 
qui ont ici-bas pour prélude l'union divine con- 
sommée au banquet sacré. Uappel divin s'adresse à 
tous ; et cette invitation ne ressemble point à celle 
de la terre, où l'époux et l'épouse convient leurs 
amis et leurs proches comme simples témoins d'une 
union qui leur reste d'ailleurs étrangère. L'Epoux 
est ici le Christ, et l'Eglise est l'Epouse ; comme 
membres de l'Eglise, ces noces sont donc aussi les 

I. Ralionale, 1. VI, c. cxxxi. 



SEIZIÈME DIMANCHE 5l 



nôtres, et c'est pourquoi la salle du banquet n'est 
autre aussi que la chambre nuptiale où n'entrent 
point les invités des noces vulgaires (i). » 

2. L'cpUve (2). — L'Apôtre dévoile le but qu'il 
poursuit, celui de faire du chrétien un homme 
vraiment intérieur pour servir d'habitacle au Christ 
Jésus et contenir toute la plénitude de Dieu. Pour 
l'atteindre, il a recours à la prière, car c'est là le 
chef-d'œuvre de la grâce que nul au monde ne sau- 
rait réaliser par ses seules forces, a Jejléchis le genou 
devant le Père, écrit saint Paul aux Ephésiens, afin 
qu'il vous donne, selon les trésors de sa gloire, d'être 
puissa/nment fortifiés par son Esprit en vue de V homme 
intérieur, et que le Christ habite dans vos cœurs par la 
foi, de sorte que, étant enracinés et fondés dans la 
charité, vous deveniez capables de comprendre avec 
tous les saints quelle est la largeur et la longueur, la 
profondeur et la hauteur, même de connaître Vamour 
du Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que 
vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu, » 
Quelque invraisemblable qu'il puisse paraître, ce but 
n'est pas une chimère, car saint Paul sait ce qu'il 
écrit, et il écrit sous l'inspiration diyine : il sait que 
tout est possible à Dieu, au-delà même de tout ce 
que nous pouvons concevoir et solliciter ; et c'est 
pourquoi il pousse ce grand cri de reconnaissance: 
(( A celui qui peut faire, par la puissance qui agit en 
nous, infiniment au-delà de ce que nous demandons et 
concevons, à Lui soit la gloire dans l'Eglise et en 
Jésus-Christ, dans tous les âges, au siècle des siècles ! 
Amen ! » 

3. La collecte. — Pour réaliser l'admirable vœu 
de l'Apôtre et pouvoir ainsi prendre place au ban- 

I. Le temps après la Pentecôte, t. 11, p. /^lo. — 2. Eph., iv,. 
1-6. 



52 LE CATÉCHISME ROMAIN 

quel des noces éternelles, notre prière doit se join- 
dre à la sienne et s'inspirer de la même foi. Lô 
Sauveur Ta dit : « Toal est possible à celui qui 
croit (i). » Aussi l'Eglise met-elle sur nos lèvres 
aujourd'hui cette formule aussi belle et profonde 
que concise : « Que votre grâce, Seigneur, nous 
prévienne et nous suive toujours, et qu'elle nous 
rende sans cesse appliqués aux bonnes œuvres. » 

V. Dix-septième dimanche. — C'est aujour- 
d'hui le Dimanche du grand commandement de l'amour. 
La liturgie tient ainsi à nous rappeler de nouveau, 
pendant ce temps de pèlerinage, tout ce qui consti- 
tue l'essentiel de la vie chrétienne tant au point de 
vue de la foi que de la pratique. 

i. L'évangile (2). — Voici un épisode de la lutte 
hypocrite des pharisiens contre Jésus, comme nous 
en avons tant vu pendant le carême. L'évangile 
comprend deux parties : dans la première, Jésus 
est interrogé, mais il évente le piège qu'on lui ten- 
dait ; dans la seconde, il interroge à son tour et 
laisse ses ennemis sans parole. 

Les pharisiens, ayant appris que le Sauveur ve- 
nait de réduire au silence les sadducéens relative- 
ment à la résurrection, députent un docteur de la 
loi, qui dit au Sauveur pour le tenter : « Maître, 
quel est le plus grand commandement de la loi ! » 
Jésus répond en résumant le Décalogue : « Ta 
aimeras le Seigneur Ion Dieu de tout ton cœur, de 
toute tonàmeel de tout tonesprit, » C'est là, dit-il, le 
plus grand et le premier commandement : il résu- 
me tous nos devoirs envers Dieu. « Le second lui 
est semblable : u Tu aimeras ton prochain comme 
toi-même ; » il résume tous nos devoirs envers le 

I. Marc, IX, 22. — 2. Matih., xxii, 35-4G. ■ 



DIX-SEPTIÈME DIMANCHE 53 



prochain. Puis il a soin de faire remarquer qu'à ce 
double commandement se rattachent toute la loi et 
les Prophètes. Impossible en moins de mots de 
condenser toute la substance du Décalogue, ei d'en 
faire ressortir le principe fondamental, vivifiant et 
salutaire, Tamour ; impossible aussi de faire mieux 
entendre à un pareil questionneur qu'ils ne prati- 
quent, lui et ses semblables, ni l'un ni l'autre de ces 
deux commandements, le premier ne pouvant être 
observé qu'à la condition d'observer le second. 

A son tour, Jésus pose une question capitale rela- 
tive à la foi : « Que vous semble du Christ ? De qui 
est'ilfils ? » — (( De David, » répondent-ils. Cela 
ne suffisait pas, car le Christ n'est pas seulement 
homme, il est Dieu. Et c'est pour prouver que le 
Christ est Dieu, que le Sauveur recourt à David lui- 
même. « Comment donc, dit-il, David, inspiré d'en 
haut, Vappelle-t'il Seigneur en disant : « Le Seigneur 
a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite jus- 
qu'à ce que je fasse de tes ennemis l'escabeau de 
mes pieds ') » Si donc David V appelle Seigneur, com- 
ment est-il son fils ? » L'argument était sans répli- 
que. En effet, le psaume auquel est emprunté ce 
passage révèle la royauté du Christ sur la terre 
et dans le ciel, sa génération éternelle, son sacer- 
doce et son sacrifice, sa qualité de juge souverain. 
Aussi, ajoute l'Evaiigéliste, nul ne pouvait lui ré- 
pondre. Pareille mésaventure, nous l'avons vu, 
était arrivée aux pharisiens dans l'évangile de di- 
manche dernier au sujet de la question de savoir 
si l'on peut guérir un homme un jour de sabbat. 
Décidément les questions insidieuses qu'ils posaient 
à Jésus leur réussissaient aussi peu qu'aux saddu- 
céens ; mais la leçon leur restait inutile, tant ils 
étaient aveuglés par l'orgueil et la haine. 



54 LE CATÉCHISME ROMAIN 

2. L'épître (i). — L'une des formes du second 
commandement est la mansuétude, la patience, le 
support mutuel. Et c'est là ce que recommande 
saint Paul en faveur de l'unité qu'il ne faut rom- 
pre à aucun prix. « Je vous prie donc instamment, 
écrit-il aux Ephésiens, d'avoir une conduite digne 
de la vocation à laquelle vous avez été appelés, en 
toute humilité et douceur, avec patience, vous sup- 
portant mutuellement avec charité, vous efforçant 
de conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix. 
Il n'y a qu'un seul corps et un seul Esprit, comme 
vous avez été appelés par votre vocation à une 
même espérance. Il n'y a qu'un Seigneur, une foi, 
un baptême, un Dieu père de tous, qui est au-dessus 
de tous, qui agit pour tous, qui est en tous. » A ce 
texte de saint Paul, l'Eglise, en manière de conclu- 
sion, a ajouté cette expression de louange : Qui 
benedlctas in sœcala sœcaloram. Amen, qui forme la 
doxologie des accents inspirés du grand Apôtre. 
L'allusion à Vappel de Dieu, à la vocation, corres- 
pondait, à titre explicatif, au passage évangélique 
qu'on lisait jadis à pareil jour, où il est question de 
l'invita tîon aux noces : Qaani vocalus faeris. 

3. La collecte, — Quoique paraissant étrangère 
aux enseignements qu'on trouve dans les lectures 
de ce jour, la collecte se rattache pourtant à l'évan- 
gile ; car, en nous faisant demander à Dieu d'éviter 
la contagion du diable, elle vise le grand obstacle, 
qui s'oppose à la pratique de l'amour de Dieu et du 
prochain, c'est-à-dire à l'accomplissement intégral 
de la loi évangélique. « Accordez à votre peuple, 
nous vous en supplions, Seigneur, d'éviter le contact 
du diable et de vous suivre d'un cœur pur comme 
le seul Dieu. » 

I. Eph., IV, 1-6. 



QUATRE-TEMPS d'aUTOMNE 55 

IL Les Quatre-Temps 
de rAutomne 

Une observation s'impose tout d'abord, c'est que 
la place des Quatre-Temps dans le missel romain à 
la suite du xvii^ dimanche n'est pas une place 
fixe dans la série des dimanches après la Pentecôte. 
Ceux-ci, en effet, avancent ou reculent selon la date 
de Pâques, tandis que les Quatre-Temps d'automne 
son invariablement fixés aux mercredi, vendredi et 
samedi, qui suivent la fête de VExallationde la sainte 
Croix du i4 septembre. Ces Quatre-Temps d'au- 
tomne tombent au plus tôt le t5, 17 et 18 septem- 
bre, et au plus tard le 21, 28 et 24 du même mois ; 
ils ne varient donc que d'une semaine tout au plus. 
Au contraire, les dimanches après la Pentecôte peu- 
vent avancer ou reculer de plusieurs semaines. Il 
est donc assez rare que les Quatre-Temps se célè- 
brent après le xvii® dimanche; ils se célèbrent au 
plus tôt après le xiii® dimanche, au plus tard après 
le xviii^. 

Observons encore que toutes les pièces liturgi- 
ques de ces Quatre-Temps sont exactement les 
mêmes aujourd'hui que celles qu'on trouve indi- 
quées, soit dans le Cornes Ilieronymi (i) pour les 
lectures, soit dans l'antiphonaire grégorien (2) pour 
les chants, soit enfin dans le sacramentaire de saint 
Grégoire (3) pour les prières. C'est dire leur véné- 
rable antiquité ; l'Eglise n'y a pas introduit la 
moindre modification. Elles ont trait à l'ordination 
des clercs et à la pratique du jeûne et de la péni- 
tence. 

I. Dans Pamélius, Liiargica, Cologne, 1671, t. 11, p. /Ig-Do. 
— 2. Dans Pamélius, Ibid,, p. 169-170. — 3. Dans Pamélius, 
Ibid., p. 341-343. 



56 LE CATÉCHISME ROMAIN 

1. Allusion à l'ordination. — i. Le mercredi, — 
Ce jour-là, on lit deux épîtres ; cela rappelle le jour 
où les ordinands subissaient jadis leur examen 
d'admission. L'introït (i) les invite à faire retentir 
des chants d'allégresse et des cris de joie en Thon- 
neur de Dieu. Le graduel qui suit la première 
épître montre Dieu relevant le malheureux de la 
poussière et retirant le pauvre du fumier (2) ; c'est 
une allusion aux clercs que Dieu choisit le plus sou- 
vent dans les plus humbles familles. Dans le gra- 
duel qui suit la seconde épître, le prophète s'écrie : 
<( Heureuse la nation dont Jéhovah est le Dieu ! 
Heureux le peuple qu'il a choisi pour héritage (3) ! )> 
C'est à ce peuple que Dieu prépare des ministres char- 
gés de méditer sur la loi de Dieu, d'aimer les com- 
mandements, comme le rappelle l'offertoire (/i), 
pour en assurer chez les autres la pratique fidèle. 

2. Le vendredi. — Dès l'introït (5), les nouveaux 
élus du Seigneur sont invités à rechercher Jéhovah 
et sa face, à le célébrer, à invoquer son nom et à 
faire connaître ses grandes œuvres. Aussi chantent- 
ils à l'offertoire : (( Mon âme, bénis Jéhovah et n'ou- 
blie pas ses nombreux bienfaits. Ta jeunesse renou- 
velée a la vigueur de l'aigle (6). » 

3. Le samedi. — La messe comprend six lectures 
avant l'évangile. C'est dans l'intervalle de ces lec- 
tures que se fait l'ordination des clercs tonsurés, 
des minorés, des sous-diacres et des diacres. L'épî- 
tre (7) évoque très opportunément le souvenir du 
temple et du ministère juif. En tout temps les prê- 
tres pouvaient entrer dans le sanctuaire pour le 
service du culte ; mais le Saint des saints leur res- 
tait interdit. Seul, une fois par an, avec du sang 

I. Ps., LXXX. — 2. Ps., CXII. — 3. Ps., XXXII, 12. — 4- Ps.y 

cxviii, 47, 48. — 5. Ps., Giv, 1,2. — 6. Ps.y en, i, 2, 5. — 'j.Hebr., 
IX, 2-12. 



QUATRE-TEMPS d'aUTOMNE Bj 

offert pour lui-même et pour les péchés du peuple, 
le grand prêtre pouvait en franchir le seuil. Mais 
tout cela n'était que la figure d'une réalité plus 
haute. En effel, « le Christ ayant paru comme 
gr-and prêtre des biens à venir, c'est en passant par 
un tabernacle plus excellent et plus parfait, qui 
n'est pas construit de main d'homme, et ce n'est 
pas avec le sang des boucs et des taureaux, mais 
avec son propre sang, qu'il est entré une fois pour 
toutes dans le Saint des saints, après avoir acquis 
une rédemption éternelle. » 

L'évangile, qui suit (i), concerne encore en par- 
tie les ordinands, qui sont priés de ne pas être sté- 
riles comme le figuier, et de ne pas s'absorber dans 
les soins terrestres comme la femme courbée depuis 
dix-huit ans, que le Sauveur guérit un jour de 
sabbat. Il se rattache d'autre part à la série des 
leçons données par Jésus aux scribes et aux phari- 
siens dans quelques-uns des dimanches après la 
Pentecôte, notamment le xvi^. Cette fois, c'est le 
chef d'une synagogue qui trouvait mauvais qu'on 
guérît quelqu'un un jour de sabbat. « Hypocrite, lui 
répondit le Seigneur, est-ce que chacun de vous, le 
jour du sabbat, ne détache pas de la crèche son bœuj 
ou son âne pour le mener boire ? » 

II. Pratiques de pénitence. — i. Ce qui les mo- 
tive, — Dans leur ensemble, les pièces liturgiques 
visent surtout la pratique du jeûne et de la mortifi- 
cation, l'institution du jeûne au septième mois. 
C'est, en effet, l'époque de l'année, où la récolte des 
moissons et la cueillette des fruits invitent à une 
joie légitime mais aussi à une vive reconnaissance 
envers Dieu, puisque c'est de Dieu que nous tenons 

I. Lmc, XIII, 6-17. 



58 LE CATÉCHISME ROMAIN 

ces fruits et ces moissons. Or, Dieu a voulu précisé- 
ment que la pénitence vînt tempérer la joie de 
Tautomne, non seulement à titre d'expiation pour 
les fautes passées, mais encore à titre de sage pré- 
caution contre les dangers nouveaux. C'est pour- 
quoi la liturgie a choisi les passages de l'Ecriture 
qui ont trait à cette pratique de mortification. Le 
mercredi, elle fait lire un passage d'Âmos (i) et un 
autre d'Esdras (2). Dans le premier, relatif au réta- 
blissement du peuple de Dieu dans l'héritage d'où 
il était déchu, on lit : a Voici que des jours vien- 
dront où le laboureur joindra le moissonneur et où 
celui qui foule le raisin joindra celui qui répand la 
semence. » Dans le second, on voit Esdras, après le 
retour de la captivité, donnant au peuple assemblé 
devant la porte deTeau, le premier jour du septième 
mois, la lecture et l'explication de la loi. Or le choix 
de ce jour et de ce mois s'explique, parce que ce 
jour-là, d'après le Lévitiqae (3), était un jour de 
repos solennel et de sainte assemblée, et parce que 
ce mois-là était le mois de la fête des Expiations, 
célébrée le dixième jour (4), et de celle des Taber- 
nacles, qui commençait le quinzième jour après la 
moisson et se poursuivait pendant sept jours con- 
sécutifs (5). Jeûne joyeux que celui-là, comme le 
rappelle le prophète Zacharie (6) : « Le jeûne du 
quatrième mois, le jeûne du cinquième, le jeûne du 
septième et le jeûne du dixième mois deviendront 
pour la maison de Juda des jours de réjouissance et 
d'allégresse, des solennités joyeuses. >) Il n'en peut 
pas être autrement pour les nouveaux enfants de 
Dieu, les baptisés : eux aussi, à l'exemple des Juifs, 

I. AmoSf IX, i3-i5. — 2. II Esdras, viii, i-io. — 3. Levit,, 
xxMi, 24. — 4. Levit.f XXIII, 26-32, première leçon du samedi. 
— 5. Levit,, xxiii, 39-43, deuxième leçon du samedi. — 6. Zach,, 
VIII, i^-ig. 



QUATRE-TEMPS d'aUTOMNE Bq 

auront leurs jeûnes pour sanctifier les saisons de 
l'année, et Tautomne est Tune de ces saisons. 

Le choix de l'évangile du mercredi (i) est parti- 
culièrement significatif. Il y est question de la gué- 
rison de l'enfant possédé. C'est d'abord pour mon- 
trer la valeur de la foi, car le Sauveur dit au père 
de l'enfant : « Si vous pouvez croire, lotit est possible 
à celai qui croit, » Et le père de répondre tout en 
larmes : « Je crois. Seigneur, venez au secours de 
mon incrédulité. » C'est ensuite pour donner aux 
disciples, qui s'étonnaient de n'avoir pu chasser 
Fesprit du possédé, cette leçon: a Ce genre de dé- 
mon ne peut être chassé que par la prière et le jeune. » 

2. Le repentir et la conversion. — Le jeûne et la 
pénitence ont donc leur raison d*être, à cette saison 
de l'année ; mais ce que Dieu prise par dessus tout, 
c'est le regret des fautes, la conversion du cœur. A 
quoi servirait, en effet, de mortifier son corps, si 
on ne libère pas son âme des liens du péché, si on 
ne retourne pas sincèrement à Dieu ? Le pharisien 
orgueilleux jeûnait bien deux fois par semaine, 
mais il ne restait pas moins pécheur. Aussi la 
liturgie a-t-elle inséré dans ces Quatre-Temps de 
l'automne trois passages fort suggestifs. 

Le premier est emprunté à Osée (2) : irsert d'épt- 
tre au vendredi. Le prophète exhorte le peuple 
d'Israël à se convertir, parce que son iniquité est la 
cause des maux dont il souffre. Il lui suggère ce 
qu'il faut dire au Seigneur pour être guéri et sauvé, 
et il promet la miséricorde divine à quiconque se 
repent et se convertit. 

Le second est tiré de saint Luc et sert d'évangile 
au vendredi (3) : c'est la scène touchante de la 
pécheresse publique aux pieds de Jésus dans la 

I. Marc, IX, 16-28. — 2. Osée, xiv, 2-9. — 3. Luc, vu, 36-5o. 



60 LE CATÉCHISME ROMAIN 

maison du pharisien. Portant un vase d'albâtre 
plein de parfums, cette femme s'approcha humble- 
ment de Jésus : elle se mit à arroser ses pieds de ses 
larmes et à les essuyer avec les cheveux de sa tête; 
elle les baisait et les oignit de parfum. Grand scan- 
dale chez le pharisien ; magnifique justification de 
la pécheresse repentie par Jésus qui dit à son hôte : 
(( Je te le déclare, ses nombreux péchés lai sont par- 
donnés, parce qu'elle a beaucoup aimé. » Puis il dit à 
la femme: « Tes péchés te sont pardonnes. » Et ceux 
qui étaient à table avec lui se mirent à. dire en eux- 
mêmes : (( Quel est celui qui remet même les pé- 
chés ? » Mais Jésus dit à la femme : a Ta foi Va sau- 
vée, va en paix. » 

Le troisième est emprunté à Michée (i). Le pro- 
phète célèbre les grandes miséricordes de Dieu à 
l'égard de ceux qui reviennent à lui. « Quel Dieu 
est semblable à vous, qui ôtez l'iniquité et qui ou- 
bliez la transgression du reste de votre héritage.^ 
Il ne garde pas toujours sa colère, car il prend plai- 
sir à faire grâce. Il aura encore pitié de nous, il 
mettra encore sous ses pieds nos iniquités. Vous 
jetterez au fond de la mer tous leurs péchés. Vous 
ferez voir à Jacob votre fidélité, à Abraham la misé- 
ricorde que vous avez jurée à nos pères dès les jours 
anciens. )> 

III. Pratique. — A tant de titres et pour de si 
beaux motifs, le jeûne des Quatre-ïemps de l'au- 
tomne doit être accepté et pratiqué allègrement. 

Les jeûnes d'initiative privée ont certes leur mé- 
rite ; mais rien ne vaut encore les jeûnes prescrits 
par l'Eglise, car l'Eglise les revêt de sa dignité 
même et de sa puissance de propitiation. C'est ce 

I. Michee, vu, i6, 18-20 ; c'est la trcjfisième leçon du samedi. 



QUATRE-TEMPS d'aUTOMNE 6i 



que faisait justement remarquer le pape saint Léon 
le Grand, au v^^ siècle, u L'observance réglée d'en 
haut, disait-il (i), l'emporte toujours sur les prati- 
ques d'initiative privée, quelles qu'elles puissent 
être ; la loi publique rend l'action plus sacrée que 
ne peut faire un règlement particulier. La mortifi- 
cation que chacun s'impose à son gré, ne regarde, 
en effet, que l'utilité d'une partie et d'un membre; 
le jeûne qu'entreprend l'Eglise tout entière ne 
laisse, au contraire, personne à part de la purifica- 
tion générale ; et c'est alors que le peuple de Dieu 
devient tout-puissant, quand les cœurs de tous 
s'unissent dans l'unité de la sainte obéissance, et 
que, dans le camp de l'armée chrétienne, les dispo- 
sitions sont pareilles de tous côtés, et la défense la 
même en tous lieux. Voici donc, aujourd'hui, que 
le jeûne solennel du septième mois nous invite à 
nous ranger sous la puissance de cette invincible 
unité... La rémission des péchés s'obtient sans 
peine, quand toute l'Eglise se réunit dans une seule 
prière et une seule confession. Si Yk Seigneur pro- 
met d'octroyer toute demande au pieux accord de 
deux ou trois, que refusera-t-il à tout un peuple 
innombrable, poursuivant à la fois une même pra- 
tique et priant dans l'accord d'un même esprit.^ 
C'est une grande chose devant le Seigneur, un 
spectacle infiniment précieux, quand tout le peuple 
de Jésus-Christ s'applique ensemble aux mêmes 
offices, et que, sans distinction de sexe et de condi- 
tions, tous agissent d'un même cœur. » 

L'effort étant général et unanime, les avantages 
en rejaillissent nécessairement sur toute l'Eglise. 
L'Eglise est un corps ; elle cherche le bien de 
tous ; elle veut la sanctification de tous et elle 

I. Serm. m, De jej. sept, mensis. 



62 LE CATÉCHISME ROMAIN 

demande à tous de collaborer, par le jeûne, la 
prière, la mortification et l'aumône au bien géné- 
ral. Et puisque la liturgie a fixé les ordinations 
au samedi des Quatre-Temps, quel intérêt plus 
puissant que celui-là pourrait porter tous les fidè- 
les à demander à Dieu de bons et de saints prêtres ? 
Hélas ! on ne s'en préoccupe pas assez ; on veut bien 
bénéficier des avantages spirituels qui se trouvent 
dans l'Eglise, mais on ne consent guère à apporter 
la moiudre collaboration à ce régime d'édification 
et de sanctification mutuelle. Il n'y a plus que de 
rares privilégiés, humbles parmi les plus humbles, 
mais possédant la véritable intelligence du cœur, 
pour avoir la délicatesse, l'empressement et la géné- 
rosité qui font embrasser avec joie des pénitences 
tant redoutées par le plus grand nombre. 

IIÎ. Les derniers dimanches 
après la Pentecôte 

I. Dix-huitième Dimanche. — Domiiiica vacat, 
disait-on au moyen âge pour le dimanche qui sui- 
vait les Quatre-Temps. La messe actuelle du xviii^ 
dimanche pourrait bien être celle de ce dimanche- 
là. En effet, par une exception assez rare, l'antienne 
de l'introït, qui servait d'ordinaire à désigner cha- 
que dimanche, n'est pas empruntée aux psaumes (i), 
mais à V Ecclésiastique (2) : c'est l'antienne I)a pacem, 
où l'on demande à Dieu la paix et aussi que ses 
prophètes soient trouvés véridiques. Suit le psaume : 
(( J'ai été dans la joie, quand on m'a dit : Allons à 

I. L'antienne de Tintroït des dimanches après la Pentecôte 
est tirée des psaumes dans leur succession numérique : xn^, 

XVI1% XXIV , XX\l% XXVll^ XLVI', XI.Vll , LUI , L1V>. 1.XVU^ LX1X% 

Lxxiii% Lxxxiu% Lxxxv, cxviir. — 2. ElcIL, XXXVl, i8. 



DlX-HUITlÊME DIMANCHE 63 

la maison de Jéhovah (i). » N'y aurait-il pas là une 
double allusion aux nouveaux prêtres introduits 
dans le sanctuaire de Dieu ? — Et les lectures de 
l'épître ? Empruntées jusqu'ici depuis le vi^ diman- 
che aux lettres de saint Paul dans l'ordre même de 
leur insertion dans le Nouveau Testament (2), leur 
suite régulière se trouve interrompue aujourd'hui. 
L'épître aux Ephésiens, qui a déjà servi pour le 
xvi'' et xvu^ dimanches, et qui servira encore pour 
le xix% XX' et xxi"^, cède la place à un passage de la 
première épître aux Corinthiens, oii l'Apôtre rend 
grâce à Dieu de l'abondance des dons gratuits 
accordés à l'église de Gorinthe. N'est-ce pas là une 
allusion nouvelle aux dons merveilleux que le 
sacrement de Tordre vient de conférer aux prêtres? 
— Et enfin Tévangile, oii il est question du pouvoir 
de remettre les péchés, l'offertoire qui rappelle l'au- 
tel figuratif dressé par Moïse pour recevoir les obla- 
tions et otTrir les sacrifices, et la communion, où 
on chante : « Apportez l'offrande, venez dans ses 
parvis ; prosternez-vous devant Jéhovah dans son 
saint parvis (3), » conviennent si bien à un lende- 
main d'ordination, où de nouveaux prêtres ont 
reçu le pouvoir de remettre les péchés et d offrir le 
sacrifice de la loi nouvelle, que l'hypothèse dont 
nous parlons est au moins fort vraisemblable (4). 

I. Véoangile (5). — Quoi qu'il en soit de l'hypo- 
thèse proposée et du changement survenu dans les 

I. Ps., Gxxi, 1. — 2. Depuis l'épître aux Romains jusqu'à 
l'épître aux Golossiens inclusivement. — 3. Ps., xcv, 8. — 
li. Remarquons cependant que les prières marquées dans le 
sacramentaire grégorien, dans Pamélius, Litarglca, t. 11, 
p. 343, ne sont pas celles du xvup dimanche ni d'aucun des 
dimanches après la Pentecôte ; et rappelons que celles du 
xviir dimanche, Litarglra, t. 11, p. 4 12, sont actuellement au 
xvIl^ — 5. Malth., ix. 1-8. 



64 LE CATECHISME ROMAIN 

lectures de ce dimanche depuis le xii^ siècle (i), 
vaici rexplication de l'évangile actuel. Le Sauveur 
vient de traverser le lac de Tibériade à son retour 
du pays des Géraséniens. A peine a-t-il mis pied à 
terre qu'on lui présente un paralytique étendu sur 
son lit. Voyant la foi de ceux qui le portent, il dit 
au malade : « Mon fils, aie confiance, les péchés te 
sont remis. » Ce n'est point le corps, c'est Tâme 
qu'il guérit. « Cet homme blasphème, » se disaient 
en eux-mêmes les scribes. Jésus, connaissant leurs 
secrètes pensées, leur dit : « Pourquoi pensez-vous le 
mal dans vos cœurs ? Lequel est le plus aisé de dire : 
« Tes péchés te sont remis, y) ou dédire: u Lève-toi 
et marche, )) Or, afin que vous sachiez que le Fils de 
r homme a sur la terre le pouvoir de remettre les pé- 
chés, (( Lève-loi, dit-il au paralytique, />re/id9 ton lit, 
et va dans ta maison, » Le paralytique se leva et s'en 
alla. La multitude, témoin de ce prodige, fut saisie 
de crainte et rendit gloire à Dieu. 

Voilà une fois de plus les scribes confondus et la 
foule toujours reconnaissante ; mais cette fois, aux 
miracles ordinaires le Sauveur ajoute un acte qui 
n'appartient qu'à Dieu, celui de remettre les pé- 
chés, il prouve par là même que le « Fils de l'hom- 
me » est le « Fils de Dieu. » La conclusion est 
rigoureuse, mais les scribes s'obstinèrent à ne pas 
l'admettre et à poursuivre leurs ténébreuses entre- 
prises. 

I. Du temps de Rupert, De div. offic, xii, i8, on lisait à 
pareil jour le passage évangélique où il est question des scri- 
bes et des pharisiens assis dans la chaire de Moïse; ce passage 
a été fixé depuis au mardi de la seconde semaine de carême ; 
de même du temps de Durand, RatiGnaie, 1. VI, c. cxxxv. C'est 
aujourd'hui le récit de la guérison du paralytique d'après saint 
Matthieu, récit déjà utilisé, mais d'après saint Luc, le ven- 
dredi des Quatre-Temps de la Pentecôte. 



DIX-HUITIÈME DIMANCHE 65 

2. Vépîlre (i). — « Je rends à mon Dieu, écri- 
vait saint Paul aux Corinthiens, de continuelles 
actions de grâces à votre sujet, pour la grâce de Dieu 
qui vous a été faite en Jésus-Christ. Car par votre 
union avec lui, vous avez été comblés de toutes sor- 
tes de richesses, en toute parole et en toute connais- 
sance, le témoignage du Christ ayant été solidement 
établi parmi vous, de sorte que vous ne le cédez à 
personne en aucun don de grâce, attendant avec 
confiance la révélation de Notre Seigneur Jésus- 
Christ. 11 vous affermira aussi jusqu'à la fin, pour 
que vous soyez irréprochables, au jour de Notre 
Seigneur Jésus-Christ. » 

Ce passage qui, avec celui du pouvoir de remettre 
les péchés dont il a été question dans l'évangile, 
convient assez bien à un lendemain d'ordination 
par le rappel des dons gratuits de Dieu, a l'avantage 
d'évoquer déjà la pensée du dernier avènement : 
Le tableau de la fin des temps paraîtra dans l'évan- 
gile du dernier dimanche après la Pentecôte ; mais 
il était bon que la pensée du dernier avènement fût 
rappelée d'avance pour ranimer dans ceux qui lut- 
tent en plein pèlerinage, les sentiments de la crainte 
et de l'espérance ; car rien ne vaut pour secouer la 
torpeur et redoubler le courage au milieu des épreu- 
ves, des tribulations et des luttes, comme la pensée 
de l'enfer à éviter, du ciel à conquérir. 

3. La collecte. — Une telle perspective aurait ce- 
pendant de quoi nous effrayer, si nous étions aban- 
donnés à nos seules forces ; heureusement la grâce 
de Dieu est là, à notre portée ; nous n'avons qu'à la 
solliciter avec une humble confiance, prêts à y cor- 
respondre fidèlement pour pouvoir plaire à Dieu. 
<c Nous vous en supplions, Seigneur, que l'action de 

I. I Cor., I, 4-8. 

IB CATÉCHISME. — T. VIII. «: 



66 LE CATECHISME ROMAIN 

votre miséricorde dirige nos crx'urs, parce que sans 
vous nous ne pouvons pas vous plaire. » 

II. Dix-neuvième Dimanche. — D'après l'évan- 
gile qu'on lisait de leur temps, Rupert (i) et Du- 
rand (2) appelaient ce dimanche le Dimanche du 
paralytique. C'est aujourd'hui le Dimanche des con- 
viés aux noces , 

I. L'évangile (3). — C'est pour la troisième fois 
que, dans la série des lectures des dimanches après 
la Pentecôte, paraît l'image du hanquet ; le second 
dimanche, c'était à propos d'un grand repas ; le 
seizième, à propos de l'invitation aux noces; aujour- 
d'hui, au sujet des noces elles-mcmes, un roi célé- 
brant les noces de son fils. Mais nous apprenons que 
le royaume du ciel est semblable à ce roi. C'est 
donc, sous forme d'allégorie, le mystère de l'appel 
des créatures humaines aux noces du Verbe éternel. 
Cette fois encore, des invités se récusent, s'en allant 
l'un à son champ, l'autre à son négoce ; mais quel- 
ques-uns se saisissent des messagers, les injurient 
et les tuent. Le roi, dans sa colère, fait exterminer 
les meurtriers et brûle leur ville. Ceci rappelle d'une 
part l'étrange conduite des Juifs à l'égard des pro- 
phètes et du Sauveur lui-même, et, d'autre part, la 
ruine de Jérusalem qui en fut le châtiment. 

La table est donc dressée : le festin est prêt, le 
repas aura lieu et la salle sera remplie de convives 
appelés de tous les carrefours. Mais voici un mys- 
tère nouveau. Comme le roi pénètre dans la salle 
pour visiter ses invités, il aperçoit un homme qui 
ne portait point la robe nuptiale, a Mon anii^ lui 
dit-il, comment es-la rentré sans avoir une robe de 

1, De div. ojfic, xii, 19. — 2. Railonale, 1. VI, c. cxxxvi. — 
3. Matth., XXII, i-i4. 



DIX-NEUVIÈME DIMANCHE 67 

noces ? » L'interpellé resta muet ; il n'avait point 
d'excuses à faire valoir, car le moins était que, par 
la correction de sa mise, il se montrât digne de 
s'asseoir au banquet. Alors le roi dit à ses servi- 
teurs : (( Liez-lai les mains el les pieds, et jetez-le dans 
les ténèbres extérieures ; c'est là qu'il y aura des pleurs 
et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d'ap- 
pelés et peu d'élus. » 

(( Tout ce qui précède, dans les dimanches qui 
viennent de s'écouler, nous a montré l'Eglise sou« 
cieuse uniquement de préparer l'humanité à ces^ 
noces merveilleuses, dont la célébration est le seul 
but qu'ait poursuivi le Verbe divin en venant sur 
la terre. Dans son exil, qui se prolonge, l'Epouse du 
Fils de Dieu nous est apparue comme le vivant 
modèle de ses fils ; mais elle n'a point cessé non 
plus de les disposer par ses instructions à l'intelli- 
gence du grand mystère de l'union divine. Il y a 
trois semaines, abordant plus directement qu'elle 
ne l'avait fait jusque là le sujet de son unique pré- 
occupation de mère et d'Epouse, elle lui rappelait 
l'appel ineffable. Huit jours plus tard, par ses soins^ 
l'Epoux des noces auxquelles on les conviait se ré- 
vélait à eux dans cet Homme-Dieu devenu l'objet 
du double précepte de l'amour qui résume toute la 
loi. Aujourd'hui, l'enseignement est complet (i). )> 
Il est complet, dans ce sens que le plan de Dieu, 
qui est d'introduire ses élus dans le ciel et de Ie& 
admettre à la félicité éternelle, symboliquement re- 
présentée par un festin de noces, nous est suffisam- 
ment notifié ; il Test encore dans cet autre sens que 
ceux qui auront refusé de se rendre à Tinvitation ou 
qui, par leur faute, auront été exclus du banquet, 
seront sévèrement punis. Déjà, dans l'épître de 

I. Guéranger, Le temps après la Pentecôte, t. 11, p. 477. 



68 LE CATÉCHISME ROMAIN 

dimanche dernier, une allusion avait été faite au 
« jour de Notre Seigneur. » L'évangile d'aujour- 
d'hui apporte une précision de plus, en parlant des 
c( ténèbres extérieures, oîi il y aura des pleurs et 
des grincements de dents. » Pendant que les uns 
jouiront des faveurs divines, si libéralement offertes 
et en somme si facilement obtenues, les autres souf- 
friront pour avoir été de parti pris dédaigneux, 
ingrats, ou négligents jusqu'à Tincorrection. Beau- 
coup d'appelés, peu d'élus, c'est là une allusion au 
mystère de la prédestination. Mais quelle que soit 
l'interprétation à donner de ce texte sur le plus ou 
moins grand nombre des élus, une leçon d'humi- 
lité, d'abandon filial à la Providence et de docilité 
complète aux invitations de Dieu s'en dégage, dont 
il importe à chacun de faire son profit. 

2. Vépîlre (i). — La liturgie reprend aujourd'hui 
la suite de Pépître aux Ephésiens, interrompue 
dimanche dernier. On y trouve quelques conseils 
de l'Apôtre, entre autres celui de se renouveler soi- 
miême intérieurement et de revêtir l'homme nou- 
veau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté 
véritables. Dans le langage de saint Paul, on entend 
ce que cela veut dire : il s'agit de se dépouiller de 
l'homme de péché que nous sommes, de nous con- 
former à Fhomme nouveau qu'est le Christ, de 
penser, de vouloir et d'agir comme lui, en un mot 
de le « revêtir » et de le reproduire. A ce compte, 
d'où qu'il soit appelé, le chrétien est assuré de pos- 
séder la vraie robe nuptiale. De plus, devenu parle 
baptême membre du corps mystique du Sauveur, il 
doit en respecter et maintenir l'unité, notamment 
en s'abstenant du mensonge et de la colère, en ne 
donnant plus accès au diable, en ne dérobant plus, 

I. Eph., IV, 23-28. 



VINGTIÈME DIMANCHE 69 

mais en travaillant de ses mains à quelque honnête 
ouvrage afin d'avoir de quoi donner à celui qui est 
dans le besoin. Conseils excellents à suivre en tout 
temps, mais dont la rigoureuse pratique s'impose à 
quiconque veut s'asseoir au banquet eucharistique 
et prendre part aux noces éternelles. 

3. La collecte. — C'est bien la prière qui convenait 
à l'évangile da paralytique, puisqu'on y demande à 
Dieu d'être dégagé quant à l'âme et quant au corps 
pour vaquer plus librement à son service ; mais elle 
est toujours opportune, parce qu'on n'a jamais com- 
plètement réussi à dépouiller le vieil homme et à 
revêtir l'homme nouveau, dont il est question dans 
l'épître d'aujourd'hui. « Dieu tout-puissant et 
miséricordieux, éloignez de nous dans votre bonté 
tout ce qui nous serait contraire, afin que, dégagés 
en même temps dans le corps et dans l'âme, nous 
puissions vaquer d'un cœur dispos à votre service, n 

111. Vingtième Dimanche. — Du temps de 
Rupert (i) et de Durand (2), où on lisait l'évangile 
de dimanche dernier, les liturgistes voyaient dans 
le repas des noces la réprobation des juifs et la 
vocation des gentils. Mais, disaient-ils, le peuple 
juif doit revenir un jour, et la messe de ce xx^ di- 
manche donne un avant goût de ce retour, que 
saint Paul compare à une résurrection (3). Elle 
contient, en effet, dans ses chants, des accents de 
repentir qui assureront à la nation juive la grâce du 
pardon. « Nous avons péché contre vous. Seigneur, 
et nous n'avons pas obéi à vos ordres ; mais donnez 
gloire à votre nom, en agissant avec nous selon la 
multitude de vos miséricordes (4). » — « Au bord 

I. De div. offic, xii, 20. — 2. Rationale, l.VI, c. cxxxvir. — 
3. Rom., XI, i5. — 4. Introït emprunté quant au sens à Daniel, 
III, 2G-42. 



70 LE CATECHISME ROMAIN 

des fleuves de Babylone, nous élions assis et nous 
pleurions, en nous souvenant de Sion (i). » Par 
contre, le graduel (2) et la communion (3) sont des 
cris de reconnaissance et d'amour tels que les gen- 
tils, réunis déjà dans la salle du festin, peuvent en 
pousser pour traduire leur joie. Cette joie sera celle 
des juifs convertis. Mais aujourd'hui ce passage de 
saint Matthieu est passé au dimanche précédent ; on 
lit la guérison de l'enfant de l'officier de Caphar- 
naûm. 

1. L'évangile (4). — Le Sauveur revenait à Cana, 
lorsqu'un officier du roi vint le j^rier de descendre 
pour guérir son enfant qui était à la mort. Jésus lui 
dit : (( SI vous ne voyez des signes et des prodiges, 
vous ne croyez point. » L'officier croyait bien pour- 
tant à la puissance miraculeuse du Sauveur, puis- 
qu'il s'adressait à lui ; mais il estimait sa présence 
nécessaire, ce qui était l'indice d'une foi imparfaite. 
Or, c'est une foi sans condition que réclame Jésus. 
Il se contente donc de dire à Tofficier : u Va, ton 
fils est plein de vie. » L'officier n'hésite pas, il rentre 
chez lui. Or, avant même d'arriver, des serviteurs 
accourus à sa rencontre lui apprennent que son 
fils est vivant. Ayant demandé à quelle heure il 
s'était trouvé mieux, il reconnut que c'était bien 
l'heure oii Jésus lui avait dit : « Ton fils est plein 
dévie. )> Et il crut, lui et toute sa maison. C'est ici 
un exemple nouveau de la puissance de la prière, 
inspirée parla foi, même quand celte foi est impar- 
faite et intéressée, pourvu qu'on soit disposé à une 
obéissance prompte et résolue. Le succès obtenu 
doit augmenter la foi et la rendre parfaite. 

2. L'épîlre (5). — Le passage d'aujourd'hui con- 

. 1. C'est rofîertoire : Ps., cxxxvi, i. — 2. Ps., cxliv, i5, 16. 
— 3. Ps.y cxviu, 49- — 4« Joan,, iv, 46-54. — 5. £'p/i.,v, i5-2i. 



VINGT-ET-UMEME DIMANCHE 7I 

tient quelques conseils relatifs à la prudence, au 
bon emploi du temps, à l'espérance, aux entretiens, 
à Faction de grâces, à l'union. 11 suffît de les trans- 
crire : (( Ayez soin de vous conduire avec prudence, 
non en insensés, mais comme des hommes sages ; 
rachetez le temps, car les jours sont mauvais. C'est 
pourquoi ne soyez pas inconsidérés, mais compre- 
nez bien quelle est la volonté du Seigneur. jNe vous 
enivrez pas de vin : c'est la source de la débauche ; 
mais remplissez-vous de l'Esprit-Saint. Entretenez- 
vous les uns les autres de psaumes, d'hymnes et de 
cantiques spirituels, chantant et psalmodiant du 
fond du cœur en l'honneur du Seigneur. Rendez 
continuellement grâces pour toutes choses à Dieu, 
au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. Soyez sou- 
mis les uns aux autres dans la crainte du Christ. » 
3. La collecte. — C'est la prière des pauvres pé- 
cheurs qui se tournent vers Dieu, l'auteur de tout 
bien et le vrai Père des miséricordes ; elle formule 
d'avance les sentiments des juifs pour le jour oii 
s'opérera leur conversion. (( Laissez-vous apaiser, 
Seigneur, et donnez à vos fidèles, nous vous en sup- 
plions, le pardon et la paix, afin qu'à la fois ils 
soient purifiés de toute offense et vous servent d'un 
cœur tranquille. » 

IV. Vingt-et-unième Dimanche. — L'évangile 
qu'on lisait jadis (i) est devenu celui du xx^ diman- 

T. Rupert, De d'iv. offic, xii, 21. Durand. Rafionale, 1. VI, c. 
cxxxviii,Gxxxix. voyait un lien intime entre les trois dimanches, 
xx% xxi« et xxii«. « Dimanche dernier, disait-il en parlant du 
xxi«, nous avons été avertis et instruits de nous rendre conve- 
nablement aux noces. Mais comme ces noces n'ont pas d'ad- 
versaires plus jaloux que le démon, parce qu'il en a été exclu, 
l'Eglise traite aujourd'hui de la guerre à faire au démon et de 
l'armure à revêtir contre lui. » Et ilajoute au dimanche xxii» : 
« Nul ne pouvant participer aux noces éternelles sans avoir 



72 LE CATECHISME ROMAIN 

che ; on lit aujourd'hui un passage de saint Matthieu, 
qui fait appeler ce dimanche le Dimanche de la reddi- 
tion des comptes et du pardon des injures. 

I. L'évangile (i). — Si le royaume de Dieu, 
comme nous Tavons vu dimanche dernier, est sem- 
blable à un roi qui célèbre les noces de son fils, il 
est aussi semblable à un roi qui veut régler ses 
comptes avec ses serviteurs. Parmi ces derniers il 
s'en trouve un d'insolvable, qui lui devait dix mille 
talents. Qu'on le vende, lui, sa femme, ses enfants 
et tout ce qu'il a pour acquitter sa dette, commande 
le roi. Mais le serviteur se jette à ses pieds et le con- 
jure de patienter. Le roi consent et lui remet sa 
dette. Mais, à peine sorti, le serviteur rencontre un 
de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Le 
saisissanPà la gorge, il l'étouflait, en disant : « Paie 
ce que tu dois. » Son compagnon sejetteà ses pieds 
et le supplie de patienter. Loin de l'écouter, le ser- 
viteur le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il payât la 
dette. En apprenant un tel procédé, le maître le rap- 
pelle et lui dit : (( Serviteur méchant. Je t'avais remis 
toute ta dette, parce que tu m'en avais supplié. Ne 
devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon, comme 
j'ai eu pitié de toi ? » Et le maître irrité le livre aux 
exécuteurs jusqu'à ce qu'il eût payé toute sa dette. 
« Ainsi, ajoute le Sauveur, vous traitera mon Père 
céleste, si chacun de vous ne pardonnne pas à son 
frère du fond du cœur. » 

(( Pardonnez-nous nos offenses, comme nous 
pardonnons à ceux qui nous offensés, » répétons- 
la robe nuptiaîe, c'est-à-dire la charité, nous sommes invités 
aujourd'hui à posséder la charité, non seulement à faire du 
bien au prochain, mais encore à lui pardonner ses on'enses. » 
Remarques fort justes, mais il faut se rappeler le déplace- 
ment qu'ont subi les évangiles. 

I. Malth.y XVIII, 23-5^5. 



VINGT-ET-UNIÈME DIMANCHE ^J 

nous souvent dans TOraison dominicale. C'est 
qu'en effet nous devons d'abord pardonner aux 
autres pour être pardonnes à notre tour par Dieu^ 
Et ceci n'est qu'une des formes de la charité à 
regard du prochain ; cela fait partie, et partie néces- 
saire, de la (( robe nuptiale, » qui permet de pren- 
dre part aux noces de TAgneau. L'heure de notre 
reddition de comptes peut sonner d un moment à 
l'autre. Débiteurs envers la justice divine, comment 
espérer qu'il nous soit remis, si nous n'avons pas- 
préalablement remis nous-mêmes à nos frères?" 
Et comment prendre part au banquet des noces^ 
si nous ne portons pas la robe nuptiale, qui doit 
être tissée de charité.^ 

2. L'épitre (i). — D'une autre manière encore 
nous somnles prévenus d'avoir à préparer notre 
entrée au royaume du ciel. En effet, dans l'introït 
de ce jour, la liturgie met sur nos lèvres ces paro- 
les de Mardochée : « Seigneur, toutes choses sont 
soumises à votre pouvoir, et il n'est personne qui 
puisse faire obstacle à votre volonté. C'est vous qui 
avez fait le ciel et la terre et toutes les merveilleS' 
qui sont sous le ciel. Vous êtes le Seigneur de tou- 
tes choses. » Mardochée put échapper à la me- 
nace de Naaman, qui fut pendu à sa place. Nous ne 
sommes point menacés par Naaman, mais par le 
diable qui, exclu à jamais de la cité céleste, cher- 
che par tous les moyens à nous en fermer l'entrée^ 
11 faut donc être sur le qui-vive et armé de pied en 
cap. De là ces conseils de l'Apôtre : « Fortifiez- 
vous dans le Seigneur et dans sa vertu toute-puis- 
sante. Revêtez-vous de l'armure de Dieu afin de 
pouvoir résister aux embûches du diable. Car nous 
n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais 

I. Eph., VI, 10-17. 



74 LE CATÉCHISME ROMAIN 

contre les princes, contre les puissances, contre les 
dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les 
esprits mauvais répandus dans Tair. C'est pourquoi 
prenez l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister au 
jour mauvais et, après avoir tout surmonté, restez 
debout. Soyez donc fermes, les reins ceints de la 
vérité, revêtus de la cuirasse de justice, et les san- 
dales aux pieds prêts à annoncer l'Evangile de paix. 
Et surtout prenez le bouclier de la foi, par lequel 
vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du 
Malin. Prenez aussi le casque du salut, et le glaive 
de l'Esprit, qui est la parole de Dieu. » 

Ainsi armés, rien à craindre, si nous mettons 
notre confiance en Dieu comme 1 expriment si bien 
le graduel et la communion. Un modèle d'inaltéra- 
ble patience et de confiance imperturbable en Dieu 
nous est donné, à l'offertoire, dans la personne de 
Job, si éprouvé par le démon, mais finalement 
vainqueur de Satan. (( Heureux ceux qui sont 
irréprochables dans leur voie, qui marchent selon 
la loi de Jéhovah ! » Ce verset a déjà paru à l'introït 
du dimanche précédent ; il reparaît à l'introït d'au- 
jourd hui comme une invitation, maintenant qu'on 
touche presque au terme final, de poursuivre son 
pèlerinage en observant toujours, malgré le démon, 
la loi du Seigneur. 

3. La collecte. — Confiance durant le combat, 
patience pendant l'épreuve et persévérance finale ne 
s'obtiennent que par la grâce de Dieu. De là cette 
formule de la collecte : « Nous vous en supplions, 
Seigneur, gardez votre famille par l'effet d'une 
bonté continue, afin que, sous votre protection, elle 
soit libre de toute adversité et dévouée à votre nom 
dans les bonnes œuvres. » 



VINGT-DEUXIÈME DIMANCHE 76 

V. Vingt-deuxième Dimanche. — C'est aiijour- 
d'iiui le Dimanche du tribal à César, 

I. L'évangile (i). — Bien que souvent déçus dans 
leurs tentatives pour trouver Jésus en défaut dans ses 
actes ou ses paroles, les pharisiens recourent encore 
une fois à leur vieille méthode de lui poser des ques- 
tions insidieuses. Ils ne l'interrogent pas sur un 
sujet religieux, mais sur une question politique, 
dont ils se proposent d'exploiter la réponse quelle 
qu'elle soit. « Maître, disent-ils avec toutes les appa- 
rences du respect, nous savons que vous êtes vrai, 
et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité, 
sans souci de personne, car vous ne regardez pas à 
l'apparence des hommes. Dites-nous donc ce qu'il 
vous semble : Est-il permis, oui ou non, de payer 
le tribut à César .^ » Jésus qui lit au fond de leurs 
âmes et pénètre leurs mobiles pervers, les démas- 
que d'un mot et répond à leur question par une 
autre question. « Hypocrites, pourquoi me tentez- 
vous? Montrez-moi la monnaie du tribal... De (jui est 
celle image et celle inscription? » — a De César, » 
dirent -ils. — « Rendez donc à César ce qui est à César, 
et à Dieu ce qui est à Dieu. » 

Cette réponse, observe l'Evangéliste, les remplit 
d'admiration, mais elle ne les convertit pas. Rien 
n'éclairait plus leur esprit et ne touchait plus leur 
cœur ; ils s'enfoncent de plus en plus dans un aveu- 
glement et un endurcissement irrémédiables. Par 
ailleurs, le mot de Jésus tranche définitivement 
entre ce qui revient à César, c'est-à dire aux pou- 
voirs terrestres, et ce qui est dû à Dieu, entre ce qui 
regarde l'Etat et ce qui touche à la Religion : à 
l'Etat, le tribut matériel; à Dieu, le culte ou service 
religieux avec tout ce qu'il comporte ; d'un côté, les 

I. Mallh.y XXII, 10-21. 



76 LE CATÉCHISME ROMAIN 



intérêts périssables bornés aux limites de l'espace et 
du temps; de Tautre, les intérêts immortels de Tâme 
et du salut. 

2. VépUre (i). — Plus on avance dans le cycle, 
plus on constate, à certaines images, à certaines 
expressions, qu'on approche de la fin. Déjà, le 
xvni^ dimanche, il a été question du a jour du Sei- 
gneur, » et, le xix% des a ténèbres extérieures. » 
Aujourd'hui encore, saint Paul évoque le jour mys- 
térieux du Christ ; il exprime aux Philippiens la 
confiance que celui qui a commencé en eux une 
œuvre excellente, en poursuive Tachèvement jus- 
qu'au jour du Christ : a Ce que je demande à Dieu, 
c'est que votre charité abonde de plus en plus en 
connaissance et en toute intelligence pour discerner 
ce qui vaut le mieux, afin que vous soyez purs et 
irréprochables jusqu'au jour du Christ, remplis de 
fruits de justice, par Jésus-Christ, pour la gloire et 
la louange de Dieu. » 

Ce royaume de Dieu comparé à un roi qui célè- 
bre les noces de son fils, ou qui exige de ses ser- 
viteurs la reddition de leurs comptes, ce jour rap- 
pelé sans autre indication comme pour indiquer 
que c'est le jour par excellence, celui qui fixe l'éter- 
nité, où l'on n'arrive que par la persévérance finale 
et à la condition d'être rempli des fruits de justice, 
tout cela invite à remplir fidèlement son devoir, à 
lutter avec courage contre l'ennemi de notre foi et 
de notre bonheur, à multiplier les bonnes œuvres, 
en vue de la prochaine reddition des comptes, de 
l'entrée dans la salle du banquet, delà participation 
aux noces éternelles. 

3. La collecte, — L'Eglise prie pour la conversion 
des pécheurs et la persévérance des justes; nous 

I. Philip., I, G-i I. 



VINGT-TROISIÈME DIMANCHE 77 



devons prier avec elle, animés par la foi, l'espé- 
rance et la charité, et dire au Seigneur : « Dieu, 
notre refuge et notre force, soyez propice aux 
pieuses prières de votre Eglise, vous, Fauteur même 
de la justice, et faites que nous obtenions sûrement 
ce que nous vous demandons selon la foi. » 

YI. Vingt-troisième Dimanche. — Ce diman- 
che est signalé par Rupert (i) comme le dernier 

I. Voici ce qu'il en dit. De div. ojfic, xii, 23 : « La sainte 
Eglise, d'après Tordre de l'Apôtre, I Tlm., ir, i, s'acquitte 
avec tant de soin des supplications, des prières et des actions 
de grâces pour tous les hommes, qu'elle rend grâce aussi 
pour le salut futur des fils d'Israël, qu'elle sait devoir être 
unis un jour à son corps. Gomme, en effet, leurs rejetons 
seront sauvés à la fin du monde, Rom., ix, 27, dans ce der- 
nier office elle se félicite en eux comme en ses membres futurs. 
Dans Vintroït, elle chante chaque année, rappelant ainsi tou- 
jours les prophéties qui les concernent : « Moi, je connais fes 
pensées que j'ai pour vous, dit Jéhovah ; pensées de paix et 
non de malheur. Vous me prierez, et je vous écouterai ; je 
ramènerai a^os captifs et je vous rassemblerai de tous les 
lieux. » Je rem., xxix, 11, 12, 1 4- Ses pensées, en effet, sont 
toutes de paix, puisqu'il promet d'admettre au banquet de sa 
grâce les juifs, ses frères selon la chair, réalisant ce qui avait 
été figuré dans l'histoire du patriarche Joseph. Les frères de 
celui-ci, qui l'avaient vendu, vinrent à lui, poussés par la 
famine, lorsqu'il dominait sur toute l'Egypte. Ils furent re- 
connus, reçus par lui, et lui-même fît avec eux un grand fes- 
tin. Ainsi Notre Seigneur, régnant sur le monde entier et 
nourrissant abondamment du pain dévie les Egyptiens, c'est- 
à-dire les gentils, verra revenir à lui les restes des fils d'Is- 
raël. Reçus en grâce par celui qu'ils ont renié et mis à mort, 
il leur donnera place à sa table, et le vrai Joseph s'abreuvera 
délicieusement avec ses frères. 

<( Le bienfait de cette table divine est marqué dans l'office 
de ce dimanche par l'évangile où l'on raconte qu'avec cinq 
pains le Sauveur nourrit une multitude. Alors, en effet, 
Jésus ouvrira pour les Juifs les cinq livres de Moïse, portés 
maintenant comme des pains entiers, et non rompus encore, 
par un enfant, à savoir ce même peuple resté jusqu'ici dans 



78 LE CATÉCHISME ROMAIN 

dimanche après la Pentecôte. Un siècle et demi 
plus tard, Durand de Mende compte vingt-cinq 
dimanches (i). L'antiphonaire grégorien ne marque 
de chants que pour vingt-trois dimanches, et passe 
aussitôt à l'office des morts (2). Il est à remarquer 

Tctroitesse d'esprit de l'enfance . Alors se remplira Toracle de 
Jéremie. On ne dira pas : « .Téhovah est vivant, lui qui a fait 
monter du pays de ri^]<iypte les enfants d'Israël, » mais : 
« .Téhovah est vivant, lui qui a fait monter et ramené la se- 
mence de la maison d'Israël des pays du septentrion et de 
tous les pays où je les avais chassés. » — Délivrés donc de la 
captivité spirituelle, qui les retient maintenant, ils chanteront 
du fond de l'àme 1 action de grâces marquée au graduel : 
t( C'est toi qui nous délivres de nos ennemis, et qui confonds 
ceux qui nous haïssent. » Ps., xuir, 8, 9. — La supplication 
par laquelle nous disons à Voffertoire : « Du fond de l'ahîme, 
j'ai crié vers toi, Jéhovah, » Ps., cxxix. i, répond manifeste- 
ment, elle aussi, aux mêmes circonstances. Car, ce jour-là, 
ses frères diront au grand et véritable Joseph : « Oh I par- 
donne le crime de tes frères et leur péché. » Gen., l, 17. 

(( La comraanion : « Je vous le dis, tout ce que vous deman- 
derez dans la prière, croyez que vous l'obtiendrez, et vous le 
verrez s'accomplir, » Marc, xr, 2^1, est la réponse de ce même 
Joseph disant, comme autrefois le premier : « Soyez sans 
crainte; vous aviez dans la pensée de me faire du mal, mais 
Dieu avait dans la sienne d'en faire sortir du bien afin d'ac- 
complir ce qui arrive aujourd liai, savoir de conserver la vie 
à ce peuple nombreux. Soyez donc sans crainte : Je vous en- 
tretiendrai, vous et vos enfants. » 

Rupert ne parle pas dps prières de ce dimanche ; et quant 
aux lectures qu'il signale, elles ne sont plus restées les mêmes. 
Mais son explication méritait dêtre signalée, 

I. nationale, 1. Yl, c. cxlii. — L'office que signale Durand 
pour le XXV ' dimanche est exactement celui que Rupert disait 
être celui du xxiir. Durand marque pour le xxui^ dimanche: 
Philip., ni, 17 sq. ; Mailh., xxu, i5-2i (actuellement au xxii^ 
dimanche) ; pour le xxiv' : Col. y i, 9 sq ; Mailh., ix, 18-24, 
dans certaines églises (c'est l'évangile actuel du xxiiie diman- 
diie), et Maiik., xxiv, i5-35, dans d'autres églises (et celui-ci 
est le même aujourd'hui dans le missel romain). — 2. Dans 
Pamélius, Liturgica, t. n, p. 174. 



YINGT-TROJSIEME DIMANCHE 79 

que, dans le missel romain actuel, les chants du 
xxui^ dimanche restent les mêmes le dimanche ou 
les dimanches suivants. Pour ce qui regarde la messe 
de ce xxin« dimanche, les liturgistes du moyen âge 
s'accordaient à y trouver des allusions multiples et 
certaines au futur retour du peuple juif dans le sein 
de l'Eglise (t). Rien n'empêche de conserver ce 
point de vue, puisqu'il trouve sa justification dans 
les chants, et cela d'autant plus que l'évangile actuel 
peut servir à l'appuyer. 

1. Uévangile (2). — L'évangile actuel a trait à la 
résurrection de la fille du prince de la synagogue et 
à la guérison de l'Hémorroïsse. Un chef de la syna- 
gogue, — saint Luc l'appelle Jaïre, — se prosterne 
devant Jésus et lui dit : << Ma fille vient de mourir, 
mais venez, imposez votre main sur elle, et elle 
vivra. » Jésus se leva et le suivit avec ses disciples. 
INIais voici qu'une femme, depuis douze ans affligée 
d'un flux de sang, s'approcha par derrière, et tou- 
cha la houppe de son manteau. Car elle se disait en 
elle-même : « Si je touche seulement son manteau, 
je serai guérie. » Jésus se retourne et lui dit : « Ayez 
confiance, ma fille, voire fol vous a guérie. » Et cette 
femme fut guérie à l'heure même. 

I. Durand s'exprime ainsi : « In tribus dominids allunis, 
scillcet xxni, xxiv et xxv, est idem, officiam (le chant), et in eis 
ostendil Ecclesia se habere vestem naptiatem, id est chariiaieni, 
qaia orat pro Judœis ut convertantur, quod fiet in fine mundi. » 
nationale, 1. YI, c. cxl. — « In XXIV^ dominica similiter agitur de 
vocatione etconversione Judœorum. Ibid., c. cxli. — « M A'XF* 
dominica agitur de illuniinalione Judœorum. Ibid., c. cxlii. Dans 
ce dernier chapitre, Durand n'invoque pas seulement les 
chants pour prouver que Toffice s'occupe de la future conver- 
sion des Juifs, il s'appuie en outre sur les lectures si<2fnalées 
par Rupert comme étant celles du xxni** dimanche, et par lui 
comme étant celles du xxv% à savoir : J^rem., xxiii, i sq. ; 
et Joan., VI, 5 sq. — 2. Matlh,, ix, 18-26. 



8o LE CATÉCHISME ROMAIN 

Ce premier miracle était de nature à augmenter 
-encore l'espérance du chef de la synagogue. Lorsque 
Jésus fut arrivé à la maçison de celui-ci, il dit aux 
joueurs de flûte et à la foule qui faisait grand bruit : 
« Relirez-vous, car la jeune fille n est pas morte, mais 
elle dort. y> Et ils se riaient de lui. Lorsqu'on eut 
fait sortir cette foule, il entra, prit la main de la 
jeune fille, et elle se leva. Et le bruit s'en répandit 
dans tout le pays. 

Ce double miracle, raconté avec plus de détails 
par saint Luc, représente, au dire de saint Jérôme 
dans l'homélie de ce jour, la résurrection morale 
des gentils et des juifs. L'hémorroïsse figure la 
gentilité, et la fille du prince de la synagogue la 
nation juive. Celle-ci ne doit retrouver la vie qu'après 
la guérison de la gentilité. Et tel est, comme Tout 
observé les liturgistes du moyen âge, le mystère 
visé par la liturgie de ce dimanche : quand la plé- 
anitude des nations aura reconnu son Médecin céleste, 
l'aveuglement d'Israël cessera. 

2. Vépître{i). — Cette épître ne cadre pas, comme 
-celle qu'on lisait du temps de Rupert, avec cette 
idée générale du retour des juifs. Elle se rapporte 
plutôt à la fin du cycle par la double allusion à 
l'attente du Sauveur et au livre de vie. En effet, saint 
Paul dit : « Soyez mes imitateurs et ayez les yeux 
sur ceux qui marchent suivant le modèle que vous 
avez en nous. Car il en est plusieurs qui marchent 
'en ennemis de la croix du Christ. Je vous en ai 
^souvent parlé et j'en parle encore maintenant avec 
larmes. Leur fin, c'est la perdition, ceux qui font 
leur Dieu de leur ventre, et mettent leur gloire dans 
ce qui fait la honte, n'ayant de goût que pour les 
choses de la terre. Pour nous, notre cité est dans les 

1. Philip,, III, 17-IV, 3. 



VINGT-QUATRIÈME DIMANCHE 8l 

cieux, d'où, nous attendons aussi comme Sauveur 
le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre 
<3orps si misérable, en le rendant semblable à son 
€orps glorieux... C'est pourquoi tenez ferme dans le 
Seigneur... Réjouissez-vous, le Seigneur est proche. » 
Saint Paul ajoute quelques mots pour ses collabo- 
rateurs, dont leur nom, dit-il, est écrit dans le livre 
de vie. 

3. La collecte, — Tous les chrétiens, à coup sûr, 
ne méritent pas les éloges que saint Paul adressait 
aux Philippiens, « sa joie et sa couronne. )) Ils ont 
à s'alléger de tout le poids de leur faiblesse humaine 
et à s'humilier de leurs fautes. Aussi la prière de la 
collecte leur convient-elle tout spécialement. « Absol- 
vez, Seigneur, nous vous en supplions, les fautes de 
votre peuple, afin que nous soyons délivrés par 
votre bonté des liens des péchés que nous avons 
commis par notre fragilité. » 

VII. Vingt-quatrième Dimanche. — Le cycle 
liturgique s'achevait donc jadis sur la pensée du 
retour final des Juifs. Après avoir parcouru pen- 
dant des siècles toute la suite des épreuves méritées 
par le déicide, le peuple de l'ancienne alliance ren- 
trera en grâce ; et alors se réalisera le mot du Sau- 
veur : anam ovile, un seul troupeau. Mais aujour- 
d'hui le cycle s'achève par le tableau de la fin du 
monde et du dernier avènement du Christ ; il 
rejoint ainsi le commencement, où est annoncé, 
d'après saint Luc, le second avènement et le juge- 
ment dernier. 11 part ainsi de la pensée de l'éternité 
et conduit à la pensée de l'éternité. Et c'est très bien 
pour rappeler à ceux qui cheminent ici-bas, trop 
enclins à ne borner leur vue qu'aux horizons limités 
de l'espace et du temps, qu'ils sont de simples pas- 
sages, des hôtes dun jour, sans demeure perma- 

LB CATÉCHISME. — T. VIII. 6 



82 LE CATECHISME ROMAIN 

nente, à la recherche et à la conquête de la cité 
future. De cette manière, la liturgie fait œuvre 
d'édification spirituelle, et ne peut qu'inspirer aux 
chrétiens la pratique d'une vigilance continue et 
d'un perpétuel sarsam corda. 

I. L'évangile (i). — En quelques traits, l'évangile 
de ce jour décrit les événements qui précéderont 
immédiatement l'apparition du signe du Fils de 
l'homme. C'est quand l'abomination de la désola- 
tion, annoncée par Daniel, régnera dans le lieu 
saint. 11 y aura alors une si grande détresse qu'il 
n'y en a jamais eu et qu'il n'y en aura jamais de 
semblable. Faux Christ et faux prophètes feront de 
grands prodiges au point de séduire, s'il se pouvait, 
les élus eux-mêmes. Jours d'épouvante, d'affliction 
et d'horreur, après lesquels le soleil s'obscurcira, la 
lune sera sans lumière, les étoiles tomberont et les 
puissances des cieux seront ébranlées. Alors appa- 
raîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme, et 
toutes les tribus de la terre se frapperont la poi- 
trine, et elles verront le Fils de l'homme venant 
sur les nuées avec une grande puissance. Et il 
enverra ses anges avec la trompette retentissante, et 
ils rassembleront ses élus des quatre vents. 

A cela se borne l'évangile de ce jour ; mais n'est- 
ce pas déjà assez pour inspirer l'épouvante et la ter- 
reur.^ Et pourtant un tel appareil doit beaucoup 
moins faire trembler que ce qui vient immédiate- 
ment après dans l'Evangile, à savoir la parabole du 
mauvais serviteur, des vierges et des talents : c'est 
là qu'on voit l'inconduite, la négligence et la paresse 
sévèrement condamnées. 

Le mauvais serviteur n'attend plus son maître et 
se livre à l'intempérance : surpris, il est jeté à l'en- 

I. Matlh,, XXIV, i5-35. 



VINGT-QUATRIÈME DIMANCHE 85 

droit OÙ sont les pleurs et les grincements de dents. — 
Les vierges vont au-devant deTépoux, chacune avec 
sa lampe; les cinq sages ont eu soin de faire provi- 
sion d'huile, etquand l'arrivée de l'époux est signa- 
lée, elles peuvent allumer leur lampe et entrer avec 
l'époux dans la salle des noces. Les cinq folles, faute 
d'huile, furent en retard et frappèrent en vain à la 
porte; l'époux se contenta de leur dire: « Je ne 
vous connais pas. » — Enfin, dans la parabole des 
talents, celui qui en a reçu cinq les rapporte après 
les avoir doublés en les faisant fructifier. « C'est 
bien, serviteur bon et fidèle, lui dit le maître, parce 
qae ta as été fidèle en peu de choses, je f établirai sm^ 
beaucoup ; entre dans la joie de ton maître, » De 
même celui qui en avait reçu deux en rapporta deux 
autres et fut pareillement félicité et récompensé. 
Mais celui qui n'en avait reçu qu'un, ne le dépensa 
pas sans doute, il s'était contenté de l'enfouir, de 
peur de le perdre. Il eut beau le présenter, le maî- 
tre lui dit: « Serviteur méchant el paresseux, tu savais 
que je moissonne ou je n'ai pas semé, et que je 
recueille ou je n ai pas vanné. » Et il fut jeté dans les 
ténèbres extérieures. 

Puisque nul ne sait ni le jour ni l'heure, il s'agit donc 
de veiller, de tenir la lampe prête, de faire fructifier 
le talent reçu, sous peine d'être exclu de la joie du 
Seigneur, d'être laissé ignominieusement à la porte 
ou même jeté dans les ténèbres extérieures. Grand 
sujet de réflexion pour tous ceux qui cheminent 
ici-bas. 

2. L'épître (i). — La perspective d'un tel échec 
ou d'une telle condamnation n'est pas à craindre, 
si l'on s'applique à réaliser les vœux que formule 
LApôtre dans l'épître de ce jour. » Nous ne cessons 

I. Coi, I, 9-14. 



84 LE CATÉCHISME ROMAIN 

de prier pour vous, écrit-il aux Colossiens, et de 
demander que vous ayez la pleine connaissance de 
sa volonté en toute sagesse et intelligence spiri- 
tuelle, pour vous conduire d'une manière digne 
du Seigneur et lui plaire en toutes choses, produi- 
duisant du fruit en toute sorte de bonnes œu- 
vres et faisant des progrès dans la connaissance 
de Dieu ; fortifiés à tous égards par sa puissance 
glorieuse pour tout supporter avec patience et avec 
joie ; rendant grâces à Dieu le Père, qui nous a 
rendus capables d'avoir part à l'héritage des saints 
dans la lumière, en nous délivrant de la puissance 
des ténèbres, pour nous transporter dans le royaume 
de son Fils bien aimé, par le sang duquel nous 
avons la rédemption, la rémission des péchés. » 

3. La collecte, — Que resle-t-il à la fin d'aussi 
utiles enseignements, sinon de les mettre à profit et 
de demander à Dieu, comme saint Paul, la multi- 
plication des bonnes œuvres, sachant que ce sont 
elles qui prouveront notre amour et nous vaudront 
la récompense finale? « Excitez, nous vous en sup- 
plions, Seigneur, les volontés de vos fidèles, afin 
que, produisant avec plus d'ardeur le fruit de l'œu- 
vre divine, ils reçoivent des secours plus grands de 
votre bonté. » 

I. Symbolisme de la résurrection de la fille de 
Jaïre. — « Cet exemple nous montre un cadavre sans 
doute ; mais les joueurs de flûte et la multitude sont 
encore alentour. Ne voyons-nous pas aussi souvent le 
monde et ses vanités s'empresser auprès d'un esprit mort ? 
Lorsque celui qui voudrait rendre la vie à cette àme 
s'approche d'elle et parle du désir qu'il éprouve, il 
n'excite que le mépris et la risée. Il faut que ces parasites 
soient éloignés, le silence et la tranquillité sont né- 
cessaires pour opérer la résurrection d'une âme. Pierre 
est là avec ses clefs, Jacques avec son zèle ardent, Jean 



SYMBOLFSME DES RESURREGTIOTNS ÉVANGELIQUES 85 



avec son aimable charité. Une main bienfaisante s'avance, 
et, par la puissance de cette main étendue, celle qui était 
morte se lève. Et maintenant que va devenir cet enfant, 
c'est-à-dire cette âme ? Celui qui l'a ressuscitée commande 
qu'on lui donne à manger. De même qu'un banquet 
accueille l'enfant prodigue à son retour, de même c|ue le 
bon pasteur s'était réjoui et avait offert une fête à ses 
amis lorsqu'il avait retrouvé la brebis égarée, il fallait 
aussi dans cette circonstance qu'un banquet somptueux 
fût servi, pour donner des forces à cette chère fille de la 
maison, si merveilleusement rendue à la vie. La mère 
épargna-t-elle en cette occasion les mets les plus recher- 
chés P Le cli^f de la synagogue se montra-t-il avare des 
richesses de son cellier? N'entira-t-il pas, au contraire, ce 
qu'il contenait de plus fin pour réchauffer le corps de son 
enfant et pour répandre la joie parmi les hôtes qui étaient 
venus le féliciter P Et l'Eglise, aux soins maternels de 
laquelle cette âme ressuscitée a été confiée, pourrait 
montrer moins de sollicitude ! Au contraire, ne se hâte- 
ra-t-elle pas, elle aussi, de lui préparer un banquet P Et 
à cette heure, celui de ses enfants qui a été le plus cruel- 
lement séparé de son sein, n'est-il pas le plus cher à son 
cœur ? La fête n'est-elle pas surtout pour elle P Oh ! oui, 
comme pour Tenfant prodigue. Remarquez les paroles 
que, par un rapprochement aussi étrange que magnifi- 
que, et comme s'il avait voulu nous faire sentir que 
cette double leçon, la parabole et le miracle, ne renfer- 
ment qu'un seul et même enseignement, Notre Seigneur 
a mises dans la bouche du père de l'enfant prodigue : 
<( Faisons uai festin de réjouissance, car mon fils que 
voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, 
et il est retrotvé. )) Le mort ressuscité et le prodigue de 
retour représentent une seule et môme chose, et, dans le 
premier cas comme dans le second, le besoin de nourri- 
ture se fait sentir. » Wiseman, Mélanges, trad. fuanç., 
Paris i858, p. 126. 

2. Symbolisme de la résurrection du fils de la 
veuve de Naïm. — « Des liommes robustes emportent 
ce cadavre à la dernière demeure. Il faut une main plus 



86 LE CATÉCHISME ROMAIN 



forte que la leur pour les arrêter dans l'accomplisse- 
ment de leur cruelle mission. A peine cette main 
les a-t-elle touchés, que ceux: qui portent le corps 
déposent leur fardeau. Un ordre plus puissant encore 
se fait entendre, et le jeune homme sort de son cer- 
cueil. Que va-t-il devenir P Rappelons-nous ce que fit 
le Samaritain du pauvre hlessé, après avoir pansé ses 
blessures. 11 remit l'homme qu'il avait sauvé entre 
les mains d'un hôtelier, afin que celui-ci pourvût à tous 
ses besoins. Mais ici nous trouvons quelqu'un qui rem- 
plira cette mission de miséricorde mieux que l'hôtelier, 
c'est celle dont les pleurs ont touché Jésus et l'ont déter- 
miné à faire usage de sa puissance, c'est la mère du jeune 
homme : « Et il le donna à sa mère. » 11 y a quelque 
chose d'ineffablcment doux dans cette expression. Eh 
quoi ! n'était-il pas à elle auparavant P La mort avait-elU 
donc brisé les liens qui unissaient la mère au fils et 
était-il nécessaire qu'ils fussent renouvelés P Non, mais 
des rapports nouveaux et plus tendres s'établirent entre 
eux. Sans doute, en vertu de la naissance qu'il avait 
reçue d'elle, elle avait des droits sur lui, mais la seconde 
Yie que Jésus lui avait communiquée était à celui qui 
l'avait donnée ; et c'était là le droit dont le Sauveur se 
dépouillait en faveur de cette pauvre femme, afin qu'elle 
fût doublement la mère de l'enfant qu'il venait de lui 
donner pour la seconde fois. Dès ce moment;, elle devait 
recevoir tous les hommages de reconnaissance, d'obéis- 
sance, d'amour filial que Jésus aurait pu réclamer pour 
lui-même. Oui, Dieu a véritablement donné les pécheurs 
repentants à son Eglise, afin qu'ils fussent la partie la 
plus chère du troupeau confié à ses soins. Oh ! qui pour- 
rait dire tout ce qu'il y a de mystérieux, de consolant 
dans ces paroles, et comme elles résonnent doucement à 
l'oreille d'un fils rempli d'amour : « Et il le donna à sa 
mère 1 » Ne croirait-on pas entendre le prélude de ces 
ineffables paroles qui furent prononcées au Calvaire, car 
de quels autres termes aurait-il pu se servir pour donner 
un fils à sa mère, sinon de ceux-ci : « Femme, voilà 
votre fils. )) Wkeman, IbicL, p. 127. 



Les Fêtes 

Leçon XX' 
La Sainte Trinité 



I. Historique de cette fête. — IL La messe de la 

sainte Trinité, 

PARMI les fêtes qui dans la suite des temps, ont 
été introduites dans le cycle, les unes ont 
pour objet de célébrer quelques mystères 
divins, d'autres de rendre des honneurs aux servi- 
teurs de Dieu. Parmi les premières, il faut compter 
celles de la Sainte Trinité, du Très-Saint-Sacrement, 
du Sacré-Cœur de Jésus et du Saint Nom de Jésus ; 
parmi les dernières, celles de la Très Sainte Vierge 
et des Saints. Chacune d'elles a son histoire et sa 
liturgie propre ; nous raconterons brièvement les 
circonstances de leur institution ; nous dirons aussi 
leurs caractères liturgiques. 

I. Historique de la fête 

I. Pendant les premiers siècles. — i. NuMe 
mention de cette fête pendant longtemps (i). — Autre 
chose est enseigner ou professer un dogme de foi, 
autre chose eia faire l'objet d'une fête. Or, primiti- 

I. Benoît XIV, De festis D.-N. J.-C, xii; la suite de dom 
Guéranger, Le temps après la Pentecôte, Paris 1878, 1. 1, p. 119 
sq. Voir t. i, p, 546-633. 



88 LE CATÉCHISME ROMAIN 

vement dans Tantiquité chrétienne, on n'établit de 
fêtes que pour commémorer certains faits histori- 
ques particulièrement importants, tels qu'ils sont 
consignés dans l'Evangile. La mort et la résurrec- 
tion du Sauveur, son ascension glorieuse, la descente 
du Saint-Esprit sur les apôtres, puis la naissance du 
Verbe incarné, sa manifestation, tels furent les faits 
évangéliques dont on célébra tout d'abord la com- 
mémoration. Mais là ne devaient pas se borner les 
manifestations du culte à l'égard de Dieu. Il est des 
mystères qui sollicitent la ferveur de la piété, et 
qui, à leur tour, ont provoqué l'institution de cer- 
taines fêtes. Tel est celui de la Sainte Trinité. 

A vouloir rattacher la fête de la Sainte Trinité à 
un fait évangélique précis, on n'en trouve pas de 
comparable à ceux dont nous avons parlé. Il est 
vrai que la Trinité s'est manifestée au baptême du 
Sauveur ; mais déjà ce fait avait trouvé sa place dans 
le cycle ; on ne songea donc pas à lui consacrer une 
fête nouvelle. Et, d'autre part, tout le culte étant la 
glorification de Dieu, à quoi bon, semblait-il, une 
fête spéciale en l'honneur de la Trinité ? 

La formule trinitaire était connue, puisqu'elle 
servait à la collation du baptême. La catéchèse com- 
portait une explication sommaire de l'existence de 
Dieu, de l'unité de substance et de la trinilé des 
personnes. Avant de baptiser les catéchumènes, on 
exigeait d'eux une profession de foi à Dieu le Père, 
à Dieu le Fils et à Dieu le Saint-Esprit. Cette foi 
s'exprimait pratiquement, soit dans la récitation du 
symbole baptismal, soit dans le signe' de la croix 
dont devait s'armer fréquemment le chrétien. Puis, 
quand l'hérésie d'Arius et de Macédor^ius éclata, le 
dogme de la sainte Trinité fut étudié par les Pères 
€t explicitement formulé par les conciles. On eut 
les symboles de Nicée, de Constantinople et le 



FÊTE DE LA SAIWTE TRINITE 89^ 

Qaicamqiie, attribué à saint A^thanase ; on eut aussi 
des traités spéciaux et nombreux sur ce dogme 
capital. A chaque instant, dans les sermons et les 
controverses, dans l'exposition de la sainte Ecriture 
et dans les œuvres d'édification, il fut question de 
la Trinité, mais toujours sans la moindre allusion à 
une fête de ce nom. On n'en parlait point parce 
qu'elle n'existait pas. 

2. Quelques manifestations liturgiques. — Toute- 
fois, en dehors même du baptême, désigné souvent 
sous le nom de sacrement de la Trinité, le dogme 
trinitaire ne pouvait pas ne pas avoir sa répercus- 
sion nécessaire dans les manifestations de la dévo- 
tion privée et de la prière publique, notamment 
dans l'acte le plus importait du culte, le sacrifice 
eucharistique. En fait, toute prière s'adressait à 
Dieu le Père par le Fils dans l'unité du Saint-Esprit. 
La doxologie, les répons et les hymnes concernant 
les trois personnes divines parurent dans l'office 
divin, ut de Trinitate speciatia cantaremus, comme 
s'exprime saint Grégoire le Grand. La messe n'était- 
elle pas l'hommage suprême rendu à Dieu par l'im- 
molation mystique du Fils sous l'action du Saint- 
Esprit? La liturgie n'exprimait-elle pas formellement 
que le sacrifice eucharistique est le culte par excel- 
lence offert à la Trinité.^ La prière Suscipe sancia 
Trinitas, dont parle l'auteur du Micrologus (i), au 
moyen âge, comme d'une formule introduite par la 
coutume ecclésiastique, en est une preuve. Il en est 
de même de la prière finale Placeat tihi, sancta Tri- 
nitas, également mentionnée dans le Micrologus ('2). 



I. La forme en était quelque peu difTérente au moyen âge, 
et avait été introduite dans l'ordinaire de la messe non ex ali- 
quo ordine, sed ex ecclesiastica consaetadine. MicroL, xi. — 
2. Micrologus, xxii. 



go LE CATECHISME ROMAIN 

C'est à la sainte Trinité qu'est offert le saint sacri- 
fice de la messe. 

Une autre pièce liturgique est remarquable, c'est 
l'antique préface, si explicite et si belle dans sa 
concision, où il est dit à Dieu le Père : « Vous qui 
avec votre Fils unique et l'Esprit-Saint êtes un seul 
Dieu, un seul Seigneur, non dans l'unité d'une 
seule personne, mais dans la Trinité d'une seule 
substance. Par ce que, d'après votre révélation, 
nous croyons de votre gloire, nous le croyons aussi, 
sans aucune différence, de votre Fils et du Saint- 
Esprit ; tellement que, dans la confession de la divi- 
nité véritable et éternelle, on adore la propriété 
dans les personnes, l'unité dans l'essence et l'éga- 
lité dans la majesté. » C'était le développement de 
ce passage du Qaicamque : a La foi catholique est 
que nous vénérions un seul Dieu dans la Trinité 
et la Trinité dans l'unité. )) Que cette préface soit 
du pape Pelage l""^ (556-56i), comme on le croit, ou 
non, elle se trouve dans le sacramentaire géla- 
sien (i), et était certainement en usage dès le 
vi^ siècle, non qu'elle concernât une fête spéciale 
déjà consacrée à la sainte Trinité, mais pour hono- 
rer, à la messe, ce grand mystère chrétien (2). 

IL Institution de la fête. — i. Messe de la 

I. Sous ce titre : In domlnica octavorum Pentecosten, dans 
Muratori, Lilargia romana vetas, Venise, 1748. t. i, col. 606. 

— Elle se trouYC également dans le sacramentaire grégorien, 
la troisième parmi les préfaces dominicales du Codex Vatica^ 
nuSf dans Muratori, Ibid., t. 11, col. 285, tt M dominica octavoe 
Penlecosten du Codex ottobianus, dans Muratori, Ibid., t. 11, 
col. 821; et Paméiius, Litargica, Cologne, 1571, t. 11, p. 3o4. 

— 2. L'auteur du Micrologas, lx, marque qu'on devait la lire 
tous les dimanches. On sait que Clément XIII (i 758-1769) en 
a prescrit l'nsage tous les dimanches qui n'en ont pas de 
propre. 



FETE DE LA. SAINTE TRINITE QI 



sainte Trinité. — La dévotion aidant, ces premières 
manifestations liturgiques allaient se compléter par 
la composition d'une messe spéciale en l'honneur 
de la sainte Trinité. C'est au célèbre Âlcuin qu'on 
la doit (i). De son temps, beaucoup de jours dans 
l'année n'avaient pas de messe du propre du temps 
ou du propre des saints. Pour remédier à cette pé- 
nurie et aussi pour satisfaire la dévotion, il com- 
posa un certain nombre de messes votives, en tête 
desquelles se trouvait celle in honorem sanvnre Tri- 
niialis. Ce n'était là qu'une composition d^ordrt 
privé, sans caractère officiel, et rien nlndiquait 
qu'il existât encore une fête spéciale. Cette messe 
n'en fut pas moins adoptée dans quelques monastère* 
et quelques églises, dans le courant du ix^ siècl«, 
mais comme simple messe votive. 

2. Inslitalion d'une fête de la sainte Trinité, — 
Cette messe suggéra-t-elle la pensée d'instituer une 
fête correspondante? C'est possible, mais nous 
l'ignorons. Ce qu'il y a de certain, c'est que Charl#- 
magne fut sollicité par une lettre de Caturphius 
pour qu'il voulût bien instituer une fête de la saint© 
Trinité (2). Il est probable qu'il ne donna pas suite 
à une semblable requête, car rien dans son œuvre 
liturgique n'y fait la moindre allusion. 

Mais ce qui ne s'était pas fait au ix'^ siècle se réa- 
lisa au x^ Nous savons, en effet, que, vers 920, 
l'évêque de Liège, Etienne, imposa une fête de^la 
sainte Trinité aux chanoines de sa cathédrale (3), 
et que, sous son successeur, Richard, cette fête fut 
adoptée dans quelques églises voisines. L'usage de 
la célébrer devait s'être suffisamment répandu, 

I. Cf. Dld. darch. et de lit., t. i, col. 1079. - 2. Epist. Ca- 
turphii ad Carolarn M., dans Martènc, De antiquis Ecclesm 
ritibus, c 28, p. 544- — 3. Foullon, Historia Leodiensis, t. i, 
p. 162. 



92 LE CATECHISME ROMAIN 

puisqu'un siècle plus tard, en 1022, au concile de 
Selingestad, présidé par Aribon, archevêque de 
Mayence, un canon (i) y fait allusion. Défense est 
faite de céder aux désirs indiscrets sinon supersti- 
tieux de certaines personnes, qui voulaient qu'on 
leur célébrât tous les jours une messe de la Trinité 
ou de l'archange saint Michel ; elles agissaient ainsi, 
paraît-il, dans un but de divination; en conséquen- 
ce il ne sera permis de célébrer ces messes qu'au 
jour même de la fêle, à moins d'une dévotion en- 
vers la sainte Trinité suffisamment justifiée et 
exempte de toute superstition. C'est donc qu'une 
fête de la Trinité existait déjà dans la province 
ecclésiastique de Mayence. 

3. Son extension. — Lentement mais progressive- 
ment cette fête gagnait de proche en proche en 
Allemagne, en France, en Angleterre, avec diver- 
gence de date quant à sa célébration. Les uns la 
célébraient le dimanche après la Pentecôte, les 
autres ledimanche qui précède l'avent. Alexandrell 
(1061-1070) constatait cette divergence et refusait 
d'introduire à Rome une telle fête parce que, disait- 
il (2), chaque jour on répète en l'honneur de la 
Trinité le Gloria Patri, et Filio, et Spiritai Sancto, et 
autres formules semblables, ot qu'ainsi était déjà 
atteint le but qu'on se proposait par sa célébration. 
Le pape ne l'approuvait ni ne la blâmait. Liberté 
était donc laissée à chaque église de l'accepter ou de 

I. G, ïo. — 2. Voici le texte d'Alexandre II, consio^né dans les 
Extravagantes au litre De fer ils, ce^p. Qaoniam: Festivitas S.Tri- 
nitatis secundum consuetudines diversarum regionum a qui- 
busdam consnevit in octavis Pentccotes, ab aliis in Dominica 
prima ante Adventum Domini celebrari Ecclesia siquideni 
liomana in usa non habet quod in aliquo tcmpore hujus- 
rnodi celebret specialiter festivitatem, eu ni singulis diebus 
Gloria Patri et Flllo et Spiritai Sancto et cœtera similia dican- 
tur ad laudem pertinentia Tiinitatis. 



FÊTE DE LA SAINTE TRINITE qS 



la refuser ; mais le nombre grandissait de celles 
qui Tintroduisaient dans leur calendrier. 

Seule la date de sa célébration au dimanche qui 
suit la Pentecôte souleva quelques difficultés au 
xi^ siècle, parmi ceux qui regardaient ce dimanche 
comme l'octave de la Pentecôte (i). Mais, dès le 
siècle suivant, elle trouva de chauds partisans, qui 
en montrèrent la parfaite convenance, entre autres 
Rupert de Tuy (y ii35). Le dimanche qui suit la 
Pentecôte, disait-il (2), a été très heureusement 
choisi pour célébrer la fête de la Trinité ; car c'est 
après la descente du Saint-Esprit que le dogme 
d'un seul Dieu en trois personnes a été prêché, cru 
et pratiquement utilisé dans la collation du baptême. 
Et il n'hésite pas à consacrer tout un livre de son 
traité à l'explication de ce grand mystère. Il marque 
à la fin la concordance parfaite qui existait entre 
répître et l'évangile qu'on lisait de son temps à la 

I. C'est ainsi que l'auteur du Micrologus, lx, trouvait fort 
peu opportune cette date. 11 raconte même à ce sujet que 
roffîce de la fêle avait été composé par Etienne, évèque de 
Liège, mais rejeté par l'autorité romaine, et que le pape 
Alexandre avait déclaré qu'on ne faisait de fête à Rome, ni 
pour la Trinité, ni pour l'Unité divine, attendu que chaque 
dimanche et même chaque jour la psalmodie célébrait autant 
l'une que l'autre. Cela ne doit pas surprendre, si l'auteur du 
Micrologus est, comme on le croit avec raison, Bernon de 
Constance ; car celui-ci, dans son traité De qaibasdam 
rébus ad niissœ officiuin pertlnenlibas, m, fait précisément allu- 
sion à une dispute arrivée pendant qu'il était en France, au 
sujet de l'octave de la Pentecôte. Quelques-uns prétendaient 
qu'on devait ne lui consacrer que sept jours, puisqu'il n'y a 
que sept dons du Saint-Esprit, et que l'octave devait finir le 
samedi Mais Bernon allègue le parallèle que saint Augustin 
avait établi, dans son explication du Senno in monte, entre les 
béatitudes et les dons du Saint-Esprit, et il conclut qu'on 
devait donner à la PenleccMe une octave comme aux autres 
solennités et la clôturer le dimanche. — 2. De diu. ofjlclis, xi, 
I, Pair, lai., t. clxx, col. ayo. 



9^ LE CATÉCHISME ROMAIN 

messe de la fête (i). Tout le monde pourtant ne 
partageait pas son avis. Quelques-uns même, comme 
Potho, abbé de Prum, au diocèse de Trêves, 
vers iioo, s'étonnaient que dans plusieurs monas- 
tères on en fût venu à changer la couleur des orne- 
ments sacrés et à introduire de nouvelles fêtes, telle 
que celle delà Trinité. D'autres semblaient l'ignorer 
ou du moins n'en parlaient pas (-2). 

Mais le courant était trop accentué pour ne pas 
devenir irrésistible et obtenir finalement une consé- 
cration officielle de la part de l'Eglise romaine. En 
1162, saint Thomas de Cantorbéry introduisit la 
fête de la Trinité dans son diocèse. Gluny et Citeaux 
Pavaient adoptée. Dans le chapitre général de i-j.So, 
il fut décidé qu'on la célébrerait dans tout l'ordre 

I. De div. offic.,xi, 19, col. oi/j. L'évangile, dit-il, est Matlh., 
XXVIII, 18 (C'est encore celui d'aujourd'hui), tlaic consonat 
leclio librl Apocalypsis (Apoc, iv. 9) pour ce motif assez discu- 
table, d'ailleurs, que la mare vitreum simile crystallo bapl'is- 
mani significat purœ confesdonis et solidœ fidei. — 3. C'est 
le cas de Beleth, au xii^ siècle. Danis son Raiionale divi- 
norain ofjlciorum, il parle deux fois de la Trinité : une pre- 
mière fois, c. 127, pour dire que lorsque Grégoire IV (827- 
8^a) transféra du 16 mai au i"' novembre la fête instituée par 
Boniface IV (Go8-6ir>) en rhonncur de la sainte Vierge et de 
tous les martyrs, lors de la dédicace du l^anthéon. il décida 
qu'elle serait co[)sacrée non seulement à honorer les apôtres 
et les martyrs, mais encore la Trinité, les anges, les pa- 
triarches, les piophètcs, et tous les autres saints; une seconde 
fois, c. i58, pour dire qu'à raison de son objet général l'ofiice 
de cette solennité transférée au i" novembre varie beaucoup 
dans sa composition, que la première antienne, la première 
leçon et le premier répons étaient en l'honneur de la Tri- 
nité, la seconde antienne, la seconde leçon et le second répons 
en Ihonncur de la sainte Vierge, et ainsi de suite en l'hon- 
neur des anges, etc. Beleth n'a pas pris garde ou a oublié de 
dire que, postéiieurement à Grégoire 1\ , une fête spéciale 
avait élé instituée on l'hormeur de la sainte Trinité, qu'elle 
existait et qu'on la célébrait de son temps dans un grand 
nombre d'églises. C'est un oubli qui sera réparé par Durand. 



FÊTE DE LA SAINTE TRINITE gS 



cistersîen, mais qu'on ne prêcherait pas sur un tel 
sujet à cause de sa profondeur et de ses difficuUés. 
Et, à la fin du xiii^ siècle, sans qu'il y eût encore 
unanimité, Durand de Mende, tout en constatant 
la divergence des coutumes quant à la date de sa 
célébration, se prononçait nettement en faveur de 
celle du premier dimanche après la Pentecôte pour 
trois raisons, dont voici la première : c'est que la 
Noël, naissanoe du Verbe incarné, étant la fête de 
Dieu le Père, Pâques celle de Dieu le Fils et la Pen- 
tecôte celle du Saint-Esprit, la fête de la Trinité, à la 
suite immédiate des trois autres, permettait d'hono- 
rer en même temps et le même jour les trois Per- 
sonnes divines pour montrer qu'elles ne sont qu'un 
seul Dieu (i). 

4. So/i adoption officielle. — Rome n'ignorait pas le 
mouvement qui s'était prononcé en faveur de la 
fête de la Trinité depuis plus de trois trois cents ans, 
tant parmi le clergé régulier que parmi le clergé 
séculier; longtemps réservée, elle n'avait plus, sem- 
blait-il, qu'à sanctionner officiellement elle-même 
et à imposer à toute l'Eglise une fête qui donnait 
satisfaction à l'ardeur de la foi et aux élans de la 
piété. Ce fut Jean XXII (i3i6-i335) qui se prononça 
enfin, en l'introduisant dans Toffice de la curie et 
de l'église de Rome, et en l'étendant, en io3/i, à 
l'Eglise universelle pour qu'elle fût célébrée le pre- 
mier dimanche après la Pentecôte. D'après le décret 
sur le classement des fêtes de la Congrégation des 
Rites, du 23 août 1893, approuvé le 27 août par 
Léon XIII, la Trinité avait été rangée parmi la 
Festa primaria dapllcia secandœ classis (2). Un décret 



I. nationale, 1. YI, c. cxiv. Dans plusieurs églises, on la célé- 
brait le dimanche qui précède i'Avent. — 2. Décréta autlien- 
tlca C. S. /?., Rome, 1898, n. '68io. 



^6 LE CATÉCHISME ROMAIN 

plus récent de la même Congrégation, du 2/I juillet 
191 1, approuvé par Pie X le 7 août igu, l'a élevée 
au rite double de première classe. 

ïhomassin avait raison de dire : « La fête de la 
Trinité est une des plus nouvelles en un sens, et, 
«n un autre sens très véritable, c*est la plus ancienne 
de toutes (i). » u D'autre part, écrit le continua- 
teur de dom Guéranger (2), si l'on cherche le motif 
qui a porté l'Eglise, dirigée en tout par l'Esprit- 
Saint, à assigner ainsi un jour spécial dans l'année 
pour rendre un hommage solennel à la divine Tri- 
nité, lorsque toutes nos adorations, toutes nos ac- 
tions de grâces, tous nos vœux, en tout temps, 
montent vers elle, on le trouvera dans la modifica- 
tion qui s'introduisit alors sur le calendrier litur- 
gique. Jusque vers l'an mille, les fêtes des saints 
oniversellement honorés y étaient très rares. Après 
cette époque, elles y apparaissent plus nombreuses, 
et il était à prévoir qu'elles s'y multiplieraient tou- 
jours davantage. Un temps devait venir où l'office 
du dimanche, qui est spécialement consacré à la 
sainte Trinité, céderait fréquemment la place à 
celui des saints que ramène le cours de Tannée. Il 
devenait donc nécessaire pour légitimer en quel- 
que sorte ce culte des serviteurs au jour consacré 
à la souveraine Majesté, qu'une fois du moins dans 
l'année, le dimanche otïVît l'expression pleine et di- 
recte de cette religion profonde que le culte tout 
entier de la sainte Eglise professe envers le souve- 
rain Seigneur, qui a daigné se révéler aux hommes 
dans son Unité ineflable et dans son éternelle Tri- 
nité. » 



I. Traité des fêtes de V Eglise, Paris, iGgS, p. 383. — 2. Le 
temps après ta Pentecôte, Paris, 1878, t. i, p. laS. 



r 



MESSE DE LA SAINTE TRINITE 97 



IL La messe de la sainte Trinité 

I. La messe primitive. — i. La me^se votive 
d'Alcuin, — C'est à la fois pour satisfaire sa piété et 
pour remédier à la pénurie des messes de son 
temps, que le célèbre Alcuin composa quelques 
messes votives, entre autres celle de la sainte Tri- 
nité, qui durent servir tout d'abord à son monas- 
tère de Saint-Martin de Tours. Il avait trop le sens, 
le goût et la connaissance de la liturgie pour ne pas 
faire de chacune d'elles une synthèse harmonieuse 
conforme aux enseignements de la foi et aux aspi- 
rations de la piété. C'est ce que l'on peut constater 
dans celle qu'il composa en l'honneur de la sainte 
Trinité. 

En effet, à l'exception des chants, son sacramen- 
taire nous renseigne sur les prières de la collecte, de 
la secrète et de la postcommunion et sur l'épître et 
révangile (i). Les prières sont très vraisemblable- 
ment de sa composition, et le meilleur éloge qu'on 
en puisse faire, c'est que l'Eglise les a consacrées en 
les adoptant dans leur teneur presque intégrale 
pour la messe actuelle de la fête de la sainte Trinité. 
Pour les lectures, son choix judicieux porta sur ce 
souhait de saint Paul, qui termine sous forme de 
doxologie la seconde épître aux Corinthiens : « Que 
la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, l'amour de 
Dieu et la communication du Saint-Esprit soient 
avec vous tous (2) ! » et sur ce passage de l'Evangile 
selon saint Jean, où il est question des trois Per- 
sonnes divines dans ces mots du Sauveur aux apô- 
tres : « Lorsque le Consolateur que je vous enverrai 
d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du 

I. Liber Sacram,, i, Patr, lat,, t. ci, col. 44o, 446. — 2. II 
Cor,, XIII, i3. 

LE CATÉCHISME. — T. VIII. *7 



98 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Père, sera venu, il rendra témoignage de moi (i). » 
Naturellement la préface de cette messe ne pouvait 
être que celle qui existait déjà, et dans laquelle le 
dogme de la Trinité se trouve si bien exprimé ; 
c'est justement celle-là que reproduit le sacramen- 
taire d'Alcuin. 

]Mais quels pouvaient bien être les chants? L'an- 
tiphonaire grégorien n'en parlait pas, et pour 
cause, puisqu'il remontait à une date de beaucoup 
antérieure à celle de l'institution d'une fête de la 
Trinité. Mais ils y ont été insérés dans la suite, et 
une note marginale les attribue, d'après le Microlo- 
gus (2), à Alcuin et à Etienne de Liège. Très certai- 
nement Alcuin avait donné à sa messe un introït, 
un graduel, un offertoire et une communion. Sont- 
ils les mêmes que ceux de l'antiphonaire .^ Tout 
porte à le croire ; Durand de Mende n'en doute pas, 
car, bien qu'il parle d'Etienne de Liège, c'est à 
Alcuin qu'il en fait remonter la composition (3). 
Nous disons composition, parce que, en effet, loin 
de comprendre comme à l'ordinaire des versets de 
psaumes, ces chants s'inspirent assez librement de 
deux passages du lis'^re de Tobie et du prophète 
Daniel. Le premier de ces passages est celui où 
l'ange Raphac'^l dit aux deux Tobie : « Bénissez le 
Dieu du ciel et rendez-lui gloire devant tout être 
qui a vie, parce qu'il a exercé envers vous sa misé- 
corde {[\). » Voici l'antienne de l'introït : a Bénie soit 
la sainte Trinité et l'indivise Unité! Rendons-lui 
gloire, parce qu'elle a exercé envers nous sa misé- 
ricorde. » Il y a donc là une très heureuse appro- 
priation. Le verset qui suit et remplace le psaume 
habituel exprime la même pensée sous une autre 



I. Joan., XV, 26. — 2. Micrologus, lx. — 3. Rationale, 1. VI, 
c. cxiv, n. 5. — 4. Tob., xii, G. 



MESSE DE LA FETE DE LA SALNTE TKINITE 99 

forme: «Bénissons le Père et le Fils avec le Saint- 
Esprit, louons-le et exaltons-le dans les siècles (i). » 
Il en est de même à l'offertoire et à la communion, 
oîi reparaît la finale du texte sacré : « Béni soit Dieu 
le Père, et le Fils unique de Dieu, et le Saint- 
Esprit, parce qu'il a exercé envers nous sa miséri- 
corde ! » — (( Nous bénissons le Dieu du ciel et 
nous lui rendons gloire devant tout être qui a vie, 
parce qu'il a exercé envers nous sa miséricorde. » 
— Le second passage est le commencement du 
cantique des trois enfants dans la fournaise; à peine 
allégé de deux ou trois expressions, il sert au gra- 
duel et au verset alléluiatique : « Vous êtes béni, 
vous dont le regard pénètre les abîmes et qui êtes 
assis sur les chérubins (2). » — « Bénissez le Dieu 
du ciel (3). » — Alléluia, alléluia ! a Vous êtes béni. 
Seigneur Dieu de nos pères, digne d'être loué à 
jamais (4). )"> Alléluia. 

2. La messe de la fêle de la sainte Trinité, — Quand, 
au commencement du x^ siècle, Etienne de Liège 
institua une fête en l'honneur de la sainte Trinité, 
il est à croire qu'il emprunta, pour la célébrer, la 
messe votive d'Alcuin. Peut-être substitua-t-il deux 
nouveaux passages à l'épître et à l'évangile. En tout 
cas, la substitution était faite dans quelques églises 
au xii^ siècle, comme nous l'apprend Uupert (5). On 
lisait alors un passage de l'évangile selon saint 
Matthieu (6) et de l'Apocalypse de saint Jean (7), 
dont Durand, près de deux siècles plus tard, remar- 
quait, tout comme Rupert qu'il reproduit et com- 

ï. Ce verset est actuellement remplacé par Ps., vin, r. — 
2. Dan,, m, 55. — 3. Ce verset a été remplacé par Daniel, m, 
56 : « Vous êtes béni au firmament du ciel, digne de louange 
à jamais. » — 4. Dan,, ni, 52. — 5. De div. ofjîc, xi, 19. Patr^ 
lai., t. cLxx, col. 3i4. — 6. Maith., xxviii, 18. — 7. Apoc, iv. 



lOO LE CATECHISME ROMAIN 

plète, l'heureux choix et la convenance parfaite (i). 
Et, en effet, le passage de TApocalypse, qui servait 
d'épître, n'est autre que la description de la cour 
céleste. Dieu siège sur un trône, entouré de vingt- 
quatre veillards et de quatre animaux (2). Une mer 
de verre semblable à du cristal est en face du trône. 
Ce trône, disait Durand, n'est autre que TEglise ; 
cette mer symbolise le baptême qui mène à Dieu ; 
et le baptême évoque la formule trinitaire qui sert 
à le donner, selon Tordre du Sauveur dans l'évan- 
gile du jour. Jour et nuit, dans le ciel, résonne le 
trisagion : Sanctas, sanclas, sanclas ! Et pendant que 
les quatre animaux rendent gloire, honneur et ac- 
tion de grâces à celui qui est assis sur le trône, à 
celui qui vit aux siècles des siècles, les vingt- 
quatre vieillards se prosternent, adorent et jettent 
leurs couronnes, en disant : « Vous êtes digne, no- 
tre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et 
Fhonneur, et la puissance, car c'est vous qui avez 
créé toutes choses, et c'est à cause de votre volonté 
qu'elles ont eu l'existence et qu'elles ont été créées. » 

Ce double choix, comme on le voit, ne le cède 
pas à celui d'Alcuin : il a sa signiQcation profonde 
et son application opportune au mystère du jour. 
D'ailleurs, comme nous l'apprend encore Durand, 
il n'avait pas supprimé les lectures d'Alcuin, qui 
étaient fidèlement conservées dans quelques églises. 
Autrement dit, il y avait, à la fin du xui'' siècle, 
deux messes différentes aux moins quant aux lec- 
tures pour célébrer la fête de la sainte Trinité. Dif- 
féraient-elles aussi quant aux chants et aux prières.^ 
Nous l'ignorons, faute de documents. Mais il sem- 
ble qu'on peut répondre négativement, parce que 

I. Raiionale, 1. VI, c. cxiv. — 2, Toute la tradition a vu 
dans ces quatre animaux le symbole des quatre Evangélistes. 



MESSE DE LA FETE DE LA SAINTE TRINITE lOI 

Durand se borne simplement à signaler la différence 
des lectures. Cette divergence d'usage ne doit pas 
étonner tant que TEglise romaine n'a rien décidé. 
Or, comme nous l'avons rappelé, elle ne se pro- 
nonça définitivement qu'en i33/4, lorsque Jean XXII 
imposa partout la célébration de la fête de la Sainte 
Trinité. 

II. La messe actuelle. — Celle-ci, telle qu'elle 
se trouve dans le missel romain depuis la réforme 
de saint Pie V, est pour ainsi dire la consécration 
de la messe votive d'Alcuin, à très peu de différen- 
ces près : mêmes chants, à l'exception du verset de 
l'introït, remplacé par le Psaume viii^, et du verset 
du graduel, littéralement emprunté à Daniel ; 
mêmes prières. Seules les leçons primitives ont dis- 
paru pour céder la place à d'autres ; l'évangile 
actuel est le même que celui qu'on lisait dans quel- 
ques églises du temps de Rupert et de Durand ; 
quant à l'épître, elle est actuellement tirée de l'épî- 
tre aux Romains. Ces quelques changements sont 
loin de nuire à la beauté liturgique de la messe ; 'ils 
la rehaussent au contraire, en contribuant à son 
harmonieuse unité ; étant le choix délibéré de 
l'Eglise, ils n'en ont que plus de prix à nos yeux. 

ï. Les chants. — Les ayant déjà fait connaître, 
bornons-nous à constater que l'introït est une for- 
mule de bénédiction propre à ce jour en l'honneur 
du mystère de la Trinité dans l'unité et de l'unité 
dans la Trinité, une glorification de Dieu par l'Eglise, 
à raison des miséricordes qu'elle n'a cessé et qu'elle 
ne cesse de recevoir de celui qui est la source de 
tout bien. L'expression d'un tel sentiment de gra- 
titude convient à chaque chrétien puisque c'est du 
Dieu créateur, rédempteur et sanctificateur qu'il 
tient tout ce qu'il est, tout ce qu'il a. 11 peut donc 



I02 LE CATECHISME ROMAIN 

chanter avec le Psalmiste : <( Jéhovah, notre sou- 
verain Maître, que ton nom est glorieux sur la 
terre ! » Et plus que jamais, en y mettant son cœur 
et son âme, il doit redire à pareil jour la doxologie 
ordinaire de Tintroït : « Gloire au Père, et au Fils, et 
au Saint-Esprit ! » 

Le mot initial de l'introït, qui fait de ce diman- 
che le Dimanche bénit par excellence, reparait 
trois fois au graduel, non sans une intention parti- 
culière : Benediclas . , . Beiiediclas.,. Benedictus l C'est 
le mot de la fête de ce jour ; c'est le mot qui com- 
mence tous les chants comme pour mieux traduire 
par sa répétition la reconnaissance qui déborde. Au 
dernier verset, il est précédé d'un double alléluia. 
Graduel et verset alléluiatique traduisent la joie et 
l'admiration. Le chœur ne se contente pas de célé- 
brer la grandeur de Dieu qui, assis sur les chéru- 
bins, pénètre de son regard le fond des abîmes, il le 
proclame encore par deux fois éternellement digne 
'de louanges (i). 

A l'offertoire, on bénit nommément les trois 
Personnes divines. Dieu le Père, son Hls unique et 
le Saint-Esprit; et, comme à l'introït, on répète le 
motif d'une pareille bénédiction ; c'est parce que 
Dieu c( a exercé envers nous sa miséricorde. » 

Quand le sacrifice a été offert, un dernier chant 
se fait entendre à la communion, où l'on reprend 
comme un refrain final la mélodie de l'introït et de 
l'offertoire, tant on tient à faire entendre en ce jour 

I. A partir du x'^ siècle, presque toutes les fêtes et tous les 
dimanches en dehors du temps de la septuag^ésime et du 
carême eurent une séquence. La fête de la sainte Trinité eut 
aussi la sienne, ou mieux les siennes, toutes remplies de ter- 
mes métaphysiques et en général assez peu poétiques. Le con- 
tinuateur de dom Guéranger, Le temps après la Pentecôte, 
t. I, p. i48, reproduit celle d'Adam de Saint Victor. 



MESSE DE LA FETE DE L\ SAINTE TRINITE Io3 

la même expression de la louange et de la recon- 
naissance, qu'on ne cessera plus de proclamer : 
« Nous bénissons le Dieu du ciel, et nous lui ren- 
drons gloire devant tout être qui a vie, parce qu'il 
a exercé envers nous sa miséricorde. » Une telle 
insistance pourrait paraître monotone ; elle res- 
semble un peu au perpétuel trisagion qui se chante 
dans les cieux, toujours ancien et toujours nouveau 
comme l'expression permanente de l'état définitif 
de la gloire et de la béatitude. 

2. Les leclares, — L'évangile d'aujourd'hui est 
court, mais il convient admirablement à l'objet de 
la fête ; c'est celui o\x le Sauveur, peu avant de mon- 
ter au ciel, confie sa mission aux apôtres en leur 
disant : u Toute puissance m'a été donnée dans le 
ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les 
nations, les baplisant au nom du Père, et da Fils, et 
du Saint-Esprit.., (i). » Tel est le nom des trois 
Personnes divines, et telle est la formule qui devra 
servir à la collation du baptême. 

Formule féconde, formule autorisée, formule di- 
vine, mais combien déconcertante pour notre faible 
raison ! Que Dieu existe, qu'il n'y ait et qu'il ne 
puisse y avoir qu'un seul Dieu, voilà bien ce que la 
raison peut parvenir à prouver victorieusement ; 
mais qu'il y ait en Dieu trois personnes distinctes, 
le Père, le Fils et le Saint-Esprit, selon la formule 
évangélique, voilà ce que la raison est radicalement 
impuissante à concevoir et à établir. Que devient, 
en effet, l'unité en pareil cas.^ Et si l'unité de Dieu 
est un dogme aux yeux de la saine raison, comment 
accepter la trinité des personnes? Gela paraît incon- 
ciliable. Gela se concilie pourtant aux yeux de la 
foi, quand on sait que l'unité se dit de l'essence, et 

I. Malth.y xxviii, 18-20. 



I04 LE CATÉCHISME ROMAIN 



la trinité des personnes. Mais c'est là, malgré tout, 
le mystère des mystères, dont il a plu à Dieu de 
nous révéler l'existence et de nous imposer la 
croyance. Et c'est ce mystère insondable qu'il faut 
croire, si l'on veut être vraiment le disciple du 
Sauveur, puisqu'il fait partie de sa révélation pré- 
cise, de son enseignement formel. L'accepter hum- 
blement, y adhérer fermement non seulement de 
bouche mais encore de cœur, le professer ouverte- 
ment est un devoir rigoureux qui s'impose, d'autant 
plus méritoire, il est vrai, de la part de l'homme 
qu'il semble exiger un sacrifice plus grand, mais 
c'est par là même rendre à Dieu l'honneur le plus 
profond, le plus absolu et le plus glorieux. 

Or, l'homme ne devient chrétien qu'en recevant 
le baptême au nom du Père, et du Fils et du Saint- 
Esprit. Et le chrétien ne vit en chrétien qu'autant 
qu'il professe sa foi baptismale en ce Père qui l'a 
créé, en ce Fils qui l'a racheté, en ce Saint-Esprit 
qui le sanctifie. Dans toute sa vie individuelle ou 
sociale, il ne saurait faire un pas décisif qu'au nom 
de ces trois mêmes Personnes divines. C'est au nom 
du Père, et du Mis, et du Saint-Esprit qu'il a été 
régénéré ; c'est au nom du Père, et du Fils et du 
Saint-Esprit, qu'il sera fortifié à la confirmation, 
pardonné par la pénitence, encouragé et préparé à 
la mort par l'extrême-onction ; c'est au nom du 
Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, qu'il sera uni 
par le lien matrimonial pour fonder une famille, 
et consacré par l'ordre pour remplir les fonctions 
du ministère. C'est au nom du Père, et du Fils, et 
du Saint-Esprit qu'il s'armera à chaque instant du 
signe de la croix et accomplira toutes ses œuvres. 
C'est au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit 
que se font tous les rites, toutes les cérémonies, 
toutes les bénédictions, toutes les consécrations du 



MESSE DE LA FETE DE LA SAINTE TRINITE loS» 

culte, par dessus tout l'auguste sacrifice de la messe. 
Mais trop souvent distrait ou peu attentif, dans ses^ 
pratiques religieuses, aux nécessaires manifesta- 
tions de la foi ou aux salutaires exigences de la 
piété, le baptisé laisse passer maintes occasions sans 
y remplir tout son devoir et sans en recueilir tout 
le fruit désirable. C'est chaque jour, chaque diman« 
che surtout qu'il devrait particulièrement honorC'r 
les trois Personnes de la sainte Trinité. Aussi la 
fête d'aujourd'hui a-t-elle pour but de lui faire ré-^ 
parer ses négligences ou ses oublis, et de payer 
comme il convient sa dette à Dieu, dont l'évangile 
lui rappelle si opportunément les noms de Père, de 
Hls et de Saint-Esprit. Marqué au baptême du sceau 
de la Trinité, c'est un caractère indélébile qui le 
distinguera sans cesse comme étant la propriété des 
trois Personnes divines. Et lorsque sa « dépouille 
mortelle sera apportée dans la maison de Dieu pour 
y recevoir les dernières bénédictions et les adieux 
de l'Eglise de la terre, le prêtre suppliera le Seigneur 
de ne pas entrer en jugement avec son serviteur ; et 
afin d'attirer sur ce chrétien déjà entré dans son 
éternité les regards de la miséricorde divine, il 
représentera au souverain Juge que ce membre de 
la race humaine u fut marqué durant sa vie du 
sceau de la sainte Trinité (i). » Heureux alors 
d'avoir respecté, honoré et fait briller ce sceau, il 
deviendra l'hôte récompensé de cette Trinité, dont 
il pourra contempler enfin à découvert le mystère 
jusque-là impénétrable pour lui. 

C'est justement à la grandeur de ce mystère que 
fait penser l'épître de ce jour (2). Dieu, u qui habite 
une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu 

I. Le temps après la Pentecôte, t. i, p. i4o. — 2. Rom,, xi, 
33-36. 



Io6 LE CATÉCHISME ROMAIN 



ni ne peut voir (i), » est incompréhensible dans 
son essence et sa nature. Sa vie intime échappe 
totalement à nos prises, et nous n'en pouvons sa- 
voir que le peu qui nous en a été révélé. Il en est 
de même de sa conduite à l'égard de l'humanité. 
Pourquoi a-t-il choisi Israël pour en faire son peuple 
de prédileclion ? Il le réprouve à cause de son infi- 
délité et de son crime, et il lui substitue les gentils. 
Ce n'est pourtant pas une réprobation définitive, 
puisque l'espoir lui reste de retourner un jour à 
Dieu ; et saint Paul assure qu'à la fin tout Israël 
sera sauvé. Mais la conduite de Dieu n'en est pas 
moins mystérieuse, digne toujours de nos respects 
et de nos adorations. Avec l'Apôtre, nous devons 
dire : «. profondeur inépuisable et de la sagesse et 
de la science de Dieu ! Que ses jugements sont inson- 
dables et ses voies incompréhensibles ! Car qui a connu 
la pensée du Seigneur, ou gui a été son conseiller ? Ou 
bien qui lui a donné le premier, pour qu'il ait à rece- 
voir en retour ? De lui, par lui et pour lui sont toutes 
choses. A lui la gloire dans tous les siècles ! Amen ! » 
Cepassage contient l'expression des desseins inson- 
dables de Dieu à notre égard ; il marque la relation 
étroite dans laquelle il a plu à sa sagesse et à sa 
science de nous placer vis-à-vis de lui ; car nous 
sommes de lui, parce qu'il nous a créés ; nous 
sommes par lui, parce qu'il nous conserve et nous 
gouverne; nous sommes pour lui, parce qu'il est 
notre fin dernière. Et dès lors la reconnaissance 
nous fait un devoir de lui crier : « A lui gloire dans 
tous les siècles ! Amen ! » Si tout cela est vrai de la 
conduite de Dieu dans ses œuvres ad extra, quels ne 
doivent pas être nos sentiments, par rapport à sa 
vie intime, ad intra, à cette vie toujours en acte et 

I. I Tim., VI, i6. 



MESSE DE LA FETE DE LA SAINTE TRINITE IO7 

constituant le mystère de la sainte Trinité, que 
TEgiise propose à notre adoration et à notre culte 
dans la fête de ce jour ? Donc, sans chercher à com- 
prendre ce mystère, adorons-le avec une foi humble 
et soumise ; et en attendant qu'il nous soit donné 
de le contempler à découvert avec les saints, dans 
la lumière de la gloire, profitons de la solennité 
actuelle pour renouveler nos sentiments de foi, 
d'adoration et d'amour, pour unir notre voix au 
concert d'hommages, de bénédictions et de louanges 
que lui chante l'Eglise. 

3. Les prières, — L'Eglise, en effet, a condensé 
dans les prières de cette fête tout ce qu'il convient 
de dire en l'honneur du mvstère de la sainte ïri- 
nité, ainsi que les demandes et les vœux que nous 
devons exprimer. Dans la collecle, c'est un acte de 
foi au mystère, une demande d'augmentation de 
cette foi et de protection contre toutes les adversités. 
« Dieu tout-puissant et éternel, qui avez accordé à 
vos serviteurs de reconnaître, par la confession de 
la vraie foi, la gloire de l'éternelle Trinité, et d'ado- 
rer l'Unité dans la puissance de votre majesté, 
daignez nous accorder, parla fermeté de cette même 
foi, une protection continuelle contre toutes nos 
adversités. » 

Dans la secrète, c'est une demande de sanctifica- 
tion pour l'offrande du sacrifice et de transformation 
de nous-mêmes en un hommage éternel à la divine 
majesté. « Sanctifiez, nous vous en supplions. Sei- 
gneur notre Dieu, par l'invocation de votre saint 
Nom, l'oblation de cette hostie, et par elle faites de 
nous pour vous un hommage éternel. » Quelle des- 
tinée plus grande pour une créature humaine que 
d'être associée à la Victime du sacrifice et de devenir 
pour Dieu un présent qui lui soit agréable ! Mais, 
nous le savons, la première condition c'est d'avoir 



Io8 LE CATÉCHISME ROMAIN 

la foi, car (( sans la foi, il est impossible de plaire à 
Dieu (i), )) et de vivre de la foi, car c'est d'elle que 
vit le juste (2). Une autre condition non moins 
indispensable, c'est de se nourrir de l'aliment divin 
qu'est l'eucharistie, car le Sauveur l'a dit : « Si vous 
ne mangez la chair da Fils de Vhomme, el ne bavez son 
sang, vous n'avez point la vie en vous-mêmes (3). » 
Fidèle à cet enseignement, l'Eglise nous fait prier 
ainsi à la postcommunion : « Que la réception de ce 
sacrement nous profite pour le salut du corps et de 
rame, et aussi la confession que nous faisons de 
la sainte et éternelle Trinité et de son indivisible 
Unité ! » 

I. La profession de foi en la sainte Trinité. — 
(( Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit : voilà, 
en trois paroles, le fondement de notre religion, lecarac- 
tère de notre profession, le plus auguste de nos mystè- 
res. Le Sauveur du monde en a fait une partie essentielle 
du premier de tous les sacrements ; il a voulu qu'il 
entrât presque dans la composition de tous les autres. 
La primitive Eglise s'en servait comme d'un sceau public 
et universel pour distinguer les fidèles ; et c'est pour 
nous conformer à ses sentiments que nous le mettons à 
la tète de toutes nos actions, voulant qu'elles soient autant 
de témoignages du culte que nous rendons à l'adorable 
et très sainte Trinité. Aussi est-ce cette foi, dit saint 
Augustin, que nous regardons comme le plus précieux 
trésor de FEglise ; cette foi qui justifie les pécheurs, qui 
sanctifie les justes, qui baptise les catéchumènes, qui 
couronne les martyrs, qui consacre les prêtres, qui sauve 
tout le monde... 

(( Pour parler utilement du mystère de la très sainte 
Trinité, et pour le rapporter, autant qu'il est possible, à 
l'édification de nos mœurs, voici trois propositions : je dis 
que la profession que nous faisons, dans le christia- 
nisme, de croire en un seul Dieu unetrinité de personnes. 

I. Hebr., xi, 6. — 2. Hebr., x, 38. — 3, Joan., vi, 53. 



IMAGE DE LA TRINITE EN NOUS IO9 

est Tacte le plus glorieux à Dieu que notre foi soit capa- 
ble de produire... Que c'est le fondement le plus essen- 
tiel et le plus solide de toute notre espérance... Que c'est 
le lien de la charité qui doit régner entre les hommes, 
mais particulièrement entre les fidèles... Croire un Dieu 
en trois personnes, c'est le plus grand hommage de foi 
que la créature puisse rendre à Dieu... c'est le plus grand 
sujet de confiance que la créature puisse avoir en son 
Dieu... c'est avoir devant les yeux le plus puissant motif 
et le plus excellent modèle de la charité, qui doit tous 
nous unir en Dieu et selon Dieu. » Bourdaloue, Sermon 
sur la sainte Trinité, Exorde. 

2. Image de la Trinité en nous. — a Quand je consi- 
dère en moi-même l'éternelle félicité que notre Dieu nous 
a préparée ; quand je songe que nous verrons sans obs- 
curité tout ce que nous croyons sur la terre, que cette 
lumière inaccessible nous sera ouverte, et que la Trinité 
adorable nous découvrira ses secrets ; que là nous ver- 
rons le vrai Fils de Dieu sortant éternellement du sein 
de son Père, et demeurant éternellement dans le sein du 
Père ; que nous verrons le Saint-Esprit, ce torrent de 
flamme, procéder des embrassements mutuels que se 
donnent le Père et le Fils, ou plutôt qui est lui-même l'em- 
brassement, l'amour et le baiser du Père et du Fils ; que 
nous verrons cette unité si inviolable, que le nombre ne 
peut y apporter de division ; et ce nombre si bien 
ordonné, que l'unité n'y met pas de confusion ; mon âme 
est ravie de l'espérance d'un si beau spectacle, et je ne 
puis que je ne m'écrie avec le prophète : « Que vos taber- 
nacles sont beaux, ô Dieu des armées ! mon cœur languit 
et soupire après la maison du Seigneur (i). » Et puisque 
notre unique consolation dans ce misérable pèlerinage, 
c'est de penser aux biens éternels que nous attendons 
en la vie future, entretenons-nous ici-bas des merveilles 
que nous verrons dans le ciel, et parlons, quoique en 
bégayant, des secrets et ineffables mystères qui nous 

I« Ps., LXXXIII, I. 



IlO LE CATECHISME ROMAIN 



seront un jour découverts dans la sainte cité de Sion, 
dans la cité de notre Dieu... 

(( Cette Trinité incréée, souveraine, toute-puissante, 
incompréliensible, afin de nous donner quelque idée de 
sa perfection infinie, a fait une trinité sur la terre, et a 
voulu imprimer en ses créatures une image de ce mystère 
inelïable, qui associe le nombre avec l'unité d'une ma- 
nière si haute et si admirable. Si vous voulez savoir 
quelle est cette trinité créée dont je parle, ne regardez 
point le ciel ni la teire, ni les astres, ni les éléments, ni 
toute cette diversité qui nous environne; rentrez en vous- 
même, et vous la verrez : c'est votre àme, c'est votre 
intelligence, c'est votre raison, qui est cette trinité 
dépendante en laquelle est représentée cette Trinité sou- 
veraine.. . 

(( Comme la Trinité très auguste a une source et une 
fontaine de divinité, ainsi que parlent les Pères grecs, un 
trésor de vie et d'intelligence, que nous appelons le Père, 
où le Fils et le Saint-Esprit ne cessent jamais de puiser, 
de même l'âme raisonnable a son trésor qui la rend 
féconde. Tout ce que les sens lui apportent du dehors, elle 
le ramasse au dedans ; elle en fait comme un réservoir, 
que nous appelons la mémoire. Et de même que ce 
trésor infini, c'est-à-dire le Père éternel, contemplant ses 
propres richesses, produit son Verbe qui est son image, 
ainsi l'âme raisonnable, pleine et enrichie de belles idées, 
produit cette parole intérieure que nous appelons la pen- 
sée, ou la conception, ou le discours, qui est la vive 
image des choses ; car ne sentons-nous pas que lorsque 
nous concevons quelque objet, nous nous en faisons en 
nous-mêmes une peinture animée, que l'incomparable 
saint Augustin appelle le fils de notre cœur, filias cor- 
dls lai ? Enfin comme, en produisant en nous cette 
image qui nous donne l'intelligence, nous nous plaisons 
à entendre, nous aimons par conséquent cette intelli- 
gence : et ainsi de ce trésor qui est la mémoire, et de 
l'intelligence qu'elle produit, naît une troisième chose 
qu'on appelle amour, en laquelle sont terminées toutes 
les opérations de notre âme, ainsi du Père qui est le tré- 



IMAGE DE LA TRINITE EN NOUS I II 



sor, et du Fils qui est la raison et l'intelligence, procède 
cet Esprit infini, qui est le terme de l'opération de l'un 
et de l'autre. Et comme le Père, ce trésor éternel, se 
communique sans s'épuiser, ainsi ce trésor invisible et 
intérieur, que notre âme renfermeen son propre sein, ne 
perd rien en se répandant; car notre mémoire ne s'épuise 
pas par les conceptions qu'elle enfante, mais elle demeure 
toujours féconde, comme Dieu le Père est toujours 
fécond. » Bossuet, Sur le mystère de la Trinité, Exorde. 



Fêtes de Notre Seigneur 

Leçon XXF 
Le saint Nom de Jésus 



I. Fêtes actuelles de Notre Seigneur, 

IL La fête du saint nom de Jésus, 

ni. Les autres fêtes. 

I . 

Fêtes actuelles de Notre Seigneur 

PRIMITIVEMENT la liturgie ne connaissait pas 
d'autres fêtes en l'honneur de Notre Seigneur 
que celles du Propre du temps (i). C'est, en 
effet de TAvent à la Pentecôte qu'étaient commémo- 

I. BIBLIOGRAPHIE : Gretser, De s. Cruce, dans le t. i de ses 
Opéra omnia, Ratisbonne, 1 734-1741 ; De festis chrisiianoram, 
Ingolstadt, 16 12, et De ss, Corporis Christi solemnitate et sacro' 
sanctx Eacharisiiœ cultu, dans le t. v ; Guyet, Heortologie, 
Paris, 1607 ; Thomassin, Traité des fêtes de V Eglise, Paris. 
i683 ; Baillet, Les vies des saints ^ Paris, 1701, ouvrage mis à 
l'index en 1709 ; Benoit XIV, De servorum. Dei heatificalione et 
beatorum canonizatione, Bologne, 1784-1738, dans les t. i-vii de 
ses Opéra omnia, Prato, 1837 ; De festis D. N. J. C. et B, M. V., 
Bologne, 1740, dans le t. xxvi du Theologiœ cursas complétas, 
de Migne ; Lonovics, Das katholische Kirchenjahr, 186 1 ; Gué- 
ranger, Vannée liturgique, 8* édit., Paris, 1878 ; Kellner, 
Heortologie oder die gesckichstliche Entwicklung des Kirchen- 
Jahres and des Heiligenf este von den âlterenZeiten, Fribourg-en- 
Brisgau, 1901 ; trad. franc., par Bund, Paris, 19 10 ; Mlles, 
Kalendariixm manuale utriasque Ecclesiœ, Inspruck, 1896, 



FÊTES DE NOTRE SEIGNEUR n3 

rés tous les mystères et tous les événements de la 
vie du Sauveur, depuis sa naissance jusqu'à son 
entrée triomphale dans le ciel, d'où il envoya le 
Saint-Esprit. La Noël, la Circoncision, l'Epiphanie, 
le carême, les dimanches de la Passion et des 
Rameaux, la semaine sainte, Pâques, le temps pas- 
cal, l'Ascension et la Pentecôte, voilà toute une 
période de l'année consacrée à honorer les mystè- 
res du Sauveur. Il y a là, comme nous l'avons vu, 
tout un ensemble d'enseignements précieux pour 
la foi, et un aliment substantiel pour la piété. Mais 
c'est un fonds d'une richesse inépuisable, et, le déve- 
loppement de la dévotion catholique aidant, il était 
à prévoir que le culte de Notre Seigneur en particu- 
lier, comme le culte en général, recevrait dans la 
suite de multiples accroissements. C'est de ces fêtes 
nouvelles qu'il va d abord être question. 

I. Nouvelles fêtes de Notre Seigneur. — i. 
Causes qui en ont favorisé l'institution. — Outre Je 
Propre du temps, la liturgie romaine, à l'époque 
carolingienne, ne contenait, comme fêtes de Notre 
Seigneur, que celles de V Invention de la Croix, au 3 
mai, de la Transfiguration, au 6 août, et de Y Exaltation 
de la sainte Croix, nu il\ septembre. Mais elle ne devait 
pas rester figée. Sous l'action du Saint-Esprit, qui 
souffle oi^i il veut, et qui se sert, pour arriver à ses 
fins, tantôt de modestes instruments ou de person- 
nages illustres, tantôt d'humbles femmes cachées 
dans lombre des cloîtres ou de religieux animés 
d'un grand zèle apostolique, tantôt de princes et de 
rois ou de provinces et de nations entières, tantôt 
de miracles et de faveurs ou de victoires rempor- 
tées pour la libération de la patrie et d'expéditions 
lointaines entreprises pour la défense de la foi, le 
sentiment religieux, si vivant au moyen âge et sL 

LE CATÉCHISME. — T. VHI, 8 



Il4 LE CATECHISME ROMAIN 

actif depuis à certaines périodes de ferveur, s'est 
traduit en manifestations pieuses, en créations de 
confréries, de congrégations et d'ordres, pour la 
plus grande gloire de Dieu et pour le bien des âmes . 

2. Quelques faits historiques. — Rappelons tout 
d'abord les attaques de Bérenger (f iO(88) contre la 
transsubstantiation et la présence réelle de Notre 
Seigneur dans l'eucharistie. Elles n'obligèrent pas 
seulement les défenseurs de l'orthodoxie à combat- 
tre l'erreur sur le terrain de l'Ecriture et de la tra- 
dition et à mieux étabhr les fondements inébranla- 
bles de la foi, elles furent aussi, pour les âmes 
délicates et jalouses des institutions divines, une 
occasion de raviver leur piété à l'égard du sacre- 
ment de nos autels et de payer, en signe de répara- 
tion, à Notre Seigneur présent dans l'eucharistie, 
un nouveau tribut d'adoration. C'est ainsi qu'au 
xni^ siècle. Dieu suscita une humble religieuse, 
Julienne du Mont-Cornillon, pour concevoir, pro- 
poser et demander l'institution d'une fête nouvelle, 
qui fut celle du Saint-Sacrement. Au xvn^ siècle. 
Dieu suscitera encore une autre sainte religieuse, 
Marguerite Marie Alacoque, pour être en faveur du 
Sacré-Cœur ce que la bienheureusr» Julienne avait 
été en faveur du Saint-Sacrement. 

Rappelons encore l'une des plus célèbres victoi- 
res remportées par la Croix sur le croissant, celle 
de Las Navas de Tolosa, le 16 juillet 1212. I]n action 
de grâce, le vainqueur, Alphonse de Castille, déci- 
da que l'Espagne célébrerait, chaque année, l'anni- 
versaire de ce jour comme une fête nationale ; et 
telle fut l'origine de la fête religieuse du Triomphe 
de la Croix, célébrée le 16 juillet. Beaucoup plus 
tard et dans un autre pays, en Italie, la ville de 
Venise, ravagée par la peste, fit le vœu de visiter 
tous les ans, en action de grâces, si elle venait à 



FETES DE NOTRE SEIGNEUR I l5 

être délivrée du fléau, l'église dédiée au saint 
Rédempteur ; et telle fut l'origine de la fête du saint 
Rédempteur. 

D'autre part, l'un des résultats des Croisades, au 
point de vue qui nous occupe, fut la translation, en 
Occident, de la plupart des reliques de la Passion. 
La présence de ces reliques provoqua un renouvel- 
lement de piété à Tégard du Sauveur, mort sur la 
croix pour Thumanité, et favorisa le culte envers la 
Passion elle-même et envers tout ce qui avait servi 
au supplice du Christ. On connaît en particulier la 
piété de saint Louis, roi de France : c'est pour dé- 
poser dans un reliquaire digne d'elles, celles qu'il 
avait reçues de Baudoin II, empereur latin de Cons- 
tantinople, ou plutôt qu'il avait rachetées à la répu- 
blique de Venise, qui les tenait en gage de l'em- 
pereur, qu'il fit construire cet admirable joyau 
d'architecture gothique, la Sainte Chapelle. De là 
tout naturellement la pensée d'honorer par une fête 
la Couronne d'épines. Mais il y avait aussi la 
colonne de la flagellation, les clous du crucifiement, 
la lance qui avait percé le côté sacré de Jésus, le 
suaire dans lequel il avait été enseveli ; et chacun 
•de ces instruments de la Passion méritait un pareiL 
honneur. Telle est la pensée exprimée par Inno- 
cent Vt (i352-i36'i), quand il concéda Toffice et la 
messe de la sainte Lance et des saints Clous (i). 
Nous trouvons digne et convenable, disait-il, que 

I. Di^num et conveniens reputamus, si de ipsius Passionis 
specialibus instrumentis, et praesertim in partibus. in qiiibus 
instrumenta ipsa dicuntur haberi, solenine atqiie spéciale 
festum celebretiir et fiat ; nosque illos Ghristi fidoles. qui 
aliqua ex insirumentis ipsis habere se fraudent, in oorurn de- 
Votione divinis otriciis atque maneribas specialiter foveamus. 
Cité par Benoît XIV. />d sert». D(ii beallf., 1. IV, p ii. c. xxxi^ 
n. i8 ; ins(''ré à la iii^ leçon du iv Nocturne, pour la fcte de 
la sainte Lance. 



Il6 LE CATÉCHISME ROMAIN 

partout OÙ Ton dit posséder quelqu'une de ces reli- 
ques, on célèbre une fête solennelle et spéciale en 
leur honneur. Et il se déclare prêt à favoriser la dé- 
votion, en concédant le privilège de pareilles solen- 
nités et en accordant des indulgences, parce que 
l'hommage de l'adoration rendu à ces saintes reli- 
ques s'applique à la personne sacrée du Sauveur. 
C'est la même pensée qui fît concéder par Jules II 
(j5o3-i5i3) au duc de Savoie une messe et un office 
en l'honneur du Saint Suaire. 

Mais que sont les instruments de la Passion à 
côté de la Passion elle-même, et de Celui qui l'a 
subie ? Il y a ce prélude qu'on ne saurait oublier, la 
prière de Notre Seigneur au jardin des Oliviers ; et 
cette prière si mystérieuse et si émouvante par l'ac- 
quiescement complet de Jésus à la volonté de son 
Père mérite bien, elle aussi, les honneurs d'une 
fête ; ils lui seront rendus. Et que dire des plaies 
glorieuses du Sauveur, qui sont un témoignage sen- 
sible de sa Passion et de sa mort.^ Ne méritent-elles 
pas plus encore l'hommage de l'adoration dans une 
fête spéciale et distincte de la commémoration du 
vendredi saint (i)? Et que dire du précieux sang 
répandu si généreusement par Notre Seigneur pour 

I. Nilles, dans son De ratlonlbus Ss. Cordis Jesu, 5. édit., 
Inspruck, i885, t. i, p. i/^o, cite ce passa^re du Memorlale épis- 
coporarn Poloniœ relatif aux cinq Plaies: Golunturmissa et ofTi- 
clo proprio quinque vulnera Christi, et propter vulnera 
coluntur pedes, manus et latus amantissimi Redemptoris, 
qurC sacratissimne doininici corporis partes ea praecise ratione 
prae c.rteris partibus cuitu speciali dii,miores liabentur quia 
dolores spéciales pro salute nostrâ pass;e sunt, et plagis iilis 
veluti qiiodam illustriori ainoris characteie insifjnitœ sunt. 
Unde lit lit inspici et considorari viva lîde non possint sine 
speciali religionis ac devolionis sensu, quo animée sanctie par- 
ies illas arnore noslri s.iuciatas, alTectu tenerri.mo et arden- 
lissiuio venerantur, amant, amplectantur, osculantur. 



FETES DE NOTRE SEIGNEUR I I7 

laver toutes les souillures de l'humanité pécheresse? 
'Ne convient-il pas de lui consacrer une solennité 
à part? Et c'est ainsi que peu à peu, dans la suite 
des âges, la Passion du Sauveur a donné lieu à 
Finstitution de tant de fêtes. 

3. Institution de nouvelles fêles de Notre Seigneur,— 
C'est ici, comme en toutes choses, qu'il faut admi- 
rer la sagesse de l'Eglise. Loin de gêner les géné- 
reuses inspirations de la piété, elle tient à les favo- 
riser ; mais elle tient surtout à les empêcher de 
dévier, à les maintenir dans le sens d'une rigou- 
reuse orthodoxie, à les éclairer, à les diriger et, 
quand il y a lieu, a les consacrer de son autorité 
infaillible. Une dévotion nouvelle vient-elle à paraî- 
tre ? Si elle n'est pas blâmable en soi ou dangereuse 
dans ses conséquences, TEglise commence par la 
tolérer. Mais il y a loin de là à une sanction offi- 
cielle. Tel personnage, tel diocèse, telle congréga- 
tion religieuse, profitant de la tolérance, entendent- 
ils faire approuver par l'Eglise telle ou telle fête ? 
Ils en font la demande au souverain pontife ; et le 
pape, avant de rien décider, fait examiner soigneu- 
sement l'objet de la requête. Puis une décision in- 
tervient ; et quand cette décision est favorable, c'est 
à titre de privilège gracieux que l'office et la messe 
pour une fête déterminée sont accordés à telle cité, 
à tel diocèse, à telle congrégation, à telle nation. 
Mais ici encore il y a loin d'une fête simplement 
approuvée et concédée pour certains lieux à une 
fête inscrite au calendrier de l'Eglise universelle. 
D'ordinaire, ces fêtes particulières se propagent en 
vertu d'induits spéciaux; et c'est ainsi que quel- 
ques-unes sont très répandues, mais sans être obli- 
gatoires, même parmi les fêtes de Notre Seigneur. 
Accordées à quelques ordres religieux, tels que les 
Missionnaires et les Adoratrices du Précieux sang. 



IIO LE CATECHISME ROMAIN 

les Passionistes fondés par saint Paul de la Croix 
(t ^77^)' ^^s Rédemptoristes fondés par saint 
Alphonse de Liguori (f 1787), les Franciscains ou 
les Jésuites, toutes ces fêtes sont loin encore d'être 
universellement obligatoires. Il n'en est qu'un très 
petit nombre qui doivent être célébrées partout dans 
l'Eglise, celles, par exemple, du Saint Nom de 
Jésus, du Très-Saint-Sacrement, du Sacré-Cœur et 
du Précieux sang; toutes les autres restent encore du 
domaine privé. En outre l'Eglise a soin de les dis- 
tinguer entre elles par la solennité du rite qu'elle 
leur donne. Si aucune, à raison de la dignité du 
Sauveur, ne descend au dessous du rite double ma- 
jeur, il en est qui ont celui de double de 11^ classe, 
quelques-unes même celui de double de i^^ classe. 
Avant de dire un mot de chacune d'elles, nous 
allons en dresser le tableau, non dans Tordre chro- 
nologique de leur institution, mais dans celui de 
leur inscription au calendrier liturgique. 

4. Liste des fêtes de Notre Seigneur, — Quelques- 
unes seulement sont à date fixe. 

1 . Festam sanctissimi Nominis Jesu ; Fête du très 
saint Nom de Jésus; double de n^ classe, le second 
dimanche après l'Epiphanie. 

2. Festam Orationis D, A'. J.-C; Fête de la Prière 
de N. S. J.-C; double majeur, le mardi après la 
Septuagésime. 

3. Commemoralio Ss. Passionis D. N . J.-C. ; Com- 
mémoration de la très sainte Passion de N. S. J.-C. ; 
double majeur, le mardi après la Sexagésime. 

4. Festam sacrœ Colamnœ Flagellationis D. N. J.-C. ; 
Fête de la sainte Colonne de la Flagellation de 
N. S. J.-C; double majeur, le mardi après la Quin- 
quagésime. 

5. Festam Ss. Spineœ Coronx D. N. J.-C; Fête de 
la très sainte Epine de la Couronne de N. S. J.-C ; 



FETES DE NOTRE SEIGNEUR II9 

double majeur, le vendredi après les Cendres. 

6. Feslwn Lanceœ et Clavoriim D. N, J.-C; Fêtes 
de la Lance et des Clous de N. S. J.-C. ; double ma- 
jeur, le vendredi après le premier dimanche de 
carême. 

7. Feslwn Ss. Suidonis D. N.J.-C; Fête du très 
saint Suaire de N. S. J.-C; double majeur, le ven- 
dredi après le second dimanche de carême. 

8. Festam Ss. qaiiiqae Plagaram D. N. J.-C. ; Fêtes 
des cinq Plaies de N. S. J.-C. ; double majeur, le 
vendredi après le troisième dimanche de carême. 

9. Feslwn preliosissinii Sangainis D. N. J.-C. ; 
Fête du très précieux sang de N.-S. J.-C. ; double 
majeur, le vendredi après le quatrième dimanche de 
carême. 

10. Commemoratio soleninis Ss. Corporis D. N. 
J.-C. ; Commémoration solennelle du très saint 
Corps de N. S. J.-C; double de i'^ classe avec 
octave, le jeudi après la Trinité. 

11. Solenmilas Ss. CordisD. N. J.-C. ; Solennité du 
très Sacré-Cœur de N. S. J.-C ; double de i''' classe, 
le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement. 

12. Feslwn Inventionis sanclœ Cracis ; Fête de Tln- 
vention de la sainte Croix ; double de n'' classe, le 
3 mai. 

i3. Feslwn pretiosissbni Swigainis D. N. J.-C; 
Fête du très précieux sang de N. S. J.-C; double 
de 11* classe, le premier dimanche de juillet. 

i4. Solenmilas Ss. Redeniploris ; Solennité du très 
saint Rédempteur; double majeur, le troisième di- 
manche de juillet. 

i5. Triwnphus swiclœ Cracis; Triomphe de la 
sainte Croix; double majeur, le i6 juillet. 

16. Feslwn Transfigurationis D. N. J.-C; Fête de 
la Transfiguration de N. S. J.-C ; double de ii'cl£|^se, 
le 6 août. 



I20 LE CATECHISME ROMAIN 

17. Feslum ExQltalionis sanclœ Cracis ; Fête de 
rExaltation de la sainte Croix ; double majeur, le 
i4 septembre. 

18. Festiim Ss, Redernploris ; Fête du très saint 
Rédempteur; double majeur, le 28 octobre. 

Comme on le voit, deux fêtes sont célébrées deux 
fois dans l'année à des dates différentes, celle du 
précieux sang, n. 9 et i3, et celle du Rédempteur, 
11. 1/4 et 18. 

Laissant de côté les fêtes du Saint-Sacrement et du 
Sacré-Cœur, à chacune desquelles nous consacre- 
rons une leçon, nous allons traiter ici des autres. 

IL Fête du saint Nom de Jésus 

I. Histoire de la fête. — i. Confiance de l'Eglise 
dans le nom de Jésus. — Telle étant la signification, 
la puissance et la gloire du nom de Jésus, il n'est 
pas étonnant que l'Eglise le fasse intervenir dans 
toutes les formules de sa prière publique. C'est, en 
effet, par Notre SeigneurJésus-Clirist qu'elle adresse 
à Dieu ses prières latreutiques, eucharistiques, salis- 
factoires et impétratoires. Elle sait les bienfaits que 
ce nom rappelle et dont il ne cesse d'être la source 
féconde et intarissable. C'est pourquoi elle met sur 
les lèvres de ses enfants les Litanies du saint Nom 
de Jésus pour obtenir les grâces de pardon, de 
relèvement, de courage et de perfection qui nous 
sont nécessaires. C'est pourquoi elle a approuvé la 
société religieuse qui s'honore de porter le nom de 
Jésus. On s'étonne après cela qu'une fête spéciale 
n'ait pas été instituée de bonne heure en l'honneur 
de ce saint Nom. Il est vrai qu'on pouvait regarder 
déjà comme la fête du saint Nom de Jésus la ft4e 
même de la Circoncision, puisque c'est dans cette 
même fête que le nom de Jésus est rappelé comme 



FETE DU SAINT NOM DE JESUS 121 

celui qui fut donné à l'Enfant au jour de sa circon- 
cision. 

2. Dévotion de saint Bernardin de Sienne au nom de 
Jésus. — Pour la piété, qui est exigente, la fête de 
la Circoncision ne pouvait suffire ; il fallait une 
fête distincte exclusivement consacrée au Nom de 
Jésus, de même qu'en dehors du jeudi saint, jour 
consacré à commémorer l'inslitution de l'eucha- 
ristie, on avait obtenu la fête du Ïrès-Saint-Sacre- 
ment. L'initiateur de la fête nouvelle fut cette fois 
un religieux de l'ordre de saint François, Bernardin 
de Sienne. C'était au commencement du xv'' siècle, 
à une époque particulièrement douloureuse pour 
l'Eglise à cause du schisme, et dans un pays tou- 
jours troublé par des émeutes et des séditions. 
Animé d'un grand zèle apostolique. Bernardin se 
mit à parcourir l'ilalie pour convertir les pécheurs 
et sauver les âmes. Personnellement très dévot an 
saint Nom de Jésus, il cherchait à inspirer la même 
dévotion à ses auditeurs. Dans un de ses sermons (i), 
qui est plutôt un traité, divisé en trois articles, 
chaque article comprenant quatre chapitres, et 
chaque chapitre consacré à l'un des douze rayons 
de la gloire du nom de Jésus, il s'adresse tour à 
tour aux débutants, à ceux qui progressent, et aux 
parfaits. Il montre aux premiers que le nom de 
Jésus obtient le pardon, la victoire, la santé, la 
consolation ; aux seconds, que ce nom est un prin- 
cipe de noblesse, de fécondité spirituelle, de richesses 
célestes et de progrès incessants ; aux derniers, que 
ce nom est une source de douceur, de ferveur dans 
l'oraison, de joie spirituelle et de gloire éternelle. 
Pour mieux atteindre l'àme, il parlait aux yeux et 
montrait à ses auditeurs un tableau portant dans 

I. De Ecangello œterno, Scrm. xlix. 



122 LE CATECHISME ROMAIN 

une auréole le nom de Jésus (i). Son succi's était 
grand auprès des foules, et d'autant plus grand que 
des miracles se produisirent. Mais son genre d'apos- 
tolat et le thème favori de ses prédications parurent 
suspects et répréhensibles. Aussi Bernardin de 
Sienne fut-il dénoncé à Rome. Martin V ordonna, 
en 1427, qu'on examinât la cause et qu'on discutât 
l'objet de la dévotion nouvelle propagée par le 
Franciscain. Saint Jean de Capistran, un autre 
Franciscain, défendit son maître et eut gain de 
cause : la nouvelle dévotion au saint nom de Jésus 
fut approuvée. 

3. Office et messe du saint nom de Jésus. — Ce pre- 
mier succès était encourageant ; il en faisait présa- 
ger d'autres ; à la dévotion reconnue devaient 
s'ajouter un office et une messe pour la consacrer. 
Bernardin de Bustis composa lun et l'autre et les 
présenta à Sixte IV (1471-1484) ; mais ce ne fut 
qu'un demi-siècle plus tard que messe et office 
furent approuvés, le 20 février i53o. Clément VII 
(i523-i534) accorda aux Frères Mineurs le privilège 
de réciter cet office et de célébrer cette messe en 
l'honneur du saint Nom de Jésus, en y ajoutant 
une concession d'indulgences comme pour la fête 
du Saint-Sacrement. 

La fête ayant été concédée, d'autres ordres religieux 
demandèrent la faveur de la célébrer ; la Congréga- 
tion des Rites l'accorda à l'Espagne. Elle ne cessa 
de s'étendre de plus en plus. Au xvni^ siècle, l'em- 
pereur Charles VI (f 1740) demanda à Clément XI 
(1700-1721), puis à InnocentXIll(i72i-i724), qu'elle 
fût étendue à toute lEglise. Par décret du 29 novem- 
bre 1721, Innocent XIII, accueillant favorablement 

I. Cf. Benoit XIV, De serv, Dei beatlf,, 1. IV, p. 11, c. xxx, 
n. 5-7. 



FÊTE DU SAINT NOM Dl JESUS 123 

cette requête, imposa la fête à l'Eglise universelle 
et en fixa la célébration au deuxième dimanche après 
l'Epiphanie. 

II. Objet de la fête. — L'objet de cette fête c'est 
de rendre au nom de Jésus les hommages qui lui 
sont dus, à raison de son origine, de sa significa- 
tion et de sa puissance. 

I. Origine et signification du nom de Jésus. — Tout 
nom, remarque saint Thomas (i), doit être appro- 
prié à la nature des choses ; appliqué à une per- 
sonne, il doit être déterminé par quelque chose se 
rapportant à cette personne : ou bien par une cir- 
constance de temps, comme lorsqu'on donne le 
nom d'un saint à l'enfant qui est né le jour de sa 
fête ; ou bien pour un motif de parenté, comme 
lorsqu'on donne à un enfant le nom de l'un de ses 
parents ou de ses parrains, et c'est ainsi que les 
parents du Précurseur voulaient qu'il fût appelé 
Zacharie comme son père, et non Jean, parce que 
personne dans la famille ne portait ce nom. Le nom 
peut encore tenir à un événement : c'est ainsi que 
Joseph appela son premier né Manassès, car, dit41, 
(( Dieu m'a fait oublier toute ma peine et toute la 
maison de mon père, » et le second Ephraïm, car, 
dit-il, (( Dieu m'a fait fructifier dans le pays de mon 
affliction (2). )• Quant aux noms que Dieu impose 
lui-même, ils expriment toujours quelque don gra- 
trait et divin ; c'est ainsi qu'il est dit dans la 
Genèse (3) : « On ne te nommera plus Abram, mais 
ton nom sera Abraham, car je te fais père d'une 
multitude de nations ; » et dans saint Matthieu {^) : 
Cl Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette 
pierre, je bâtirai mon Eglise. » Or, par une disposi- 

I. Sam, iheoL, III*. Q. xxxvii, a. 2. — 2. Gen., xli, 5i, 52. 
— 3. Gen., xvii, 5, — 4. Matth,, xvi, 18. 



124 LE CATÉCHISME ROMAIN 

tion de réternelle Sagesse, le Christ avait été établi 
pour sauver l'humanité. C'est donc à juste titre que 
le nom de Jésus a été donné au Christ, puisque ce 
nom signifie Sauveur, 

Pourtant, d'après les Prophètes, le Christ devait 
s'appeler l'Emmanuel, l'Admirable, l'Orient, etc. ; 
naais le nom de Jésus se trouve renfermé de quel- 
que manière dans ces appellations prophétiques. 
Ainsi le nom d'Emmanuel, qui veut dire Dieu avec 
nous, désigne la cause du salut, qui réside dans 
l'union hypostatique de la nature divine et de la 
nature humaine, union par laquelle Dieu a été avec 
nous, comme appartenant à notre nature. Quand le 
Prophète dit : a Donnez-lui pour nom : Ilâte-toi de 
ravir les dépouilles (i), » il désigne l'ennemi 
des mains duquel le Christ nous a délivrés ; car, 
selon l'apôtre (2), il a dépouillé les principautés 
et les puissances, et les a livrées hardiment en spec- 
tacle, en triomphant d'elles par la croix. Par cette 
autre prophétie : (( On le nomme le Conseiller 
admirable, Dieu fort. Prince de la paix (3), » se 
trouvent exprimés les moyens et le terme de notre 
salut, puisque c'est par l'admirable sagesse de Dieu 
et par sa force que nous sommes conduits à l'héri- 
tage futur, 011 nous jouirons de la paix parfaite 
promise aux enfants de Dieu, ayant Dieu lui-même 
pour Prince. Et ces mots : a II sera nommé 
Orient (4), » signifient le mystère de l'Incarnation, 
car c'est là l'Orient d'où « la lumière se lève dans 
les ténèbres pour les hommes droits (5). ^) 

Mais on lit aussi dans Isaïe : a Et l'on t'appellera 
d'un nom nouveau, que la bouche de Jéhovah choi- 
sira (6). » Or le nom de Jésus n'était point nou- 

I. /5., VIII, 3. — 2. Colos., II, i5. — 3. /5., IX, G. — 4. Zach., 
<vi, 12. -- 5. Sum. iheoL, lll^, Q. xxxvii, a. 2, ad i. — 6. Is», 

LXII, 2. 



FÊTE DU SAINT NOM DE JESUS 125 



veau puisque, d'après la généalogie du Christ don- 
née par saint Luc, des ancêtres l'avaient porté ainsi 
que d'autres personnages de rAncien Testament, 
tels que le fils de Nave et le fils du prêtre Josédech. 
Rien de plus exact. Et ces personnages Font justifié 
en partie pour avoir sauvé leur peuple d'un danger, 
ou d'une oppression temporelle. Mais le seul à le 
justifier dans toute sa plénitude, c'est le Christ, 
pour la libération spirituelle et universelle apportée 
par lui au genre humain. Ce nom ne convient 
donc, à proprement parler, qu'au Christ. Et en ce 
sens, il est nouveau, comme le proclamait la pro- 
phétie (i). 

Il est non seulement nouveau, mais encore mani- 
festement indiqué par Dieu lui-même ; car c'est par 
ordre de Dieu que l'ange avait dit à Marie : « Vous 
enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de 
Jésus (2). » Et ainsi fut fait ; car, (c les huit jours 
étant accomplis, pour la circoncision de l'Enfant, 
ilfut appelé Jésus, nom que l'ange lui avait donné 
avant qu'il eût été conçu dans le sein maternel (3). )> 
Jésus est donc le nom propre du Christ ; nom éter- 
nellement prédestiné à marquer la fonction sublime 
qu'il devait remplir sur la terre. 

2. Puissance du nom de Jésus. — Nous savons 
comment le Christ a rempli sa fonction de Sauveur 
du monde, en mourant sur la croix pour nous. 
Nous savons aussi quelle puissance de salut con- 
tient ce nom de Jésus ; car c'est, au nom de Jésus, 
que Pierre, suivi de Jean, guérit, à la porte du tem- 
ple, le boiteux de naissance. Les témoins en furent 
émerveillés. Et Pierre de leur dire : « Enfants 
d Israël, pourquoi vous étonnez-vous de cela ? Et 

I Sam, theoL, Ul\ Q. xxwir, a. 2, ad. 2. — 2. Luc, i, 3o. 
— 3. Luc, II, 21. 



126 LE CATÉCHISME ROMAIN 



pourquoi tenez-vous les yeux fixés sur nous, comme 
si c'était par notre propre puissance ou par notre 
piété que nous eussions fait marcher cet homme ? 
C'est à cause de la foi reçue de Jésus que son nom 
a raffermi Thomme que vous voyez et connais- 
sez (i). » Ce nom n'opère pas seulement des guéri- 
sons physiques, il est le seul à procurer la guérison 
spirituelle de l'âme, comme s'en explique énergi- 
quement saint Pierre devant le Sanhédrin : a C'est 
par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, c'est par 
lui que cet homme se présente devant vous pleine- 
ment guéri. Ce Jésus est la pierre rejetée par vous 
de l'édifice, et qui est devenue la pierre angulaire. 
El le salai iiesl en aucun aalre ; car il n'y a pas sous 
le ciel un aulre nom qui ail été donne aux hommes, 
par lequel nous devions élre sauvés (2). >; 

3. A/o/n glorifié. — Mieux que Josué qui avait 
ouvert la terre promise au peuple élu, mieux que 
le grand-prêtre qui en avait repris possession après 
le long exil de Babylone, Jésus a ouvert la porte 
des cieux et assuré à ceux qui lui seraient fidèles, 
sans distinction de race, la possession du royaume 
céleste. Son nom est bien le nom du Sauveur, le 
nom du Salut. Et telle est sa grandeur que Dieu a 
voulu qu'il fut glorifié. Entendons saint Paul affir- 
mant hautement cette juste glorification. Après 
avoir dit, en quelques mots, les abaissements et les 
anéantissements du Verbe fait chair, qui a poussé 
son obéissance jusqu'à la mort, il ajoute : u C'est 
pouiquoi Dieu l'a souverainement élevé, el lui a 
donné le nom qui esl au-dessus de loul nom, afin qu'au 
nom de Jésus loul genou fléchisse dans les cieux, sur 
la ierre el dans les enfers (3) : » au ciel, à raison du 
rayonnement de sa gloire ; sur la terre, à raison de 

I. Act. m, 12, iG. — 2. /le/., IV, 10-12. — 3. Pldlip., 11, 9-10. 



MESSE DE LA FÊTE DU SAINT NOxM DE JESUS I27 

retendue de ses bienfaits ; et aux enfers, à raison 
de son triomphe sur l'ennemi du genre humain. 

III. Messe du saint Nom de Jésus. — Bien 
avant saint Bernardin de Sienne, saint Bernard 
avait célébré les grandeurs du nom de Jésus (i), et 
une pieuse abbesse de l'ordre de saint Benoît, du 
xiv^ siècle, avait chanté le Sauveur (2). L'Eglise n'a 
rien laissé perdre de ces belles et touchantes mani- 
festations de la piété ; elle les a utilisées dans l'office 
de la fête. Pour la messe, il n'y avait que l'embar- 
ras du choix, tant d'une part est magnifié dans 
l'Ancien Testament le nom même de Dieu, et tant 
d'autre part le nom de Jésus est glorifié dans le 
Nouveau. Mais c'est à l'Eglise elle-même que nous 
devons les admirables prières de cette messe, qui, 
dans son ensemble harmonieux, constitue un modèle 
de composition liturgique. Le texte seul en dévoile 
toute la beauté ; les commentaires sont dès lors 
inutiles ; il suffit de lire. 

I. Les chants. — Dès Vintroït le nom de Jésus, 
objet de la fête, se fait entendre : In noniine Jesa : 
(( Qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans 
les cieux, sur la terre et dans les enfers, et que 
toute langue confesse, à la gloire de Dieu le Père, 
que Jésus-Christ est Seigneur (o). » Ces paroles de 
saint Paul servant d'antienne, c'est au Psalmiste 
qu'on emprunte les formules de louange qu'il adres- 
sait au nom de Dieu, et qui trouvent une applica- 
tion parfaitement appropriée au nom de Jésus. 
(( Jéhovah, notre souverain Maître, que ton nom est 
glorieux sur la terre (/i) ! » 

Si ce nom est si glorieux et si vénérable, le chœur 
ne peut que s'exciter à le chanter. « Sauve-nous, 

I. Voir la citation à la fin de la leçon. — 2. Cf. dom Gué- 
ranger, Le temps de Noël, t. 11, p. 82^. — 3. I^hillp , n, 10, '11. 
— 4. P^., vni, I. 



128 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Jéhovah notre Dieu, s'écrie-t-il au graduel, et ras- 
semble-nous du milieu des nations, afin que nous 
célébrions ton saint nom et que nous mettions 
notre gloire à le louer (t). » « Jéhovah est notre père; 
son nom signifie Rédempteur dès les âges an- 
ciens (2). Alléluia! alléluia, a Que ma bouche publie 
la louange de Jéhovah, et que toute chair bénisse 
son saint nom (3) ! » Alléluia. 

Mômes accents à Vofferloire, motivés cette fois par 
la condescendance miséricordieuse de Dieu: « Je te 
louerai de tout mon ccrur, Seigneur mon Dieu, et 
je glorifierai ton nom à jamais... Car tu es bon. Sei- 
gneur, et clément, et plein de miséricorde pour 
ceux qui t'invoquent (4). » 

Mêmes protestations à la communion: « Toutes les 
nations que tu as faites viendront se prosterner de- 
vant toi, Seigneur, et rendre gloire à ton nom. Car 
tu es grand et tu opères des prodiges. Toi seul tu es 
Dieu (5). » 

2. Les leclures. — Elles sont courtes, maïs expres- 
sives. Uépltre est empruntée aux Actes (G); c'est le 
passage où saint Pierre, traduit devant le Sanhé- 
drin, proteste solennellement que c'est au nom de 
Notre Seigneur Jésus-Christ qu'il a guéri le boiteux. 
Il proclame en outre, en présence de ceux qui ont 
fait crucifier le Christ, mais bien inutilement puis- 
qu'il est ressuscité, que le nom de celui dont ils ont 
voulu se débarrasser criminellement est le seul nom 
sur la terre qui assure le salut aux hommes. 

Plus court encore, le passage évangélique se bor- 
ne aux deux versets, où sont mentionnées la cir- 
concision de l'Enfant et l'imposition du nom de 
Jésus. 

I. Ps., CV, 47. 2. /ô\, LXIÎF, 16. — 3. Ps., CXLIV, 2 1. 

il. Ps.y Lxxxv, II et /i. — 5. Ps., lxxxv, 8, 9. — 0. Act., iv. 



MESSE DE LA FETE DU SAINT NOM DE JESUS I29 

^__^__ ■ - ■ — - 

3. Les prières. — Le nom de Jésus, qui a été 
chanté dès les premiers mots de l'introït, reparaît 
à chacune des trois prières de la messe pour moti- 
ver d'abord chacune des demandes qui y est faite et 
pour l'appuyer ensuite comme cela se fait d'ordi- 
naire à la fin de toutes les prières liturgiques. 

Pour ceux qui célèbrent la fête de ce jour, on de- 
mande la grâce, à la collecte, de jouir dans le ciel 
de la vue de Celui qui a porté le nom de Jésus. 
(( O Dieu, qui avez établi votre Fils unique Sauveur 
du genre humain et avez ordonné qu'on l'appelât 
Jésus, daignez nous accorder, à nous qui vénérons 
son saint Nom sur la terre, de jouir de sa vue dans 
les cieux. » 

Le meilleur moyen d'honorer Dieu étant le sacri- 
fice où le Sauveur lui-même est immolé mystique- 
ment à la gloire de Dieu, l'Eglise a soin, à la secrète, 
de rappeler que ce sacrifice est le nôtre et d'expri- 
mer le souhait qu'il soit agréable à la majesté divi- 
ne et utile au salut des âmes. « Dieu très clément, 
que votre bénédiction, qui donne la vie à toute créa- 
ture, sanctifie, nous vous en prions, ce sacrifice qui 
est le nôtre et que nous vous offrons à la gloire du 
Nom de votre Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ, afin 
qu'il puisse honorer votre majesté et lui plaire, et 
profiter à notre salut. » 

Quand ce sacrifice est achevé, il ne reste plus, 
pour ceux qui y ont pris part, qu'à demander à Dieu 
une grâce suprême, celle de voir leurs noms ins- 
crits dans le ciel sous le rayonnement glorieux du 
saint Nom de Jésus. Et cette demande de Isl post- 
commanion est, comme on le voit, très heureuse- 
ment appropriée à la fête de ce jour. « Dieu tout- 
puissant et éternel, qui nous avez créés et rachetés, 
regardez avec bonté nos hommages, et daignez 
recevoir d'un visage serein et bienveillant le sacri- 

LE CATÉCHISME, — T. VIII» O 



l3o LE CATÉCHISME ROMAIN 



fice de l'hostie salutaire, que nous avons offert à 
votre majesté en l'honneur du Nom de votre Fils, 
Notre Seigneur Jésus-Christ, afin que, votre grâce 
étant répandue sur nous, nous puissions nous 
réjouir de voir nos noms inscrits dans les cieux au 
dessous du glorieux: Nom de Jésus, titre de Téter- 
nelle prédestination. » 

III. Autres fêtes de N. S. 

I. La Prière de N. S. J.-C. — i. IJistoire de celte 
fêle. — En vue de favoriser la piété et d'exciter dans 
les cœurs une plus fructueuse dévotion envers le 
mystère de la Rédemption, l'Eglise a concédé la 
célébration de plusieurs fôtes qui se rapportent à la 
Passion. A partir delà Septuagésime, chaque semai- 
ne il en est une, d'abord le mardi, puis le vendredi, 
qui offre d'excellents sujets de méditation. L'une 
d'elles, et la première qui se rencontre dans Tannée 
liturgique, c'est la Prière de Notre Seigneur au jar- 
din des Oliviers, la veille de sa mort. Les données 
évangéliques sont précises. Après avoir institué le 
sacrement de l'eucharistie dans la dernière pàque 
qu'il célébra avec ses apôtres, le Sauveur, selon sa 
coutume, voulut consacrer la nuit à la prière. Ce 
soir-là, particulièrement, l'heure était grave, le mo- 
ment solennel. Il a commença à sentir de la frayeur 
et de l'abattement; » son « àme était triste jusqu'à 
la mort. » l^tant donc arrivé au jardin de (iethsé- 
mani, au delà du Cédron, dans la vallée de Josa- 
phat, il prit à part Pierre, Jacques et Jean, leur 
recommanda de veiller et de prier pour ne point 
tomber en tentation, et de l'attendre. Puis il s'éloi- 
gna à la distance d'un jet de pierre, et, s'étant mis à 
genoux, il priait, disant: a Père, si vous voale:, éloi- 
gnez de moi ce calice! Cependant que ce ne soit pas ma 



FÊTE DE LA PRIERE DE N. S. J.-C. l3l 

— — — — — — — I I I -»»M— 

volonté, mais la vôtre qui se fasse ! » Alors lui appa- 
rut du ciel un ange qui le fortifiait, u Et se trouvant 
en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint 
comme des gouttes de sang découlant jusqu'à terre (i), » 
11 fut mystérieusement exaucé, car « c'est lui qui, 
dans les jours de sa chair, ayant avec de grands cris 
et avec larmes offert des prières et des supplications 
à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant 
été exaucé pour sa piété, a appris, tout Fils 
qu'il est, par ses propres souffrances ce que c'est 
qu'obéir (2). » 

Une telle scène ne pouvait point passer inaperçue ; 
elle fait partie de la Passion et se trouve commé- 
morée pendant la semaine sainte. Les Grecs Thono- 
rent tout spécialement, le jeudi saint, sous le nom 
de Prière surnaturelle (3). Et d'après le texte de leur 
liturgie, c'est sans doute à l'expression elle-même 
de cette prière qu'ils rendent hommage, mais aussi 
aux sentiments intimes qui l'inspiraient. Ils y 
voient, en particulier, un stratagème divin du Sau- 
veur, qui voile la puissance de sa majesté et ne 
laisse voir que l'infirmité de cette nature pour mieux 
tromper Satan. 

L'Eglise latine, de son côté, a jugé bon de ne pa& 
se borner à commémorer cette scène, le jeudi saint, 
mais d'en faire l'objet d'une fête spéciale, qui sert de 
prélude à toutes celles qui, pendant la septuagésime 
et le carême, doivent servir de préparation au grand 
mystère du vendredi saint. Celte fête se trouve au 
supplément du missel pi^o aliquibus locis, 

2. L'olyet de cette fête est de commémorer la prière 
de Notre Seigneur au jardin des Oliviers. Il y a là, 
de toute évidence, des mystères à méditer, des 

I. Lac, XXII, 3()-U. — 2. IIebr.,y, 5-io. — 3. Cf. Nilles, 
Kalendarluin ulrlusque Ecclesiœ, Inspruck, 1897, t. 11, p. 280- 
282. 



l32 LE CATÉCHISME ROMAIN 

leçons à recueillir, un grand exemple à suivre, tout 
ce qui convient à une fête religieuse pour rendre 
hommage aux souffrances morales et physiques du 
Sauveur, tout ce qui peut servir à la plus grande 
édification des fidèles. 

3. La messe est ordonnée en conséquence. — Dans 
les chanls, l'Eglise nous montre le Christ aux prises 
avec la mort. « Mon cœur tremble au dedans de 
moi, et sur moi fondent les terreurs de la mort. La 
crainte et l'épouvante m'assaillent (i). » — « Mon 
âme est rassasiée de maux, et ma vie touche au 
séjour des morts ; on m'a compté parmi ceux qui 
descendent dans la fosse. Je suis comme un homme 
à bout de forces (2). » Mais avec 1 expression de sa 
tristesse et de son abattement, le Sauveur adresse 
à Dieu une prière suppliante : « Sauve-moi, ô 
Dieu, car les eaux montent jusqu'à mon ame (3). » 
(( Exauce-moi, Jéhovah, car ta bonté est compatis- 
sante ; ne cache pas ta face à ton serviteur ; je suis 
dans l'angoisse, hâte-toi de m'exaucer (4). » « Ne 
féloigne pas de moi, car l'angoisse est proche, car 
personne ne vient à mon secours (5). » A la commu- 
nion, le chœur chante la recommandation faite par 
le Sauveur aux apôtres : « Veillez et priez, afin que 
vous n'entriez point en tentation ; l'espritestprompt, 
mais la chair est faible (6). » 

L'évangile (7) retrace en quelques mots sobres la 
scène de l'agonie et rapporte la prière faite par 
Jésus à son Père. L'cpitre nous apprend qu'il a été 
exaucé pour sa piété (8). Modèle admirable de 
recours à Dieu, par la prière, dans les moments 
difficiles, et surtout à l'heure dernière ; modèle 

I. Introït, Ps., Liv, 5. — 2. Graduel, Ps., lxxxvii, 4- — 
3. Offertoire, Ps., lxviii, i. — 4. Trait, Ps.y lxviii, 17. — 
6. Trait, Ps., xxi, 12. — 6, Matth», xxvi, 4i, à la communion. 
— 7. Luc, XXII, 39-44. — 8. Hebr., \, 5-io. 



COMMÉMORATION DE LA PASSION l33 

encourageant d'abandon généreux et d'acquiesce- 
ment complet à la volonté divine, en présence sur- 
tout du sacrifice de la vie ; modèle consolant de con- 
fiance imperturbable en la miséricorde de Dieu. 

Voilà tout autant de leçons d'ordre pratique à 
recueillir de la fête : prier pour surmonter les ten- 
tations, et prier sans cesse pour en recevoir des 
fruits abondants, comme le demande la collecte ; 
ainsi formés au modèle du Christ, prier pour que 
le Sauveur, à l'heure de notre mort, nous trouve 
vigilants et sans faute, comme le dit la secrète; 
enfin demander à Dieu, par la vertu de la prière de 
son Fils, la grâce d'arriver en pleine sécurité, mal- 
gré tous les dangers du corps et de l'âme, au 
royaume céleste, ainsi que le formule la postcom- 
manion. 

II.CommémorationdelaPassiondeN. S. J.-C. 
— I. Histoire de cette fête, — La plupart des fêtes 
relatives aux souvenirs de la Passion, et notam- 
ment celle-ci, ont été accordées à la Congrégation 
des Clercs de la Passion, fondée par saint Paul de 
la Croix, en lySy. Les religieux de cette Congréga- 
tion s'engagent par vœu à promouvoir et à répan- 
dre le culte de la passion et de la mort du Sauveur. 
C'est en vue de compenser les désordres du carna- 
val par une réparation religieuse, que saint Paul de 
la Croix fit composer par l'un de ses religieux, 
Struggieri, l'office et la messe de la Commémora- 
tion de la Passion ; office et messe ne furent approu- 
vés que par Pie VI (1775-1799). Excepté pour les 
Passionistes, qui en font leur plus grande fête, la 
Commémoration de la Passion est partout ailleurs 
du rite double majeur et ne peut être transférée en 
dehors du carême (r). 

I. Décréta aulhenlica C. S. /?., Rome, 1898, n» 2837, ad 6. 



l3/i LE CATÉCHISME ROMAIN 

2. Ohjel de la fêle, — La Passion donne son 
noni à l'avant-dernier dimanche du carême et est 
particulièrement commémorée le vendredi saint (i). 
Mais ce mystère est tellement important au point 
de vue de la foi, et il oflre tant d'avantages à la piété 
qu'il a paru bon d'en faire encore l'objet d'une fête 
spéciale, plusieurs semaines d'avance, pour entrete- 
nir les âmes dans la pensée et le culte du grand 
drame du Calvaire. Le pécheur a tout intérêt à la 
célébrer pour s'exciter au regret de ses fautes, en 
voyant tout ce qu'elles ont coûté ; le fidèle, plus 
sensible aux inspirations de l'amour, ne peut que 
compatir aux soulfrances de « l'Homme des dou- 
leurs, » pour y prendre sa légitime part en esprit 
de sacrifice ; et chacun doit témoigner au Sauveur 
soufl'rant et mourant sa plus vive reconnaissance 
.pour la preuve si éclatante d'amour qu'il nous a 
donnée. La fête permet ainsi de jeter une vue d'en- 
semble sur le mystère de la Rédemption, et ne peut 
être, si on veut bien le comprendre, qu'une excel- 
lente occasion de se renouveler dans les sentiments 
de dévotion et la pratique de la pénitence. 

3. La messe. — Dans les clta/ils de cette messe, on 
entend tour à toui' le Sauveur exhaler sur la croix 
sa souffrance physique et morale, et le fidèle cons- 
tater les humiliations et les lortures de son Rédemp- 
teur. — (( Mon cœur a attendu l'opprobre et la 
misère. J'attends la pitié, mais en vain ; des conso- 
lateurs, et je n'en trouve aucun. Pour nourriture, 
ils me donnent l'herbe amère ; dans ma soif, ils 
m'abreuvent de vinaigre (2). » « Contre moi se 
sont insurgés des hommes d'iniquité ; sans pitié ils 
ont cherché à me faire mourir ; ils n'ont pas hésité 

I. Voir t. VII, p. 387 sq., 434 sq. — 2. Graduel, Ps., lxxviii, 
21, 22. 



COMMÉMORATION DE LA PASSION l35 

à me cracher au visage; il m'ont blessé avec la 
lance ; ils ont froissé tous mes os (i). )) — « Ils 
ont percé mes pieds et mes mains ; ils ont compté 
tous mes os (2) ». — En effet, constate le chœur, 
« il s'est abaissé lui-même, se faisant obéissant jus- 
qu'à la mort, et à la mort de la croix (3). » « Véri- 
tablement c'étaient nos maladies qu'il portait, et 
nos douleurs dont il s'était chargé. Et nous, nous 
le regardions comme un puni, frappé de Dieu et 
humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos 
péchés, brisé à cause de nos iniquités. Le châtiment 
qui nous donne la paix a été sur lui, et c'est par ses 
meurtrissures que nous avons été guéris (/i). » — Ces 
plaintes si émouvantes et cette constatation si vraie 
ne peuvent qu'arracher un cri de reconnaissance. 
Et ce cri éclate à l'introït : « Je veux chanter à 
jamais les bontés de Jéhovah, de génération en 
génération (5). » 

Le choix des /ec/^zres est significatif. C'est d'abord, 
pour l'évangile (6), un passage de saint Jean, où 
l'apôtre raconte qu'on donna du vinaigre à boire au 
Sauveur et qu'un des soldats lui transperça le côté 
avec sa lance. Ce n'est là qu'un coin du tableau 
lugubre de la passion et de la mort de Jésus, mais 
suffisant pour évoquer toute la scène. En revanche le 
passage épistolaire dépeint en quelques mots Tim- 
pression produite et les conséquences du drame 
sanglant : « Je répandrai sur la maison de David et 
et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce 
et de supplication. Et ils tourneront les yeux vers 
moi qu'ils ont percé ; ils feront le deuil comme on 
fait le deuil sur un fils unique, ils pleureront amè- 
rement comme on pleure sur un fils premier-né. 

I. Offertoire. — 2. Communion, Ps., xxi, 12. — 3. Philip,, 
II, 8; Introït. — 4- Trait, Is., lui, 4, 5. — 5. Ps., lxxwiii, i. 
— 6. Joan., XIX, 28-35. 



l36 LE CATÉCHISME ROMAIN 

En ce jour-là le deuil sera grand à Jérusalem, et l'on 
dira : « Qu'est-ce que ces blessures à tes mains ? » 
Il répondra : « J'ai reçu des coups dans la maison 
de mes amis. » Epée, réveille-toi contre mon ber- 
ger, contre l'homme qui est mon compagnon, dit 
Jéhovah des armées ! Frappe le berger, et que les 
brebis soient dispersées. » 

Que demander à Dieu dans une telle fête, sinon la 
grâce d'imiter l'humilité et la patience de Celui qui 
s'est fait chair et a subi le supplice de la croix, pour 
pouvoir partager un jour la gloire de sa résurrec- 
tion ? Et c'est, en effet, l'objet de la collecte. 
Mais comment ne pas s'adresser au Christ lui- 
même ? Et voici la prière touchante qu'on lui fait à 
\di postcommwdon : «Seigneur Jésus-Christ, Fils de 
Dieu vivant, qui, à la sixième heure, pour la 
rédemption du monde, êtes monté sur le gibet de la 
croix et avez répandu votre sang précieux pour la 
rémission de nos péchés, faites, nous vous en sup- 
plions humblement, qu'après notre mort nous fran- 
chissions joyeusement les portes du paradis. » 

III. Fête de la sainte Colonne de la Flagella- 
tion de N. S. J.-C. — I. Ilisloire de celle fêle. — 
Les Evangélistes ont bien parlé de la llagellation de 
Jésus, mais ils n'ont pas dit un mot de la colonne 
où il fut attaché pour subir ce douloureux supplice. 
A défaut de témoignage scripturaire, il y a les don- 
nées de la tradition, dont on trouve des témoigna- 
ges dès la fin du iv^ siècle ou au commencement 
du v^ Il était d'usage, en effet, qu'avant d'être con- 
duits au supplice, les condamnés subissaient la 
flagellation dans le prétoire même, et ils étaient 
alors attachés à une colonne, ou pendant qu'on se 
rendait au lieu de l'exécution (i). Or Jésus fut fla- 

I. Cf. Lipsius, De cruce, c. Il, c. iv. 



FÊTE DE LA SAINTE COLONNE iSj 

gellé avant de sortir du prétoire de Pilate ; il fut 
donc attaché à une colonne. 

Cette colonne, teinte de sang, resta longtemps à 
Jérusalem. On la montrait aux pèlerins; saint 
Jérôme en parle (i). L'auteur de la Peregrinatio 
aussi {'î). Au dire de Grégoire de Tours (3), elle était 
l'objet d'une vénération particulière; on lui faisait 
toucher des linges, qu'on rapportait comme un sou- 
venir précieux et dont on se servait pour guérir les 
malades. Bède affirme qu'on la voyait de son temps^ 
dans l'église de Sion (4). Survinrent les Croisades. 
D'après Benoît XIV, le cardinal Jean Colonna, légat 
d'Honorius III (1216-1227), après avoir pris part au- 
siège de Damiette et subi quelque temps la capti- 
vité, rentra à Rome, en 1223, apportant la Colonne 
de la flagellation (5). Elle fut déposée dans l'église 
de Sainte-Praxède, oij elle se trouve encore aujour- 
d'hui. 

Au même titre que les autres instruments de la 
Passion, cette Colonne a droit à un culte religieux^ 
non sans doute pour elle-même, mais pour avoir 
servi à la flagellation du Sauveur. Car, pour elle 
aussi, vaut le principe invoqué par Innocent VI dan& 



1. Dans son Epitaphe de sainte Paule, saint Jérôme écrit : 
<( On lui montra cette colonne, qui soutient le portique d'une- 
église et qui est teinte du sang de Jésus-Christ ; car c'est là^ 
dit-on, qu'il fut attaché et flagellé ! » Epist, ad Eustocliiam. 
Prudence fait allusion à celte colonne, Dipt, xu : 

Vinctus in his Dominus stetit fedibus, atque columnae 
Adnexus tergum dédit, ut servile, llagellis. 

2. Au vendredi saint, \ntequam sol procédât, statim unus- 
quisque animosi vadent in Syon orare ad columnan illam 
ad qaam flagellatas est Dominas . Dans Duchesne, Origines du 
culte, 2'''édit., Paris, 1898, p. 490. — 3. De Gloria marlyram^ 
1. I, c, vu. — [^. In cap. XIII Lixcœ. — 5. De Jesiis D. N. J.-C.^ 
c. vu, n. 5i. 



l38 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Finslitution de la fête de la sainte Lance (i); mais 
l'application s'en est fait longtemps attendre, car il 
n'est jamais question d'une fête de la Colonne dans 
les décrets de la Gongrétion des Rites relatifs à la 
concession des diverses fêtes delà Passion. Et ce n'est 
que tout récemment qu'elle a été insérée au sup- 
plément du bréviaire et du missel pro aliqaibas 
locis. C'est de toutes les fêtes de la Passion la 
plus récente et encore la moins répandue. 

2. Objet et messe de la fêle. — Le but de la fête 
est de faire honorer les soullrances endurées par le 
Sauveur dans le cruel supplice de la ilagellation. 
Naturellement la messe contient le passage évangé- 
lîque, où est mentionné ce supplice (2). Le passage 
cpistolaire, emprunté à Isaïe, montre d'avance le 
Sauveur, sur lequel Dieu a fait retomber l'iniquité 
de tous, maltraité et torturé sans se plaindre, comme 
l'agneau qu'on mène à la tuerie. De même les 
chants le représentent livré à la fureur de ses enne- 
mis, accablé de tous les mau^c et ignominieusement 
frappé. En l'honneur de cette Colonne, l'I^glise fait 
demander au Sauveur lui-même la grâce de profiter 
del'elTusioti de son sang (3), et à Dieu Lesprit d'hu- 
milité que montra Jésus dans sa Ilagellation, et la 
grâce de lui plaire par la chasteté du corps et la 
pureté du cœur (/|). 

IV. Fête de la sainte Epine de la Couronne 
de N. S. J.-C. — I. Uistoire de la fêle. — Dès que 
saint Louis, roi de France, eut déposé dans la Sainte 

I In Redemptoris nostri Domini .Tesu Christi sacralissima 
passione sic nos gloriari oportet, ut ipsius passionis cuncta 
mysteria dinumerantcs et mérita, slngulis eHain ejus salula- 
ribus instru mentis gloriemur. Tel est le début de la iv leçon 
de Lofflce de la sainte Lance au Bréviaire romain. — 2.Joan., 
XIX, 1-5. — 3, Dans la collecte. — 4- Dans la secrète. 



FÊTE DE LA SAINTE EPINE iSg 

Chapelle les reliques de la Passion, la couronne, le 
roseau, Téponge et la lance, il est à croire qu'une 
fête annuelle fut accordée pour vénérer ces précieux 
instruments de la Passion. Ferrand raconte, en tout 
cas, que la dévotion et le culte se propagèrent en 
France, notamment à Lyon, où la messe qu'on 
célébrait en l'honneur de la sainte Epine contient 
déjà la collecte actuelle (i). Ils se propagèrent aussi 
ailleurs, car Benoît XIV nous apprend qu'à la prière 
de Maximilien, duc de Bavière, l'office et la messe 
De Corona furent accordés à la chapelle ducale, à la 
ville et aux environs de Munich, pour le lundi après 
le dimanche de la Passion, par décret de la Congré- 
gation des Rites, en date du ii janvier 1681, con- 
firmé par Innocent XI le 3o janvier de la même 
année (2). Cette fête fait depuis longtemps partie du 
groupe de celles qu'on accorde pour la sanctification 
du temps, qui va de la Septuagésime à Pâques. 
Office et messe sont insérés au supplément du bré- 
viaire et du missel pro aliquibus locis. 

2. Objet de la fêle. — On lit dans FEvangile 
qu après la flagellation de Jésus, « les soldats, ayant 
tressé une couronne d'épines, la mirent sur sa tête 
et le revêtirent d'un manteau de pourpre ; puis, 
«'approchant de lui, ils disaient : a Salut, roi des 
Juifs, )) et ils le soulfletaient... Jésus sortit donc 
portant la couronne d'épines et le manteau d'écar- 
late (3). )) C'est le souvenir de cette parodie sacrilège 
que rappelle la fête de ce jour pour payer au Sau- 
veur un juste tribut de réparations, pour compatir à 
ses souffrances et prendre modèle sur son inaltéra- 
ble patience (4). Cette couronne, formée d'épines, 

I. DlsriULsitio rellqaiarani, Lyon, 1G47, i« ^' c. i, n. 43. — 
î>.. De serv. Dci beatif., 1. IV, p. 11, c. xiv, n. 10. — 3../oaA?., xix, 
1-5. — A.Tertullien, De cor. inililis, xiv. Pair, lai., t. n, col. 98, 
s'exprime ainsi : Ghristus Jcsus quale sertnm pro u troque 



l/io LE CATÉCHISME ROMAIN 

qui ensanglanta la tête du divin Maître, doit faire 
penser à la couronne d'innocence, que nous avons 
perdue par le péché originel et que nous devons 
pleurer; àla couronned'expiation, que nous devrions 
porter à cause de nos fautes personnelles ; et à la 
couronne de gloire, que nous devons mériter par 
notre sanctification. La fête de ce jour est donc une 
occasion très propice, tant pour rendre nos devoirs 
au Christ couronné d'épines, que pour nous exciter 
au repentir et à la pénitence. 

3. La messe. — Dans les chants, l'Eglise invite les 
filles de Sion à contempler le roi Salomon, avec la 
couronne dont sa mère l'a couronné (i), elle invite 
les fidèles à adorer la couronne du Sauveur et à 
vénérer sa glorieuse passion (2). La couronne 
d'épines et le lambeau de pourpre sont des symboles 
d'une royauté insoupçonnée des soldats romains, 
mais proclamée déjà par les prophètes et vengée 
par Dieu de toutes les ignominies humaines. Car 
cet Homme de douleurs. Dieu l'a couronné de 
gloire et d'honneur (3) ; il lui a mis une couronne 
d'or portant ces mots gravés : Saint du Seigneur^ 
insigne d'honneur, ouvrage parfait (.^1) ; il l'a revêtu 
du vêtement du salut, du manteau de la justice (5). 
Et sa couronne de tribulation fleurit en couronne 
de gloire (6), celle-ci étant la juste compensation de 
celle-là. 

sexu subiit ? Ex spinis, opiner, et tribulis, in figuram delic- 
torum, quœ nobis prœtulit terra carnis, abstulit autem vir- 
tus crucis, omneni aculeum morlis in Dominici capitis lole- 
rantia obtundens. Gerle. prapter fîgiiram, ^contumelia in 
promptu est, et turpiludo, et dedecoratio, et his implexa 
Sîevitia, quœ tune Domini tempora et fœdaverunt et lancina- 
verunt. 

1. Introït; Cant., m, 11. — 2. OiTertoire. — 3. Introït; Ps., 
vm, 6. - 4- Graduel; Eccli,, xlv, 12. — 5. Trait ; Is., lwui, 
10. — 6. Trait. 



FÊTE DE LA LANCE ET DES CLOLS l/tl 

Même contraste dans les lectures : répitre (i) 
mentionne le couronnement de Salomon ; l évangile 
rappelle la scène du prétoire. Mais qu'est le roi 
bilDlique à côté du Roi couronné d'épines ? En dépit 
de la malice des hommes, le Christ sera salué à tra- 
vers les siècles comme le Roi de gloire : Ta Rex 
gloriie, Chviste. 

C'est par la souffrance que le Sauveur est entré 
dans sa gloire ; la voie qu'il a suivie est celle que 
doivent suivre ses disciples. L^Eglise connaît ces 
dispositions de la Sagesse divine ; en nous propo- 
sant le culte de la couronne d'épines, elle nous en- 
gage à tout supporter pour mériter la couronne du 
ciel, et elle met sur nos lèvres ces formules : « Fai- 
tes, nous vous en supplions, Seigneur tout-puissant, 
que nous qui, en mémoire de la Passion de Notre 
Seigneur Jésus-Christ, vénérons sur la terre sa Cou- 
ronne d'épines, méritions d'être couronnés par lui, 
dans le ciel, de gloire et dlionneur (2). » — « Roi 
tout-puissant, fortifiez le courage de vos soldats, 
pour que ceux, que réjouit dans le stade de cette vie 
mortelle la Couronne de votre Fils unique, reçoi- 
vent à la fin de leur lutte terrestre le jugement de 
l'immortalité (3). » 

V. Fête de la Lance et des Clous de N. S. J.-C. 
— I. Histoire de cette fête, — C'est à la prière de 
l'empereur Charles IV, que le Pape Innocent VI 
accorda à l'Allemagne et à la Bohême, le 10 fé- 
vrier i353, la faveur de célébrer une fête en l'hon- 
neur de la sainte Lance ; office et^ messe ne furent 
approuvés que beaucoup plus tard par la Congré- 
gation des Rites, avec la clause habituelle en pareil 
cas : Pro graiia^ dira approbationem reliquiœ, car la 
concession d'un office et d'une messe propres n'au- 

I. Caat,, ni-iv. — 2. C'est la collecte.— 3. C'est la secrète. 



l[\1 LE CATÉCHISME ROMAIN 

thentique pas pour autant les reliques qui en sont 
l'objet, mais vise avant tout la dévotion et la piété. 
Innocent VI trouva fort légitime qu'on voulût hono- 
rer les reliques de la Passion partout où l'on croyait 
en posséder quelqu une. Mais rien n'empêchant de 
leur rendre un culte, même sans les avoir sous les 
yeux, la fête a été accordée aux diocèses qui en ont 
fait la demande. Elle se trouve insérée au supplé- 
ment du bréviaire et du missel pro alujnihus locis{i). 

2. Objet (le la fêle. — Les Clous hxèrcnt le Sau- 
veur sur la croix ; la Lance servit à transpercer son 
côté sacré : Clous et Lance ont droit à nos hom- 
mages pour avoir été si intimement liés à la mort 
de Jésus ; et c'est l'objet de cette fête de nous les 
faire vénérer comme il convient. Par eux, notre 
adoration va à la personne même du Sauveur ; par 
eux aussi, instruments du sacrifice du Calvaire et 
témoins qui en portent Tempreinte, nous viennent, 
comme de la source qu'ils ont ouverte, les fruits 
sans nombre de la Passion. 

3. La messe n'a en propre que l'introït, les prières 
et la communion ; tout le reste est emprunté à la 
messe de la Passion. Foderunt nianus nieas et pedes 
meos, ces premiers mots de l'introït avec ceux-ci de 

I. Tour l'histoire de l'invention, de la translation et du 
culle de la Lance, jusqu'au xvi*^ siècle incinsivemetit, voir 
Gretzer, De sancta crace, c. vu et vui, du Synlagtna ; jus- 
qu'au xvHi" siècle, voir Benoît \[\\ De serv. Del bealif., 1. 1\ , 
p. H, c. XXIV, n. ; c. xxv, n. 54, 55 : c. xxxi. n. i3. Trouvée 
par sainte Hélène, la Lance fut tiansportée à Constanlinople, 
à la lin du vie siècle ; une partie fut déposée d'abord dans 
l'église de Sainte-Sophie, puis dans celle de Saint-Jean de 
Pétra, où elle se trouvait encore du temps d'Anne Comnène ; 
l'autre partie resta au palais impérial Au xui"" siècle, la lance 
avec la couronne, le roseau et l'éponge passa entre les mains 
de saint Louis ; la pointe, resiée à Constanlinople. fut olTerte 
par Bajazet à Innocent Mil (1.^84-1^92), qui la fit déposer, le 
3i mai 1492, dans le trésor de saint Pierre, où elle est encore. 



FÊTE DU SAINT SUAIRE l43 

TEvangile : unas mlUtam lancea lalas ejiis opérait, 
caractérisent parfaitement la fête de ce jour. La 
collecte est adressée à Notre Seigneur : a Dieu 
qui, pour le salut du monde, avez voulu, dans 
votre chair, être percé de Clous et blessé par la 
Lance, daignez nous accorder, à nous qui vénérons 
sur la terre la solennité de ces mêmes Clous, de 
nous réjouir, dans le ciel, du triomphe glorieux de 
votre victoire. » 

VL Fête du Saint Suaire. — i. Histoire de la 
fêle, — Nous n'avons pas à raconter comment le 
saint Suaire s'est trouvé un jour entre les mains 
des ducs de Savoie (i). Ceux-ci le possédaient déjà 
au xv^ siècle ; et ni Paul II (i/i6/i-i47i), ni Sixte IV 
(i47t-i/i84) ne doutèrent de l'authenticité de cette 
relique insigne. Sixte IV ordonna, en i/i8o, que Ton 
construisît, pour l'abriter, un édifice religieux ; 
dans son traité De sanguine Chrisli, il affirme que le 
saint Suaire portait des traces de sang et l'empreinte 
de l'image du Sauveur. Jules II (i5o3-i5i3) n'hésita 
pas à accorder un office et une messe en l'honneur 
du saint Suaire à la chapelle ducale de Chambéry (2). 
Un incendie ayant détruit la chapelle sans atteindre 
la relique, Clément VII (i523-i53/i) prescrivit qu'on 
déposât celle-ci dans un lieu convenable et qu'on 
l'entourât d'une respectueuse vénération. En 1678, 

I. Benoît XîV, De serv.Dei bealif., 1. IV, p. n, c. xxxi, n. 17, 
cite, parmi ceux qui en ont raconté l'histoire, Pingonius, De 
sindone evangelica ; \ icton, à la fin de son De canonizatione ; 
Paléoti, De expUcatione sanctœ Sindonis. — a.Quod si Sanctam 
Grucem, dit Jules il, in qua ipse D. N. J.-G. pependit, ado- 
ramus et veneramur, dignuni pcrfeclo videlur et debitum 
ipsam Sindonem, in qua reliquiae humanitatis Ghristi, quam 
divinitas sibi copulaverat, videlicet ipsius veri sanguinis, ut 
prœfertur, manifeste conspiciuntur,venerari et adorari debere. 
Dans Benoit XIV, ioc. cit. 



«44 LE CATÉCHISME ROMAIN 

«aint Charles Borromée manifesta l'intention d'aller 
à pied à Chambéry pour la vénérer ; pour lui éviter 
«n si long trajet, le duc de Savoie fit transporter le 
saint Suaire à Turin, où il se trouve encore. Sixte- 
Quint accorda au chapitre, au clergé, à la ville et au 
<iiocèse de Turin un office particulier. Clément VIII 
(1592- i6o5), le 3o mai 1695, approuva les leçons 
*qu'on devait réciter pendant l'octave de la fête ; les 
hymnes, soumis à l'examen et à la correction du 
cardinal Bona, furent approuvés par la Congréga- 
tion des Rites, le 21 mai 1678. Office et messe n'ont 
«cessé de s'étendre depuis lors ; insérés au supplé- 
ment du bréviaire et du missel, ils ne font point 
partie du calendrier de l'Eglise universelle. 

2. Objet de la fête. — Le saint Suaire est un mémo- 
rial de la passion, de la mort et de la sépulture de 
Jésus ; il servit à envelopper son corps sacré pour 
>être mis dans la tombe. Joseph d'Arimathie, raconte 
l'Evangile (i), a ayant acheté un linceul, descendit 
Jésus, l'enveloppa du linceul, et le déposa dans 
un sépulcre, taillé dans le roc ; puis il roula une 
pierre à l'entrée du sépulcre. » C'est ce Suaire, ou 
^st empreinte l'image du Sauveur, qui est vénéré 
dans la fête de ce jour, pour faire revivre en nous 
les souvenirs de la Passion et exciter un plus grand 
amour envers le Rédempteur. 

3. La messe de cette fête emprunte à celle de 
la Passion Tintroït, le graduel et le trait ; elle a 
^en propre les lectures et les prières. Dans les lec- 
tures, c'est d'abord l'image de celui qui vient 
d'Edom, les vêtements rouges comme quand on 
«ort du pressoir (2) ; c'est ensuite Joseph d'Arima- 
thie procédant à la sépulture hâtive du Sauveur, 
après avoir enveloppé son corps dans un linceul. 

!• Marc, XV, 46.-2. /s., lxu-lxiii. 



FÊTE DES CINQ PLAIES l45 

Dans les prières, on demande à Dieu, en souvenir 
du saint Suaire, de participer aux fruits de la Pas- 
sion pour jouir un jour des gloires de la résurrec- 
tion. La collecte s'adresse au Christ : « Dieu, 
qui avez laissé les traces de votre Passion dans le 
saint Suaire, où Joseph enveloppa votre corps sacré, 
à la descente de la croix, accordez-nous, nous vous 
en supplions, de parvenir par votre mort et votre 
sépulture à la gloire de la résurrection. » 

VII. Fête des cinq Plaies de N. S. J.-C. — 
I. Histoire de la fêle. — Les cinq plaies de Notre 
Seigneur, particulièrement celle de son côté, furent 
au moyen âge l'objet d'une dévotion spéciale. Ascè- 
tes et mystiques aimaient à y penser, à s'y réfugier 
en esprit, à y voir une porte ouverte, par où s'est 
écoulée la miséricorde divine, et par où le chrétien 
peut trouver un accès facile et aimable auprès de 
Jésus. StigQiates sanglants de la Victime, elles sont 
un témoignage permanent des souffrances endurées 
par le Sauveur pendant sa crucifixion, une preuve 
irrécusable de son amour pour nous ; mais elles 
sont aussi l'insigne glorieux du triomphateur. Jésus 
ressuscité a voulu en conserver la cicatrice ineffaça- 
ble, non seulement pour convaincre l'incrédule 
Thomas et montrer aux fidèles les sources toujours 
vives et jaillissantes de son amour et de ses bienfaits, 
mais aussi pour s'offrir éternellement à Dieu dans 
son état de Victime immolée. Si donc on peut hono- 
rer les instruments insensibles de la Passion, qui 
en soi sont étrangers au Sauveur, à combien plus 
forte raison ne doit-on pas vénérer ces plaies sacrées 
qui appartiennent à son corps? 

Une fête s'imposait donc en Phonneur des cinq 
Plaies. Son institution remonte au-delà du xvi^ siè- 
cle. Et déjà le missel romain, imprimé à Lyon 

LE CATÉCHISME. — T. VlII. lO 



l46 LE CATÉCHISME ROMAIN 

en i5o7, contenait une messe de qainqiie Plagis, dif- 
férente de celle d'aujourd'hui. Elle s'étendit peu à 
peu, comme en témoignent des décrets de la Con- 
grégation des Rites (i) ; et elle fut alléguée avec rai- 
son comme un exemple autorisé qu'on pouvait 
suivre pour l'institution d'un office et d'une messe 
en l'honneur du Sacré-Cœur (2). Toujours mar- 
quée dans le supplément du missel pro allqaibas 
locis, elle reste une fête de dévotion qui n'oblige 
pas TEglise universelle. 

2. Objet de celle Jéte. — Cette fête a pour objet, 
comme toutes celles de la Passion, de mettre sous 
nos yeux les preuves sensibles des soufTrances et de 
l'amour du Sauveur pour nous, d'exciter en nous 
vis-à-vis de Notre Seigneur les sentiments de la 
plus vive reconnaissance, de l'adoration et de 
l'amour, et de provoquer le regret du péché et la 
pratique de la pénitence. Jésus avait dit à Thomas, 
en lui montrant ses plaies : « Mels ici ton doigt, ^t 
regarde mes mains; approche aussi la main, et mets-la 
dans mon côlé ; et ne sois pas incrédule, mais croyant. » 
Et Thomas de répondre : a Mon Seigneur et mon 
Dieu ! » Et Jésus de répliquer : « Parce que lu m'as 
vu, tu as cru. Heureux ceux gui n'ont pas vu et qui 
ont cru (3). » Combien qui n'ont pas vu et qui ont 
cru ! Et combien pour lesquels la fête de ce jour 
peut être un renouvellement delà scène évangéli- 
que ! C'est le cas, pour chacun de nous, de répéter 
à la Mère des douleurs la strophe du Stabat bien 
connue: Sancla Mater, istud agas, — Crucijixi fige 
plagas — cordi meo valide, 

I. Benoît XIV, De serv. Dei beatlf., 1. IV, p. 11, c. xxxi. n. 18, 
en signale à, dont le plus ancien est du 10 juin iliôG. et le 
plus récent du 4 janvier 1700. D'autres sont intervenus 
depuis. — 2. Voir ce qu'on lit, à ce sujet, dans la Menwriale 
des évoques polonais, cité plus haut. — 3. Joan,, xx, 27-29- 



FETE DU PRÉCIEUX SANG l[\J 



3. La messe n'a de propre que la collecte; tout le 
reste est emprunté à celle de la Passion, ^^oici là 
collecte : « Dieu qui, par la passion de votre Fils 
unique et par l'effusion de son sang à travers ses 
cinq Plaies, avez réparé la nature humaine perdue 
par le péché, daignez faire, nous vous en supplions, 
que nous, qui vénérons sur la terre les blessures 
qu'il a reçues, méritions d'obtenir dans le ciel le 
fruit de son très précieux sang. » 

VIII. Fête du très précieux Sang de N. S. J.-C. 
— I. Histoire de la fêle , — Au fur et à mesure qu'on 
approche du vendredi saint, les fêtes de la Passion 
serrent de plus près le grand mystère. Celle-ci, 
comme celles dont nous venons de parler, a été 
accordée pro aliqaibas locis pour favoriser le culte de 
la Passion. Son institution est postérieure au xv^ 
siècle, et même au concile de Trente. Car, au xv^ 
siècle, comme le raconte Benoît XIV, Dominicains 
et Franciscains se disputaient sur la question de 
savoir si le sang de Notre Seigneur, séparé du corps 
dans la Passion, restait uni à la divinité et était 
digne d'être adoré. Les Dominicains se pronon- 
çaient pour ralïîrmative, et le concile de Trente 
leur a donné raison (i). Mais elle est certainement 
antérieure à Benoît XIV, puisque ce pape accorda à 
la république de Venise de célébrer cette fête sous 
le rite double de i^^ classe, le troisième vendredi 
du mois de mars. Ce troisième vendredi pouvant 
coïncider avec le vendredi saint, comme en i8/i5, la 
question fut posée à la Congrégation des Rites de 
savoir s'il fallait omettre cette fête ou mieux la 
transférer (2). Et la Congrégation répondit qu'il 
fallait alors l'omettre ou demander un induit de 

ï. De serv. Dei benlif., 1. Jl, c. xxx, n. 3-i2. — 2. Décréta 
autlie/Uicu C. 6'. H., Home. 1898, n. 2888, ad 0. 



l48 LE CATÉCHISME ROMAIN 

translation (i). Partout ailleurs où elle était concé- 
dée, la fête se célébrait et se célèbre encore le ven- 
dredi qui suit le quatrième dimanche du carême, 
sous le rite double majeur. 

En i848, Pie IX, fut chassé de Rome par la 
révolution triomphante et dut se réfugier à Gaète. 
L'année suivante, la révolution fut vaincue. Par 
reconnaissance envers le Sauveur et pour exciter 
encore davantage l'amour de Jésus dans les âmes, 
le lo août 18/I9, du lieu même de son exil, Pie IX. 
décréta que désormais l'Eglise entière célébrerait la 
fête du très précieux Sang-, sous le rite double 
de 11^ classe, le premier dimanche de juillet. Ce 
décret respectait les usages acquis et les concessions 
faites, qui permettaient de la célébrer, selon les 
lieux, soit en carême, soit à une autre époque de 
Tannée (2). Il ne supprimait pas pour autant le 
privilège de la Vénétie (3), mais il inscrivait la fête 
au calendrier de l'Eglise universelle, sans rien chan- 
ger à la messe, sauf le trait, qui, étant propre au 
carême, est remplacé par un verset alléluiatique. 

2. Objet de la fêle. — Les mêmes sentiments qui 
nous poussent à vénérer les plaies sacrées du Sau- 
veur, nous font un devoir d'adorer le sang qui 
s'est écoulé par elles. Grand mystère que celui de 
PefFusion du sang ! Et quel rôle que celui du sang 
répandu ! Sans effusion de sang il n y a pas de 
rémission, ni de salut, ni de testament. Et c'est 
pourquoi, dans l'ancienne loi, il y a eu tant de 
sang répandu pour sceller Talliance, pour préserver 
les juifs lors du passage vengeur de l'ange de 
Jéhovah, pour racheter les péchés et satisfaire à la 
justice divine. Mais ce n'était là que le sang des 

I. La même coïncidence s'est reproduite en 191 3. — 2. Dé- 
créta, op. cit., n. 2978. — 3. Décréta, op. cit., n. 3362. 



FÊTE DU PRÉCIEUX SANG l/jQ 

animaux. Beaucoup plus noble, et partant beaucoup 
plus efficace est le sang de la loi nouvelle. Celui-ci 
appartient au Verbe incarné ; et c'est vraiment lui 
qui scelle Talliance définitive, efface tout péché et 
satisfait pleinement à la justice divine ; c'est vrai- 
ment lui qui réconcilie le ciel et la terre, Dieu et 
les hommes ; c'est vraiment lui qui signe le testa- 
ment d'amour par lequel nous devenons héritiers 
du royaume des cieux ; et c'est vraiment lui qui 
nous ouvre efficacement la porte du ciel. Que de 
titres à notre gratitude et à notre amour ! Quelle 
adoration ne mérite-t-il pas ! Aussi l'Eglise veut- 
elle qu'en dehors de la grande commémoration du 
vendredi saint, les fidèles reviennent, dans des fêtes 
nouvelles, à la méditation du mystère sacré de la 
Rédemption, pour la plus grande gloire du Christ 
Jésus et pour leur plus grande utilité. 

3. La messe. — Les chants de cette messe sont 
une manifestation de foi, d'amour reconnaissant et 
de sainte espérance. Ils affirment, en effet, la réalité 
du mystère et en proclament la magnifique splen- 
deur. 

En même temps, ces chants rapprochent le mys- 
tère de la Passion du mystère eucharistique, avec 
d'autant plus de raison que celui-ci est la représen- 
tation et la continuation de celui-là. a Le calice de 
bénédiction, que nous bénissons, n^est-il pas une 
communion au sang du Christ ? Et le pain, que 
nous rompons, n'est-il pas une communion au 
corps du Christ (i) ?» 

Mais quels accents de reconnaissance à l'introït ! 
On y emprunte le cantique nouveau que chantent à 
l'Agneau les quatre animaux symboliques et les 
vingt-quatre vieillards de TApocalypse : « Vous 

I. I Cor., X, i6 ; communion. 



^l5o LE CATÉCHISME ROM4IN 

nous avez rachetés pour Dieu, par votre sang, de 
toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de 
toute nation ; et vous nous avez faits rois pour notre 
Dieu (i). )) Et l'on y joint le cantique ancien du 
Psalmiste : « Je veux chanter à jannais les bontés 
de Jélîovah ; à toutes les générations ma bouche 
fera connaître ta fidélité (2). » 

Et enfin quel cri d'espoir à la communion ! « Le 
Christ qui s'est offert une seule fois pour ôter les 
péchés de la multitude, apparaîtra une seconde fois, 
sans péché, pour donner le salut à ceux qui l'atten- 
dent (3). » A cette seconde apparition, le drame 
sanglant du passé ne laissera qu'un souvenir de 
triomphe ; après les humiliations, la gloire. 

Quant aux lectures, elles ne le cèdent en rien aux 
chants. Ucvangile est le même que pour la commé- 
moration de la Passion et la fête de la sainte 
Lance (A). Il y est question du mystérieux coup de 
lance qui fit couler du sang et de l'eau. Et les Pères 
y ont vu la naissance de l'Eglise, l'Eve nouvelle 
tirée des flancs de l'Adam nouveau ; ils y ont vu 
aussi la source des sacrements, notamment de celui 
du baptême. Pour épilré, toute la lettre aux Hébreux 
aurait pu servir ; le passage choisi nous montre le 
Grand Prêtre des biens à venir passant par un 
tabernacle plus excellent et plus parfait que l'an- 
cien, portant son propre sang et entrant une fois 
pour toutes dans le Saint des saints : c'est le Christ 
oflrant son sang à Dieu, devenant ainsi médiateur 
d'une alliance nouvelle et nous donnant pleins 
droits à l'héritage promis (5). 

Il n'y a donc plus qu'à profiter de tels bienfaits, 
ei à demander à Dieu de les ressentir sur la terre et 

I. Apoc, V, 9. — 2. Ps., Lxxxviii, I. — 3. Hebr,, ix, 28. — 
4. Joan,, XIX, 28-35. — 5. Hebr,, ix, ii-io. 



FÊTES DE LA CROIX l5l 

dans réternité. Et tel est Tobjet des prières de cette 
fête. Voici la collecte: a Dieu tout-puissant et éter- 
nel, qui avez constitué voire Fils unique Rédemp- 
teur du monde et avez voulu être apaisé par son 
sang ; nous vous en supplions, accordez-nous de 
célébrer de telle sorte en nos solennels hommages 
le prix de noire salut, et d'être si bien défendus sur 
la terre par sa vertu contre les maux de la vie pré- 
sente, que nous puissions nous réjouir pour tou- 
jours, au ciel, de son fruit. » — Voici la secrète : 
(( Puissions-nous, par ces divins mystères, aller à 
Jésus, le médiateur de la nouvelle alliance ; et que 
ce Sang répandu sur vos autels, ô Seigneur des 
armées, parle mieux pour nous que celui d'Abel. » 
— Et voici la poslcommunion : (( Admis, Seigneur, 
à la table sacrée, nous nous sommes abreuvés dans 
la joie aux fontaines du Sauveur ; nous vous en 
supplions, que son Sang soit pour nous la source 
d'eau vive jaillissant jusque dans la vie éternelle. » 

IX. Fêtes de la Croix. — i. Histoire de ces 
fêtes. — En Orient, — L'empereur Hadrien, dans la 
première moitié du second siècle, avait voulu faire 
disparaître tous les monuments qui attestaient, à 
Jérusalem, le grand drame du Calvaire. Il n'hésita 
pas à souiller le Saint-Sépulcre, et fit construire sur 
son emplacement deux temples, dédiés l'un à Jupi- 
ter, l'autre à Vénus. Cette sacrilège dérision ne de- 
vait pas durer ; deux siècles plus tard, un autre 
empereur la fit cesser. Constantin, en efTet, au mo- 
ment de se débarrasser de Maxence, son rival poli- 
tique, se demandait à quel Dieu se fier. Or, un 
soir de l'année 3ii, il aperçut, dans un ciel sans 
nuage, au dessus du soleil, le signe de la Croix, 
avec ces mots : tojtw vixa, Par ce signe, triomphe. Il 
en fut stupéfait, lui et son armée, témoin de la 



l52 LE CATECHISME ROMAIN 

même apparition (i). Averti en songe de faire un 
étendard, portant ce signe sacré, pour l'arboier à 
la tête de ses troupes, il fît faire le labarum, qui 
reproduisait l'image de l'apparition et portait le 
monogramme du Christ (2). Et c'est avec cet éten- 
dard sacré que, le 28 octobre 3j2, il culbuta Max- 
ence au pont Milvius, et ouvrit au Christ, seul Dieu 
et Roi à Jamais, les portes de la ^ ille éternelle. 

La paix était désormais assurée à TEghse. Le 
signe delà croix venait d'assurer ce triomphe inoui. 
Mais la vraie Croix où était-elle P Lorsque Constan- 
tin fut maître de tout l'empire, sa mère, sainte 
Hélène, eut soin de purifier les Saints-Lieux. Démo- 
lissant les temples païens, elle fit remuer le sous-sol, 
dans l'espoir non déçu de retrouver les reliques de 
la Passion. Uufin, Socrate, Sozomène et Théodoret 
racontent comment fut distinguée la vraie Croix. 
Mais il restait à protéger le Calvaire et le Sépulcre 
par des édifices religieux dignes d'eux. Sainte Hé- 
lène, aidée par le trésor impérial, s'y dévoua. Et 
lorsqu'ils furent achevés, une grande fête eut lieu 
pour leur dédicace, célébrée en grande pompe, le 
i3 septembre 335, par les évêques du conciliabule 
de Tyr, à la tête desquels se trouvait Eusèbe de Cé- 
sarée, qui nous en a laissé le récit (3l Ce fut là 
Aa^aiment le triomphe de la croix et l'origine de la 
fête, connue, chez les Grecs, sous le titre de 

Us exallatio venerandœ et vivijlcœ crucis, et célébrée 
désormais le i4 septembre, jour où la croix fut 
solennellement exposée à l'adoration des évêques et 
des fidèles présents (4). 

I. Eusèbe, Vita Constanflnl, i, 28, Pair, gi\, t. xx, col. 9U. 
— 2. Ibid., I, 3o, 3i, col. ()45. — 3. Ibid., iv, 4o sq , col. (188. 
sq. — 4. Chronicon pascliale, Pair, gr., t. xcii, col. 713-714. 
Des le i3 septembre, les Grecs préludent à cette grande lete 



FÊTES DE LA CROIX l53 



De locale qu'elle fut à l'origine, cette fête devint 
générale en Orient. Plus tard, au commencement 
du vii^ siècle, Jérusalem fut prise, et la vraie Croix 
fut emportée en Perse par Chosroès. L'empereur 
Héraclius entra en campagne et réduisit Siroès, fils 
de Chosroès, à demander grâce. La première des 
conditions fat la restitution delà Croix. « Quatorze 
ans après qu'elle était tombée au pouvoir des Per- 
ses, la Croix fut donc reconquise. Héraclius, venant 
à Jérusalem, la rapporta en grande pompe sur ses 
propres épaules à la montagne où le Sauveur l'avait 
portée... et la replaça au Calvaire, dans le même 
lieu d'où les Perses l'avaient enlevée. La fête de 
l'Exaltation de la Sainte Croix, qui se célébrait tous 
les ans en ce jour (du [4 septembre), acquit dès 
lors un éclat nouveau (i). » Cela se passait en 6^7 ; 
quatre ans plus tard, devant l'invasion musulmane 
qui menaçait la Palestine, la Croix fut transportée à 
Constantinople. La solennité du ili septembre, qui 
rappelle l'Invention de la vraie Croix, son Exalta- 
tion et la dédicace de TAnastasis, est restée la seule 
fête célébrée par les Grecs, en l'honneur de la 
Croix. 

En Occident. — Dans l'Eglise latine, on en célébra 
deux : l'une, le 3 mai, sous le titre d'Invention delà 
Croix; l'autre, le i4 septembre, sous celui d'Exal- 
tation de la Croix. La distinction de ces deux fêtes 
s'explique suffisamment par leur titre même. Mais 
pourquoi avoir placé l'Invention au 3 mai, quand 

de la Croix : « Salut, ô Croix, redoutable aux ennemis, boule- 
vard de l'Eglise, force des princes, salut dans ton triomphe! 
La terre cachait encore le bois sacré, et il se montrait dans le 
ciel, annonçant la victoire ; et un empereur, devenu chrétien^ 
larrachait aux entrailles de la terre. » 

I. Texte du Bréviaire, pour le i4 septembre, aux leçons du 
second nocturne. 



l5/i LE GA.TÉGHISME ROMAIN 

il est avère qu'elle eut lieu le i/i septembre, comme 
Tindique la Chronique d'Alexandrie? Cette erreur de 
date peut s'expliquer par une indication fautive du 
Liber Poniijicalis, qui rapporte que la croix fut re- 
trouvée, le 3 mai 3io, sous le pontificat d'Eusèbe ; 
chose impossible, remarque Benoît XIV (i); car, en 
3io, sainte Hélène n'était pas à même de jouer le 
rcMe, qui fut le sien, quand son fils fut maître de 
tout l'empire (2). La date du 3 mai, pour une fête 
de la Croix, peut avoir été suggérée par celle du 
jour où lléraclius rapporta la croix à Jérusalem, 
qui fut en effet le 3 mai. Mais alors la fête du 3 mai 
devrait porter un autre titre; car elle semble bien 
avoir été institutée pour rappeler le fait d'Iléraclius; 
le lectionnaire de Silos (vers 65o) la désigne sous le 
titre de Dies sanctœ Crucis ; et les plus anciennes 
liturgies gallicanes l'ont insérée sous celui de Inven- 
iio sanctœ Crucis, sans mentionner la fête du i/i sep- 
tembre (3). Quoi qu'il en soit, le Martyrologe hiéro- 
nymien, publié à la suite des œuvres de saint 
Jérôme, porte les deux fêtes : l'une, le 3 mai : Iliero- 
solymx, Invenlio sanctœ Cracis D. I\\ J,-C, ab Ilelena 
regina, post passionem Domini anno dacenlisinio tri- 
gesimo tertio, régnante Constanlino imperatore, illami' 
nata civitas ; l'autre, le i4 septembre : Exoltatio 
sanctœ. Cracis (4). Le sacramentaire gégorien, mis 
au point à la fin du vin^ siècle, mentionne égale- 
ment ces deux fêtes (5). C'est dire que l'une et l'au- 

I. Defesiis de D. N. J.-C., xiv, 3, G, 10. — 2. Benoît XIV, 
Ibid.f montre que le fait se passe sous le pape saint Sylves- 
tre (3 1 4-335), et adopte la date du i4 septembre 326. — 
3. Les Bollandistes croient que la date du 3 mai s'explique 
par celle de la translation à Rome, par sainte Hélène, d'une 
partie de la vraie croix ou de la dédicace de la basilique de 
Sainte-Croix. Et c'est de Rome qu'elle serait passée ailleurs. 
— 4. Pair, lai, y t. xxx, col 455, 475, — 5. Dans Pamélius, Li- 
targica, t. 11, p, 289, 338. 



FÊTES DE LA GROIX: l55 

tre remontent assez haut. C'est à Grégoire IX (1227- 
12/ii), au dire de Benoît XIV (i), qu'on doit l'office 
et la messe pour chacune d'elles. Beaucoup plus 
tard, Clément VIII (i592-i6o5) fit retrancher de 
l'office tout ce qui provenait d'une source suspecte ; 
il éleva la fête de l'Invention au rite double de 
11^ classe, retrancha les antiennes des Laudes et y 
substitua celles de l'Exaltation. Urbain VIII (1628- 
i644) fit du 3 mai une fête d'obligation ; elle a été 
supprimée depuis pour certains pays, notamment 
pour la France, par des concordats ou des conces- 
sions. Actuellement, par le Mola proprio du 2 juil- 
let 191 1, elle est supprimée pour toute l'Eglise ; ce 
n'est plus qu'une fête de dévotion, qui n'impose ni 
l'obligation d'entendre la messe, ni celle de férier. 

2. La messe. — La messe de l'Invention et celle 
de TExaltation ont des parties communes : Tintroït, 
répître, un verset du graduel et la communion. Les 
chants sont un cri de triomphe : a Nous devons 
nous glorifier dans la croix de Notre Seigneur Jésus- 
Christ, en qui est le salut, la vie et notre résurrec- 
tion, et par qui nous avons été sauvés et libé- 
rés (2). ^> On y salue le Bois si doux qui a porté un 
si doux fardeau (3) ; on y invoque la miséricorde 
de Dieu (4), et on demande à être délivrés de tous 
les ennemis par le signe de la croix (5). — L'épî- 
tre (6) contient le texte des humiliations du Sau- 
veur, de son obéissance sublime jusqu'à la mort de 
la croix. 

Il n'y a dans ces deux messes que le passage évan- 
gélique qui diffère, ainsi que la prière. Pour l'Inven- 
tion, c'est l'entrevue de Nicodème avec Jésus, oii se 
trouve ce passage, qui est, sur les lèvres de Jésus, 

1. De festis D. N. J.-C., xiv, n. 18. — 2. Introït. — 3. Gra- 
duel. — 4. Introït. — 5. Communion. — 6. Philip., 11, 5-ii. 



l56 LE CATÉCHISME ROMAIN 

une annonce de sa mort conforme au type prophé- 
tique du serpent d'airain : a Comme Moïse a élevé le 
serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de 
Vhomme soit élevé, afin que tout homme qui croit en 
lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle (i). » 
PourTExaltation, c'est celui où Jésus annonce sa puis- 
sance d'attraction : (( El moi, quand j'aurai été élevé 
de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi (2). » 

Les prières, appropriées selon rasage au mystère 
du jour, s'appuient sur l'Invention ou sur l'Exalta- 
tion de la croix pour demander à Dieu des grâces 
correspondantes, celles de la vie éternelle comme 
prix du bois de vie (3), la délivrance des maux de 
la guerre et des embûches de l'ennemi (/i), la récom- 
pense du ciel (5), la gloire éternelle (6). Et rien 
n'est plus naturel, à Tanniversaire de l'Invention et 
de l'Exaltation de la Croix, que de rappeler le salut 
que la Croix a procuré au monde, l'appui efficace 
qu'elle prête à ceux qui s'appuient sur elle, et de faire 
souhaiter son triomphe définitif dans l'éternité glo- 
rieuse. 

X. Fête de la Transfiguration. — i. Histoire 
de cette fête, — En Orient. — Dans l'Eglise grecque, 
la fête de la Transfiguration remonte ù une très 
haute antiquité, comme le prouvent les sermons des 
Pères cités par Assemani (7). C'est l'une des douze 
grandes solennités, précédée d'une vigile et compre- 
nant une octave. L'évangile qu'on y lit est le même 
que dans l'Eglise latine (8). Voici la collecte de la 
messe : « Christ notre Dieu, qui avez été transfi- 

I. Joan., III, i-i."). — 2. Joan., xii, 3i-36. — 3. Collecte de 
l'Invention. — 4. Secrète de l'Invention. — 5. Collecte de 
l'Exaltation. — 6. Secrète de l'Exaltation. — 7. Kalendarium 
iiniversœ Eccleslœ, Rome, 1 750-1 755, t. vi, p. 5 18. — 8. Matth., 
imuj 1-9. 



FÊTE DE LA TRANSFIGURATION l5j 

guré sur le mont Thabor, et qui avez laissé aperce- 
voir à vos disciples la splendeur de votre divinité, 
faites luire sur nous les rayons de votre lumière, afin 
que nous vous connaissions, et dirigez-nous dans la 
voie de vos commandements, vous, notre bien uni- 
que et notre ami le plus fidèle. » 

En Occident, elle est de date plus récente ; elle ne 
se trouve ni dans le martyrologe hiéronymien, ni 
dans le sacramentaire grégorien : on lit pourtant 
dans celui-ci, au 6 août, une Benedictio iivœ, qui 
pourrait faire croire à l'existence de la fête. Sicard 
de Crémone (f i2i5) affirme, en effet, qu'on célé- 
brait cette fête, le jour de saint Sixte, avec du vin 
nouveau ou avec le jus de raisins déjà mûrs, par 
allusion aux mots du Sauveur : « Je ne boirai plus 
désormais de ce fruit de la vigne, Jusqu'au jour ou je 
le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon 
Père (i). » Quoi qu'il en soit, Pierre le Vénérable, 
sous le gouvernement duquel la congrégation de 
Cluny prit possession du Mont Thabor en Palestine, 
ordonna que la Transfiguration serait célébrée dans 
son Ordre avec le même degré de solennité que la 
Purification de Notre-Dame (2). Au xV' siècle, 
Calixte III (i/i55-i458) promulgua un office nou- 
veau, enrichit la fête de nombreuses indulgences et 
rétendit à rp]glise universelle, en souvenir de la 
victoire qui, en i456, avait arrêté, sous les murs 
de Belgrade, la marche en avant de Mahomet II (3). 
Saint Pie V, lors de la réforme du bréviaire, fit 
donner de nouvelles leçons à la fête, et Clément 
VIII réleva au rite double majeur. 

2. La messe, — Il a déjà été question de l'évan- 
gile où est racontée la scène de la Transfigura- 

I. Milrale, ix, 38 ; Beleth, Railonale, lU. — 2. Slalaia du- 
niac, V.— 3. Raynal, A/iAïa/es, ad an. i\^'-^, 11. 20. 



l58 LE CATÉCHISME ROMAIN 

tion (i) ; nous n'y reviendrons pas. Qu'il suffise de 
noter les allusions nombreuses que font les chants 
aux divers aspects de ce mystère évangélique : allu- 
sion à l'éclat de ce jour (2), à la beauté du Fils de 
l'homme (3), au resplendissement de la lumière 
éternelle (4), au bonheur d'habiter latente du Sei- 
gneur (5), à la parole du Christ recommandant à 
ses apôtres de ne point divulguer cette scène avant 
sa résurrection (6). /Vjoutons-y le texte de la collecte : 
(( Dieu, qui avez corroboré, par le témoignage 
des Pères, les mystères de la foi, dans la Transfigu- 
ration de votre Fils unique, et avez admirablement 
annoncé, par une voix descendue de la nuée céleste, 
la parfaite adoption des fils, accordez-nous de nous 
rendre cohéritiers de la gloire de ce même Uoi et 
de participer à cette même gloire. >) 

XI. Fête du Saint Rédempteur. — Nous avons 
fait allusion plus haut au vœu des habitants de 
Venise, qui donna lieu à l'institution de cette fête. 
Elle leur fut accordée par InnocentXlIl (1721-1724), 
pour le troisième dimanche de juillet, avec le rite 
double de IV classe et une octave. Ce troisième 
dimanche coïncidant parfois avec la fête de la Dédi- 
cace de l'une des églises de Venise, la Congrégation 
des Rites, par décret du 27 avril 17^7» statua que, 
dans ce cas, la fête du Saint Rédempîeur serait ren- 
voyée au lundi avec son rite double de IF classe, qu'on 
n'y ferait pas mémoire de l'octave de la Dédicace, 
mais que, pour l'octave, l'office et la messe seraient 
de la Dédicace avec simple mémoire de l'octave du 
Saint Rédempteur (7). Benoît XIII (1724-1730) éten- 

i, Maltfi., xwi, 1-9. — 2. Introït, f's., lxxvi, 18. — 3. (ira- 
duel, Ps., xLiv, 3. — 4- Graduel. Saf)., vu, 26. - 5. iniroït, 
Ps., Lxxxiu, I. — (3. Coiniiiunion, Matth.^ xvii, 9. — ^.iJecrela 
aulhentica, n. 23()G. 



FETE DU TRIOMPHE DE LA CROIX i5q 

dit la fête à toute la Vénétie ; et Pie VIII, le 8 mai 
i83o, fixa pour Rome cette fête au 23 octobre. Cette 
fête a été accordée semblablement à d'autres églises, 
pour le 23 octobre, mais avec le rite double ma- 
jeur. 

XII. Fête du Triomphe de la Croix. — Si la 
fête du Saint Rédempteur intéresse tout le pays qui 
faisait jadis partie de la république de Venise, celle 
du Triomphe de la Croix intéresse plus particuliè- 
rement toute la nation espagnole. Il faut lire, dans 
la correspondance d'Innocent III (i 198-1216), le 
magnifique récit de la victoire de Las Navas de 
Tolosa, par le vainqueur lui-même, Alphonse de 
Castille (i). A la suite de ce récit se trouve cette 
admirable prière : <( Omnipotens et misericors Deus, 
qui superbis resistis, hamilihas aalem das graliam, 
digna tibl laadam prœconia et devotas gratiarum refe- 
rimas actiones qaod, anliqaa innovando miracula, 
gloriosani tribaisll vicloriam de perfidisgeniibiis populo 
Chrisliano, le sappUcilev exoranles, al qaod mirabili- 
ter incœpisli mlsericordiler proseqaare ad laadem et 
gloriam norninls tal sancli, qaod saper nos Jamalos 
taos JldelUer iiwocalar. » Cette pièce ne contient pas 
seulement un cri de reconnaissance pour une vic- 
toire qu'on reconnaît devoir à l'intervention mira- 
culeuse de Dieu, mais encore un cri d'espoir pour 
le succès final, qui permettra de jeter hors de l'Espa- 
gne l'invasion sarrazine. En attendant ce succès 
final, la catholique Espagne a voulu célébrer chaque 
année, le 16 juillet, l'anniversaire glorieux de son 
triomphe de 1212 par une fête nationale. Depuis la 
fin du xvi^ siècle, elle a obtenu, du pape Grégoire 
XIII (i572-i585), la faveur de la célébrer comme 

I. fiegeslani, 1. xv, eplst., clxxxii. Pair, lat., t. ccxvi, col. 
699-703. 



l6o LE CATÉCHISME ROMAIN 



une fête religieuse sous le nom de Triomphe de la 
Croix, Et depuis quelques années la messe de cette 
fête a été insérée au supplément du missel pro ali- 
qaibas locis. Le ton des chants qui s'y trouvent est 
bien celui du triomphe, et du triomphe de la Croix ; 
mais la collecte n'est plus celle que nous avons 
citée ; beaucoup plus courte, elle n'en est pas 
moins expressive : « Dieu qui, par votre Croix, 
avez bien voulu accorder à un peuple qui croit en 
vous de triompher de ses ennemis, nous vous en 
supplions, accordez toujours aux adorateurs de 
votre Croix la victoire et l'honneur. ». 

I. Bienfaits et grandeurs du nom de Jésus. — 

<c Sans aucun doute, entre l'huile el le nom dr rE])oux il 
y a ressemblance ; et ce n'est pas sans molii' que rEsjnit- 
Saint les compare l'un à l'autre. L'huile a trois qualités : 
elle luit, elle nourrit, elle oint ; elle entretient la llamme, 
elle nourrit la chair, elle adoucit la douleur ; lumière, 
-nourriture, remède. De même du nom de l'Epoux : il 
éclaire, quand on le publie ; il nourrit, quand on y pense; 
<ît quand on l'invoque, il a la douceur de ronction. Par- 
courons chacune de ces qualités. — D'où pensez-vous 
qu'ait pu se répandre, dans tout l'univers, cette si grande 
et si soudaine lumière de la foi, si ce n'est du nom de 
Jésus prêché ? jN'est-ce pas dans la lumière de ce nom que 
Dieu nous a appelés à son admirable lumière ? De laquelle 
ïl était illuminé et voyant en elle la lumière, saint Paul 
dit avec raison : « autrefois vous étiez ténèbres, mais à pré- 
sent vous êtes lumière dans le Seigneur (i). » Et ce nom, 
l'Apôtre a reçu l'ordre de le porter devant les rois, les 
gentils et les (ils d'Israël ; et il le portait comme un flam- 
beau, et il illuminait la patrie, et il criait partout : « La 
nuit est avancée, et le jour approche. Dépouillons-nous 
donc des œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la 
lumière. Marchons honnêtement, comme en plein jour {2). » 
Et à tous il montrait la lumière sur le candélabre, en 

I. Ephes., v, 8. — 2. Rom.f xui, 12, i3. 



BIENFAITS ET GRANDEURS DU NOM DE JESUS l6l 

annonçant partout Jésus, et Jésus crucifié... Mais ce nom 
de Jésus n'est pas seulement lumière, il est nourriture. 
N'en êtes-vous donc pas réconfortés, toutes les fois que 
vous pensez à lui ? Qu'est-il au monde qui nourrisse autant 
Tesprit de celui qui pense à lui ? Qu'est-ce qui répare les 
sens affaiblis, fortifie les vertus, fait fleurir les bonnes et 
honnêtes mœurs, entretient les chastes affections ? Toute 
nourriture de l'âme est sèche, si elle n'est pas arrosée de 
cette huile ; insipide, si elle n'est pas assaisonnée de ce 
sel. Si vous m'écrivez, votre écrit est pour moi sans 
saveur, si je n'y lis le nom de Jésus ; lorsque vous dis- 
cutez ou conférez avec moi, l'entretien n'a pas de saveur, 
si le nom de Jésus n'y retentit. Jésus est un miel à ma 
houche, une mélodie à mon oreille, une jubilation à mon 
cœur. — Mais c'est encore un remède. L'un de vous est- 
il triste ? Que Jésus vienne en son cœur ; que de là il 
passe en sa bouche, et aussitôt, à la venue de ce nom, 
qui est lumière, tout nuage disparaît, la sérénité revient. 
Quelqu'un tombe-t-il dans le crime, court-il même par 
désespoir au suicide ? S'il invoque le nom de Jésus, ne 
recommencera-t-il pas aussitôt à respirer et à vivre ? Qui, 
devant ce nom, garde la dureté du cœur, la torpeur de 
la paresse, la rancune de l'esprit ou la langueur de l'en- 
nui ? Quel est celui, qui, par aventure, ayant à sec la 
source de ses larmes, ne l'ait sentie subitement couler 
plus abondante et plus douce, dès qu'il invoque Jésus ? 
Quel est celui qui, palpitant et s'alarmant au milieu des 
dangers, puis venant invoquer ce nom de vaillance, n'a 
pas senti aussitôt naître en soi la confiance et fuir la 
crainte ? Quel est celui, je vous le demande, qui, ballotté 
€t flottant à la merci des doutes, n'a pas retrouvé aussitôt 
la certitude, à l'invocation de ce nom de lumière ? Quel 
€st celui qui, durant l'adversité, écoutant la méfiance, n'a 
pas repris courage, au seul son de ce Nom de bon 
secours ? Car voilà bien les maladies et les langueurs de 
rame, et voilà aussi leur remède. 

(c Je puis vous le prouver par ces paroles : a Invoque- 
moi, dit le Seigneur (i), au jour de la iribulation, et je 

I. P5., XLX, l5. 

LB CATÉCHISME, — T. VIII. II 



l62 LE GATIÎGHISME ROMAIN 



fen tirerai, et ta m honoreras. » Rien au monde n'arrête 
si bien l'impétuosité de la colère, et ne réprime pareille- 
ment l'enflure de la superbe. Rien ne guérit aussi parfai- 
tement les plaies de la tristesse, et ne comprime les révol- 
tes de la chair, et n'éteint la llairime de la convoitise, et 
n'étanche la soif de l'avarice, et n'éloigne le prurit des 
passions désbonnêtes. Mais quand je nomme Jésus, je me 
propose un homme débonnaire et humble de cœur, 
béni, sobre, chaste, miséricordieux, brillant en un mot 
de toute pureté et sainteté. C'est Dieu lui-même tout- 
puissant qui me guérit par son exemple, et m'aide de son 
soutien. Toutes ces choses retentissent à mon crrur, 
quand j'entends le nom de Jésus. Ainsi, en tant qu'il est 
liomme, j'en tire des exemples pour les imiler ; et en tant 
qu'il est tout-puissant, j'en tire un secours assuré. Je me 
sers des dits exemples comme d'herbes médicinales, et 
du secours comme d'un instrument pour les broyer, et 
j'en fais un mélange tel que nul médecin n'en saurait 
faire de semblable. 

(( mon âme, tu as un antidote excellent, caché 
comme en un vase, dans ce nom de Jésus. Jésus, assuré- 
ment, est un nom salutaire et un remède qui ne sera 
jamais inefficace pour aucune maladie. Qu'il soit tou- 
jours dans votre cœur, toujours en votre main, si bien 
que tous vos senlinients et vos actes soient dirigés vers 
Jésus. )) S. Bernard, lu Cantica, serm. xv, 0-7. 

2. Salut à la Croix. — (( La victoire consignée dans 
les fastes do l'Eglise ne fut pas, ô Croix, votre dernier 
triomphe, et les Perses non plus ne furent pas vos der- 
niers ennemis. Dans le temps même de la défaite de ces 
adorateurs du feu, se levait le Croissant, signe nouveau 
du prince des enfers. Par la sublime loyauté du Dieu 
dont vous êtes l'étendard et qui, venu sur terre pour 
lutter comme nous, ne se dérobe devant nul ennemi, 
rislam aussi allait avoir licence d'essayer et d'user con- 
tre vous sa force : force du glaive, unie à la séduction 
des passions Mais là encore, dans le secret des combats 
de Satan et de l'Ame comme sur les champs de bataille 



TlllOMPHE DE LA Cl\OIX l65' 



éclairés du grand jour de l'histoire, le succès final était 
assuré à la faiblesse et à la folie du Calvaire. 

« Vous fûtes, ô Croix, le ralliement de cette Europe 
en ces expéditions sacrées, qui empruntèrent de vous leur 
beau titre de Croisades, et portèrent si haut dans TOrient 
infidèle le nom chrétien. Tandis qu'alors elles refoulaient 
au loin la dégradation et la ruine, elles préparaient pour 
plus tard à la conquête de continents nouveaux l'Occi- 
dent resté par vous la tête des nations. 

(( Campagnes immortelles dont les soldats, grâce à vos 
rayons, brillent aux premières pages du livre d'or de la 
noblesse des peuples. Aujourd'hui même, ces ordres nou- 
veaux de chevalerie qui prétendent grouper en eux l'élite 
de l'humanité, ne voient-ils pas en vous l'insigne le plus 
élevé du mérite et de l'honneur P Suite toujours du mys- 
tère de cette fête ; exaltation jusqu'en nos temps amoin- 
dris de la Croix sainte qui, dans les siècles antérieurs^ 
était passée de l'enseigne des légions au sommet du dia- 
dème des empereurs et des rois. 

« Il est vrai que sur la terre de France des hommes 
sont apparus, qui se donnent pour tâche d'abattre le 
signe sacré partout où l'avaient honoré nos pères. Pro- 
blème étrange que cette invasion des soldats de Pilate au 
pays des croisés ; problème pourtant qui s'explique, 
aujourd'hui qu'on a surpris l'or juif soldant leurs exploits. 
Ceux-là, dans l'instrument du salut, ne peuvent voir 
que leur crime ; et leur conscience troublée soudoie pour 
renverser la croix sainte les mêmes hommes qu'ils 
payaient jadis pour la dresser. 

(( Hommage encore, que la coalition de tels ennemis l 
croix adorée, notre gloire, notre amour ici-bas, sauvez- 
nous quand vous apparaîtrez dans les cicux, au jour 
où le Fils de l'homme, assis dans sa majesté, jugera 
l'univers. » Continuateur de dom Guérangei*, Le temps- 
après la Pentecôte, Paris, 187S, t. v, p. 281 . 



Leçon XXIF 
Le Saint-Sacrement 



I. Histoire de la fête. — II. Son objet. 
III. La messe. 

LA plupart des fêtes de Notre Seigneur, dont 
nous avons parlé dans la leçon précédente, se 
justifient pleinement par leur relation avec le 
mystère de la Rédemption (i). Une fête spéciale en 
l'honneur de Teucharistie s'explique mieux encore, 
puisque ce n'est plus de souvenirs évangéliques ou 
de reliques de la Passion qu'il s'agit, mais de Notre 
Seigneur lui-même réellement et perpétuellement 
présent dans le sacrement de son amour. Un tel 
bienfait demanderait une fête sans cesse renouvelée 
et en quelque sorte permanente ; et c'est bien à la 
réaliser, dans la mesure du possible, d'un bout de 
Tannée à Tautre, que tend de plus en plus la piété 
chrétienne par l'adoration perpétuelle. Il est vrai 
que l'eucharistie est de toutes les fêtes et que le 
sacrifice de la messe en est la partie principale com 
me l'acte religieux par excellence, à la fois latreuti- 
que, eucharistique, satisfactoire et impétratoire. 11 
est vrai aussi que, chaque année, le jeudi saint, est 
commémoré l'anniversaire de l'institution de l'eu- 
charistie. Et à tous ces titres, semble-t-il, la néces- 
sité d'une fête spéciale ne se ferait pas sentir. Mais 

I. Pour la bibliographie, voir en tête de la leçon xxi®. 



HISTOIRE DE LA FETE DU T. S. SACREMENT l65 

il convient de tenir compte du rôle important que 
joue Teucharistie, et comme sacrifice et comme 
sacrement, dans la vie individuelle des fidèles et 
dans la vie sociale de l'Eglise, pour justifier les 
élans de la piété chrétienne et les institutions de 
Fautorité compétente dans les manifestations reli- 
gieuses à son égard. Il y a là, dans la suite des 
siècles, toute une série d'actes caractéristiques, qui 
ont eu pour but de développer de plus en plus la 
dévotion au Saint-Sacrement. Or le plus important 
de ces actes est assurément l'institution de la Fête- 
Dieu et de la procession solennelle en l'honneur de 
l'eucharistie. 11 importe d'en rappeler brièvement 
Fhistoire avant d'en dire l'objet et de noter com- 
ment la messe a très heureusement traduit la pensée 
de l'Eglise. 

I. Histoire de la Fête 

I. Motifs généraux de Tinstitution d'une fête 
spéciale. — i. Sacrifice de la messe. — La veille 
même de sa mort, à la dernière Cène, Notre Seigneur 
institua le sacrifice mystique, où, tout à la fois 
prêtre et victime, il s'olfrait pour nous à Dieu, en 
changeant le pain en son corps et le via en son 
sang. Etant Dieu, le Verbe de Dieu, la Parole subs- 
tantielle et créatrice, qui dit et réalise en même 
temps ce qu'il dit, il réalisa ce prodige extraordi- 
naire. Et, prodige plus grand encore, il donna l'or- 
dre à ses apôtres de renouveler son acte : Hoc facile 
in meam comme/noralionem. Et cet acte est renouvelé 
chaque jour par de simples mortels, mais préalable- 
ment revêtus d'un caractère sacré, rendue aptes et 
authentiquement chargés par le Sauveur lui-même 
de faire ce qu'il fit. C'est un prêtre qui ao-it, parle 
et consacre en son nom, chaque fois qu'il célèbre 



66 



LE CATECHISME ROMAIN 



la messe ; c'est un prêtre qui renouvelle le sacrifice 
de la dernière Cène, en relations si intimes avec le 
sacrifice de la Croix. La messe a donc droit à un 
culte religieux tout particulier. Dès. les origines, 
l'Eglise a fait une obligation à ses fidèles d'y assis- 
ter à certains jours ; elle les engage à l'entendre le 
plus souvent qu'ils peuvent; elle les invite à coni- 
mémorer chaque année l'anniversaire de l'institu- 
4ion de l'eucharistie. Mais l'obligation d'assister à ce 
^sacrifice est un moyen de sanctifier le temps que 
Dieu nous donne ; et la commémoration du jeudi 
saint, plus spécialement appropriée pour payer un 
juste tribut d'hommages au Sauveur, n'a pourtant 
pas l'éclat d'une fête proprement dite. Sans passer 
inaperçu, le souvenir de l'institution de l'eucliarislie 
:s'y trouve pour ainsi dire noyé au milieu de céré- 
monies, telles que la réconciliation des pénitents 
jadis, la consécration des saintes Imiles et l'exécu- 
tion du Mandalam aujourd'hui. De telle sorte que, 
sans s'imposer absolument, une fête spéciale et dis- 
tincte était à souhaiter pour honorer en lui-même 
le plus grand acte de la religion. 

2. Présence réelle et conslaiiie. — Mais l'eucharis- 
tie n'est pas qu'an sacrifice, elle est aussi un sacre- 
ment, qui rend le Sauveur présent au milieu de 
nous et accessible à nos hommages. Dès que la con- 
sécration est faite, il ne reste plus du pain et du 
vin que les apparences sensibles soumises, comme 
si elles étaient encore unies à leur propre substance, 
à tous les phénomènes ordinaires de leur nature, 
sans que ces phénomènes atteignent ou affectent le 
moins du monde le corps adorable et la personne 
sacrée du Sauveur. Le Sauveur est là, invisible, mais 
présent ; et il reste à demeure dans le tabernacle, 
du fond duquel il nous crie ; « Venez à moi, vous 
lous qui éles fallgaés et ployez sous le fardeau, el Je 



HISTOIRE DE LA FETE DU T. S. SACREMENT 167 



VOUS soulagerai {1). » Il y est pour recevoir nos 
visites, l'exposé de tous nos besoins, de toutes nos 
peines, de toutes nos joies, nos adorations, nos 
actions de grâces, nos demandes et nos satisfac- 
tions. Il y est pour nous consoler, nous encourager, 
nous fortifier, nous bénir. Il y est pour se donner 
à nous. 

3. Principe d'union. — Près de l'autel et du taber- 
nacle, en effet, se dresse une table, la table sainte, 
où se distribue le pain des anges, le pain des forts, 
l'aliment surnaturel, qui communique la vie divine, 
le salut, le gage de la gloire et de Timmortalilé, 
celui-là même qui a dit : u Ma chair est vraiment 
une nourriture, et mon sang est vraiment un breu- 
vage {2). )) Par là le Sauveur s'unit à nous d'une 
union si intime que, en dehors de l'union hyposta- 
tique du Verbe avec la nature humaine dans l'In- 
carnation et de l'union de Jésus et de Marie dans la 
conception, on n'en saurait imaginer de plus mys- 
térieuse et de plus étroite. C'est dans la communion 
que le fidèle trouve l'aliment approprié de sa vie 
surnaturelle pendant son pèlerinage terrestre et le 
viatique au moment de son passage du temps à 
l'éternité ; c'est par la communion qu'il s'unit à 
Dieu. 

D'autre part, l'eucharistie constitue le principe 
d'union des fidèles entre eux, dans l'unité du corps 
mystique du Christ. Le pain et le vin, qui servent 
au sacrement, sont déjà le symbole de cette union 
par la nature même de leur composition ; car ils 
sont formés d'éléments séparés, qui ont été réduits 
à l'unité, et ils marquent ainsi, selon la doctrine 
bien connue des Pères, lunité vivante qui doit faire 
de tous les fidèles un seul cœur et une seule âme. 

i. Matlh., XI, 28. — 2. Joan,, vi, 55. 



l68 LE CATÉCHISME ROMAIN 



^ 



L'Apôtre Favait insinué en termes clairs et expres- 
sifs (i). 

« Ce qui est commun aux autres sacrements, 
disait le pseudo-Denys (2), est attribué spécialement 
à celui-ci (l'eucharistie), appelé aussi communion 
et synaxe, bien que chacun d'eux ait également 
pour but de ramener au centre divin nos vies divi- 
sées... Mais à ces autres signes sacrés et sanctifica- 
teurs il faut, pour la consommation de leur œuvre 
commune, le complément de la perfection substan- 
tielle et divine, que donne le premier. Il n'est guère, 
en effet, de fonction sacrée où la divine eucharistie, 
comme couronnement de toute consécration, ne 
vienne serrer les liens de l'unité avec le Un suprême 
et parfaire cette union divine dans le don des mys- 
tères augustes qui la consomment. Si donc les autres 
sacrements, ne donnant point ce qu'ils n'ont pas, 
demeurent comme incomplets, sans pouvoir établir 
entre nous et l'Unité d'union substantielle ; si leur 
but est de préparer celui qui les reçoit aux mystères 
divins comme à la fin sommaire où ils tendent, c'est 
à bon droit que l'accord des pontifes a nommé 
celui-ci d'un nom tiré de la nature des choses, en 
l'appelant communion. » Cette force unitive de 
l'eucharistie, si bien soulignée par le pseudo-Denys,, 
dans le rapprochement qu'elle opère entre Dieu et 
sa créature, saint Augustin se complaisait à la voir 
édifiant dans la paix le corps mystique du Sauveur, 
constituant le centre et le lien de la grande com- 
munion catholique sur cette terre : a sacrement 
d'amour ! ô signe de l'unité ! ô lien de la cha- 
rité (3) ! » et aussi pour le ciel, dans la société des 
saints, où la paix régnera, dans une pleine et par- 
faite unité, au festin des noces éternelles. 

I. I Cor., X, 17. — 2. De eccles, hier., m, i. — 3. M Joan., 
tract. XXXVI, i3. 



HISTOIRE DE LA FETE DU T. S. SACREMENT l6(^ 

A ces divers titres d'ordre général, l'eucharistie 
ne justifie pas seulement les pompes liturgiques^ 
dont elle a été entourée à la messe et la commémo- 
ration solennelle dont elle est Tobjet le jeudi saint, 
mais encore tout ce qu'une piété éclairée et ardente 
pourra imaginer d'hommages, tout ce que TEgh'se, 
assistée d'en haut, pourra sanctionner par des céré- 
monies ou des fêtes nouvelles. 

II. Motifs particuliers. — i. La piété chrétienne, 
— Outre les grands devoirs qui s'imposent pour 
tant de motifs, et qui consistent à recourir à Teu- 
charistie, considérée comme sacrifice, présence réelle 
et principe d'union, la piété chrétienne, par une 
application aussi délicate qu'éclairée, a voulu com- 
penser, du mieux qu'elle a pu, les étranges abaisse- 
ments du Sauveur dans ce sacrement et les outrages 
qu'il y reçoit. Elle ne se contente donc pas d'assister 
à la messe, mémorial du sacrifice de la croix, oii 
tout ressuscité, vivant et glorieux qu'il est, le Sau- 
veur continue son rôle de prêtre et de victime pour 
louer Dieu, pour rendre grâces à Dieu, pour satis- 
faire à Dieu et lui demander les grâces qui nous 
sont nécessaires ; elle ne se contente pas d'apporter 
ses hommages au Prisonnier du tabernacle et de 
s'asseoir au banquet eucharistique avec la foi la plus 
vive et Tamour le plus ardent ; elle tient à honneur 
de le relever de ses mystérieux abaissements. Car, 
dans l'eucharistie, les anéantissements dont parle 
saint Paul au sujet de l'Incarnation, sont dépassés. 
En se faisant homme, le Yerbe éternel a du moins 
manifesté la douceur et la bénignité de son huma- 
nité, qui le rendait si aimable à tous pendant les 
jours de sa vie mortelle, tandis que, sur l'autel et 
au tabernacle, le plus beau des enfants des hommes 
ne se montre même pas ; il y est dans un appareil 



170 LE CATÉCHISME ROMAIN 

déconcertant, qui ne laisse rien entrevoir, ni de 
Dieu, ni de l'homme, humble petite chose, tout 
entière à la disposition de ses ministres et de ses 
fidèles. Plus de crèche comme à Bethléem, plus de 
tente comme dans sa fuite en Egypte, plus déchoppe 
comme à Nazareth, plus d'action comme pendant 
les trois ans de sa vie publique, plus de paraboles 
ou de discours, plus de miracles éclatants : mais, 
selon les apparences sensibles, l'isolement, la soli- 
tud.e, l'immobilité, le silence, rien de ce qui trahirait 
sa présence effective, tout ce qui ressemble au con- 
traire à l'anéantissement de la tombe. Heureusement 
la foi parle et agit. Elle perce le voile du mystère, 
et, sous cet appareil voulu d'effacement mystique, 
elle aime à découvrir les preuves ravissantes de 
l'amour de son Sauveur. Et à l'exemple de Dieu qui 
i^elève et exalte les humbles, elle voudrait relever et 
exalter les abaissements de son Sauveur par une 
fête de triomphe et de gloire. 

Elle y est d'autant plus i)ortée qu'à ces abaisse- 
ments voulus, Dieu a permis que les hommes ajou- 
tent d'ignobles outrages : outrages envers le saint 
sacrifice, outrages envers la présence réelle, outrages 
envers la communion. Et c'est ici, dans ce senti- 
ment de réparation nécessaire, qu'éclatent surtout 
sa susceptibilité jalouse, sa délicatesse et son amour. 
De la part d'ennemis, ces outrages s'expliquent, 
tout en restant inexcusables ; mais de la part 
d'amis, de fidèles, d'enfants de l'Eglise, comment 
les qualifier.^ Ne pouvant les empêcher, il ne reste 
plus qu'à les réparer avec le plus d'éclat possible, 
de manière à les couvrir, par un redoublement de 
ferveur sans doute, mais aussi par une manifestation 
officielle et publique de foi et de religion. 

2. U hérésie. — Ces sentiments et ces revendi- 
cations de la piété deviennent plus impérieux en- 



HISTOIRE DE LA FETE DU T. S. SACREMENT I7I 



core devant les attaques de Thérésie. Longtemps 
l'eucharistie resta à l'abri de pareilles attaques ; 
mais, le rationalisme aidant, le dogme eucharisti- 
que fut atteint à son tour ; mais en même temps, 
par réaction, du ix' siècle à la fin du xh% le culle 
eucharistique ne cessa de s'étendre et de s'affirmer. 
Par manière de protestation contre Pierre Comestor 
(f 1178) et Pierre Cantor (y 1197), ^"^ prétendirent 
que la transsubstantiation du pain au corps ne 
s'opérait pas au moment même oîi le célébrant pro- 
nonce les paroles de la consécration : a Ceci est 
mon corps, » Eudes de Sully, évêque de Paris de 
1196 à 1208, décida qu'on élèverait la sainte Hostie 
aussitôt après la consécration du pain pour l'offrira 
la vue et à l'adoration des fidèles. Mais cela ne pou- 
vait suffire pour satisfaire les légitimes susceptibi- 
lités de la piété. Pour protester contre l'hérésie de 
Bérenger, la communion fut mieux comprise et plus 
fidèlement pratiquée. Saint l^ierre Damien, saint 
Grégoire YIl, Durand de ïroarn recommandèrent 
la communion fréquente et même quotidienne. 
(( Et ce qui n'est pas moins digne d'attention que 
l'insistance avec laquelle ils la louent, c'est la ma- 
nière dont ils en parlent : il y a là une délicatesse 
et une chaleur de sentiment qui annoncent les 
effusions de la piété du moyen âge. Paschase Radbert 
donne le ton. 11 trouve des accents délicieux jusque 
dans l'acrostiche initial de son traité, et, quand il 
parle du « grand bien )> de l'eucharistie, de la 
beauté qu'elle communique, des dispositions qu'elle 
réclame (1), il rivalise avec les plus dévots admira- 
teurs du sacrement (2). » 

Au xii^ siècle, l'activité tliéologique se porta par- 

I. De corpore et sanguine Domini^ xxi, 4-7 ; xxii, /j,",. Pair, 
lai, y t. Gxxx, col. 1261-12G2, i3o5, i3/15. — 2. Vernet, dans le 
Dict, de Théol , t. v, col. i23i. 



172 LE CATECHISME ROMAIN 

tîculièrement sur Feucharistie, et sans avoir, de 
bien s'en faut, la valeur des œuvres scolastiques du 
siècle suivant, elle prépara contre les Cathares, les 
Vaudois, les Almariciens et autres hérétiques de 
répoque la profession de foi du iv^ concile de 
Latran, en i2i5, dont l'importance a été jugée sans 
égale par Harnack (i) dans les douze siècles qui sé- 
parent le concile de Mcée du concile de Trente. 
D'autre part, on peut alFirmer, dit Thurston (2), 
qu'à partir de 1200 la pensée et le culte de l'eucha- 
ristie deviennent dans presque toute l'Eglise un 
objet constant et immédiat de sollicitude. Le mo- 
ment n'était donc plus loin où cela allait se mani- 
fester par quelque solennité extérieure. Si quelques 
coutumes anciennes devaient tomber en désuétude 
et disparaître peu à peu, telles que la communion 
des tout petits enfants et la communion sous les 
deux espèces, d'autres allaient s'introduire, mani- 
festation plus éclatante de la foi de TEglise et de la 
piété des fidèles à l'égard de l'eucharistie. De ce 
nombre fut la fête du Saint-Sacrement, qui allait 
ouvrir une voie nouvelle à la dévotion eucharis- 
tique. 

III. Institution de la fête du Saint-Sacre- 
ment. — I. Les origines. — Par une coïncidence 
remarquable, la fête du Saint-Sacrement vit le jour 
dans la même ville, où trois siècles auparavant 
avait été instituée la fête de la Trinité. Julienne de 
Rétinnes (ii()3-i258), religieuse hospitalière du 
Mont Cornillon, près de Liège, animée d'une 
grande dévotion envers l'eucharistie, fut fréquem- 
ment favorisée, dès sa jeunesse, d'une vision singu- 

I. Dogmengeschlchle, Leipzig, 1910. t m. p. 887. — 3. L'Eu- 
charislie et le saint Graal, Irad. Boudinhon, dans la Revue du 
clergé, 1908, t. lvi, p. 555. 



INSTITUTION DE LA FETE DU T. S. SACREMENT lyS 

lière dont elle ne trouvait pas Texplication. Il lui 
semblait voir la lune en son plein, mais dégradée 
par une petite brèche. Une voix intérieure lui disait 
que la lune était l'image de TEglise, et que la brè- 
che indiquait en elle l'absence d'une solennité en 
l'honneur du Saint-Sacrement. Après vingt ans de 
défiance d'elle-même et de prières, elle s'en ouvrit à 
plusieurs saint personnages, entre autres à l'archi- 
diacre de Liège, Jacques Pantaléon de Troyes, et au 
provincial des Dominicains, Hugues de Saint-Cher. 
Ceux-ci en référèrent à l'évêque Robert de ïorote, 
qui approuva l'idée d'une solennité particulière en 
l'honneur du Saint-Sacrement, institua la Fête-Dieu, 
en 12/46, pour le jeudi après la Trinité, la célébra 
lui-même, mais mourut avant de l'avoir étendue à 
tout son diocèse. Les chanoines de Saint-Martin 
furent à peu près les seuls à la célébrer dans la suite. 
Hugues de Saint-Cher, devenu cardinal et légat du 
pape en Belgique, la célébra lui aussi et eut soin de 
la recommander à tous les diocèses de sa légation. 
La fête n'en fut pas plus acceptée pour cela. Et 
Julienne mourut sans avoir pu réussir au gré de ses 
désirs. Elle avait du moins légué sa pensée à une 
humble recluse, Eve, moins capable encore selon 
toute apparence d'assurer l'extension de la fête à 
toute l'Eglise, mais qui ne cessa, du fond de sa pri- 
son volontaire, de faire agir auprès du successeur 
de Robert de Torote et par lui auprès du Saint Siège. 
2. Intervention pontificale. — Très heureusement 
le pape d'alors n'était autre que l'ancien archidiacre 
de Liège devenu évêque de Verdun, puis patriarche 
de Jérusalem et finalement pape sous le nom d'Urbain 
IV (1261-1264). Urbain IV n'avait pas oublié les dé- 
marches qu'il avait faites près de l'évêque de Liège, 
quand il était son archidiacre ; mais imposer à 
toute l'Eglise une fête nouvelle lui parut chose 



174 LE CATÉCHISME ROMAIN 



grave ; il y fut pourtant décidé par le miracle sur- 
venu récemment à Bolsène, non loin d'Orviéto, où 
résidait alors la cour pontificale. Après la consécra- 
tion du pain et du vin, le célébrant de Bolsène fut 
pris de doutes sur la transsubstantiation ; aussitôt 
de riiostie consacrée coulèrent des gouttes de sang 
qui se répandirent sur le corporal. Ce fait mira- 
culeux, bientôt raconté partout, l rbain IV vou- 
lut se rendre compte de son authenticité. iN*en 
pouvant pas douter, il donna suite aux suppliques 
qu'on lui adressait et décréta, pour la confusion de 
l'hérésie de Bérenger et l'exaltation de la foi ca- 
tholique, que désormais dans toute l'Eglise, cha- 
que année, en dehors de la commémoration | 
du jeudi saint, une fête spéciale en l'honneur 
du Saint-Sacrement serait célébrée le jeudi après J 
l'octave de la Pentecôte (i). La bulle d'institu- 
tion Transitaras est du 11 août 1264. C'est à 
saint Thomas d'Aquin, le Docteur angélique, qu'il 
confia le soin de composer rolïïce et la messe de 
la fête nouvelle (2) ; saint Thomas devint ainsi 

I. Rome n'ayant pas encore, à cette date» admis la fête de 
la Trinité, la bulle Tr<7/i5i7«r«s parle du jeudi après l'octave de 
la Pentecôte. — 2. La légende se mêle facilement à Thistoire ; 
mais il est des légendes qu'il faut signaler, celle-ci entre autres. 
D'après Denys le Chartreux, le papeaurait également confié à 
saint Bonaventurelesoin de rédiger un office et une messe pour 
cette fête, mais on préféra l'œuvre de saint Thomas. Suivant 
David llomcus, on n'aurait même pas pu comparer les deux 
travaux, parce que frère Bonaventure, ayant rendu visite à 
frère Tliomas. aurait été tellement ravi de l'œuvre du frère 
prêcheur qu'il brûla la sienne en rentrant dans sa cellule. 
D'après d'autres ce serait en présence même du pape qu'il 
aurait détruit sa composition, dès qu'il eut entendu celle de 
saint Thomas ; il l'aurait écoutée avec des larmes d'admira- 
tion et de piété. xVucun de ces récits ne repose sur des docu- 
ments primitifs ; mais ils sont à l'éloge autant de saint Bona- 
venture que de saint Thomas. 



INSTITUTION DE LA FETE DU T. S. SACREMENT lyo 

le chantre eucharistique. Par lettre en forme de 
bref, datée du 8 septembre suivant, le pape infor- 
mait Eve de la décision prise et lui annonçait qu'il 
avait célébré lui-même la fête (i). Mais il mourut à 
la fin de ce même mois sans avoir pu faire exécuter 
son décret. Durand de Mende, qui lui survécut plus 
de vingt ans, ne parle pas de cette fête dans son 
Rationale, Ce fut un autre français, Bertrand de 
Goth, devenu pape sous le nom de Clément V 
(i3o5-ioi4), qui, au concile de Vienne, en i3ii, 
confirma la constitution d'Urbain IV, et Jean XXII 
(i3i6-i33.^i) qui la fit exécuter, dès l'année i3i6. 
Mais tandis que ni Urbain IV ni Clément V n'avaient 
parlé de la procession solennelle, qui est Tune des 
caractéristiques de cette fête, Jean XXII en assura 
l'extension. Un siècle plus tard, Vtartin V (i/ii7-i4Si) 
et Eugène IV (i/i3i-i/i47)i ce dernier par la bulle 
Excellenlissimus, du 26 mai ia33, accordèrent des 
indulgences à ceux qui y prendraient part. 

3. Solennité de cette fête, — Telles sont les origi- 
nes de cette fête si chère à la piété de nos pères, 
qu'ils désignèrent sous le nom deFête-Diea. La litur- 
gie lui avait donné le titre de Soleninilas sanctlssuni 
Corporls D. N, J. C, solennité du très saint Corps 
de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et l'Eglise en avait 
fait une fête de précepte. Quand il fut question de 
diminuer le nombre des jours fériés et des fêtes 
obligatoires, Urbain VIII (i623-i64/i), maintint 
celle du Saint-Sacrement (2). Supprimée pour la 
France, par le Concordat, elle a été rangée par 
Léon XIII, dans le Catalogue des fêtes, parmi le 

I. Et scias qiiod nos ejusmodi festum cum omnibus Fratri- 
bus noslris S. R. E. cardinalibus... (ad hoc ut videntibus et 
audientibus de tanli fesli celebritate salubre pra?beretur 
exemplum) duximus celebiandum. Cité par Benoît \1V, 
De festis D, N. J. G., xiv, n. 7. — 2. Voir t. vi, p. 46. 



176 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Fesia primaria avec le rite double de T^ classe (i). 
S. S. Pie X, par le Mola proprio du 2 juillet 191 1, 
l'a supprimée pour toute l'Eglise du nombre des 
fêtes de précepte et a décidé que son octave serait 
priTilégiée.Les liturgistesne s'entendaient pas sur la 
nature de ce privilège ; il pouvait paraître se référer 
simplement aux privilèges inhérents, d'après les 
rubriques générales, aux octaves solennelles du Sei- 
gneur, et particulièrement pour cette octave au pri- 
vilège de n'admettre que les doubles occurrents et 
■d'être fermée aux doubles majeurs transférés et aux 
fêtes semi-doubles. Mais un décret ultérieur de la 
Congrégation des Rites, en date du 24 juillet 1911, 
a précisé qu'il s'agit d'un privilège à l'instar de 
l'octave de l'Epiphanie. Par suite, l'octave du Saint- 
Sacrement n'admet que les fêtes de P^ classe et 
interrompt une octave commencée. En maintenant 
la célébration de cette fête au jeudi qui suit la Tri- 
nité, mais sans fériation ni obligation d'entendre la 
messe, le même décret (2) en a changé le titre, qui 
sera désormais : Cominemoralio solemnis sanctissiml 
Corporis D, N, J.-C, Commémoration solennelle 
du très saint Garps de Notre Seigneur Jésus-Christ. 

IL Objet de la Fête 

I. But de l'Eglise dans rinstitution de cette 
fête. — i, La confusion de Vhérésie, — C'est le ter- 
me même employé par Urbain IV dans l'institution 
de cette fête : ad hœreticos coniprunendos. Au 
xni^ siècle, le pape avait en vue tout particulière- 
ment l'hérésie de Bérenger; il ne pouvait pas soup- 

!• Décret général du 22 août 1898, approuvé par Léon XIII 
le 27 du même mois, dans Décréta aaiheniica, n. 38io. — 
a. Décret Urbis et Orbis, n. v. 



OBJET DE LA FETE DU T. S. SACREMENT I77 

çonner rexplosion de Thérésie protestante. Mais la 
Fête-Dieu, opportunément opposée à l'erreur de 
Bérenger, vaut tout autant contre celle de Luther 
et de Calvin. Une telle fête gênait les protagonistes 
du protestantisme et excitait leur verve contre ce 
qu'ils qualifiaient d'innovation et d'idolâtrie: accu- 
sation grossière et de mauvaise foi. L'innovation 
s'explique par l'apparition d'hérésies nouvelles, in- 
connues des temps primitifs. A nouveau mal nou- 
veau remède, dit le proverbe; à nouvelle hérésie 
nouvelle manifestation de foi et de piété, a pensé 
très justement l'Eglise. Et l'Eglise est souveraine 
maîtresse dans le choix des moyens qu'elle juge les 
plus aptes à atteindre son but. 

C'est pourquoi le concile de Trente « a déclaré 
très pieuse et très sainte la coutume qui s'est intro- 
duite dans l'Eglise de consacrer chaque année une 
fête spéciale à célébrer en toutes manières l'auguste 
sacrement, comme aussi de le porter en procession 
par les rues et les places publiques avec pompe et 
honneur. Il est bien juste, en effet, que soient éta- 
blis certains jours, oii les chrétiens, par une dé- 
monstration solennelle et toute particulière, témoi- 
gnent de leur gratitude et dévot souvenir envers le 
commun Seigneur et Rédempteur, pour le bienfait 
ineffable et divin qui remet sous nos yeux la vic- 
toire et le triomphe de sa mort. Ainsi fallait-il en- 
core que la vérité victorieuse triomphât du men- 
songe et de l'hérésie, de telle sorte que ses adver- 
saires, au sein d'une telle splendeur et d'une si 
grande joie de toute l'Eglise, en perdent courage et 
sèchent de dépit, ou touchés de honte et de confu- 
sion viennent enfin à résipiscence (i). » Mais le con- 
cile de Trente ne s'est pas borné à défendre ainsi 

I. Sess., xiii, c. v; Denzinger, 878 (709). 

LE CATÉCHISME. — T. VIII. 12 



178 LE CATÉCHISME ROMAIN 

les usages catholiques, il a de plus lancé Tanathème 
à ceux qui nient que le Christ soit digne, dans l'eu- 
charistie, d'un culte extérieur d'adoration, qui 
repoussent toute fête spéciale, toute manifestation 
publique, toute procession, toute exposition impli- 
quant des actes de latrie, et qui traitent d'idolâtres 
les adorateurs du Saint-Sacrement (i). 

2. Vexaliation de la foL — C'est encore une autre 
expression du même Urbain lY, dans la bulle Tran- 
situras: ad exallandam calliolicamfidem. La foi catho- 
lique se traduit, le jeudi saint, d'une manière con- 
forme aux sentiments de tristesse de la grande 
semaine. Cela ne saurait lui suffire. 11 faut qu'en- 
vers le sacrement de l'autel elle fasse éclater sa joie 
et qu'elle ait, par conséquent, dans une fête dis- 
tincte, l'occasion favorable de chanter à pleine voix 
les gloires de Dieu de Teucharistie. C'est à cette 
convenance religieuse, à ce besoin impérieux du 
cœur, que répond admirablement la fête du Saint- 
Sacrement. De là ces autres expressions d'Urbain IV : 
Twic oniniu/n corda cl vola hyninos persolvaid lœli- 
liœ salalaris ; lune psallal fides, spes Iripadiel, exal- 
tel charllas, devolio plaadal, Jabilcl clioras, purilas 

jacandelar, 

3. Le triomphe de Veacharistie. — De là le carac- 
tère triomphal de ce beau jour. Car « la Fête-Dieu 
est essentiellement une fête de triomphe. C'est 
même un jour de triomphe plus que de joie, un 
jour de puissance, 011 chacun bannit la crainte et 
fait publiquement profession de sa foi, où la vérité 
terrasse et foule aux pieds le doute, l'hérésie, le 
mensonge, le sacrilège et le blasphème. La place 
que cette fête occupe immédiatement après le 
dimanche de la Sainte Trinité en est en quelque 

I. Sess. XIII, can. G; Denzinger, ^^S (76S). 



TRIOMPHE DE L EUCHARISTIE 1^]^ 

sorte la preuve. Elle ne vient pas aussitôt après l'As- 
cension, comme une fête de Notre Seigneur, qui en 
suit une autre, ni même après la Pentecôte, après 
que la descente du Saint-Esprit a été comme le fruit 
de TAscension. iMais elle attend que l'Eglise ait ren- 
du tous ses mystères à la source secrète d'où ils 
émanent, et les ait fait tous rentrer dans le grand 
mystère de la très sainte Trinité. Il semble alors 
que la dévotion collective de l'année entière soit 
montée dans le sein de la lumière inaccessible de la 
Divinité pour retomber ensuite sur les hommes, en 
pluie de gloire, en flots viviflants, en rosée céleste, 
étincelante de beauté dans le grand mystère delà 
transsubstantiation, qui est comme la consomma- 
tion de tous les autres. Delà son caractère triomphal* 
L'Eglise militante se confond un moment avec 
l'Eglise triomphante, et oublie son ex\[ et sa triste 
condition, et le culte de la sainte Trinité, qui est un 
avant-goût du ciel, trouve une expression adéquate 
dans l'adoration du Saint-Sacrement. C'est un jour 
où nous ne saurions demeurer inactifs, et partant 
un jour de procession. C'est une fête où les cris se 
mêlent aux. chants sacrés : les cris sont dirigés con- 
tre la terre, il semble que les murs de la grande 
ville du monde s'écroulent comme par enchante- 
ment devant notre foi, tandis que nous marchons 
autour de son enceinte, anges et hommes, au son 
martial des strophes de notre Laada Sion; les chants 
sont en l'honneur de l'Eglise, et le monde retentit 
des acclamations des hommes rachetés, qui portent 
leur Piédempteur autour des remparts inexpugna- 
bles de sa ville sainte. 

(( Mais il ne suffît pas de constater que Tespritde 
la fête respire le triomphe, il reste à examiner le 
caractère de ce triomphe, qui est sans doute pure- 
ment surnaturel et nullement semblable à ces élanô 



l8o LE CATÉCHISME ROMAIN 

de patriotisme et à ces transports d'une joie terres- 
tre qu'excite en nous la nouvelle d'une victoire 
nationale. Que dis-je ? Le triomphe consiste moins 
en ce que, par Teflet de la grâce, la cause de Dieu 
est devenue la nôtre, qu'en ce que Dieu terrasse 
dans ce mystère les ennemis jurés de son royaume 
et de sa loi. C'est son triomphe autant et même plus 
que le nôtre (i). » 

[\. Les réparations nécessaires, — Un autre but de 
l'Eglise, dans l'institution de cette fête, c'est d'en 
faire à Tégard du Saint-Sacrement, comme l'indique 
encore Urbain IV, ce que la fête de la Toussaint est 
à l'égard de tous les saints, c'est-à-dire de réparer 
vis-à-vis du Sauveur, dans le sacrement de son 
amour, les inadvertances, les légèretés, les irrévé- 
rences, les outrages et les sacrilèges commis par 
ses enfants durant l'année entière à l'égard de ce 
même sacrement. Et ce n'est là qu'un acte de justice 
dicté par le repentir et par l'amour. Alais à côté des 
fidèles, trop facilement oublieux de leurs devoirs de 
respect, de vénération et d'adoration, il y a le clan 
des ennemis, dont les blasphèmes, tout impuissants 
qu'ils sont, n'exigent pas moins de solennelles répa- 
rations. Et sans doute, sous ce rapport, d autres 
cérémonies s'introduiront dans les usages de l'Eglise, 
telles que les Prières des quarante heures, à certaines 
époques de l'année, et V Adoration perpétuelle ame- 
nant chaque jour, d'un bout d'année à l'autre, une 
paroisse entière aux pieds du Saint-Sacrement, pour 
payer au Sauveur au nom de tout un diocèse, 
de tout un pays, de toute l'Eglise, un juste tribut 
d'adoration réparatrice. Mais ces cérémonies n'en- 
lèvent rien au caractère réparateur de la fête du 

I. Faber, Le Sainl-Sacrement, Irad. Iranç., Paris, i856, t. ii, 
p. i3. 



FÊTE DE RÉPARATION l8l 

Saint-Sacrement. Certes, en dépit de la défaillance 
de ses apôtres, de la trahison de Judas, du complot 
des Juifs, de l'ignominie de l'empire romain et de 
l'abomination des barbares, le Sauveur n'en créa 
pas moins l'eucharistie. Il s'est donné à tous sans 
limite dans le temps et dans l'espace ; car u la 
limite ici, s'il y en a, vient de la créature, du 
nombre, du temps, des circonstances, des libertés 
qui se faussent, des esprits qui s'aveuglent, des 
volontés qui se détournent, des cœurs qui se fer- 
ment ; mais quant à lui, l'amour n'a point posé de 
bornes. L'eucharistie est le don de Dieu, un don 
perpétuel, un don universel. Jésus se réduit là à un 
état nouveau et fixe, il fonde une vraie institution, 
il établit un sacrement, le sacrement par excellence 
de la nouvelle alliance. C'est un acteotiil fait entrer 
quelque chose et de son immensité et de son éter- 
nité divines, et qui, par là, devient supérieur et au 
temps et au lieu. Mon Dieu ! que de raisons pour- 
tant s'élevaient contre cette universalité et cette 
perpétuité du don eucharistique ! Je parlais de l'état 
du monde au moment où Jésus l'institua. Enrichie 
d'un tel bien, pourvue d'une telle grâce, ayant le 
gage d'un pareil amour, que deviendra désormais 
l'humanité, et que sera-t-elle jusqu'à la fin? Ah! 
oui, une moisson se lèvera du sol oîi est jetée cette 
divine semen^^e. Oui, il y aura partout, il y aura 
toujours, ici et là, des âmes vaincues, ravies, eni- 
vrées, possédées ; des âmes qui rendront à Dieu 
cœur pour cœur, sang pour sang, vie pour vie. Il 
y en aura beaucoup qui, sans aller si loin, vivront 
du moins dans cette vallée d'exil les yeux fixés sur 
la patrie, et feront, sans trop défaillir, leur chemin 
vers le ciel. Mais dans cette moisson que d'ivraie, 
et à côté du champ où elle poussera, quels déserts, 
quelles forêts couvertes de ténèbres et peuplées de 



ï82 LE CATÉCHISME ROMAIN 

bêtes fauves ! Que d'indifférents, que d'ingrats, que 
d'impies, que de sacrilèges ! Jean est un type ; il 
aura sa lignée. Mais Judas en est un aussi, et de 
quelle longue et innombrable progéniture il devien- 
dra le père ! Jésus voit tout ; tout est déjà présent à 
ses yeux, tout y est à découvert. 11 n'en est pas décou- 
ragé, il n'en est point troublé. 11 aime, il donne, il 
se donne ; son don sera tout ce qu'il veut, il ira par- 
tout où il a décidé qu'il irait, et il sera sans repen- 
tance (i). » Et si le don, pour ceux qui en profitent, 
est un motif de reconnaissance pour l'exalter, il est 
pour ceux qui le méconnaissent et l'outragent, une 
occasion de blasphème ; il appartient donc aux 
vrais fidèles de combler la mesure de la gratitude et 
de compenser généreusement, au jour de la fête du 
Saint-Sacrement, l'iniquité des descendants de 
Judas et des héritiers du paganisme. 

II. Caractéristique de la fête : la procession 
solennelle. — i . Molif de celte procession solennelle, 
— L'une des caractérisques de cette fête est la pro- 
cession solennelle du Saint-Sacrement à travers les 
rues et les places de la cité ou du village, sur un 
parcours couvert de fleurs et de verdure, devant 
des maisons parées, au chant des cantiques sacrés, 
sous des nuages d'encens, dans tout Téclat des 
pompes religieuses, avec arrêts et bénédictions à 
chacun des reposoirs dressés par la piété des fidè- 
les. On porte ainsi Notre Seigneur, dit Bourda- 
loue, « premièrement en mémoire de ce qu'il se 
porta lui-même, quand il distribua à ses apôtres sa 
<;hair et son sang. Car alors, dit saint Augustin, il 
est évident qu'il portait son propre corps, et que ce 
que l'Ecriture disait de David dans un sens figuré, 

I. Mgr Gay, Conférences aux mères chrétiennes, Paris, 1877, 
t. II, p. 507. 



PROCESSION DU T. S. SACREMENT l83 



savoir, qu'il se portait lui-même dans ses mains, 
s'accomplit à la lettre dans la personne du Sauveur. 
Mais que fit cet Homme-Dieu quand il se porta lui- 
même? Il se fit comme un triomphe à soi-même; 
car il ne pouvait être plus lionorablement porté que 
par soi-même et dans ses propres mains. Or, c'est 
le mystère que l'Eglise nous représente aujourd'hui, 
faisant porter ce corps vénérable dans la main des 
prêtres, qui sont comme les propres mains du Fils 
de Dieu. 

(( Mais pourquoi le porter hors des temples ? 
Pourquoi dans les rues etdans les places publiques ? 
C'est en action de grâces de ce qu'il allait lui-même 
autrefois parcourant les villes et les bourgades, fai- 
sant le tour de la Judée et de la Galilée, et guéris- 
sant les malades partout où il passait : Circaibat 
omnes civitates et castella (i). Voilà pourquoi l'Eglise 
le fait encore porter par toute la chrétienté, espérant 
du reste qu'il opérera parmi nous les mêmes mer- 
veilles qu'il opérait parmi les juifs. Car ne doutez 
pas que ce Sauveur, passant aujourd'hui devant vos 
maisons, ne les ait sanctifiées par sa présence ; ne 
doutez pas qu'il n'ait répandu dans toutes les pla- 
ces publiques des bénédictions particulières et 
qu'on n'ait pu dire de lui : Pertransivit benefaci- 
endo (2) ; il a passé, il a laissé sur tout son passage 
des effets de sa libéralité. C'est ce que Dieu semble 
avoir voulu marquer dans une des plus belles figu- 
res de l'Ancien Testament. L'Ecriture dit que parce 
que Joseph avait pourvu de pain toute l'Egypte 
dans le temps de la stérilité et de la famine, le roi 
Pharaon le fit monter sur un char, et le fit conduire 
par toutes les provinces de son royaume, avec 
ordre à chacun de l'adorer et de se prosterner de- 

I. Matth.t IX, II. — 2. Ad., x, 38. 



3 84 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Tant lui. Ainsi parce que le Fils de Dieu nous a 
donné ce pain céleste qui est son corps, l'Eglise, 
le fait paraître comme sur un trône et sous le dais; 
et, dans cet état, elle le conduit dans tous les lieux 
du monde chrétien, ordonnant à tous les fidèles de 
fléchir les genoux devant lui, et de lui présenter 
leurs respects et leurs adorations. 

« Il y a plus : elle le porte, ajoute le bienheureux 
évêque de Genève, pour lui faire une réparation 
authentique de tous les opprobres qu'il souffrit 
dans les rues de Jérusalem, lorsqu'il fut traîné de 
consistoire en consistoire, et de tribunal en tribu- 
nal. L'Eglise veut lui faire satisfaction de cette in- 
jure ; et, dans cette vue, elle le porte publiquement, 
et le fait suivre de tout le peuple, avec des acclama- 
tions et des chants d'allégresse. 

(( Enfin pourquoi le porte-t-elle ? Voici la raison 
capitale. Elle le porte, dit le grand cardinal du 
Perron, pour lui faire honneur, mais un honneur 
solennel, de toutes les victoires qu'il a remportées 
sur riiérésie et sur Tinfidélilé, dans le sacrement de 
son corps. Ne perdez pas cette remarque: nos 
hérétiques nous reprochent que ces processions sont 
des nouveautés, qui n'ont jamais été en usage dans 
les premiers siècles de l'Eglise ; et nous leur répon- 
dons qu'il faut bien que ce soient des nouveautés, 
puisqu'elles ne se font qu'en signe de leurs nou- 
velles erreurs, détruites et confondues par la vérité 
de l'eucharistie. On ne portait point de la sorte au- 
trefois le corps du Eils de Dieu, parce qu'il n'y 
avait point encore eu d'erreurs dont il eût triomphé ; 
mais depuis qu'il s'est élevé des hérésiarques pour 
le combattre, depuis qu'il y a eu des hommes con- 
jurés contre sa présence réelle dans le sacrement, 
et que, par la force de sa parole, il les a foudroyés 
et terrassés, l'Eglise s'est cru obligée de lui en don- 



PROCESSION DU T. S. SACREMENT l8& 

ner un triomphe. Telle est Torigine de ces proces- 
sions... 

« Par ces processions, l'Eglise prétend réparer 
tant d'outrages qu'ont faits au Sauveur du monde, 
et que lui font sans cesse les mauvais chrétiens 
dans reucharistie. Oui, c'est pour nous-mêmes que 
l'Eglise a établi cette fête en forme d'amende hono- 
rable ; c'est pour toutes nos profanations, c'est pour 
tous nos sacrilèges, c'est pour toutes nos irrévéren- 
ces devante les autels de Jésus-Christ et dans soo 
sanctuaire ; c'est pour tous les scandales que nous 
y donnons, pour toutes les comrnunions indignes 
de tant de pécheurs hypocrites, pour toutes les 
messes célébrées par d'es prêtres vicieux, pour tou- 
tes nos froideurs en approchant de la sainte tabîe^ 
pour toutes les négligences même qu'y apportent 
les âmes justes, que ces processions sont ordonnées, 
afin que l'honneur qui y est rendu à la chair de 
notre Di^u le dédommage en quelque sorte de 
toutes les insultes qu'elle a reçues jusqu'à présent 
de nous et qu'elle en reçoit tous les jours (i). » 

2. La procession da Sainl-Sacremenl et le triomphe 
de l'Eglise. — « L'Eglise, dans tout le cours de son 
histoire, dit le P. Faber (2), peut être considérée 
comme une vaste procession qui se déroule à tra- 
vers les siècles, semblable à une caravane de sol- 
dats pèlerins, qui, au milieu des vicissitudes de la 
guerre, se frayent un chemin de l'Est à l'Ouest. 
Tantôt on la voit marchant en petites bandes épar- 
ses avec les apôtres sur les voies romaines; tantôt 
on la retrouve campée avec les obscurs prosélytes 
autour des synagogues juives dans les provinces 
romaines. Ici, elle nous apparaît comme une armée 

I. Bourdaloue, Sermon sur le T. S. Sacrement, i'' partie. — 
â. Le Saint-Sacrement, trad. franc., Paris, i856, t. i, p. i5 sq- 



86 LE CATÉCHISME ROMAIN 



de martyrs qui s'avance, guidée par son pontife, 
sous les sombres galeries des catacombes; là, elle se 
présente aux yeux: du monde, toute radieuse et 
toute brillante de la faveur impériale qui la couvre 
de son autorité. Ln jour elle s'enfonce dans les dé- 
serts pour arriver jusqu'aux nations qui n'ont pas 
encore reçu l'Evangile; un autre jour elle arrête le 
torrent de la barbarie qui se précipitait du Nord au 
Midi. Plus tard elle absorbe en elle-même tout le 
monde civilisé, et le moyen âge fut témoin de sa 
splendeur ; aujourd'hui la voilà de nouveau aux pri- 
ses avec une multitude infidèle, se frayant pénible- 
ment un chemin à travers une foule de littératures 
viciées, de systèmes philosophiques pervers et faux, 
de civilisations corrompues, de diplomaties caute- 
leuses, sans jamais disparaître aux yeux, toujours 
reconnaissable, toujours souflFrante, toujours reine, 
toujours contraire au reste du monde, et semblable 
aux enfants d'Israël dans le lit de la mer Rouge, 
lorsque les eaux se tinrent debout comme un mur à 
leur droite et à leur gauche. 

« La procession du Saint-Sacrement est un résumé 
de l'histoire de l'Eglise. C'est la révélation de l'esprit 
qui l'animait au milieu de toutes les vicissitudes de 
son pèlerinage guerrier. Elle nous fait éprouver ce 
que les générations passées ont ressenti et ce que 
les races futures ressentiront à leur tour. Elle nous 
permet de goûter les dispositions surnaturelles de 
l'Eglise, et nous aide d'une manière puissante à les 
reproduire en nous-mêmes. Ce n'est pas le triom- 
phe définitif de l'Eglise sur des ennemis qu'elle a 
vaincus et détruits à jamais. Chaque jour lui 
apporte de nouveaux adversaires ou démasque à 
ses yeux de faux amis. Tout ce qu'il y a de variété 
et de flexibiUté dans la perversité humaine est mis 
en œuvre pour harceler et épuiser l'Eglise par des 



FÊTE DE TRIOMPHE 187 



attaques soudaines et multipliées. L'empire du dé- 
mon a à sa disposition une intelligence redoutable 
appuyée par une puissance non moins terrible, et 
toutes ses forces sont tournées contre l'Eglise. Il ne 
survient pas un changement dans les destinées du 
monde qui ne soit pour elle une nouvelle épreuve. 
Il n'est pas de philosophie naissante, pas de science 
au berceau qui ne rêve déjà, dans l'ignorance de 
ses grossiers débuts, qu'elle démasque TEglise 
comme une imxposture ou qu'elle la rejette comme 
une extravagance. A peine le luxe de nos capitales 
modernes s'est-il accru de quelque nouvelle inven- 
tion, que le démon ou le monde s'en empare pour 
s'en faire une arme mystérieuse contre l'Eglise et 
la mission salutaire qu'elle vient remplir dans les 
âmes. L'hérésie sera pieuse, révérencieuse, philan- 
thropique, zélée pour la morale publique, libérale 
et pleine de concessions, pourvu que, sous le mas- 
que qu'elle revêt, elle puisse nuire à l'Eglise ; et 
celle-ci se hâterait trop si elle entonnait aujour- 
jourd'hui l'hymne de triomphe qui doit célébrer sa 
victoire définitive et la destruction de ses ennemis. 
(( La fête du Saint-Sacrement n'est pas non plus 
un triomphe parce que l'Eglise est en paix. Une 
trêve est tout ce qu'elle peut espérer, encore est-il 
bien rare qu'elle l'obtienne. Elle ne saurait être en 
paix jusqu'au jour du jugement, car elle ne peut y 
être tant qu'il existe une âme dont le salut n'est pas 
encore assuré. Ses alliances mêmes ne sont pas 
exemptes d'une certaine défiance, fruit d'une longue 
expérience, et en réalité ce sont plutôt de nouveaux 
sujets d'anxiété que des intervalles de repos. Ces 
alliances lui coûtent cher, le sang de ses martyrs et 
les sueurs de ses papes... Elle est moins à son aise 
dans un concordat que dans des catacombes... Le 
triomphe de l'Eglise ne consiste point dans l'extinc- 



l88 LE CATÉCHISME ROMAIN 

tion de l'hérésie. En effet, de nouvelles hérésies 
surgissent à mesure que les vieilles disparaissent ; 
et chaque schisme qui s'éteint, en voit dix autres 
renaître de ses cendres. Dans le fait, les hérésies 
sont pour l'Eglise une des conditions de sa vie, et la 
cause involontaire de presque toute la beauté intel- 
lectuelle de son enseignement dogmatique... Elle 
ne triomphe pas non plus parce qu'elle a survécu 
à tant d'ennemis qui semblaient naguèrevictorieux, 
bien que ce phénomène doive être pour elle un 
sujet de perpétuelles actions de grâces et renouveler 
sa confiance en Dieu... Enfin l'Eglise ne triomphe 
point parce que le Saint-Sacrement est pour elle un 
avant-goùt des joies du ciel et de ses jouissances 
éternelles. On ne triomphe point par anticipation, 
et une fête de victoire doit être quelque chose de 
plus que la douce ardeur du désir. Si je ne crai- 
gnais pas qu'on ne m'accusTit de parler avec pré- 
somption, je dirais (ce qui est vrai) que c'est le seul 
jour de l'année où, en apparence, elle ne pense pas 
au ciel ; il semble qu'il soit venu à elle et qu'elle 
n'ait pas besoin d'aller à lui. Et ceci m'amène a la 
véritable cause de son triomphe spirituel. C'est 
qu'elle possède Jésus lui-même, le Di^u vivant, dans 
le Saint-Sacrement. Ce n'est pas sa mémoire, c'est 
lui-même; ce n est pas une partie du mystère de 
rincarnation, c'est le mystère tout entier, le Dieu 
incarné lui-même. Ce n'est pas seulement un des 
canaux de la grâce, c'est la source divine de toutes 
les grâces. Ce n'est pas seulement un moyen d'arri- 
ver à la gloire, c'est le Pvédempteur glorifié lui- 
même, celui dont toute gloire procède. Le Saint- 
Sacrement, c'est Dieu caché sous un voile mysté- 
rieux et miraculeux. C'est la présence réelle du Dieu 
qui fait du catholicisme une religion complètement 
différente de toutes les soi-disant formes du chris- 



MESSE DU T. S. SACREMENT 189 

tianisme. C'est cette possession de son Dieu qui 
constitue nécessairement le triomphe éternel de 
l'Eglise. )> 

III. La messe du Saint-Sacrement 

I. Le festin eucharistique. Le mémorial de la 
passion. — En attendant la consommation du 
plan divin, qui est de réunir tous les élus dans la 
gloire, une image anticipée nous en est offerte dans 
la fête de ce jour. Le ciel, a dit Notre Seigneur, est 
semblable à un roi qui fait les noces de son fils (i). 
Or, toute noce suppose un repas joyeux. Il y aura 
donc au royaume des cieux, comme nous l'avons 
déjà remarqué dans Texplication du temps qui suit 
la Pentecôte, un repas nuptial auquel prendront 
part les bienheureux. Mais en attendant ce festin 
des noces éternelles, le Sauveur a voulu que, même 
dans son exil terrestre, l'homme en possédât l'avant- 
goût dans un repas mystique, qui n'est autre que 
la communion. Le festin étant prêt et la table étant 
mise, tous les fidèles sont conviés. Quel mets vont- 
ils donc goûter à la table du Seigneur ? Pas d'autre 
que le Seigneur lui-même. C'est lui qui, par une 
création sublime de sa toute-puissance et de son 
amour, a trouvé le moyen de se servir en nourri- 
ture, et de contracter ainsi avec les siens la plus 
intime et la plus ineffable des unions. Voilà pour- 
quoi l'idée dominante de la fête du Sacrement est 
celle d'un festin. Saint Thomas, en composant la 
messe de ce jour, a tout fait converger vers cette 
idée. Et l'Eglise a très heureusement choisi, comme 
leçons du second nocturne, un passage du Docteur 
angélique qui exprime déjà cette pensée. 

I. Mailh, y xxi[, 2 



igO LE CATECHISME ROxMAIN 

Voici, en effet, comment s'exprime saint Tho- 
mas : (( Les immenses bienfaits de la divine lar- 
gesse, octroyés au peuple chrétien, lui confèrent 
une dignité inestimable. Il n'est point, en eifet, etil 
ne fat jamais de nation, si illustre qu'on la suppose, 
qui ait eu ses dieux approchant d'elle comme notre 
Dieu le fait avec nous. Car le Fils unique de Dieu, 
voulant que nous fussions participants de sa divi- 
nité, a pris notre nature, afin que fait homme il fît 
dieux les hommes. En outre, tout ce qu'il nous 
avait emprunté, il l'a livré pour notre salut ; car 
son corps, il l'a offert pour notre réconciliation 
comme victime à Dieu le Père sur Tautel de la 
croix ; son sang, il l'a versé tout à la fois, et comme 
prix de notre liberté, et comme onde purifiante, 
pour que, rachetés d'une misérable servitude, nous 
fussions lavés de tous nos péchés. Et afin que demeu- 
rât persévérante en nous la mémoire d'un si grand 
bienfait, il a laissé aux fidèles, sous les espèces du 
pain et du vin, son corps en nourriture et son sang 
en breuvage. festin précieux et admirable, salu- 
taire et plein de toute suavité ! Que peut- il y avoir, 
en effet, de plus précieux que ce festin, dans lequel 
on nous olTre à manger, non la chair des veaux et 
des boucs, comme jadis sous la loi, mais le Christ 
vrai Dieu > Quoi de plus admirable que ce sacre- 
ment, dans lequel le pain et le vin sont convertis 
substantiellement au corps et au sang du Christ?... 
Point de sacrement plus salutaire pour effacer les 
péchés, accroître les vertus et engraisser l'àme de 
l'abondance de tous les biens spirituels. On l'offre 
dans l Eglise pour les vivants et pour les morts, 
afin que serve à tous ce qui a été établi pour le 
salut de tous. Personne enfin ne saura dire sa sua- 
vité, j)uisqu'on y goûte à sa source la douceur 
spirituelle, puisqu'on y renouvelle la mémoire de 



MESSE DU T. S. SACREMENT IQI 

cette charité merveilleuse que le Christ a manifestée 
dans sa passion. Aussi, pour que Timmensité de 
cet amour s'imprimât plus profondément dans le 
cœur des fidèles, à la dernière Cène, lorsque, ayant 
célébré la pâque avec ses disciples, il allait passer 
de ce monde à son Père, il institua ce sacrement 
comme le mémorial perpétuel de sa passion, Tac- 
complissement des anciennes figures, la plus grande 
des merveilles qu'il eût accomplies, et il le laissa 
aux: siens attristés comme une singulière consola- 
tion de son absence. » 

D'autre part, non moins admirable est le choix 
des leçons du troisième nocturne : elles sont em- 
pruntées au commentaire de saint Anguslin sur ces 
mots du Sauveur : (( Ma chair est vvaiineiit une noar- 
ritave, et mon sang est vraunenl an breavage. >> « Ce 
que les hommes désirent dans le boire et le manger, 
dit l'évêque d'IIippone, c'est d'apaiser leur faim et 
d'éteindre leur soif. Or, un tel résultat n'est vrai- 
ment atteint que par la nourriture et le breuvage 
qui rendent immortels et incorruptibles ceux qui 
les prennent, mets et breuvage qui ne sont autres 
que la société même des saints, oii régnera la paix 
dans une pleine et parfaite unité. Aussi, comme 
l'ont compris avant nous les hommes de Dieu, est- 
ce pour cette raison que Notre Seigneur Jésus-Christ 
nous a laissé son corps et son sang sous la figure 
de substances, dont la nature est d'être composée 
de parties multiples ramenées à l'unité... Le Sei- 
gneur expose comment s'opère ce dont il parle, et 
ce que c'est que manger son corps et boire son 
sang. Celui qui mange ma chair et boit mon sang 
demeure en moi, et moi en lui. Celui-là donc man- 
ge cette nourriture et boit ce breuvage, qui demeure 
dans le Christ et le possède en soi. El par suite celui 
qui ne demeure pas dans le Christ, ou en qui ne 



192 LE CATECHISME ROMAIN 

demeure pas le Christ, celui-là sans nul doute ne 
mange point sa chair par Tâme ni ne hoit son sang, 
bien que par sa bouche de chair, et aux yeux des 
hommes, il presse de ses dents le sacrement du 
corps et du sang du Christ; mais, au contraire, 
c'est pour son jugement qu'il mange et boit un si 
grand mystère, ayant eu la présomption de s'appro- 
cher souillé du sacrement du Glirist, auquel la pu- 
reté seule donne un digne accès. » 

L'idée de festin n'est pas exclusive, et cela se com- 
prend, tant l'eucharistie offre de points de vue. Elle 
est aussi un mémorial de la passion ; et ceci ne sau- 
rait être oublié à pareille fête, puisque le Sauveur 
lui-même a pris soin de le recommander à la der- 
nière Cène : « Faites ceci en mémoire de moi. » Fes- 
tin et mémorial, ce sont là les deux pensées domi- 
nantes, tour à tour ou simultanément exprimées à 
Ja messe: celle du festin à l'introït, au graduel, à la 
séquence, dans l'épître et dans l'évangile ; celle du 
mémorial, à la collecte, à l'épître et à la commu- 
nion. Mais l'eucharistie est en outre un sacrifice: 
-elle requiert donc, de la part de celui qui l'offre, 
«ne sainteté particulière ; de là l'offertoire, l^lle est 
un sacrement : elle requiert donc, de la part de ceux 
qui s'en approchent, de bonnes dispositions mora- 
les ; de là les allusions de l'épître, reprises à la com- 
munion. Tout cela forme un ensemble harmonieux 
dont les éléments se trouvent dans les diverses par- 
ties de la messe. 

IL Les chants. — i. Les chants ordinaires, — 
Avec un à propos des plus heureux, les chants évo- 
quent les souvenirs bibliques de la grande libéralité 
de Dieu envers tous les êtres vivants en général, et 
notamment envers le peuple élu. Tout être vivant, 
en effet, attend de Dieu sa nourriture, (n Les yeux 



LES CHANTS DE LA MESSE igS 

de tous les êtres sont tournés vers toi dans l'attente, 
et tu leur donnes la nourriture en son temps ; tu 
ouvres ta main, et tu rassasies de tes biens tout ce 
qui respire (i). » Quant aux enfants d'Israël, « iJ. 
les a nourris de la fleur du froment, il les a rassas- 
siés du miel du rocher (2). )) Mais qu'est-ce que cet 
acte de providence générale à l'égard de tout ce qui 
vit, et cette distribution de la manne au désert aux 
hébreux, à côté de ce don très spécial, incompara- 
ble et unique, que le Sauveur fait de lui-même sous 
forme d'alimentation surnaturelle? « Ma chair est 
vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un 
breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang 
demeure en moi, et moi en lui (3). » 

Un tel bienfait ne peut qu'exciter les sentiments 
de la reconnaissance. « Faites tressaillir des chants 
d'allégresse en l'honneur de Dieu, notre force ; des 
cris de joie en Thonneur du Dieu de Jacob (4). » 
Cette allégresse et cette joie éclatent dans la répé- 
tition multipliée de Valleluia, comme si l'on était en 
plein temps pascal, et surtout dans la séquence. 
Mais ce bienfait demande la pureté du cœur pour le 
bien recevoir et en faire son profit, selon les vues 
de Dieu. « Toutes les fois que vous mangez ce pain 
et que vous buvez ce calice, vous annoncez la mort 
du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. C'est pourquoi 
celui qui mangera le pain ou boira le calice indigne- 
ment, sera coupable envers le corps et le sang du 
Seigneur (5). » Il demande aussi la sainteté, en 
ceux qui le distribuent, beaucoup plus encore que 
ne la demandait aux prêtres de l'ancienne loi le ser- 
vice des autels, u Les prêtres du Seigneur offrent à 

I. Ps., cxLiv, i5, 16 ; antienne du graduel. — 2. Ps., lxxx, 
17 ; antienne de Tlntroït. — 3. Joan., vi, 56, 67 ; verset du 
graduel. — 4- Ps., lxxx, i ; introït. — 5, I Cor., xi, 26, 27 ; 
communion. 

LE CATÉCHISME. — T. VHI. 1} 



igd LE CATÉCHISME ROMAIN 



Dieu Tencens et le pain ; c'est pourquoi ils seront 
saints pour leur Dieu, et ils ne profaneront pas son 

nom (i). )) 

2. La séquence. — Par une exception qui s'expli- 
que, la messe de la fête du Saint-Sacrement a con- 
servé sa séquence primitive, telle qu'elle est sortie 
du cœur inspiré de saint Thomas d'Aquin. 11 est 
impossible de la traduire sans la déflorer, sans lui 
faire perdre surtout son rythme harmonieux. Ter- 
cet par tercet, les strophes se succèdent neuf fois 
de suite et s'enchaînent entre elles par la rime du 
troisième et du sixième vers ; puis viennent deux 
quatrains, dont les trois premiers vers riment entre 
eux, et le quatrième de l'un avec le quatrième 
de l'autre ; et finalement deux strophes plus amples 
encore, de cinq vers chacune, les quatre premiers 
rimant entreeux, etlecinquièmede l'une rimantavec 
le cinquième de l'autre. L'ensemble en est parfait ; 
et on ne sait qu'y admirer de plus, ou le lyrisme du 
poète, ou la précision du théologien, ou la piété du 
saint; et cela se chante sur un ton entraînant tout 
à la fois et contenu, comme il convient à une fête 
si profondément religieuse ; et cela se grave facile- 
ment dans la mémoire, comme l'expression péné- 
trante et douce de l'un des plus beaux chants litur- 
giques. 

Elle débute par une invitation faite à Sion, 
c'est-à-dire à l'Eglise, de manifester son enthou- 
siasme, de chanter des hymnes et des cantiques en 
l'honneur du Sauveur, son Chef et son Pasteur, de 
pousser aussi loin que possible sa louange, car on 
ne saurait louer assez celui qui est au-dessus de 
toute louange. Pourquoi une telle manifestation .^ 
Parce que c'est la fête du Pain vivant, du Pain qui 

I. Levii.y XXI, G ; olTertoire. 



LECTURES DE LA MESSE igS 

donne la vie. Qu'elle soit donc pleine et sonore, 
douce et magnifique, l'allégresse de Tesprit ! Car 
voici la fêle qui rappelle l'institution d'un tel sacre- 
ment (i): Pàque nouvelle de la nouvelle loi, le 
nouveau rite chasse l'ancien, la vérité remplace 
Timage. 

(( Voici le pain des anges, 

Devenu le pain des voyageurs ; 

Vrai pain des enfants 

Qui ne doit pas être jeté aux chiens. 

Représenté d'avance dans les figures, 
Dans Isaac conduit au sacrifice, 
Dans l'Agneau pascal 
Et dans la manne donnée à nos pères. 

Bon Pasteur, pain véritable, 
Jésus, ayez pitié de nous. 
Nourrissez-nous, défendez-nous. 
Faites-nous voir les biens 
Dans la terre des vivants. 

Vous qui savez tout et pouvez tout, 

Qui nous nourrissez ici-bas, pauvres mortels, 

Faites de nous, dans les cieux, vos commensaux, 

Les cohéritiers et les compagnons 

Des habitants de la sainte Cité. )) 

III. Les lectures. — i. Le passage évangélique est 
tiré du discours de Notre Seigneur sur la promesse 
de donner son corps à manger et son sang à 
boire (2). Comment la réalisera-t-il ? C'est ce qu'il 

I. Ce qu'il y a d'admirable dans cette séquence, c'est la 
précision théologique sur la nature du sacrement de l'Eucha- 
ristie et sur tout ce qui concerne les accidents ou espèces 
sacramentelles. On ne pouvait mieux dire plus de choses en 
moins de mots. — 2. Joan , vi, SS-ôg. 



196 LE CATÉCHISME ROMAIN 

ne dit pas en ce moment ; et bien que la perspective 
d'une telle alimentation jette le trouble et scanda- 
lise ses auditeurs, U n'en maintient pas moins, et à 
la lettre, avec insistance, sans les détromper le 
moins du monde, ce qu'il venait de leur dire, se 
réservant, au moment voulu, de réaliser son mys- 
térieux projet de la manière la plus heureuse, sans 
rien lui enlever de sa réalité et sans soulever la plus 
légère répugnance. 

2. Le passage épislolaire (i) raconte, en effet, 
comment il s'y prit. « Le Seigneur, dans la nuit 
où il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu 
grâce, le rompit et dit : « Prenez et mangez ; ceci est 
mon corps, qui sera livré pour vous ; faites ceci en 
mémoire de moi. » De même, après avoir soupe, il prit 
le calice et dit : « Ce calice est la nouvelle alliance en 
mon sang ; faites ceci, toutes les fois que vous en boirez, 
en mémoire de moi. » Car toutes les fois que vous 
mangez ce pain et que vous buvez ce calice, vous 
annoncez la mort du Seigneur. » L'Apôtre ne se 
contente pas de raconter l'institution, il signale le 
caractère de ce sacrement qui est d'être un mémo- 
rial de la Passion ; il signale aussi la faute grave 
qu'il y aurait à y recourir avec une conscience souil- 
lée. (( Que chacun donc, ajoute-t-il, s^éprouve soi- 
même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de 
ce calice - » 

IV. Les prières. — i , La collecley écho de l'en- 
seignement apostolique et des paroles mêmes du 
Sauveur, rappelle que ce sacrement est le mémorial 
de la Passion ; elle fait demander la grâce de véné- 
rer comme il convient cet auguste mystère et de 
recueillir le prix du sang versé pour nous. « 
Dieu, qui nous avez laissé sous ce sacrement admi- 

I. I Cor,, XI, aS-ag. 



PRIERES DE LA MESSE I97 

rable le mémorial de votre Passion, daignez nous 
accorder la grâce de vénérer, comme nous le de- 
vons, les sacrés mystères de votre corps et de votre 
sang, afin que nous puissions constamment ressen- 
tir en nous le fruit de votre rédemption. » Elle 
s'adresse, comme on le voit, au Sauveur lui-même. 

2. La secrète demande à Dieu pour l'Eglise ces 
deux grands biens, l'unité et la paix, qui sont sym- 
bolisés par le pain et le vin qu'on vient d'offrir et 
qui, dans quelques instants, vont être changés, par 
les paroles de la consécration, au corps et au sang 
du Verbe incarné. (( Accordez à votre Eglise, nous 
vous en supplions, Seigneur, les dons de l'unité et 
de la paix, qui sont mystérieusement représentés 
par ces dons que nous vous offrons. )> 

3. La postcommunion, par allusion au festin sacré 
qui vient d'avoir lieu pendant la messe, nous trans- 
porte par la pensée et le désir à cet autre festin des 
noces éternelles, dont il est le présage et l'avant- 
goût. (( Faites, nous vous en supplions, Seigneur, 
que nous soyons remplis de l'éternelle jouissance 
de votre divinité, qui nous est figurée ici-bas par la 
réception temporelle de votre corps et de votre sang 
précieux. » 

Résumant tout l'objet de cette fête, l'antienne des 
secondes vêpres s'exprime ainsi: « banquet sacré, 
où Ton reçoit le Christ, où est rappelée la mémoire 
de sa Passion, où l'àme est remplie de grâce, où 
nous est donné le gage de la gloire future. » Et sur 
la fin du jour, la procession solennelle à travers les 
rues et les places jette un incomparable éclat sur la 
Fête-Dieu. Huit jours durant, les mêmes cérémonies 
se renouvellent. C'est le ciel momentanément trans- 
porté sur la terre. 

I. Procession du Saint-Sacrement. — « Avec 
quelle joie ne devons-nous pas contempler cette brillante 



198 LE CATÉCHISME ROMAIN 



-et immense rmce de gloire que lEglise à\\t à cette heure 
(le jour de la Fôte-Dleu) monter vers Dieu. Oui ! il sem- 
blerait que le monde est encore dans son état de ferveur 
et d'innocence primitive... Nous songeons à ces glorieu- 
ses processions qui, avec leurs bannières étincelantes au 
soleil, se déroulent dans les places des opulentes cités, à 
travers les rues jonchées de lleurs des villages clirétiens, 
sous les voûtes vénérables des basiliques antiques, et le 
long des jardins des séminaires, asiles de la piété. Dans 
ce concours des peuples, la couleur du visage et la diver- 
sité des langues ne sont que de nouvelles preuves de 
l'unité de cette foi que tous se réjouissent de professer 
par la voi\ du magnifique rituel de Rome. Sur combien 
d'autels de structure diverse, tous parés des lleurs les 
plus suaves et resplendissants de lumière, au milieu des 
nuages d'encens, au son des chants sacrés et en présence 
d'une multitude prosternée et recueillie, le Saint-Sacre- 
ment est nécessairement élevé pour recevoir les adora- 
tions des fidèles, et descendu pour les bénir ! Et combien 
d'actes ineffables de foi et d'amour, de triomphe et de 
réparation chacune de ces choses ne nous représente-t- 
clle pas ! Le monde entier et l'air du printemps sont rem- 
plis de chants d'allégresse. Les jardins sont dépouillés de 
leurs plus belles lleurs que des mains pieuses jettent sous 
les pas du Dieu qui passe voilé dans le sacrement. Les 
cloches font retentir au loin leurs joyeu)^ carillons; le 
canon ébranle les échos des Andes et des Apennins ; les 
•navires, pavoises de brillantes couleurs, donnent aux 
baies de la mer un air de fête ; et la pompe des armées 
royales ou républicaines vient rendre hommage au Roi 
des rois. Le pape sur son trône et la petite-fille dans son 
village, les religieuses cloîtrées et les ermites solitaires, 
les évêques, les dignitaires et les prédicateurs, les empe- 
reurs, les rois et les princes, tous sont aujourd'hui rem- 
plis de la pensée du Saint-Sacrement. Les villes sont illu- 
minées, les habitations des hommes sont animées par les 
transports de la joie. Telle est l'allégresse universelle, que 
les hommes s'y livrent sans savoir pourquoi, et qu'elle 
rejaillit sur tous les cœurs où règne la tristesse, sur les 
pauvres, sur tous ceux qui pleurent leur liberté, leur 



SOLENNITE DU T. S. SACREMENT I99 

famille ou leur patrie. Tous ces millions d'âmes qui 
appartiennent à la royale famille et au lignage spirituel 
de saint Pierre sont aujourd'hui plus ou moins occupées 
du Saint-Sacrement : de sorte que l'Eglise militante tout 
entière tressaille d'une joie, d'une émotion semblable au 
frémissement des Ilots de la mer agitée. Le péché semble 
oublié ; les larmes mêmes paraissent plutôt être arra- 
chées par l'excès du bonheur que par la pénitence. C'est 
une ivresse semblable à celle qui transporte l'âme à son 
entrée dans le ciel ; ou bien l'on dirait que la terre elle- 
même passe dans le ciel, comme cela pourrait arriver, 
pa*r l'effet de la joie dont l'inonde le Saint-Sacrement. » 
Faber, Le Saint-Sacrement, trad. franc., Paris, iSoG, t. i, 
p. 4. 

2. Fête du Saint-Sacrement. — (( Le soleil s'est 
levé dans sa splendeur au milieu des suaves harmonies 
montant du sanctuaire à la rencontre du divin Orient ; et 
pendant que les interprètes de la psalmodie sacrée achè- 
vent d'offrir pour le monde au Dieu Créateur et Sauveur 
le solennel tribut des Laudes matutinales, les premiers 
rayons de l'astre du jour éclaire ut partout, en dehors du 
temple, le spectacle d'un activité universelle où n'ont de 
part ni le désir du gain, ni la soif des plaisirs. Une nou- 
velle de salut s'est fait entendre, un cri d'allégresse a 
retenti dans la maison des justes : a Dieu s'apprête à 
visiter son peuple. L'Emmanuel présent dans l'Hostie va 
quitter son temple. 11 doit descendre en vos cités, en vos 
fertiles campagnes, tenir sa cour aux champs delà forêt. 
Sous le feuillage, dressez son trône; sur son parcours, 
semez les fleurs et la verdure jusqu'à 1^ corne de l'au- 
tel. » A cette annonce, un saint enthousiasme s'est ému 
dans les âmes. Dès les jours précédents, en plus d'un 
cœur fidèle s'est renouvelé le vœu de David au Dieu de 
Jacob : « Non, je ne veux point remonter sur ma couche, 
je n'accorderai poiat de sommeil à mes yeux, de repos à 
ma tête, jusqu'à ce que j'aie trouvé un lieu convenable 
pour le Seigneur, dressé une tente au Dieu de Jacob. » 
Reposolrs sacrés où s'arrêteront les pieds du Roi pacifî- 
-que, délicieuses conceptions, chefs-d'œuvre d'un jour. 



200 LE CATECHISME ROMAIN 

fi—————— " ■ 

qui, chaque année, mettez en lumière l'exquise poésie que 
nourrit l'amour dans le peuple fidèle, vous réunissez à 
cette heure, dans une même pensée de rivalité sainte, les 
plus humbles villages et les divers quartiers des cités 
populeuses. Sur tous les cœurs chrétiens, dans ceux-là 
même chez qui la grâce depuis longtemps bannie sem- 
blait avoir perdu tout empire, le Mystère de la foi fait 
sentir sa puissance ; et la femme chrétienne, la lille, la 
sœur, dont chaque fête du cycle augmentait l'angoisse 
sur Tavcuglement obstiné d'êtres chéris, tressaillent en les 
voyant s'empresser eux-jnêmes, aux apprêts du prochain 
triomphe de l'Emmanuel, et se dépenser pour le Dieu de 
rilostie. C'est le réveil de la foi dans les baptisés ; c'est 
la grâce du sacrement d'amour opérant à distance, grâce 
de ressouvenir et de conversion pour les âmes assoupies, 
les endurcis, tous les confins de la terre et toutes les 
familles des nations. Les cieux se réjouissent ; la terre 
triomphe ; la mer est émue sur tous les rivages. Les cam- 
pagnes tressaillent sous l'éclat de leur fraîche parure de 
printemps ; noyées dans les flots d'une lumière embau- 
mée, elles députent en allégresse fleurs et parfums au 
Roi des cieux traversant leurs sentiers. A la grande nou- 
velle ont tressailli tous les bois des forêts à leur tour : de 
chaque colline descendent et montent à la cité leurs 
verts branchages, sur toutes les routes se hâtent leurs 
forêts ambulantes ; ils arrivent, refoulant devant eux le 
bruit des chars et le mouvement des affaires ; ils se ran- 
gent, se pressent en allées ombreuses, enlacent leurs 
rameaux et forment ces berceaux de verdure que dai- 
gnera visiter bientôt leur Seigneur et le nôtre. » L'Année 
liturgique, le Temps après la Pentecôte, Paris, 1878, t. i^ 
p. 289. 



^Ifl?^^^^^^^^^^^^^.^^^^^^^^^^^^ 



Leçon XXIir 
Le Sacré-Cœur 



I. Histoire de la dévotion et du culte, — II. Objet 
de la fête. — III. Messe du Sacré-Cœur 

UNE autre grande et belle fête de Notre Sei- 
gneur est venue s'ajouter à celle du Saint- 
Sacrement : c'est la fête du Sacré-Cœur de 
Jésus (i). Elle a trop d'importance, soit en elle- 
même, soit au point de vue du développement du 
culte, pour ne pas en résumer Thistoire et en préci- 
ser Tobjet. 

1. Histoire de la dévotion 
et du culte du Sacré-Cœur 

I. Les préludes. — i. Pendant les premiers siè- 
cles. — La dévotion et le culte du Sacré-Cœur ont 
leur histoire. Ce n'est pas de prime abord qu'ils 
apparaissent tels que nous les connaissons et prati- 
quons aujourd'hui ; fondés sur les données évangé- 
liques, ils n'ont pourtant paru et n'ont eu quelque 

I. Pour la bibliographie et pour tout ce qui regarde la dévo- 
tion, le culte et la fête du Sacré-Cœur de Jésus, voir du P. 
Bainvel, l'article qu'il leur a consacre dans le Dictionnaire de 
Théologie, et La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, Paris, iqo6. 
La présente leçon n'est qu'un rosiuné succint de ses tra- 
vaux, presque toujours avec les termes mêmes du P. Bainvel- 



202 LE CATECHISME ROMAIN 

précision qu'assez tard. Certains passages de l'Ecri- 
tare auraient pu mettre tout de swite sur la voie ; 
par exemple ce texte du Cantique des cantiques : 
Viilnerasli cor meum (i); et cet autre d'Isaïe: llaurie- 
tls aqaas in gaudio dcfontibas Salvnlorls {2) ; et celui 
de saint Jean où il est dit que le disciple bien aimé 
reposa sur la poitrine de Jésus, à la dernière Cène (3), 
et que, lorsque l'un des soldats eut transpercé le 
côté du Crucifié, il en sortit aussitôt du sang et de 
Teau {![). Notre Seigneur lui-même, en s'affirmant 
doux et humble de cœur (5), n'aTait-il pas voulu 
attirer l'attention sur les richesses de son cœur ? 
Assurément, c'étaient là des indications précieuses 
et suffisamment révélatrices ; mais rien ne montre 
que les fidèles des premiers siècles en aient sondé 
tout le mystère. Ils étaient près du trésor caché ; ils 
ont bien pris garde à ce sang et à cette eau sortie 
du côté de Jésus, symboles du bapléme et de 
l'eucharistie ; ils ont bien remarqué que ce n'était 
pas sans quelque intention mystérieuse que l'iiivan- 
géliste avait écrit : « lancea lai us ejus apevuil. » 
Vlgilanli verbo Evangelisla usas esl, dit saint Augus- 
tin, al non dicerel : lalas cjas percussit, aal vulne- 
i^avit, aiil qaid aliud ; sed, aperuit, al illic qaodani 
modo vilœ ostlani panderelar. Mais ils ne semblent 
pas avoir pensé explicitement à la blessure du 
cumr, et ils n'ont pas regardé cette ouverture du 
oôté comme un emblème du cœur blessé d'amour, 
ni songé à désigner le cœur de chair de Jésus 
comme symbole de son amour pour nous, ni moins 
encore rendu un culte à ce cœur. 

2. .laAV^ siècle elaaXIF. — Ce n'est qu'auxi^etau 
xu*^ siècle qu'on trouve les premières traces du culte 

I. Ta/i^, IV, 9. — 2. Is., XII, 3. — 3. Joan., xxi, 30. — 
4. Joa/z., XIX, 34. — 5. In Joan., tract, cxx, n. 2 ; Pair, lat., 
t. XXXV, col. 1953. 



PREMIÈRES TRACES DU CULTE DU SACRE-COEUR 2o3 

du Sacré-Cœur. Jésus se montre alors peu à peu aux 
âmes pieuses et dévotes, dans le côté percé ; et il se 
montre percé lui-même, comme pour inviter à péné- 
trer plus avant et à s'unir à lui. C'esît par la place 
du côté que la dévotion est allée jusqu'au cœur. 
Peut-être avec saint Anselme, sûrement avec saint 
Bernard, et surtout avec les amis et les disciples de 
l'abbé de Clairvaux, se fait le passage insensible de 
la plaie du côté à la plaie du cœur, de Tamour bles- 
sant le cœur au cœ*ur blessé qui aima. « Pour que 
se fit ce passage, note le P. I>ainvel, les textes du 
livre de l'amour, du Cantique: Vulnerasli cor meam ; 
in foraminibus pelrœ, in caverna maceviœ, se sont 
unis avec ceux du disciple de l'amour : Aperail lalas 
ejus ; le souvenir de l'arche antique, avec sa porte 
au flanc, s'est mêlé à celui de l'arche d'alliance on 
Dieu reposait dans le fond du sanctuaire, dans le 
Saint des saints ; il s'est mêlé parfois à celui de 
Moïse faisant jaillir avec sa verge Teau du rocher. 
Ainsi enrichi, il est venu se fondre avec le symbo- 
lisme que les Pères avaient vu dès les premiers siè- 
cles dans l'eau et le sang sortant du côté ouvert de 
Jésus ; cette eau et ce sang, image des deux princi- 
paux sacrements autour desquels se groupaient tous 
les autres, du baptême et de l'eucharistie, ont rappe- 
lé les eaux vives de la grâce cachées dans les sour- 
ces du Sauveur, et jaillissant de la plaie du côté ; 
ils ont représenté l'Eglise sortant de ce côté ouvert, 
comme Eve avait été tirée autrefois du côté d'Adam 
endormi (i). » 

La synthèse de ces divei's élémenls s'est faite dans 
la chaude atmosphère de l'amour médiéval médi- 
tant sur l'amour de Jésus, sur la plaie de son 
cœur, et elle se trouve faite, vers le milieu du xii^ 

I. La dévotion au Sacré-Cœur, p. 217. 



204 LE CATÉCHISME ROMAIN 

siècle, au temps de saint Bernard, dans les foyers de 
vie contemplative, allumés ou ranimés par le souf- 
fle de saint Bernard lui-même. 

3. An ÀW et AIIP siècle. — A partir de ce mo- 
ment, les témoignages se multiplient, qui montrent, 
dans le cœur ouvert de Jésus, le refuge des âmes, 
le trésor des richesses divines, le symbole expressif 
de Tamour réclamant 1 amour. C'est dans la Vigne 
mystique, dans sainte Mechtilde (7 1298) et sainte 
Gertrude (7 1002), que la dévotion au Sacré-Cœur 
semble prendre corps, que la piété se nourrit de ce 
qu'elle sait. 

La Vitis mysiica, attribuée à saint Bernard et très 
probablement de saint Bonaventure, offre un texte 
adopté par l'Eglise (i), oij se trouve le double objet 
de la dévotion au Sacré-Co'ur, dans l'unité du symbo- 
lisme, la fin, l'esprit et l'acte propre de cette dévo- 
tion, ainsi que plusieurs exercices qui ne sont 
qu'indiqués (2). 

La dévotion en acte se rencontre dans sainte 
Mechtilde (3) et sainte Gertrude (^i). L'une et l'autre 
ont bien eu en vue le cœ^ur de chair; mais comme 
il est sublimé dans le symbolisme de l'amour, il se 
perd, pour ainsi dire, dans le rayonnement lumi- 
neux et glorieux de la personne de Jésus ; c'est, de 
leur part, un amour joyeux et heureux envers Jésus 
aimant mais glorieux, rien qui rappelle le carac- 
tère précis de l'amour, tel qu'il a été révélé plus 
tard à la bienheureuse Marguerite Marie, c'est-à-dire 
le Sauveur, qui a tant souffert pour nous, se plai- 
gnant de n'être pas aimé. 

Une fois pourtant, sainte Gertrude a été sur la 
voie de cet amour souffrant et méconnu. Dans une 

I. Au second nocturne de Toffice. — ^. Pair, lai., p. clxxxiv, 
col. 641. — 3. Livre de la grâce spéciale, trad. franc., Paris, 
1878. — 4. Révélation de sainte Gertrude y Paris, 1S78. 



LA DÉVOTION AU SACRE-CœUR 2o5 



de ses visions, comme elle interrogeait saint Jean 
sur ce qu'il avait éprouvé quand il reposa sur la 
poitrine de son Maître, et lui demandait pourquoi il 
n'en avait rien dit, l'Apôtre lui répondit : a Ma mis- 
sion était de présenter à l'Eglise dans son premier 
âge, sur le Verbe incréé de Dieu le Père, une sim- 
ple parole qui sufffrait jusqu'à la fin du monde à 
satisfaire l'intelligence de la race humaine tout 
entière, sans toutefois que personne parvînt jamais 
à la pleinement comprendre. Quant à ce qu'expri- 
ment de douceur ces pulsations, il est réservé aux 
derniers temps de le faire connaître, afin que le 
monde, engourdi par l'âge, reprenne dans l'amour 
divin quelque chaleur, en entendant ces mystè- 
res (i). » Ceci annonce la bienheureuse Marguerite 
Marie ; sainte Gertrude, sans avoir été l'apôtre du 
Sacré-Cœur, en a été, en même temps que l'amante 
radieuse, le poète et le prophète. 

k. Da XIII^ au XVP siècle. — Près des âmes pri- 
vilégiées le culte du Sacré-Cœur se propage, le plus 
souvent rattaché à la plaie du cœur, parfois au 
cœur indépendamment de la plaie, le cœur étant 
considéré comme organe de vie affective et symbole 
d'amour, comme refuge et foyer d'amour. Sainte 
Catherine de Sienne, à la fin du xiv^ siècle, demandait 
au Sauveur pourquoi il avait voulu que son côté 
fût ouvert. (( Je voulais surtout, lui fut-il répondu, 
révéler aux hommes le secret de mon cœur, afin 
qu'ils comprissent que mon amour est plus grand 
que les signes extérieurs que j'en donne. Car mes 
souffrances ont un terme, mon amour n'en a pas (2). » 

IL Phase nouvelle de la dévotion. — i. La 



I. Révélation de sainte Gertrude, p. 28, — 2. Cité par Bain- 
vel, La dévotion, p. 282. 



206 LE CATÉCHISME ROMAIN 



dévotion au Sacré-Cœur devient ascétique, particuliè- , 
rement avec le bénédictin Louis de Blois (7 i566) et 
le chartreux Lansperge (j loSg) ; elle passe du 
domaine de la mystique, où elle s'était développée 
jusque-là, dans celui de l'ascétique. Au lieu de rela- 
tions personnelles entre Jésus et l'âme, ces pieux 
auteurs proposent des exercices déterminés, dont 
ils préconisent la valeur et dont ils conseillent la 
pratique. Ils recommandent, par exemple, aux fidè- 
les de se réfugier dans le cœur de Jésus par la plaie 
ouverte de son côté, dans toutes les difficultés de la 
vie, pour y trouver force et miséricorde, consola- 
tion et joie ; de s'approprier ses intentions et d'offrir 
toutes leurs bonnes œuvres en union avec lui. Le 
cœur de Jésus, à leurs yeux, n'est pas seulement un 
refuge où s'abriter, mais un séjour à habiter, un 
foyer où se chauffer, une source où puiser. Exerci- 
ces de piété, prières et aspirations, tout était inspiré 
chez eux par la plus vive dévotion et se traduisait 
en pratiques excellentes : ils honoraient le cœur de 
Jésus. 

2. L'action des Jésuites. — « Avec Lansperge, 
Louis de Blois, Jean d'Avila (7 lôôg), la dévotion 
était entrée dans l'ascétisme. Elle s'y développa ra- 
pidement. Il n'y a dans les Exercices de saint Ignace 
aucune mention explicite du Sacré-Cœur; mais on 
peut dire qu'ils y orientent les âmes par la façon 
humaine de leur présenter Jésus, qui appelle leur 
dévouement et leur amour ; par l'étude attentive et 
amoureuse de .lésus dans sa vie et dans sa mort ; 
par le ressort qui met tout en jeu, l'amour passion- 
né pour Jésus répondant à l'amour de Jésus pour 
nous. Les méditations les plus terribles, comme cel- 
le du péché et celle de l'enfer, finissent par un 
colloque d'amour et de reconnaissance, on pourrait 
dire par un cri du cœur au cœur de Jésus. A chaque 



LA DEVOTIOX AU SACRE -COEUR 207 

instant, nous y sommes tout près du Sacré- 
Cœur (i). » Saint François de Borgia, le bienheu- 
reux Canisius, saint Louis de Gonzague, saint 
Alphonse Rodriguez, et tant d'autres ascètes de la 
Compagnie de Jésus fourniraient de quoi faire un 
traité de la dévotion au Sacré-Cœur, théorie et pra- 
tique. Ce traité a été écrit en Hongrie par le P. Ma- 
thias îlajnal (f i644)» et en Pologne par le P. Gas- 
par Druzbicki (y 1662). Les Jésuites répandaient 
ainsi, pour leur part, le culte du Sacré-Cœur ; ils se 
préparaient ainsi à la mission que le Sauveur devait 
leur confier bientôt ; mais rien ne dit qu'ils en 
eussent alors conscience. 

3. V action de saint François de Sales et des Visitan- 
dines. — Beaucoup plus nettes sont les intuitions de 
l'évêque de Genève et de l'ordre qu'il fonda. Sans 
parler ex professo du Sacré-Cœur, saint François a 
laissé maints témoignages de sa dévotion au cœur 
de Jésus et n'a cessé de l'inculquer aux Visitandi- 
nes. N'en rappelons qu'un trait. En 1611, le ven- 
dredi après l'octave du Saint-Sacrement, jour qui 
devait être celui de la future fête du Sacré-Cœur, il 
écrivait à sainte Chantai : « Dieu m'a donné cette 
nuit la pensée que notre maison de la Visitation 
est, par sa grâce, assez noble et assez considérable 
pour avoir ses armes, son blason, sa devise et son 
cri d'armes. J'ai donc pensé, ma chère mère, si 
vous en êtes d'accord, qu'il nous faut prendre pour 
armes un unique cœur percé de deux flèches, enfer- 
mé dans une couronne d'épines ; ce pauvre cœ^ur 
servant dans Fenclavure à une croix qui le surmon- 
tera, et sera gravé des sacrés noms de Jésus et Marie. 
Ma fille, je vous dirai à notre première vue mille 
petites pensées qui me sont venues à ce sujet; car 

I. Bainvel, La dévotion au Sacré Cœur, p. a^i. - 



208 LE CATÉCHISME ROMAIN 

vraiment notre petite congrégation est un ouvrage 
du cœur de Jésus et de Marie. Le Sauveur nous a 
a enfantés par l'ouverture de son Sacré-Cœur. Il est 
donc bien juste que notre cœur demeure par une 
soigneuse mortification toujours environné de la 
couronne d'épines qui demeurera sur la tête de 
notre chef, tandis que l'amour le tient attaché sur 
le trône de ses mortelles douleurs (i). » 

La Visitation était ainsi consacrée d'avance au 
Sacré-Cœur. Et il semble que les Visitandines aient 
€u conscience de leur mission avant Marguerite Marie. 
Or, pendant que les ascètes parlaient du Sacré-Cœur, 
les mystiques continuaieaèè en recevoir d'intimes 
communications. Marina (ÎTîscobar (7 i633) en 
Espagne, Armelle (f 1671) à Vannes, l'Ursuline 
Marie de l'Incarnation {j 1672) au Canada, cette 
Thérèse du Nouveau Monde, comme l'appela Bos- 
suet, d'autres encore, au fur et à mesure qu'on 
approchait de l'heure décisive, étaient favorisées de 
touchantes et caractéristiques visions. Bref, dans la 
première moitié du xvii^^ siècle, la dévotion au 
Sacré-Cœur était partout, mais seulement à l'état de 
dévotion privée ; le culte public allait paraître avec 
le P. Eudes (f 1G80). 

III. Le culte public du Sacré-Cœur. — i. Le 
P. Eudes, premier apôtre des Ss, Cœurs de Jésus et 
de Marie, — Successivement, en 16/I1 et i643, le P. 
Eudes fonde deux Congrégations, qu'il consacre au 
Sacré-Cœur et leur prescrit des exercices spéciaux. 
Dès 1646, il fait célébrer solennellement la fête du 
saint Cœur de Marie. En i648, il publie La dévotion 
du très saint Cœur et du très saint Nojn de la bienheu- 
reuse Vierge Marie. En i655, on inaugure, au Sémi- 

I. S. François de Sales, OEuvres complètes, Paris, 1863, 
t. VII, p. 198. 



LE CULTE PUBLIC DU SACRE-COEUR 209 

naire de Coutances, la première église bâtie en 
l'honneur du Cœur de Jésus et de Marie. Quinze 
ans plus tard, le P. Eudes publie La dévotion au 
Cœur adorable de Jésus, avec une messe et un office 
propres, approuvés par les évêques de Rennes, de 
Coutances et d'Evreux, qui permettent de célébrer 
la fête fixée au 20 octobre ; et le 29 juillet 1672, il 
adressait aux six maisons de sa société une circu- 
laire imprimée pour leur enjoindre de célébrer 
désormais comme fête patronale, le 20 octobre, la 
solennité du Sacré-Cœur de Jésus. Et voilà le culte 
public paru. Aussitôt d'autres Congrégations reli- 
gieuses adoptèrent la fête nouvelle, entre autres les 
Bénédictines du Saint-Sacrement. 

Le P. Eudes avait uni d'abord la dévotion au 
Cœur de Jésus à la dévotion au Cœur de Marie, puis 
il les distingua l'une de fautre ; et alors il eut vrai- 
ment en vue le cœur de chair de Jésus, non pas en 
lui-même et pour lui-même, mais comme symbole : 
symbole et foyer d'amour pour Dieu autant que 
d'amour pour les hommes, symbole et foyerde toute 
la vie intime du Sauveur; l'objet s'en trouvait ainsi 
plus étendu que celui de la bienheureuse Margue- 
rite Marie. De la sorte le P. Eudes avait préparé le 
terrain et créé un mouvement; premier théologien 
et premier chantre liturgique du Sacré-Cœur, il fut 
le premier à obtenir une fête et à la propager. Mais 
cette fête n'est pas celle qui fut approuvée plus tard 
pour l'Eglise universelle ; celle-ci est due à finter- 
vention de la bienheureuse Marguerite Marie. 

2. La bienheureuse Marguerite Marie. — La Yisi- 
tandine de Paray n'invente ni la dévotion au Sacré- 
Cœur, ni le culte du Sacré-Cœur ; dévotion et culte 
existaient déjà. Jésus avait, en eflet, découvert son 
cœur à des âmes de choix, et leur en avait montré 
les richesses. La piété chrétienne, en méditant sur 

LE CATÉCHISME. — ' T. VIII. I4 



2IO LE CATECHISME ROMAIN 

la plaie du côté, y avait vu le cœur blessé, les^ 
grâces en sortir avec l'eau et le sang, un refuge 
pour les coupables ou les fatigués, un trésor, une 
blessure d'amour, un symbole expressif de l'amour 
du Sauveur, un résumé vivant de sa vertu et de sa 
vie : tel était jusque-là l'objet du culte entouré de 
pratiques appropriées. Les ascètes étaient venus 
après les mystiques ; ils avaient sinon organisé la 
dévotion, au moins indiqué les divers éléments qui 
devaient en faire le fond, et marqué les divers exer- 
cices qui lui convenaient. Et enfin le P. Eudes avait 
présenté le Sacré-Cœur, d'abord dans et à travers le 
Cœur de Marie, puis dans une fête spéciale. Mais il 
restait à bien préciser ce culte, à le rendre viable, à 
le répandre dans toute l'Eglise. 

Les voies étaient préparées ; et la bienheureuse 
Marguerite Marie fut choisie par Dieu pour être 
l'apôtre du culte nouveau et de la fête nouvelle. 
Dans ce but Dieu la favorisa de plusieurs révélations. 
Dans la première, qui eut lieu le 27 décembre, pro- 
bablement en 1673, Jésus lui dévoila les secrets de 
son cœur et lui dit : « Je t'ai choisie comme un 
abîme d'indignité et d'ignorance pour l'accomplis- 
sement de ce grand dessein afin que tout soit fait 
par moi. » Dans la seconde, l'image symbolique 
lui fut montrée : un cœur en flamme, environné 
d'une couronne d'épines, surmonté d'une croix ; et 
en même temps fut exprimé le désir de voir s'éta- 
blir un culte spécial : le but était ainsi défini et la 
mission notifiée. Dans la troisième, Jésus montra 
son cœur, parla de son amour méconnu, outragé, 
et demanda réparation, compassion, union, par des 
actes appropriés tels que la pratique de la commu- 
nion fréquente, de la communion des premiers 
vendredis, et l'iieure sainte. Dans la quatrième, en 
1675, pendant l'octave du Saint-Sacrement, Jésus- 



LE CULTE DU SACRE COEUR 2 IIï 

lui découvre son Cœur et dit : a Voilà ce cœur 
qui a tant aimé les hommes qu'il n'a rien épargné 
jusqu'à s'épuiser et se consumer pour leur témoi- 
gner son amour. Et pour reconnaissance, je ne 
reçois de la plupart que des ingratitudes par leurs 
irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs 
et le mépris qu'ils ont pour moi dans ce sacrement 
d'amour. Mais ce qui m'est encore le plus sensible 
est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui 
en usent ainsi. » Jusque-là rien de nouveau dans 
cette apparition, sauf la mention spéciale des outra- 
ges reçus dans l'eucharistie ; mais voici qui l'est 
tout à fait : « C'est pour cela que je le demande que 
le premier vendredi d'après l'oclave du Saint-Sacre- 
ment soit dédié à une fête particulière, pour hono- 
rer mon cœur, en communiant ce jour-là, et en lui 
faisant réparation d'honneur par une amende hono- 
rable, pour réparer les indignités qu'il a reçues 
pendant le temps qu'il a été exposé sur les 
autels (i). » 

Ce désir précis étant manifesté, comment l'exécu- 
ter ? Marguerite Marie fut aidée par le P. de la 
Colombière. Mais cela ne marcha pas tout seul. La 
dévotion se répandit, grâce à un apostolat discret ; 
elle prit surtout son essora partir de i685, à Paray, 
à Semur, à Moulins. Mais Rome, consultée pour 
l'office et la messe, fit une réponse dilatoire (2). La 

I. Mémoire, dans Vie et œuvres, 2^.édit.,t. 11, p. di3. — 
2. Une vision qu'eut Marguerite Marie, le 2 juillet 1688, 
confia aux religieuses de la Visitation et aux Pères de la Com- 
pagnie de Jésus la mission de poursuivre l'obtention de la 
fôte. Uneautre, le 17 juin i(')8(), le vendredi après Toctave du 
Saint-Sacrement, comprenant un message pour le roi, visait 
une dévotion nationale, le règne social du Sacré-Ccrur. La 
démarche près de Louis XIV, si elle fut faite, n'eut pas de 
suite ; mais l'idée n'a pas été abandonnée et ne l'est pas 
encore aujourd'hui; rércclion de la Basilique de Montmartre^. 



212 LE CATECHISME ROMAIN 

bienheureuse mourut le 17 octobre 1690, sans voir 
la réussite complète de sa mission et de ses vœux. 
Elle laissait du moins la dévotion bien caractérisée 
et vivante. L'avenir n'était pas sans, espoir, malgré 
les obstacles formidables au dedans et au dehors ; 
ni la Visitation, ni la Compagnie de Jésus n'étaient 
totalement acquises à la nouvelle dévotion ; et pen- 
dant ce temps le jansénisme continuait à faire en- 
tendre des clameurs. Rome attendait donc et obser- 
vait, ni hostile, ni gagnée. 

IV. Intervention de Rome. — i. Premières ten- 
tatives pour obtenir une fête, — Malgré tout, les par- 
tisans du culte du Sacré Cœur ne perdirent pas cou- 
rage. Une première tentative eut lieu, en 1697, P^^^ 
d'Innocent XII (1691-1700). La reine détrônée d'An- 
gleterre, Marie d'Esté, femme de Jacques II, qui 
avait eu comme prédicateur à Londres le P. de la 
Colombière, pria le pape d'accorder aux monastères 
de la Visitation la fête du Sacré-Cœur, avec une 
messe propre, pour le vendredi qui suit l'octave 
du Saint-Sacrement. Le pape fît examiner la cause 
par la Congrégation des Rites. La grande objection 
était tirée de la nouveauté de la fête et de l'occasion 
qu'on offrirait à de nouvelles demandes pour établir 
d'autres fêtes, si Ion accordait celle-ci. La Congré- 
gation des Rites accorda simplement, le 3o mars 1697, 
pour la fête du Sacré-Cœur, la messe des Cinq Plaies, 
C'est tout ce qu obtinrent, cette fois, les monastères 
de la Visitation ; mais ils désiraient mieux : un 
office et une messe propres. C'est pourquoi de 
nouvelles instances furent faites dans ce but près 
de Clément XI (1700-1721), qui répondit, en 1707, 

rétendard de Patay, la consécration de 1878 à Parav-le-Monial 
furent un commencement de réalisation, une promesse d'a- 
venir. 



LE CULTE DU SACRE-CœUR 2l3 

qu'il fallait attendre sans impatience et pour plaire 
au cœur de Jésus. 

2. Circonstances nouvelles. — La peste de Mar- 
seille, en 1720, fut la première occasion d'une con- 
sécration solennelle et d'un culte public du Sacré- 
Cœur, en dehors des communautés religieuses. Une 
Yisitandine de cette ville, Anne Madeleine Rémusat, 
avait annoncé ce fléau ; quand il éclata, le Sauveur 
lui indiqua le remède dans la dévotion au Sacré- 
Cœur. Mgr de Belzunce, par une amende honorable 
et une consécration au Sacré-Cœur, arrêta les rava- 
ges de la peste. En 1722, le fléau reparut. Cette fois, 
les magistrats de la cité eux-mêmes firent le vœu 
solennel de fêter désormais le Sacré-Cœur par une 
messe, des communions, des hommages et une pro- 
cession. D'autres villes, frappées en même temps, 
Aix, Arles, Avignon, Toulon, recoururent égale- 
ment au Sacré-Cœur. Par là la dévotion devenait 
populaire. 

Après de tels faits, on semblait autorisé à insister 
de nouveau près du pape. Le roi de Pologne, auqu^ 
se joignit plus tard le roi d'Espagne, sollicita de 
Benoît XIII (1724-1730) l'obtention d'une fête et 
d'un office propres. Prosper Lambertini, le futur 
Benoît XIV, alors promoteur de la foi, fit échouer 
le projet, parce que la dévotion supposait que le 
cœur est Torgane du sentiment affectif, et que c'était 
là une opinion philosophique discutable et discu- 
tée, où il ne convenait pas d'engager l'Eglise. Une 
première fois, la Congrégation des Rites répondit, 
le 12 juillet 1727 : Non proposila, et sur instance, le 
3o juillet 1729 : Négative. 

3. Premiers succès. — Malgré les clameurs des 
jansénistes et des philosophes, la dévotion gagnait 
du terrain. Marie Leczinska, reine de France, s'adressa 
successivement à Clément XII (1730- 1740) et à 



2l4 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Benoît XIV (i 740-1 768), mais sans succcs. Entre 
temps affluaient à Rome des suppliques venues de 
Pologne, d'Allemagne, d'Amérique, d'Espagne, 
d'Italie, d'Orient. En 1760, Clément XIII (1708-1769) 
reprit la cause ; et le 25 janvier 1765, intervint un 
décret de la Congrégation des Rites. Après avoir 
remarqué expressément qu'on s'écartait du décret 
du 3o juillet 1729, vu la diffusion quasi universelle 
.du culte, le nombre de brefs donnés en sa faveur, 
et la multiplication des confréries, on ampliait le 
culte déjà existant et on lui donnait une fête spéciale. 
Quelques mois après, le 11 mai, la Congrégation 
approuvait la messe et l'office propres, mais seule- 
ment pour la Pologne et l'archiconfrérie du Sacré- 
Cœur. Le 10 juillet suivant, les Yisitandines obtin- 
rent pour elles les mêmes faveurs. Depuis lors les 
demandes ne cessèrent d'affluer à Rome ; elles 
étaient toujours bien accueillies, et l'on marchait 
ainsi vers le succès final ; si bien qu'en i856, quand 
parvint la demande des évêques de France, la Con- 
grégation des Rites pouvait dire qu'il n'y avait pres- 
que plus une église au monde qui n'eût obtenu le 
privilège de la fête avec messe et office propres. 
Ce n'était pourtant encore qu'un simple privilège. 
4. Pie IX et Léon XIII, — Conformément au désir 
exprimé par Tépiscopat français, Pie I\, par décret 
de la Congrégation des Rites, du 28 août i856, éten- 
dit la fête du Sacré-Cœur à toute l'Eglise avec le 
rite double majeur. Huit ans après, lors de la 
béatification de Marguerite Marie, le décret de béati- 
fication, l'oraison et les leçons de sa fête affirmaient 
nettement que le Sauveur avait choisi la Visitan- 
dine de Paray pour être l'apôtre de son Sacré-Cœur, 
pour nous révéler par elle son immense amour et 
nous pousser à y répondre en l'honorant sous le 
symbole du cœur ; c'était une sanction du culte du 



LE CULTE DU SACRÉ-CŒUR 2l5 

Sacré-Cœur, tel que l'avait compris et pratiqué la 
bienheureuse. 

La dévotion grandissant avec la fête désormais 
universelle, de nouvelles demandes furent formu- 
lées pour que la fête eût un degré plus haut de 
solennité. On accueillit ces demandes favorable- 
ment pour tel pays, tel diocèse, telle congrégation. 
Mais le 28 juin 1889, un nouvenu décret de la Con- 
grégation des Rites (i) éleva la fête pour toute 
TEglise au rite de première classe, sans octave et 
sans obliger les fidèles au double précepte d'enten- 
dre la messe et de s'abstenir d'œuvres serviles. Et 
Léon XIII accordait la faveur d'entendre la messe 
devant le Saint-Sacrement exposé et de gagner, ce 
jour-là, les mêmes indulgences que pour l'octave de 
la Fête-Dieu. Un décret ultérieur (2) laissa la fête 
du Sacré-Cœur parmi les Festa secandaria ; un 
autre décret, du 20 juillet 1897, permit d'en remet- 
tre la solennité au dimanche (3). 

Ainsi s'est réalisé le désir exprimé par le Sauveur 
à la bienheureuse Marguerite Marie : la fête du 
Sacré-Cœur, avec son caractère nettement défini de 
réparation et d'amende honorable, est une fête de 
l'Eglise universelle, l'une des plus chères à la piété 
chrétienne {!\), 

I. Décréta aathentica, n. 8712 ; il y est dit notamment : 
Ut gliscentibus impietatis conatibus, fidelis in hac saluber- 
rima devotione perfugium et munimen inveniant, et velie- 
mentiori erga amantissimum Redemptorem amore inllam- 
mati, digna ei laudis et placationis obsequia persolvant 
simulque pro fidei incremento et christiani populi pace 
atque incolumitate divinas miseraUones ferventibus implo- 
rent. — 2. Décréta, n. 38 10. — 3. Décréta, n. 3ç)(]o. — 
A. Le 25 mai 1899, par l'encyclique Annum sacrum, Léon XIII 
annonça qu'il se proposait de consacrer le genre humain tout 
entier au Sacré-Cœur. Il rappelait ce qu'avaient fait ses prédé- 
cesseurs, les pétitions adressées à Pie IX, la consécration de 



210 LE CATECHISME ROMAIN 



IL Objet de la fête du Sacré-Cœur 

L Objet propre de la fête. — i. Quelques expli- 
cations préalables, — Les sens dans lesquels on 
emploie le mot cœur sont multiples. Au sens maté- 
riel, il sert à désigner l'organe de chair qui bat dans 
la poitrine d'un double nnouvement, l'un de dilata- 
tion pour recevoir le sang, l'autre de contraction 
pour le distribuer par les artères à toute l'économie. 
Au sens figuré, il désigne une qualité morale qui 
n'est pas sans quelque relation avec le cœur maté- 
riel. Mais quelle qualité morale .^ Car, particulière- 
ment en français, le mot cœur répond tantôt à l'idée 
d'amour, tantôt à celle du courage, tantôt à celle de 
sentiments nobles, de vie afTective, intense et pro- 
fonde. Cœur matériel et canirfiguré sont susceptibles 
de plusieurs interprétations. Dans le langage cou- 
rant, qui n'a aucune prétention d'être scientifique, 
il fait penser d'abord à l'organe sensible, qui bat 
plus ou moins vite, selon les états physiques du 

1875, et il jugeait le moment venu de consacrer maintenant 
le genre humain tout entier, en motivant sa décision sur ce 
que Jésus est le lloi suprême, non seulement des catholiques 
et des baptisés, mais de tous les hommes sans distinction ; car 
si tous, selon la distinction de saint Thomas, Sam, tlieoL, 111, 
Q. Lix, a. /;, ne sont pas à Jésus et à l'Eglise quantum ad 
execulionem potestatis, tous sont au Christ quantum ad poies- 
tatem. « Les ambitions, note le P. Bainvel, JLa dévotion, 
p. 357. vont plus haut encore et plus loin. On voudrait une 
fête liturgique de la Royauté du Sacré-Cœur. L n office en a 
été fait et présenté à la Congrégation des Rites, il y a quelques 
années, et quarante et un prélats italiens ont écrit au pape 
pour demander la fête ; parmi eux était le cardinal Sarto, le 
lutur Pie X ; cinquante trois évoques de l'Amérique méri- 
dionale ont joint leur supplique à celle de leurs frères d'Italie. 
Jusqu'à présent Rome attend. Mais les zélés du Sacré-Cœur 
espèrent. » 



OBJET DE LA FETE DU SACRE-COEUR 21 7 

corps et moraux de l'âme. Même alors, il est pris 
souvent comme un symbole, comme un emblème 
de la vie affective et morale, et il entre dans le lan- 
gage des signes et des actes. Sous le coup d'une 
émotion, on dit que le cœur bat fort', on ouvre son 
cœur, quand on fait connaître ses sentiments inti- 
mes ; on donne son cœ.ur, quand on donne son 
affection. Or, dans ce langage symbolique, il faut 
distinguer le signe, la chose signifiée, la raison de la 
signification : le cœur de chair est le s'gne ; la vie 
morale et affective est la chose signifiée ; le rapport 
du cœur matériel à cette vie morale et affective est 
la raison de la signification. 

Mais il arrive parfois que le symbole se vide de 
son contenu niatériel ; c'est ainsi que le mot âme ne 
présente plus guère à l'esprit l'image d'un souffle^ 
Et de même le mot cœur ne rappelle souvent que 
le courage ou Vamour. u Dans ce cas, il reste trace du 
symbolisme dans le langage ; mais pour la pensée, 
il n'y a plus d'autre symbole que le mot : le cœur 
n'est plus une chose réelle qui en signifie une autre ; 
c'est un signe qui n'est qu'un signe. Il reste pour- 
tant un souvenir de l'origine de la formule. C'est 
ce qui fait dire que l'expression est figurée : c'est 
par figure, par métaphore, que le mot cœur s'em- 
ploie pour signifier Vawour, On voit la différence 
entre l'expression symbolique et l'expression mêla- 
phorique : lé symbole est une chose qui en rappelle 
une autre ; la métaphore est une figure de langage 
par laquelle un mot signifie autre chose que ce qu'il 
signifie au sens propre (i). )) 

Souvent enfin, dans le langage courant, on passe 
de la partie au tout, du cœur à la personne. On dit 
de quelqu'un : c'est un grand cœur. Mais dès que ce 

I. Bainvel, La dévotion au Sacré-Cœur^ p. 100. 



2l8 LE CATÉCHISME ROMAIN 

mot cœar intervient, il fait penser à la personne 
dans sa vie affective et morale. Est-ce le cœur de 
chair qui est ainsi pris pour la personne? est-ce le 
cœur symbolique ou le cœur métaphorique ? Il 
ne semble guère que ce soit le cœ*ur de chair, mais 
le cœur symbolique ou le cœur métaphorique, selon 
que la pensée porte sur le symbole ou ne voit que 
la chose signifiée. 

2. Questions qui se posent : réponse à faire, — Cette 
terminologie appliquée au Sauveur, il y a lieu de 
distinguer son cœur de chair, ou organe dans 
lequel retentit l'amour ; son cœur symbolique, ou 
symbole et emblème de son amour ; et son cœ*ur 
métaphorique, ou l'amour signifié sans attention 
directe à l'organe. Le culte se rapporte toujours à la 
personne, le culte du Sacré-Cœur s'adresse donc à 
la personne de Jésus. Son objet propre est le cœur 
de Jésus ; mais est-ce le cœur de chair tout seul et 
en lui-même? est-ce l'amour tout seul ou le cœur 
métaphorique ? est-ce le cœur de chair comme sym- 
bole d'amour? 

Ce n'est assurément pas le cœur de chair tout 
seul et en lui-même, comme les jansénistes en ont 
faussement accusé les catholiques. Et ce n'est pas 
davantage l'amour tout seul ou le cœur métaphori- 
que, quoique quelques-uns aient cru pouvoir le sou- 
tenir. Mais c'est le cœur de chair comme symbole 
d'amour. 

C'est le cœur de chair, selon le mot du Sau- 
veur montrant son propre cœur ; « Voilà ce 
cœur qui a tant aimé les hommes. » Le culte 
catholique va d'abord à ce cœur de chair, mais 
sans s'y arrêter ; et il y va comme au sym- 
bole de l'amour de Jésus pour les hommes, 
au signe expressif de ce qu'il a fait et souffert par 
amour pour eux. Il va au cœur aimant, au cœur 



OBJET DE LA FETE DU SAGRÉ-COEUR 219 

emblème de l'amour, au cœur en tant qu'il rappelle 
et représente, dans un symbole parlant, Tamour 
et les bienfaits du Verbe incarné, du Rédempteur. 

De là deux: éléments essentiels dans ce culte : 
un élément sensible, le cœur de chair ; un élé- 
ment spirituel, ce que rappelle et représente ce 
cœur de chair, à savoir l'amour. Ces deux éléments 
forment un tout : le signe et la chose signifiée. 
Comme l'âme et le corps forment le composé 
humain, l'âme l'emportant sur le corps, le signe et 
la chose signifiée forment l'objet du culte, dont une 
part s'adresse au cœur de chair, et l'autre à l'amour, 
mais celle-ci étant supérieure à la première. Il con- 
vient donc de les tenir unies, sous peine de se mé- 
prendre. La dévotion s'adresse au cœur, mais le 
déborde et le dépasse, car elle suppose un rapport 
naturel entre le cœur et l'amour, sans avoir pour 
autant à définir scientifiquement la nature de ce 
rapport. Il suffit que ce rapport, de quelque nature 
qu'il soit, existe dans la réalité vivante. 

Personne ne doute que le cœur ne soit avant 
tout l'emblème de l'amour, a Mais le cœur vivant 
et réel n'est pas que cela. Car toute la vie intime et 
profonde a ses attaches avec le cœur : nos senti- 
ments s'y répercutent, toute notre vie affective y a 
comme un centre de résonnance par lequel elle se 
manifeste sensiblement à nous. Or notre vie mo- 
rale et notre vieaffective sont étroitement unies (i). » 
De plus, par synecdoque, le cœur est pris pour la 
personne elle-même. Par suite la dévotion au Sacré- 
Cœur va d abord au cœur de chair du Sauveur, de 
ce cœur de chair à la vie affective et morale du 
Sauveur, c'est-à-dire à son amour et à ses amabili- 
tés, et finalement à la personne même de Jésus tout 
aimant et tout aimable. 

I. Bainvel, La dévotion au Sacré-Cœur, p. i33. 



220 LE CATECHISME ROMAIN 



3. Quelques Irails spéciaux de cette dévotion. — 
Jésus a dit à la bienheureuse Marguerite Marie, en 
lui montrant son cœur, qu'il ne recevait, à la place 
de la gratitude et de l'amour, que des ingratitudes, 
des froideurs et des mépris. L'idée de l'amour mé- 
connu et outragé entre donc dans cette dévotion, et 
ce n'est pas ce qui la rend moins touchante ; c'est 
une dévotion d'amour reconnaissant et compatis- 
sant envers l'amour de Jésus pour nous. 

On s'est demandé si l'amour de Jésus qu'on 
honore est l'amour qui fit Lazare, ou l'amour qui 
pleura sur Lazare, autrement dit Tamour incréé, ou 
l'amour créé, l'amour dont il aime les hommes 
éternellement dans sa nature divine, ou l'amour 
dont il les aime dans sa nature humaine. Pour 
subtile qu'elle soit, la question est clairement réso- 
lue par l'expression même qui accompagnait le 
geste de Jésus dans sa révélation à Marguerite 
Marie : 1 o//à ce cœur. 11 s'agit donc de l'amour 
humain du Sauveur pour les hommes. Mais comme 
ce cœur est celui du Verbe incarné, la dévotion au 
Sacré-Cœur implique l'amour incréé : c'est la dévo- 
tion à l'Homme-Dieu, qui honore en Jésus l'amour 
dont il a aimé les hommes avec son cœur de 
chair dans sa nature humaine, mais sans le 
séparer de l'amour dont il les aime éternelle- 
ment dans sa nature divine, et aussi sans le con- 
fondre avec lui ; car les fidèles, tout en dis- 
tinguant les deux: natures dans l'objet de leur 
dévotion, y visent la personne de Jésus. D'ailleurs, 
en Jésus-Christ, l'amour créé a été mis en braole 
par l'amour incréé ; c'est l'amour incréé qui a créé 
le cœur aimant de Jésus, y a allumé un foyer 
d'amour et l'offre comme un emblème vivant ; 
l'amour incréé a donc sa place dans l'objet de la 
dévotion catholique. 



FONDEMENT DE LA DEVOTION DU SACRE-COEUR 221 

4;. En résumé, l'objet de la dévotion au Sacré- 
-Cœur de Jésus est le cœur de chair de Jésus, vivant 
dans sa poitrine et battant d'amour pour les hom- 
mes; c'est ce cœur de chair, symbole vivant de 
Faoïour de Jésus pour les hommes. C'est la dévo- 
lion à Tamour de Jésus pour nous, à l'amour dont 
il nous a aimés comme homme, et cela mène à 
l'amour dont il nous a aimés comme Dieu, c'est-à- 
dire à tout Jésus, à la personne de Celui qui nous 
montre ainsi son cœur tout aimant et tout aimable 
pour le trouver lui-même tout aimant et tout aima- 
ble dans le cœur qu'il nous montre et nous offre. 
Mais c'est une dévotion d'amour tout à la fois recon- 
naissant et compatissant, où la gratitude s'accom- 
pagne d'amende honorable et de réparation. 

II. Fondement de la dévotion. — i. Fonde- 
ment historique. — Comme l'observe fort justement 
le P, Bainvel(i), le culte du Sacré-Cœ^ur de Jésus, tel 
qnil est reconnu et pratiqué par l'Eglise, ne repose 
pas sur les révélations de la bienheureuse Margue- 
rite Marie, non plus que la Fête-Dieu sur celles de 
la bienheureuse Julienne du Mont-Cornillon. Dans 
rtin comme dans l'autre cas, l'Eglise a regardé le 
culte en lui-même et dans sa diffusion. Elle s'est 
prononcée sur le culte sans se prononcer sur les 
révélations. Cependant les révélations sont au 
début du mouvement: le culte est parti de là; Mar- 
guerite Marie, comme la bienheureuse Julienne, a 
été l'instrument providentiel. La dévotion au Sacré- 
Cœur, telle que l'Eglise l'a reçue et faite sienne, est 
celie que la bienheureuse dit lui avoir été révélée 
par Jésus, celle qu'elle a eu mission de propager. 
C'est là un fait évident. D'autres, avant Marguerite 
Marie, avaient eu la dévotion au Sacré-Cœur et 

I. La dévotion au Sacré-Cœur, p. i et 1C9. 



2 22 LE GATEGIÏISME ROMAIN 

avaient travaillé à la répandre. Mais, ainsi que nous 
l'avons vu, le culte qui est devenu le culte public, 
agréé, sanctionné par l'Eglise, est celui dont elle a 
allumé le flambeau et vécu la dévotion. Néanmoins, 
répétons-le, c'est parce que le culte tient en lui- 
même et se justifie théologiquement, que l'Eglise 
Ta approuvé et a institué la fêle. Cela n'empêche 
pas la réalité de la dépendance historique. Ayant 
déjà fait l'historique de la dévotion et du culte, il 
n'y a pas lieu d'y revenir. 

2. Fondements dognialiqaes, — Rien de mieux 
fondé, théologiquement parlant, que la dévotion au 
Sacré-Cœur de Jésus. i]lle comprend d'abord le 
culte du cœur de chair. Assurément, pris en lui- 
même, abstraction faite de la personne à laquelle il 
appartient, et sans rapport avec elle, un cœur de 
chair n'a aucun droit à un culte de latrie; mais ce 
n'est pas ainsi qu'est considéré le Sacré-Cœur. Le 
Sacré-Cœur n'est pas séparé de la personne du 
Sauveur ; dans la pensée comme dans la piété des 
fidèles il est uni à la personne du Verbe, comme l'a 
authentiquement expliqué, contre les jansénistes, 
le pape Pie Yl, dans sa bulle Auctoreni Jidei ; et à 
raison de l'union hypostalique, le cœ*ur de Jésus 
est digne d'adoration, comme tout ce qui appartient 
à la personne de Jésus. 

La dévotion du Sacré-Cœ^ur comprend aussi le 
culte de Tamourde Jésus. Et quoi de plus légitime, 
en même temps que de plus délicat et de plus beau ? 
Et (( quelles convenances de cette dévotion avec 
ridée de Dieu, qui est amour et bonté ; avec Tidée 
de Jésus, apparition vivante de la bénignité de 
Dieu et de son amour paternel ; avec l'idée même 
du christianisme, qui se présente dans son fond 
comme un grand effort de l'amourdivin pour nous ! 
L'essence du christianisme c'est l'amour de Dieu 



FONDEMENT DE LA DEVOTION DU SACRE-CŒUR 2 23 



pour l'homme, manifesté en Jésus. Or la dévotion 
au Sacré-Cœur va chercher cet amour en Jésus 
même, pour y rallumer note'e amour (i). » 

Et c'est un culte de l'amour de Jésus par un 
amour compatissant, à raison même de tout ce que 
son amour pour nous a coûté à Jésus, puisqu'il lui 
fît accepter de souffrir et de mourir pour nous. Et 
de même que le culte de la Passion et de tout ce qui 
touche à la Passion se trouve amplement justifié 
parce qu'il s'adresse à Celui qui a subi les souffran- 
ces de la Passion, de même ce culte d'amour com- 
patissant rendu au Sacré-Cœur a sa pleine justifi- 
cation dans la personne du Sauveur, qui mérite 
notre adoration et nos hommages. 

Mais la dévotion au Sacré-Cœur n'est pas seule- 
ment le culte du cœur de Jésus et de l'amour qui 
Ta porté à se faire homme et victime pour les hom- 
mes, elle est encore le culte de l'amour dans le 
culte du cœur, ou le culte du cœmr pour honorer 
l'amour. Or, c'est dans ce rapport entre le cœ^ir et 
l'amour qu'a été la principale difficulté soulevée 
contre la dévotion. Qu'en est-il donc .^ 

3. Fondements philosophiques, — Les théologiens 
étaient loin d'être d'accord sur la nature de ce rap- 
port entre le cœ^ur et l'amour. Et Benoît XIV, alors 
promoteur de la foi, fît observer qu'il n'y avait pas 
encore de décision de l'Eglise sur la vérité de l'une 
ou de l'autre des opinions émises pour l'expliquer, 
et que l'Eglise s'est toujours prudemment abstenue 
de se prononcer sur des questions de ce genre. 11 pro- 
posa donc de ne pas accorder une demande fondée 
surtout sur les opinions des anciens philosophes, 
en contradiction avec les modernes (2). On fai.^ait, 



1. Bainvel, La dévotion an Sacré-Cœur, p. 172. — 2. De serv. 
Dei beatlj., 1. IV, p. 11, c. xxxi, n. ao. 



22^ LE CATÉCHISME ROMAIN 



en effet, très grande la part du ccrur dans la pro- 
duction même des affections, on lui prêtait un rôle, 
dans l'amour, qui était controversé. Mais l'Eglise, 
sans s'inféoder le moins du monde à des opinions 
scientitîques relatives au cœur, à ses fonctions 
physiologiques dans la vie affective, et en s'en 
tenant simplement au langage courant, qui parle 
du cœur sans prétendre donner des explications 
scientifiques de sa manière de dire, a pu se pronon- 
cer sur la dévotion elle-même, et elle s'est pronon- 
cée effectivement. Il suffit que le co'ur soit vraiment 
l'emblème ou le symbole de l'amour, abstraction 
faite de toute explication scientifique. Or, il est cer- 
tain que le camr est intéressé dans nos états affec- 
tifs et jusque dans nos dispositions morales, quel 
que soit par ailleurs son vrai rôle physiologique. Ne 
dit-on pas: « Le cœur me bat fovl;fai le cœur gros, 
serré, dilaté, liquéfié, chaud, etc.? » Ces expressions 
n'ont aucune prétention scientifique, mais elles tra- 
duisent pour nous une réalité physiologique en 
même temps qu'une réalité psychique. En quoi 
consiste exactement cette réalité physiologique ? 
C'est aux physiologistes de le dire. Mais l'expérience 
suffît, l'expérience vulgaire, celle d'un chacun et de 
tous les jours, pour fonder le symbolisme du cci^ur 
et pour établir qu'il est en rapport réel avec notre 
vie affective. Et dès lors la dévotion au Sacré-Cœur 
est suffisamment fondée en physiologie (i). 



t. Le P. Marquez, dans sa Defensio cullas Ss. Cordis, elle par 
Bainvel, op. cit., p. i8i, disait : « Psi la frle, ni la dévotion du 
Cœur de Jésus ne reposent sur l'opinion qui donne au cœur 
le rôle d'organe dans la production de nos sentiments... La 
fête et le culte supposent comme unique condition le symbo- 
lisme du Cœur de Jésus... Que le cœur soit ou ne soit pas 
Torgane de Tamour, il en demeure le naturel symbole, en 
vertu de l'étroite affinité qui l'y rattaclie. » 



FIN DE LA DÉVOTION AU SACRE-COEUR 2 25 

III. Fin de la dévotion au Sacré-Cœur. — 
I. V amour appelle Vamour. — En montrant son 
cœur brûlant d'amour pour les hommes et ne pou- 
vant contenir les flammes qui le dévoraient, voulant 
faire part à tous des richesses de son cœur, Jésus 
voulut attirer l'attention sur cet amour, amener les 
hommes à lui rendre hommage, les inviter à y 
puiser. Et le but poursuivi dans cet hommage à ren- 
dre, le but immédiat et prochain, c'était de nous 
faire répondre à son amour par notre amour. D'un 
côté, un amour qui appelle l'amour, un amour ten- 
dre et débordant qui appelle un amour proportionné ; 
de l'autre, l'amour de Thomme qui répond à Tappel 
de l'amour de Jésus, l'amour humain soucieux de 
n'être pas trop en reste avec l'amour divin qui l'a 
prévenu et qui le provoque. 

L'amour est donc l'objet de ce culte, le motif 
principal, la fin. Quand Pie IX, en i856, étendit la 
fête du Sacré-Cœur à toute l'Eglise, c'était afin de 
(( fournir aux fidèles des stimulants pour aimer et 
payer d'amour Celui qui nous a aimés et lavés de 
nos péchés dans son sang. » Quand il éleva la fête 
à un rite supérieur, c'était pour que « la dévotion 
d'amour au Cœur de notre Rédempteur se propa- 
geât toujours plus avant dans le cœur des fidèles, 
et qu'ainsi la charité, qui chez plusieurs s'est refroi- 
die, se ranimât aux feux du divin amour. » Même 
enseignement dans l'encyclique de Léon XIII, du 
28 juin 1889. « Le désir le plus ardent de notre 
Sauveur, y est-il dit, c'est de voir naître et grandir, 
chez les fidèles, le feu d'amour dont son propre 
€œur est dévoré. Allons donc à Celui qui ne nous 
demande, comme prix de sa charité, que la réci- 
procité de l'amour. >> 

2. U amour méconnu et outragé appelle Vamour 
compatissant, — Ce caractère de réparation donné à 

LB CATÉCHISME. — T. VIII, I5 



2 20 LE CATÉCHISME ROMAIN 

la dévotion et au culte du Sacré-Ca'ur est nettement 
indiqué dans les paroles mêmes du Sauveur à la 
bienheureuse Marguerite Marie. L'amour de l'hom- 
me pour Jésus étant une réponse à l'amour mécon- 
nu et outragé, se présente naturellement comme un 
amour réparateur ; il entend l'honorer comme 
Jésus a marqué qu'il voulait être honoré, par ma- 
nière de reconnaissance sans doute, mais aussi par 
manière de réparation. Dans sa docilité pieuse aux 
invitations du Sauveur, l'homme n'oublie pas qu'il 
est aimé; il aime précisément parce qu'il est aimé ; 
il aime Jésus d'un amour d'amitié et de familiarité 
respectueuse ; il l'aime d'un amour reconnaissant ; 
et sachant qu'il s'adresse à un amour méconnu et 
outragé, il l'aime d'un amour réparateur et compa- 
tissant, tout prêt à une amende honorable. 

III. Messe du Sacré-Cœur 

I, Caractère de la fête du Sacré-Cœur. — 

I. Sa place da/is le cycle liiurgiqiie, — C'est après la 
Pentecôte, c'est-à-dire quand le cycle des grands 
souvenirs évangéliques est clos : après la fête de la 
Sainte Trinité, après celle du Saint-Sacrement, 
qu'est inscrite la fête du Sacré-Cœur. « Un nou- 
veau rayon brille au ciel de la sainte Eglise, et vient 
échauffer nos cœurs. Le Maître divin donné par le 
Christ à nos âmes, l'Esprit Paraclet descendu sur lo 
monde, poursuit ses enseignements dans la liturgie 
tsacrée. La Trinité auguste, révélée tout d'abord en 
la terre en ces sublimes leçons, a reçu nos pre- 
miers hommages ; nous avons connu Dieu dans sa 
vie intime, pénétré par la foi dans le sanctuaire de 
l'essence infinie. Puis, d'un seul bond, l'Esprit im- 
pétueux de la Pentecôte, entraînant nos âmes à 
d'autres aspects de la vérité qu'il a pour mission 



CARACTERE DE LA FETE DU SACRE-COEUR 227 

de rappeler au monde, les a laissées un long temps 
prosternées au pied de l'Hostie sainte, mémorial 
divin des merveilles du Seigneur. Aujourd'hui, 
c'est le Cœur sacré du Verbe fait chair qu'il pro- 
pose à nos adorations. Ln lien mystérieux réunit 
ces trois fêtes de la 1res sainte Trinité, du Saint-Sa- 
crement et du Sacré-Cœur, Le but de TEsprit n'est 
pas autre, en chacune d'elles, que de nous initier 
plus intimement à cette science de Dieu par la foi 
qui nous prépare à la claire vision du ciel. Nous 
avons vu comment Dieu, connu dans la première 
en lui-même, se manifeste par la seconde en ses 
opérations extérieures, la très sainte Eucharistie 
étant le dernier terme ici-bas de ces opérations 
ineffables. Mais quelle transition, quelle pente mer- 
veilleuse a pu nous conduire si rapidement et sans 
heurt d'une fête à l'autre P Par quelle voie la pensée 
divine elle-même, par quel milieu la Sagesse éter- 
nelle s'est-elle fait jour, des inaccessibles sommets 
oii nous contemplions le sublime repos de la Tri- 
nité bienheureuse, à cet autre sommet des mys- 
tères chrétiens où l'a portée l'inépuisable activité 
d'un amour sans bornes? Le cœur de l'Homme- 
Dieu répond à ces questions, et nous donne l'expli- 
cation du plan divin tout entier (i). » 

2. Son caractère liturgique, — Après la fête du 
Saint-Sacrement, et au lendemain même de son 
octave, comme pour montrer le lien intime et étroit 
qui existe entre le sacrement de l'amour et le cœur, 
symbole de cet amour, vient la fête du Sacré-Cœur. 
Ces fêtes se suivent et se ressemblent sans doute ; 
elles différent pourtant et d'objet et de caractère. 
Dans l'une c'est Jésus présent tout entier au milieu 

^ I. Continuateur de dom Guéranger, Le temps après la Pen^ 
tecôie, t. 1, p. 470. 



2 28 LE CATÉCHISME ROMAIN 

de nous, qui est Tobjet de nos adorations au sacre- 
ment de son amour ; dans l'autre c'est son cœur, 
ce cœur qui a tant aimé les hommes, que nous de- 
vons entourer de nos pieux hommages. La Fête-Dieu, 
nous l'avons vu, est essentiellement une fête de 
triomphe joyeux et de réparation triomphante. Celle 
du Sacré-Cœur, semble-t-il, devrait avoir le même 
caractère. Et pourtant il n'en est rien. Assurément 
la joie y domine, et Ta/te/aîa y retentit à chaque 
instant; mais c'est une joie grave, nuancée d'un 
sentiment de compassion à l'égard de l'amour mé- 
connu et outragé. C'est la fête où l'on exalte l'amour 
du Dieu fait homme envers les hommes, ses bontés, 
ses tendresses, ses miséricordes, mais où l'on n'est 
pas sans entendre les appels du Sauveur souffrant 
et mourant dans le délaissement et l'abandon. Elle 
est dès lors plus réparatrice que joyeuse, et c'est ce 
qui fait son austère beauté, comme le montrent les 
pièces liturgiques qui composent la messe. 

II. Les chants. — Dès Vuitroït le ch(rur motive 
ses chants ; c'est parce que Dieu « a compassion 
selon sa grande miséricorde, » parce que i< ce n'est 
pas de bon cœur qu'il humilie et qu'il afïlige les 
enfants des hommes, » parce qu'il est a bon pour 
qui espère en lui, pour l'âme qui le cherche (i), o 
que le chœur s'écrie : « Je veux chantera jamais les 
bontés de Jéhovah, de génération en génération (2). » 
Il reprend le même thème à Voffertoire : « Mon 
âme, bénis Jéhovah, et n'oublie pas ses nombreux 
bienfaits; c'est lui qui comble de biens tes dé- 
sirs (3). » 

Ce sont là des chants de reconnaissance, dont 
l'accent et le ton répondent à l'appel divin, qui se 

I. T/iren., m, Sa, 33, 26. — 2. Ps,', lxxxviii, i. — 3. Ps,, 
cil, 2, 5. 



CARACTERE DE LA FETE DU SACRE-CŒUR 229 

fait entendre au graduel et à la communion ; et cet 
appel est celui de Jésus attaché à la croix : « Seriez- 
vous insensibles, vous tous qui passez par le che- 
min ? Regardez et voyez s'il y a une douleur comme 
la douleur qui m*accable (i). » — <t Mon cœur a 
attendu l'opprobre et la misère ; j'attends la pitié, 
mais en vain ; des consolateurs, et je n'en trouve 
aucun (2). » A ces plaintes le Sauveur ajoute un 
conseil, approprié à la fêle de ce jour : « Recevez 
mes leçons, car je suis doux et humble de cœur, et 
vous trouverez le repos de vos âmes (3). » Ces 
chants sont aussi l'expression de l'amour reconnais- 
sant et de l'amour consolateur ; ils s'harmonisent 
avec Tesprit de lafête, et ils ne s'achèvent pas sans 
constater que le Christ, au cœur si bon, « après 
avoir aimé les siens qui étaient dans ce monde, les 
aima jusqu'à la fin (4), » ni surtout sans recueillir 
une leçon de douceur et d'humilité donnée par le 
cœur de Jésus. 

III. Les lectures. — i. V évangile, — « Comme 
c'était la Préparation, de peur que les corps ne res- 
tassent sur la croix pendant le sabbat, car le jour 
de ce sabbat était très solennel, les juifs demandè- 
rent à Pilate qu'on rompît les jambes aux crucifiés 
et qu'on les détachât. Les soldats vinrent donc, et 
ils rompirent les jambes du premier, puis de l'autre 
qui avait été crucifié avec lui. Mais quand ils vinrent 
à Jésus, le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent 
pas les jambes ; mais un des soldats lui transperça 
le côté avec sa lance, et alors il en sortit du sang 
et de l'eau (5). » Tel est le passage choisi ; il est 
emprunté au récit de la Passion ; il a trait à l'ouver- 

I. Thren.y i, la ; graduel. — 3. Ps.^ lxviii, 21 ; commu- 
nion. — 3. Malth., XI, 29; graduel. — 4- Joan., xiu, i ; 
graduel. — 5. Joan,, xix, 3i-35. 



23o LE CATÉCHISME ROMAIN 



ture du côté de Jésus, et se trouve ainsi approprié 
à la fête du Sacré-Cœur. Nous avons vu que c'est 
par cette ouverture que les mystiques et les ascètes 
ont pénétré jusqu'au cœur de Jésus. Pour Marguerite 
Marie, le cœur que lui montra le Sauveur était 
(( comme dans un trône de Ilamme, plus rayonnant 
qu'un soleil et transparent comme un cristal, avec 
une plaie adorable. 11 était environné d'une cou- 
ronne d'épines, » etsurmonté d'une croix (i). Cœur 
aimant, mais cœur douloureux, qui rappelle un 
épisode de la Passion et qui, étant honoré dans une 
fête spéciale, donne à cette fête son caractère de 
réparation. 

2. L'épllve est empruntée à Isaïe (2) ; c'est le pas- 
sage où, par allusion à cette source ouverte dans le 
côté et le cœur du Sauveur, il est question des sour- 
ces du salut. Le prophète y proteste de son inébran- 
lable confiance en Dieu et invite le peuple à chanter 
la bonté du Très-Haut et à éclater en cris de recon- 
naissance. Le tout, ap[)liqué au Sacré-Cœur, prend 
une signification qui s'harmonise admirablement 
avec la fête, a Je te loue, Jéhovah, car tu es irrité ; 
ta colère s'est détouinée et tu me consoles. Voici 
que Dieu est ma délivrance ; j'ai confiance et je ne 
crains rien ; car Jéhovah, Jéhovah est ma force et 
l'objet de mes louanges ; il a été mon salut. Vous 
puiserez des eaux avec joie aux sources du salut, et 
vous direz ce jour-là : Louez Jéhovah, invoquez son 
nom ; publiez parmi les peuples ses grandes a^uvres, 
proclamez que son nom est élevé. Chantez Jéhovah, 
car il a fait des choses magnifiques ; que cela soit 
connu dans toute la terre ! Pousse des cris, tressaille 
d'allégresse, habitante de Sion, car le saint d'Israël 
est grand au milieu de toi. » 

1. Lellres inédlles, lettre IV'. — 2. Is.y xii, i-G. 



CARACTÈRE DE LA FETE DU SACRE-COEUR 23 I 

IV. Les prières. — Les fruits à retirer de la fête 
du Sacré-Cœur sont multiples. Selon l'usage, les 
prières en indiquent quelques-uns, les principaux. 
La collecte, d^ordre plus général, mentionne l'objet 
de la fête, qui est le Cœur et l'amour de Jésus, et 
demande, pour ceux qui la célèbrent, la grâce de 
jouir des actes et des effets de la charité divine : 
(( Daignez accorder, Dieu tout puissant, à nous qui 
vous glorifions dans le très saint Cœur de votre 
Fils bien aimé et qui célébrons les principaux bien- 
faits de sa charité envers nous, que nous trouvions 
notre joie dans leur accomplissement et dans leur 
fruit. » 

Ldi secrète, plus particulièrement en rapport avec 
l'offrande qui vient d'être faite, demande une parti- 
cipation au sacrifice par une ferveur plus grande du 
cœur et par une purification au feu de l'amour 
divin : a Seigneur, jelez un regard protecteur sur 
nous, qui vous offrons vos holocaustes, et afin d'y 
préparer nos cœurs par une ferveur plus grande, 
consumez-les par les flammes de votre divine cha- 
rité. » . i 

Le sacrifice étant achevé par la communion, il 
n'y a plus qu'à persévérer dans les fruits qu'on 
retire du divin banquet, en prenant modèle sur le 
Cœur de Jésus, et à conserver précieusement la 
pureté, en se tenant désormais à l'abri d'une conta- 
mination possible dans le monde : c'est ce que 
demande la posf communion. « Nourris des mystères 
qui donnent le salut et les délices de la paix, nous 
vous supplions. Seigneur notre Dieu, vous qui êtes 
doux et humble de cœur, qu'après nous avoir puri- 
fiés des taches du péché, vous nous inspiriez une 
horreur toujours plus grande pour les vanités 
orgueilleuses du monde. » 



232 LE CATÉCHISME ROMAIN 



I. Le Sacré Cœur et Tessence du Christianisme. 

— « La religion de Jésus, Regardons les choses du côté 
de Dieu. Il ne nous connaît, pour ainsi dire, et ne nous 
aime qu'en Jésus, dans le seul médiateur ; il n'agrée nos 
hommages que présentés par Jésus ; pas d'autre com- 
merce entre lui et nous qiie par l'intermédiaire de Jésus ; 
nous n'existons, on peut dire, pour lui, dans Tordre sur- 
naturel, qu'en Jésus et par Jésus. Regardons-les de notre 
côté. Nous ne sommes sauvés qu'en Jésus ; nous ne con- 
naissons notre Père céleste que par Jésus ; nous ne pou- 
vons l'aimer que par Jésus ; nous ne vivons de la vie 
surnaturelle qu'en tant et dans la mesure où nous som- 
mes un avec Jésus. 11 est vraiment le tout de noire reli- 
gion, le tout de la vie chrétienne. Eh hien !■ rien ne nous 
donne Jésus, ne nous le fait connaître el aimer dans son 
fond, ne nous met en rapport intime et personnel avec 
lui, ne nous fait vivre de lui et en lui comme la dévotion 
au Sacré-Cœur. IN'est-elle pas entre lui et nous la fusion 
des cœurs, qui de deux ne fait qu'un ? Avec le Sacré- 
Cœur nous avons tout Jésus. De ce chef peut-on trouver 
rien de plus expressif, rien de plus efficace ? Saint Jean 
Chrysostome résume saint Paul en disant : (( Le cœur de 
Paul, c'est le cœur du Christ. » La dévotion au Sacré- 
Cœur fait du cœur chrétien le cœur de Jésus. 

(( Religion damoar. — Si la religion, comme telle, ne 
peut pas se définir la rencontre de deux amours, le 
christianisme le peut, et c'est là vme des plus helles idées 
et des plus vraies que Ton en puisse donner. Du côté de 
Dieu, c^est un grand effort d'amour pour gagner notre 
amour. On l'a défini, une grande pitié venant au secours 
d'une grande misère. Mais cette pitié même d'où vient- 
elle ? De l'amour. Le premier, comme le dernier mot, 
des voies de Dieu sur nous, c'est l'amour. A quoi devons- 
nous Jésus? A l'amour: Sic Dcus dilexit mandam, ut 
Filium unigenituni darct (i). A quoi la passion et la 
rédemption ? A l'amour : Dilexit me et iradidit senietip- 
suni pro me (2). Tout le mystère de Jésus se présente 
comme un suprême effort de l'amour : Cum dilexisset 

I. Joan.y ni, 16. — 2. Gai., n, 30. 



GRANDEUR DU COEUR HUMAIN DE JESUS 233> 



suos qui erant in mundo, infinem delixiteos (i). L'Eglise 
tout entière, avec ses sacrements et sa magnifique orga- 
nisation pour propager dans le monde la grâce et la 
vérité, est une invention de l'amour, et Dieu a voulu que 
la première condition de son gouvernement fût amour,, 
l'amour de Dieu débordant en amour sur les hommes : 
Amas me? Pasce agnos meos (2). 11 a voulu de même que 
la première loi imposée aux fidèles fût la loi d'amour. 
C'est le grand commandement. Si l'on accomplit celui-là^ 
tout ira bien : Dilige etfac qiiod vis. 

(( Du côté des fidèles, tout se ramène également à 
l'amour. La loi se résume dans Famour ; la foi chré-^ 
tienne, c'est saint Jean qui nous le dit, se caractérise 
comme la foi en l'amour : Et nos credidtmus charitati (3).. 
Toute la vie chrétienne consiste à vivre en Jésus par 
Tamour ; et la perfection chrétienne se déflnit par l'union 
d'amour et la transformation amoureuse en Jésus. Il est 
donc vrai, la religion chrétienne se résume en l'amour^ 
C'est dire qu'elle se résume dans le Sacré-Cœur, puisque 
la dévotion au Sacré-Cœur est tout entière dévotion à 
l'amour, dévotion d'amour. 

(( Enfin le christianisme n'est pas Jésus et l'amour,, 
comme deux choses distinctes. C'est l'amour de Jésus 
pour nous, et notre amour pour Jésus ; c'est l'amour de 
Dieu pour nous en Jésus, et notre amour pour Dieu en 
Jésus. i\ 'est-ce pas redire, en d'autres termes, que le 
christianisme est tout entier dans le Sacré-Cœur ? » 
Bainvel, La dévotion au Sacré-Cœur, Paris, 1906, p. 199- 

2. Grandeur du cœur humain de Jésus. — « A la 
différence des autres hommes, chez qui la force vitale de 
l'organisme préside seule aux mouvements du cœur, jus- 
qu'à ce que les émotions, s'éveillant avec l'intelligence,, 
viennent par intervalles accélérer ses battements ou les 
ralentir, l'Homme-Dieu sentit son cœur soumis dès l'ori- 
gine à la loi d'un amour non moins persévérant, non 
moins intense que la loi vitale, aussi brûlant dès sa 
naissance qu'il l'est maintenant dans les cieux. Car 

I. Joan,, xni, i. — 2. Joan.y xxi, 17. — 3. Joan., iv, 16. 



234 LE CATÉCHISME ROMAIM 



l'amour humain du Verbe incarne, fondé sur sa con- 
naissance de Dieu et des créatures, ignore comme elle 
tout développement progressif, bien que Celui qui devait 
être notre frère et notre modèle en tontes choses, mani- 
festât chaque jour en mille manières nouvelles l'exquise 
sensibilité de son divin Cœur. 

(( Quand il parut ici-bas, l'homme avait désappris 
l'amour, en oubliant la vraie beauté. Son cœur de chair 
lui semblait une excuse, et n'était plus qu'un chemin par 
où l'anie s'enfuyait des célestes sommets à la région loin- 
taine où le prodigue perd ses trésors. A ce monde maté- 
riel que l'ame de l'homme eut du ramené*' vers son 
auteur, et qui la tenait captive au contraire sous le far- 
deau dos sens, l'Esprit-Saint préparait un levier merveil- 
leux : fait de chair lui aussi, le (]œur sacré, de ces 
limites extrêmes de la création, renvoie au Père, en ses 
battements, l'ineHable expression d'un amour investi de 
la dignité du Verbe lui-même. Luth mélodieux, vibrant 
sans interruption sous le souflfe de l'Esprit d'amour, il 
rassemble en lui les harmonies des mondes ; corrigeant 
leurs défectuosités, suppléant leurs lacunes, ramenant à 
l'unité les voix discordantes, il ofTre à la glorieuse Tri- 
nité un délicieux concert. Aussi met-elle en lui ses com- 
plaisances. C'est l'unique organum, ainsi l'appelait (ier- 
trude la Grande ; c'est l'instrument qui seul agrée au 
Dieu très-haut. Parlui devront passer les soupirs enflam- 
més des brûlants Séraphins, comme l'humble hommage 
de l'inerte matière. Par lui seulement descendront sur le 
monde les célestes faveurs. Il est, de l'homme à Dieu, 
l'échelle mystérieuse, le canal des grâces, la voie mon- 
tante et descendante. L'Esprit-Saint, dont il est le chef- 
d'œuvre, en a fait sa vivante image. L'Esprit-Saint en 
etTet, bien qu'il ne soit pas, dans les inelfables relations des 
personnes divines, la source même de l'amour, en est le 
terme ou l'expression substantielle ; moteur sublime 
inclinant au dehors la Trinité bienheureuse, c'est par lui 
que s'épancha à flots sur les créatures avec l'être et la vie 
cet amour éternel. Ainsi l'amour de l'Homme-Dieu 
trouve-t-il dans les battements du Cœur sacré son exprès- 



DON DE DIEU DANS LE COEUR DE JESUS 235 

sion directe et sensible ; ainsi encore verse-t-il par là sur 
le monde, avec l'eau et le sang sortis du côté du Sau- 
veur, la rédemption et la grâce, avant-goût et gage 
assuré de la gloire future. » Continuateur de dom Gué- 
ranger, Le temps après la Pentecôte, t. i, p. 473-475. 

3. Le don de Dieu dans le cœur de Jé,su8. — 
(( Ce que la lèvre peut dire, ce que la main peut donner, 
cela va loin, même parmi les honmies. Cependant, même 
chez nous, est-ce tout, ou, pour mieux parler est-ce assez? 
Les lèvres et la main s'ouvrent ; mais plus loin, dans la 
portion la pins intime de l'élre, n'y a-t-il plus rien qui 
se dilate et puisse s'ouvrir aussi, de telle sorte que des 
bénédictions et des dons s'en échappent? Dieu n'a-t-il pas 
lui-même formé dans l'intérieur de l'homme une source 
secrète et sacrée, d'où nous vouions instinctivement que 
jaillissent avant tout, et les paroles que les lèvres pro- 
noncent, et les largesses que la main distribue ; si bien 
que là où nous savons ou pouvons soupçonner que la 
parole est simplement née sur les lèvres et que le don est 
éclos dans la main, nous ne faisons plus grand fond sur 
la parole et n'attachons plus grande importance au don ? 
Oui, Dieu a formé en nous cette source, et on la nomme 
le cœur ; le cœur, qui est en nous l'âme de tout, qui 
donne à tout son caractère, sa mesure vraie, son prix. 
C'est ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, et c'est 
pourquoi très justement on y regarde avant tout, et on y 
tient plus qu'à tout le reste. Le CŒHir, en vérité, c'est 
l'homme. 

« Mais qu'en est-il du cœur d'un Dieu, s'il est vrai que 
Dieu ait un cœur ? Vous savez qu'il en a un ; et non seu- 
lement un cœur divin, par où il faut entendre ce qui, 
dans son incompréhensible nature, est l'idéal inaborda- 
ble de ce que le cœur est dans la nôtre ; mais de phis il a 
un cœur humain, un cœur de chair qu'il a pris en 
Marie par l'opération de l'Esprit-Saint, celle des trois per- 
sonnes divines qui est phis spécialement nommée 
l'amour... 11 était réservé à la nouvelle alliance que le 
cœur de notre grand Dieu ne déterminât plus seulement 
l'ouverture bienfaisante de ses lèvres et de sa main, mais 



236 LE CATÉCHISME ROMAIN 

que ce cœur lui-même, s'étant humanise, se fît voir et 
sentir par les hommes, et qu'enfin il s'ouvrît, qu'il s'ou- 
vrît sur nous et pour nous, et demeurât désormais éter- 
nellement ouvert. 

« Qui l'a ouvert, ce coiur humain de Dieu ? Pensez- 
vous que ce soit la lance du Centurion ? Oui, si l'on veut 
parler du cœur de chair. Mais ce cœur de chair lui-même, 
qui l'a rendu accessible, qui l'a livré à ce fer audacieux 
qui pourtant ne fut point impie? Le cœur de l'âme, hu- 
main aussi, mais spirituel et invisible, je veux dire cet 
amour qui brûlait l'âme de Jésus-Christ et qui, s'avivant 
à ce foyer incréé du Verbe, auquel cette âme est hyposta- 
liquement unie, constituait le foyer créé de la vie tempo- 
relle du Sauveur. 11 répugne que le cœur, même humain, 
d'un Dieu puisse s'ouvrir du dehors et surtout par le fait 
d'un accident violent. Le cœur de Dieu s'ouvre spontané- 
ment et par dedans, comme le font les germes, les tiges 
des plantes, les calices des Heurs, comme le fait enfin 
tout ce qui vit. L'ouverture du cœur de Jésus, ce n'est 
point une blessure, c'est un épanouissement, La blessure, 
qui est réelle pourtant, n'est point ici le fait principal. 
Elle est le signe et l'elfet du péché qui ne vient qu'après 
coup. Mais faite par lui ou à cause de lui, elle reste mal- 
gré lui, et quand lui-même a disparu, pour marquer la 
victoire que ce cœur a remportée sur lui. A ce titre, cette 
blessure subsiste, et jusque dans la gloire. » Mgr Gay, 
Conférences aux mères chréliennes, Paris, 1877, Lii,p. 485. 



Fêtes de la Sainte Vierge 

Leçon XXIV 

Le culte 
de la Sainte Vierge 



I. Origines du culte de la Sainte Vierge. — 
IL Développement de ce culte jusqu'au XVIII'^ 
siècle. — III. Du XVIIP siècle à nos jours. 

DANS rimpossibilîté matérielle de faire l'his- 
toire du culte de la sainte Vierge, nous de- 
vrons nous borner à une esquisse générale 
ou à de très brèves indications sur les fêtes qui ont 
été et sont encore Fexpression de ce culte, sauf à 
insister un peu plus sur la question des origines (i). 

I. BIBLIOGRAPHIE : Guyet, Heortologia, Paris, 1667 ; Ga- 
vanti, Thésaurus sacrorum rituum. Milan, 1628 ; Merati, The- 
saunis sacrorum rituum, ^ome, 1 736-1 788 ; c'est Touvrage de 
GavanU très amélioré ; Benoît XIV, De fesiis Beatœ Mariœ Vir- 
giniSy dans le t. xxvi du Theologiœ cursus completus, de Migne ; 
Gianola, // culio délia Vergine, Lugano, 1886 ; Holweck, Fasii 
Mariant, Fribourg-en-Brisgau, 1892 ; Lépicier, De B. V. M. 
Maire Dei, Paris. 1901 ; Vives y Tuto, Diction. Marianuni, 
Rome, 1901 ; Shutz, SummaMariana, Paderborn, 1908 ; Godet. 
La théologie mariale, dans la Revue dix clergé, t. lxvii. Voir 
t. VI, p. Gio sq., quelques-unes des raisons fondamentales du 
culte de Marie, 



2 38 LE CATÉCHISME ROMAIN 



I. Origines 



du culte de la sainte Vierge 

I. Observations préliminaires. — i. ISalure 
dacal/e delà Vierge. — Nous avons va la nature, 
l'objet, les raisons du culte des saints (i). Marie, 
étant l'exemplaire le plus parfait de Dieu dans 
l'accomplissement de Td^uvre rédemptrice, on 
s'étonnerait à bon droit qu'elle n'eût pas une place, 
et une place émincnte, non seulement dans la dévo- 
tion mais encore dans le culte public. Par ses rela- 
tions exceptionnelles avec les augustes personnes 
de la sainte Trinité, car elle est la fille préférée du 
Père, la mcre du 1 ils, le temple du Saint-Esprit; 
par la place qu'elle occupe et le rôle qu'elle joue 
dans le salut du monde, car elle est à la fois la Mère 
du Sauveur selon la cliair, puisqu'elle l'a conçu et 
enfanté, et la Mère des hommes selon la grâce, 
puisqu'ils lui ont été confiés par Jésus dans la per- 
sonne de saint Jean au Calvaire, elle mérite des 
hommages particuliers et a droit à être honorée par 
des fêtes liturgiques. Ni les hommages, ni les fêtes 
ne lui ont manqué le long des siècles. 

L'Eglise, interprète infaillible de l'Ecriture et 
témoin autorisé de la tradition, sait pertinemment 
l'étendue qu'il convient de donner à la vertu de 
religion et les modalités qui doivent s'appliquer à 
ses manifestations liturgiques. C'est pourquoi, met- 
tant à part le culte qui revient à Dieu, et qui est un 
culte latreutique. parce que Dieu seul peut et doit 
être adoré, elle a eu soin, dans les honneurs qu'elle 
fait rendre aux créatures, et qui constituent le culte 
de dulie, de faire une place éminente à la très sainte 
Vierge, parce qu'elle dépasse en sainteté et en méri- 

I. Voir t. V, p. 282 sq. 



FONDEMENT DU CULTE DE MARIE 289 

tes tous les anges et tous les bienheureux ; elle qua- 
lifie en conséquence son culte à'hyperdalie. C'est 
gratuitement qu'on l'a accusée d'idolâtrie, car elle 
n'ignore pas la différence radicale qui sépare Dieu 
des créatures. Elle sait et elle enseigne que Marie, 
quelles que soient ses incomparables prérogatives 
et quels que soient ses titres exceptionnels, n'est 
qu'une créature, et que son culte, s'il implique 
nécessairement des hommages de vénération, d imi- 
tation et d'invocation, ne comporte nullement des 
actes d'adoration ; mais comme Marie, par sa per- 
fection morale et son éminente sainteté, est au-des- 
sus de tous les autres saints, l'Eglise, sans jamais 
égaler les honneurs qu'elle lui rend à l'adoration, 
qui est exclusivement réservée à Dieu, a jugé très 
raisonnable et parfaitement légitime de mettre son 
culte au-dessus du culte des autres saints. 

2. Fondement de ce culte dans r Evangile. — L'Eglise 
est autorisée à agir de la sorte, par les données 
mêmes de l'Evangile. Il est vrai que l'Evangile est 
loin de raconter de la sainte Vierge tout ce que 
désirerait savoir notre pieuse curiosité ; mais c'est 
assez qu'il contienne le principe et le germe du 
culte que lui vouera l'Eglise. Sans entrer dans trop 
de développements, qu'il suffise de rappeler que 
Marie est qualifiée dans l'Evangile de « pleine de 
grâce, » de a bénie entre les femmes, » et nommée 
équivalemment Mère de Dieu : Maria, de qaa natas 
est Jesas. Mère du Verbe incarné, voilà son princi- 
pal titre de gloire. Car, ainsi que le déclarait Luther, 
en i55i, c'est-à-dire longtemps après sa révolte, 
a être Mère de Dieu est une prérogative si haute, 
si immense, qu'elle surpasse tout entendement. Nul 
honneur, nulle béatitude ne saurait approcher 
d'une élévation telle que d'être, dans l'universalité 
,du genre humain, l'unique personne supérieure à 



24o LE CATÉCHISME ROMAIN 

toutes, qui n'ait pas d'égale dans celte prérogative 
d'avoir avec le Père céleste un commun Fils... Dans 
•ce seul mot, donc, tout honneur est contenu pour 
Marie, et personne ne pourrait publier à sa louange 
des choses plus magnifiques, eûl-il autant de lan- 
gues qu'il y a de fleurs et de brins dlierbe sur la 
terre, d'étoiles dans le ciel, de grains de sable dans 
la mer (i). » C'est justement cette dignité de Mère 
de Dieu qui explique toutes les prérogatives, toutes 
les faveurs, tous les dons de la grâce, qui en sont 
ou la préparation, ou l'accompagnement, ou la con- 
séquence ; elle projette sur Marie une telle lumière 
que les mystères de sa prédestination et de sa con- 
ception jusqu'à ceux de sa glorification au delà de 
la tombe s'en trouvent pleinement éclairés. 

3. Ce culte se développe normalement, — Pour avoir 
l'éclosion et Tépanouissement du culte de la sainte 
Vierge, il n'y aura donc plus qu'à tirer les consé- 
'quences logiques de ce principe, qu'à développer 
tes éléments contenus dans ce germe : ce sera 
l'affaire des siècles et non celle d'un jour. Si 1 éclo- 
«ion d'un culte public et liturgique tarde à paraître, 
à quoi bon s'en étonner ? Toutes les fleurs et tous 
les fruits de la piété chrétienne ne paraissent pas à 
la fois dans ce champ du Père de famille et dans ce 
corps mystique du Christ qu'est l'Eglise ; ils ont 
leur heure, marquée par la Providence, qui dis- 
pose, au mieux de nos intérêts spirituels, des cho- 
ses et des hommes ; et il en sera pour eux comme 
pour le développement du culte en général et 
pour celui des fêtes de Notre Seigneur en parti- 
<;ulier, avec cette différence d'ailleurs très compré- 
hensible que, dans l'ordre des temps comme dans 
«celui de la dignité, le culte divin devait être le pre- 

I. Super Magnificat, dans Opéra, Wittenberg, i554, t. v, p. 85» 



DÉVELOPPEMENT DU CULTE DE MARIE 2/^1 



mier. Une fois apparu, le culte de la sainte Vierge 
suivra un développement normal et s'exprimera 
dans des fêtes qui ne cesseront plus de se multiplier. 
L'étude, d'une part, et la dévotion, de l'autre, 
rivaliseront pour obtenir une connaissance de plus 
en plus approfondie et un culte de plus en plus 
éclairé de la sainte Vierge. Pendant que les Pères, 
les scolastiques et les théologiens s'appliqueront à 
scruter les mystères de Marie, la place qu'elle occupe 
dans le plan divin, le rôle qu'elle a joué dans l'éco- 
nomie de l'Incarnation et de la Piédemption, tout 
ce que cela postule de grâces et de faveurs, les fidè- 
les, les mystiques et les ascètes, à la piété sensible, 
délicate, généreuse et entreprenante, entoureront 
Marie d'hommages respectueux et l'invoqueront, 
poussés par un sentiment irrésistible de confiance 
et d'amour. Et c'est ainsi que tantôt de pair, tantôt 
poussés l'un par l'autre, 1 étude éclairant la piété, 
ou les intuitions du cœur devançant les efforts de 
Pesprit, toujours sous le contrôle et la direction de 
l'Eglise, le dogme et le culte de la sainte Vierge 
grandiront, et la liturgie s'enrichira de fêtes de 
plus en plus nombreuses en son honneur. 

IL Pendant les trois premiers siècles. — 
I. Marie, au point de vue da dogme, — Ce n'est pas 
toujours directement que l'Eglise eut à s'occuper de 
Marie pendant les trois premiers siècles, mais indi- 
rectement à raison des attaques dont fut l'objet 
riiumanité du Sauveur. Car, chose étonnante, l'hé- 
résie a commencé par nier que Jésus fût un homme. 
Les habitants de Nazareth n'en doutaient pas ; ils 
s'étonnaient seulement que celui qu'ils appelaient 
« le charpentier, » pût enseigner avec tant de 
sagesse et opérer tant de merveilles. Mais voilà que, 
dès les temps apostoliques et pendant tout le second 

LE CATECHISME. — T. VIII. l6 



2^2 LE CATÉCHISME ROMAIN 

siècle, on vit, parmi les partisans delà gnose, lesdocè- 
tes soutenir que celui qui possédait une telle sagesse et 
une telle puissance n'était pas un homme de chair 
comme les autres. A leurs yeux, Marie n'était pas sa 
mère, elle avait simplement servi de réceptacle et de 
passage à l'être supérieur qu'était Jésus. Nier ainsi 
l'humanité du Sauveur, c'était supprimer l'Incar- 
nation, rendre illusoire la Rédemption et ruiner par 
là même de fond en comble le christianisme nais- 
sant. Que firent les Pères? qu'enseigna TEglise? Ils 
affirmèrent avec autorité la réalité des souffrances 
et de la mort du Sauveur, et par suite la réalité de 
sa nature humaine, sa conception et sa naissance 
humaines dans le sein de la Vierge ^larie. 

Que Marie, étant la mère de Jésus, fût vraiment 
la mère d'un fils qui était homme, c'est une vérité 
clairement attestée par toute la lutte doctrinale anti- 
gnostique et anti-docète, soulenuc par saint Ignace 
d'Anlioche, saint Justin, saint liénée de Lyon, 
Turtullien de Carthage et saint Hyppolyte de Rome. 
Non contents d'afïirmer, ces Pères prouvent. Les 
docètes prétendant appuyer leurs erreurs sur l'Ecri- 
ture, ils les ramènent toujours à une interpréta- 
tion rigoureuse et complète des textes pour mon- 
trer que Jésus a été véritablement un homme, 
conçu et enfanté par Marie (i). C'est là l'un des 

I. Signalons, en particnlier.rarrrn mon talion de Tcrinllien. 
A Marcion, par exemple, qui prétendait que la prophétie 
d'Isaïe, sur la Vierge qui devait concevoir et enfanter, ne 
concernait pas Jésus-Clirist, il prouve que toutes les parties 
de cette prophétie ne sont vérifiées qu'en Marie et en Jésus ; 
Adv. Marc, m, 12-14. Et s'appuyant sur l'Evangile selon saint 
Luc. tel que Marcion Fadmeltait, il lui fait observer que Jésus 
s'appelle lui-même Fils de llionime, ce qui serait un men- 
songe s'il n'était pas né réellement de l'iiomme lbi'l.,i\\ 10, 
Pair, lat., t. n, col. 878. — A Apelles, disciple de Marcion, qui 
soutenait que le corps du Sauveur était d'origine astrale, et 



DÉVELOPPEMENT DU CULTE DE MARIE *2[\3 



points principaux de renseignement et de la 
croyance de l'Eglise pendant les trois premiers siè- 
cles : le Verbe s'est fait chair ; il a été un homme de 
la race de David ; il a eu pour mère la Vierge, qui 
l'a conçu et enfanté. 

alléguait lexemple des anges apparus sous forme humaine 
sans avoir été pour cela conçus et enfantés par une femme, il 
répliquait : Compare les motifs pour lesquels le Christ et les 
anges se sont revêtus d'une chair : jamais ange n'est des- 
cendu pour être crucifié et ressusciter de la mort ; les anges 
ont donc pu prendre i>ne chair sans naître, car ils n'étaient 
pas venus pour mourir. Le Christ, au contraire, envoyé pour 
mourir, devait aussi naître afin de pouvoir mourir, car ne 
meurt que ce qui naît; une corrélation nécessaire relie la 
naissance à la mort ; le décret qui ordonne de mourir est la. 
cause qui fait naîtie. 11 était nécessaire que le Christ naquît 
pour ceux p)ur lesquels il était nécessaire qu'il mourut. De 
carne Cfirlsli, (3; /'air. lai., t. ii, col. 7l)4. ~ Valentin disait : 
Le Sauveur est né par la Vierge, non de la Vierge ; la Meige 
n'a élé que le canal par lequel il est passé. Le Verbe s'est fait 
chair ; donc il n'a pas pris son corps de Marie. Conclusion 
fausse, répond TertuUien ; pourqupi l'Lvangile répète-t-il 
avec tant d'insistance que le Verbe n'est pas né du sang, ni 
de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, sinon 
parce qu'il avait une chair que tous croyaient née d'un com- 
merce charnel ? 11 ne nie pas sa naissance de la chair, au con- 
traire iU'allirme, puisqu'il ne la nie pas comme il nie sa nais- 
sance d'un commerce charnel. Je voiis le demande, si ce n'est 
pas pour prendre chair du sein de la Vierge qu'il y est des- 
cendu, pourquoi y est-il descendu ? Il pouvait bien plus 
simplement dev^enir chair spirituelle par une autre voie. De 
carne Christi, 19, col. 785. Valentin objectait ce texte de saint 
Matthieu : Quod in ea natani est, de Spirliu Sanclo est. fn ea, 
non ta: ea, en elle, non d'elle. Tertulien réplique : ce même 
Matthieu dit; « Jacob engendra Joseph, époux de Marie, de 
qaa natas est Jésus ; et Paul, imposant silence à ces grammai- 
riens, écrit: Mi^it Deas Filiani suurnfactiwiex mullere.Gal.,iv, ^, 
Dit-il : par la femme ou dans la femme P Ce mot factuni est. 
plus caraclérislique que tuituni : en se servant du mol far lu ni,. 
il a estampillé la parole : « Le Verbe s'est fait chair, et atteste 
la réalité de la chair faite de la Vi.Ti^e D' carne C^iristi, 20,. 
78 G. 



244 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Mais comment une Vierge a-t-elle pu concevoir 
et enfanter, selon la prophétie d'Isaïe ? C'est là un 
mystère clairement indiqué dans saint Matthieu et 
saint Luc ; mais il soulevait l'indignation des uns 
et le scandale des autres. Quelques juifs haineux 
n'avaient pas hésité à inventer une fable grossière 
qu'ils propageaient contre la conception surnatu- 
relle et virginale de Jésus dans le sein de Marie ; 
d'autres se contentaient de prétendre qu'il était fils 
de Joseph. Or, sur ce point encore, tous les Pères, 
à l'exception de TertuUien (i), affirment et prou- 
vent que Marie a été et est restée vierge dans sa 
conception et son enfantement (2). Ils ne pouvaient 

T. Par un défaut de logique très surprenant chez ce logi- 
cien, TertuUien, après avoir montré aux \ alentiniens que la 
virginité de Marie était compatible avec une maternité véri- 
table, sine viri semine^ ajoutait : Vircjo quantum a viro, non 
virgo quantum a pariu ; De carne Ckristi, 18, col. 7^8, 
oulDliant que le texte d'Isaïe ne porte pas seulement 
que la Vierge concevra, mais aussi enfantera. — 3. S. Jus- 
tin discute longuement, dans son Dialogue avec Tryphon, 
66-8^4, le texte d'Isaïe, mal traduit par Aquilas du Pont 
et Tliéodotion d'Kpbèse, qui ont mis viav.;, une jeune 
femme, là où les Septante avaient mieux traduit par -apOÉvo;, 
une vierge. La prophétie, dit-il, n'aurait eu rien d'étonnant 
s il s'était agi d'une femme ordinaire ; ce qui rend le signe 
miraculeux, c'est qu'une « vierge » conçoive et enfante. Et il 
fait ressortir l'importance capitale de cette virginité féconde 
de Marie, de cette conception surnaturelle de Jésus, même 
aux yeux des païens ; car il écrit dans sa i'« Apologie, 33 : 
« Ce texte : Voici que la Vierge concevra, signifie que la Vierge 
devait concevoir sans s'unira 1 homme ; car si elle se fut 
unie à n'importe qui, elle eût cessé d'être vierge. Mais c'est la 
puissance de Dieu qui. survenant en elle. Ta couverte de son 
ombre et l'a rendue vierge féconde. L'ange, envoyé vers elle 
à cette occasion, lui dit : « ^ oici que vous concevrez en votre 
sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom 
de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés : on l'appel- 
lera le Fils du Très-Haut. » Voilà ce que nous ont appris ceux 
qui ont consigné les événements relatifs à notre Sauveur 



DÉVELOPPEMENT DU CULTE DE MARIE 2^5 

négliger la prophétie d'Isaïe, et, tout en soutenant 
fermement l'humanité de Jésus, ils ne cessent 
d'affirmer sa divinité. Jésus est homme, disaient- 
ils, parce qu'il est né d'une femme ; mais il est 
plus qu'un homme, parce qu'il est né d'une vierge. 
De telle sorte la conception surnaturelle et l'enfan- 
tement virginal de Jésus devenaient, sous leur 
plum_e, un argument en faveur de sa messianité. 

Mais si le Fils de Marie est Dieu en même temps 
qu'homme, la conclusion s'imposait que Marie est 
la Mère de Dieu : et c'est là encore ce qui ressort de 
la controverse antignostique, bien que la divinité 
de Jésus ne fût pas alors niée comme elle le sera 
au iv^ siècle. Et sans doute le terme Osotoxoç, Deipara, 
Mère de Dieu, qui sera l'expression du concile 
d'Ephèse, ne paraît pas, mais la vérité qu'il exprime 
est formulée en termes équivalents (i). 

Enfin, dès cette époque, le parallélisme signalé 
par saint Paul entre le Christ et Adam se complète 
par le parallélisme correspondant qu'établissent les 
Pères entre Marie et E\e. C'est saint Justin qui 

Jésus-Christ, et nous avons foi en eux, car déjà le prophète 
jsaïe, animé de l'Espril prophétique, avait annoncé sa nais- 
sance... Cet Esprit, venant sur la Vierge et la couvrant de 
son ombre, la rendit mère, non par une union charnelle, 
mais par sa puissance » 

I. A plusieurs reprises, il est question du « Fils de Dieu, 
né de la Vierge, » du « Dieu né » de la Vierge, « qui a enfanté 
l'Emmanuel, » de « Dieu qui a supporté de naître dans le 
sein d'une ml're. » Cf. S. Ignace. Epist. ad Ephes., 7 ; S. Jus- 
tin, II ApoL, G ; S. Irénée, Adi\ haer., m, iG ; Tertullien, De 
carne Chrisii, 17 ; de patieniia, 3. Voici un texte de Tertullien, 
Adv, Prax., 2^, Pair. laL, t. ii, col. iqi, 192 : Videmus dupli- 
cem statum non confusum, sed conjunctum in una persona, 
Deum et hominem Jesum... Ex his Jésus consistit, ex carne 
homo, ex spiritu Deus, qucm tune angélus, ex ea parle qua 
spiritus erat, Dei Filium pronuntiavit, servans carni filiuin 
hominis dici. 



12 46 LE CATÉCHISME ROMAIN 



l'ébauche le premier (i) ; il est ensuite repris par 
saint Irénée (2), par TertuUien (0), par Origène (/J) 
et par l'auteur du Chant en vers contre Marcion (5). 
C'est donc qu'aux yeux des Pères des trois premiers 
siècles, Marie a eu sa part, une part qui est déjà 
indiquée, mais qui sera plus approfondie plus tard, 
dans l'œuvre de la Rédemption. G est donc que, 
sans être au premier plan des controverses de l'épo- 
que, Marie n'en occupa pas moins une place impor- 

I. Dialog.f 100. — 2. Selon Texpression originale de saint Iré- 
née, de même que le Christ a récapitalê, c'est-à-dire réparé, l'œu- 
vre d'Adam, de môme Marie a récapitulé l'œuvre d*Eve. «Gom- 
me Eve, ayant un époux, mais étant vierge encore, fut, par sa 
désobéissance, pour elle-même et pour tout le genre humain, 
une cause de mort, ainsi Marie, ayant un époux prédestiné, tout 
en étant vierge, fut, par son obéissance, pour elle-même et 
pour tout le genre humain, une cause de salut... Ce que la 
vierge Eve avait lié par son incrédulité, la vierge Marie l'a 
délié par sa foi. » Adv. haer., m, 21, 4. Patr. gr., t. vu, col. 
958. Et ailleurs, v, 19, i, col. 11 70 : « La bonne nouvelle, à 
savoir que le Seigneur venait d'une façon apparente dans son 
domaine, qu'il récapitulait la désobéissance du bois par 
l'obéissance du bois, et détruisait l'elTet de la séduction 
malheureuse de celle qui était déjà destinée à Thomme, de la 
vierge Eve, celte nouvelle de vérité et de bonheur fut annon- 
cée par l'ange à celle qui était déjà sous l'homme, à la Vierge 
Marie. De même que celle-là se laissa séduire par la parole de 
l'ange la poussant à se séparer de Dieu en transgressant sa 
parole, de môme celle-ci acquiesça au message de l'ange, lui 
annonçant qu'elle porterait Dieu en obéissant à sa parole. Si 
celle-là désobéit à Dieu, celle-ci se laissa persuader d'obéir à 
Dieu, de sorte que Marie devint l'avocate de la vierge Eve. Et 
de même que le genre humain a été attaché à la mort par une 
vierge, c'est par une vierge qu'il est sauvé. » — 3, De carne 
<]hristi, 17, Patr. lai., t. 11, col. 454. — 4- In Luc, homil., viii; 
Patr. gr.y t. xul, col. 1819. — 5. Adv, J/arc, III, iv, Patr. lat., 
t. II, col. 1066, 1067 : 

« Yirginis ut virgo, carnis caro débita solvat, 
Sponsa virum necuit. genuit sed sponsa leonem... 
Virgo viro nocuit, sed Vir de Virgine vicit. » 



DÉVELOPPEMENT DU CULTE DE MARIE 2^7 



tante, qui prouve la haute idée qu'on se faisait d'elle 
dans les milieux intellectuels et cultivés. En avait- 
elle une correspondante au point de vue de la dévo- 
tion ? 

2. Marie, au point de vue de la dévotion, — Il n'y 
a pas que des vraisemblances, il y a de fortes pré- 
somptions en faveur d'un culte de Marie dès cette 
époque. Sans doute, dans l'état actuel de la littéra- 
ture chrétienne d'alors, il est impossible d'apporter 
la preuve écrite d'un culte nettement déterminé 
de la sainte Vierge, c'est-à-dire d'honneurs rendus 
à Marie, surtout de quelque fête consacrée par la 
liturgie. Mais, d'autre part, comment croire que 
Marie, dont le nom était inscrit au symbole baptis- 
mal, dont on affirmait avec tant d'éclat la virginité 
et la maternité divine, et dont on esquissait déjà le 
rôle important dans la Rédemption, ait pu passer 
inaperçue et rester étrangère à la piété si tendre et 

si active (i) ? 

N'était-ce pas l'époque où circulèrent tant de 
récits relatifs à l'enfance du Sauveur et à la vie de 

I. « On était à une époque de combat, remarque Neubert, 
Marie dans VEglise anfénicéenne. Paris, 1908, p. i56 ; on n'avait 
guère le loisir d'écrire des traités d'édification. Il ne faut donc 
pas demander aux ouvrages de ce temps des renseignements 
que, par leur nature, ils ne peuvent pas nous donner. Oa 
n'est pas plus en droit de déterminer l'importance de la 
figure de Marie aux yeux des chrétiens primitifs d'après leurs 
apologies ou leurs réponses aux hérétiques, que de juger de 
de la piété envers Marie du moyen âge ou du xvu« siècle,, 
d'après ce qu'en ont dit saint Thomas dans la Somme contre 
les gentils ou Bossuet dans VHistoire des variations. Si le 
silence des premiers Pères était absolu, on ne pourrait évi- 
demment pas affirmer que, dès leur époque, Marie ait attiré 
sur elle-même Pattention pieuse des fidèles. Mais heureuse- 
ment, les allusions à Pidée qu^ils se faisaient de la Mère du 
Sauveur, et même les affirmations directes, sont assez nom- 
breuses, plus nombreuses qu'on n'eût pu s'y attendre. » 



248 LE CATÉCHISME ROMAIN 



sa Mère ? Certes ces apocryphes sont remplis de 
précisions si merveilleuses qu'ils sont plutôt l'œu- 
"vre de l'imagination; ce ne sont assurément pas 
des livres d'histoire, mais ils n'en sont pas moins 
l'écho d'un état d'esprit assez répandu ; ils témoi- 
gnent de la curiosité et de l'intérêt que portaient les 
fidèles à tout ce qui concerne Marie (i). 

N'oublions pas d'ailleurs que, parmi les peintu- 
res murales des catacombes, antérieures au iv^ siè- 
cle, Marie est représentée plusieurs fois dans la 
prophétie d'Isaïe, le mystère de l'Annonciation et 
l'adoration des mages, ou portant l'enfant Jésus 
dans ses bras. Dans quel but, sinon d'instruire et 
d'édifier? Et n'est-ce pas là déjà comme une mar- 
que de respect et comme un hommage de piété (2) ? 

I. « 11 faut remarquer qu'ici, dit encore Xeubert, op. cit., 
p. 157, nous n'avons pas à consulter seulement, ni môme 
avant tout, les ouvrages des grands écrivains : les expressions 
anonymes et spontanées de la vie religieuse du peuple nous 
renseignent bien mieux sur ses croyances et son culte, que les 
écrits des penseurs préoccupés d'exposer et de discuter des 
principes, et c'est d'après les premières qu'il faut interpréter 
les allusions des seconds. Les récits de cette littérature apo- 
cryphe n'ont pas, cela va de soi, la valeur de documents his- 
toriques relativement aux faits qu'ils prétendent raconter ; 
mais ils peuvent être invoqués comme des témoignages 
authentiques des croyances de leur époque. » — 2, « Sur 
toutes ces peintures, dit A\ ilpert, Die Malereien der Ka- 
takomben /?om6\ Fribourg-en-Brisgau, iç,o3, p. 187 sq, la 
figure de TIlomme-Dieu occupa naturellement la place prin- 
cipale. Néanmoins elles sont aussi une glorification de sa 
très sainte Mère. Manifestement Marie y tient un rang impor- 
tant et une figure principale. L'antiquité nous a aussi laissé 
des peintures où elle est la figure principale, nous voulons 
parler des peintures de l'Annonciation. Elles iipparurent dans 
l'art des cimetières vers la fin du deuxième siècle. Marie est 
assise en recevant le message, et par là le peintre a voulu 
exprimer sa supériorité sur l'ange. On connaît jusqu'à pré- 
sent deux peintures de l'Annonciation, Tune de la fin du 
deuxième siècle, l'autre du milieu du troisième. La 1'" scène 



DÉVELOPPEMENT DU CULTE DE MARIE 2/|9 



Etant donné, en outre, que la doctrine sur le 
pouvoir d'intercession des saints se trouve déjà 
signalée dans la seconde moite du second siècle (i), 
on ne voit pas pourquoi Marie aurait été exclue 
d'un tel pouvoir d'intercession reconnu non seule- 
ment aux martyrs mais encore aux simples fidèles 
trépassés. Naturellement à ce pouvoir correspon- 
dait l'usage d'invoquer les défunts. Que d'inscrip- 
tions qui portent gravée une prière à ceux qui sont 
morts I Si donc on s'adressait aux défunts et aux 
martyrs, pourquoi pas à la Vierge ? Que Marie pût 
intervenir en faveur des fidèles, ce trait de la vie de 
saint Grégoire le Thaumaturge, mort vers 270, 
prouve qu'on le croyait à cette époque. Gré- 
goire de Nysse raconte, en effet, qu'une nuit, 
comme il réfléchissait sur des points controversés 
de la foi, le Thaumaturge vit apparaître un vieillard 
et une femme, qui résolurent ses difficultés. La 
femme pria l'Evangéliste Jean de découvrir à Gré- 
goire le mystère de la piété, et Jean répondit qu'il 
était prêt à faire ce plaisir à la Mère du Seigneur, 
puisque cela lui était agréable (2). Et saint Grégoire 

surtout mérite notre attention, parce qu'elle ne forme pas 
un anneau d'une chaîne continue de peintures cliristoiogi- 
qucs, parmi lesquelles elle se confondrait pour ainsi dire, 
mais qu'elle apparaît isolée et forme l'unique peinture de 
tout un plafond. Par là Tartiste a montré quelle importance 
il donnait à la personne de la sainte Vierge. » 

I. Cf. Kirsch, Die Lehre der Gemelnschaft der Heiligen im 
ChrisUchen Aller tum, dan les Forschangen zaïn chrlsUlcheii 
LUeratar and Docjmengeschichte. 1900, t. i, p. Ix'^ sq. — 
2. Vita s. Gregorii Thaamat.^ Pair, gr.y t. xlyi, col. 909, 912. 
iJn autre témoignage de la croyance au pouvoir d'interces- 
sion de Marie se trouve dans les Oracles sibyllins, 1. u, v. 
331-339. ït y est dit que les bienheureux du paradis peuvent 
obtenir de Dieu la délivrance de ceux qui sont plongés dans 
Je feu de Tenfcr. 11 y est dit aussi, quelques vers plus haut, 
que Dieu a accordé à tous les hommes, par la main de la 



25o LE CATÉCHISME ROMAIN 

de Nazianze raconte à son tour (i) que sainte Jus- 
tine, martyre, conjura Marie de l'assister dans le 
danger qui menaçait sa virginité, et fut miraculeu- 
sement exaucée. On priait donc la sainte Vierge, 
au temps des persécutions ; ce n'est là, dira-t-on, 
qu'un fait isolé. Mais d'où pouvait venir à sainte 
Justine l'idée de recourir ainsi à xMarie, sinon d'un, 
usage déjà en vigueur parmi les fidèles de s'adresser, 
dans leurs besoins, à la Mère de Dieu ? 

III. Au IV"^ et V"" siècle. — i. Quelques erreurs 
combattues, — Il y eut encore, au iv^ siècle, quel- 
ques adversaires de la perpétuelle virginité de Ma- 
rie ; mais ils furent réfutés et condamnés. Tels 
étaient ceux qui prétendaient que Marie avait conçu 
à la manière de toutes les femmes, et que Jésus 
était fils de Joseph. Le premier concile de Tolède, 
en /joo, posa comme une règle de foi que le Fils 
de Dieu a sanctifié le sein de sa mère (2), et que 
Marie l'a conçu, vrai homme, sans l'intervention de 
l'homme. Tels étaient encore ceux qui, à l'exemple 
de TertuUien, niaient qu'elle fût restée vierge dans 
l'enfantement. Jovinien disait: Virgo concepil, non 

Vierge pure, sept jours d'éternité pour se repentir. C'est sans 
doute une allusion à ce passage du iv*" livre d'Edras, c. vu, 
3o-33 : « Après ce temps, le Christ mon fils mourra, ainsi 
que tous les hommes qui respirent. Et le siècle sera plongé 
pendant sept jours dans l'antique silence comme dans les 
jugements antérieurs, de sorte que nul ne subsistera. Et ces 
sept jours s'écouleront, etc. » 

I. Oral, XXIV, 11. In laiidem S. Cypriani ; Palr.gr,, t. xxxv^ 
col. 1181. 11 importe peu, pour le sujet qui nous occupe, que 
saint Grégoire de Nazianze se soit trompé en identifiant 
Gyprien d'Antioche avec Gyprien de Carthage ; car cette 
confusion ne fait rien à la véracité du témoignage en faveur 
de l'usage chrétien de recourir à Marie. — 2. Mansi, Aci. 
conclu, t. III, p. ioo3. 



DÉVELOPPEMENT DU CULTE DE MARIE 25 1 



virgo peperil. Il fut condamné à Rome par le pape 
Sirice, en Sgo, puisa Milan per saint Ambroise (i), 
et réfuté par saint Jérôme (2). Saint Léon le Grand 
formule la croyance chrétienne sur ce point : Illain 
ita salva virginilate edidit, qaeinadinodain sola vivgU 
nitate concepit (3). C'est la doctrine pleinement rati- 
fiée par le concile de Chalcédoine. 

D'autres enfin, sans nier sa virginité, même dans 
l'enfantement, prétendirent qu'après la naissance 
de Jésus, elle eut de Joseph d'autres enfants, ceux que 
l'Evangile nomme les u frères du Seigneur. » Un 
certain Helvidius avait scandalisé les cercles ro- 
mains en soutenant cette thèse ; et ceux-ci prièrent 
saint Jérôme de confondre le blasphémateur. Jérôme 
hésita d'abord, de crainte de donner trop d'impor- 
tance à un si méprisable personnage ; puis il com- 
posa son De perpétua virginitale Bealœ Mariœ adver* 
sus Helvidium (4). Quelques années auparavant, 
saint Epiphane avait eu à combattre une semblable 
erreur, qui s'était répandue en Arabie. Il écrivit aux 
prêtres et aux fidèles de ce pays une lettre oi^i il ré- 
fute, au point de vue théologique et exégétique, ceux 
qu'il nomme Antidiconiavianites (5). Or l'Arabie ne 
comptait pas que des adversaires de la perpétuelle 
virginité de Marie, il s'y rencontrait aussi des fem- 
mes d'une piété peu éclairée, qui croyaient pouvoir 
offrir en sacrifice à la sainte \ierge de petits gâteaux, 

I. Epistola synodica, Epist., xlu, 5, Pair y lat.^ t. xvi, col. 
1134. — 2. Adv. Jovinia/uini. — 3. EpisL,xx\ni, 2, Pair, lat., 
t. Liv, col, 759. — 4. P<^i^' IcLt-f t, xxiii, col. i83 sq. — 
5. Haer., lxxyhi, Pair., gr. t. xlu, col. 699 sq. Celte erreur 
ayant reparu, la perpétuelle virginité de Marie fut acclamée 
au vi*' concile œcuménique, iii^ de Gonstantinople, en G80, 
Act. XI, dans llardouin, Acl. conciL, t. m, p. i253 ; Paul V 
(i 555-1559) 1^ proclama de nouveau contre les Sociniens par 
sa constitution Cum quorumdam, du 7 août i555 ; Denzinger, 
993 (880). 



s52 



LE CATECHISME ROMAIN 



(xoXX'jpfc. d'où leur nom de Collyridiennes) , tout 
comme faisaient les païens en l'honneur de Cérès. 
Saint Epiphane y vit avec raison un acte entaché 
d'idolâtrie. Le rôle de sacrificateur, observe-t-il, ne 
convient pas aux femmes, et le sacrifice n'est dû 
qu'à Dieu. Marie n'est qu'une créature et n'a aucun 
droit aux honneurs divins. Qu'on l'honore, mais 
que personne ne l'adore, car ce culte est le propre 
du Père, du l^Mls et du Saint-Esprit fi). ^lais, ce 
disant, l'éveque de Salamine ne blâme qu'un excès 
superstitieux, ce qui laisse entendre qu'un culte 
sagement compris de la sainle Vierge était parfaite- 
ment légitime. Mais fallait-il encore que ce culte fût 
approuvé et consacré par l'I^glise. 

2. Premières manifeslalions du culte. — 11 n'était 
pas encore question, à cette époque, d'un culte 
public ou d'une fête religieuse exclusivement consa- 
crée à la sainte Vierge ; du moins les documents 
n'en parlent pas. 11 n'en est question niàUome dans 
le catalogue des fêtes du iv' siècle, ni en Gaule 
dans le calendrier de saint Perpctuus de Tours, nia 
Cartilage dans le calendrier du commencement du 
vi« siècle (2), ni en Orient dans le calendrier syria- 
que publié par \\ right (3). Gela s'expliquerait tout 
d'abord parce que l'on regardait alors les fêtes de 
Notre Seigneur comme autant de fêtes de sa Mère. 
G'est ainsi que la Noël rappelait son enfantement 
miraculeux; la Présentation de Jésus au temple, sa 
Purification ; l'anniversaire du crucifiement, sa com- 
passion. Gela s'expliquerait aussi par le mode qui 
réglait le culte des martyrs et de quelques confes- 
seurs célèbres. Ge culte des saints commença par 
être purement local et attaché au lieu de la mort ou 

I. llaer.f lxxix, Pair., qr., t. xlu, col. 740 sq. — 3. Voir t. 
VII, p. 34-ii8. — 3. Reproduit par M. de Rossi et Mgr Duchesne 
dans la préface du Martyrologe hiéronyiiiien. 



DÉVELOPPEMENT DU CULTE DE MARIE 253 

de la sépulture. C'est l'anniversaire du jour de leur 
naissance au ciel qu'on célébrait. Pareil usage aurait 
pu être appliqué à la sainte Vierge. Mais où donc 
était elle morte ? Et quelle était la date de sa mort? 
Autant de questions qu'on ne trouve encore ni 
posées, ni résolues. 

Mais, à défaut d'une fête spéciale, il est certain 
que, même dès cette époque, des églises étaient éle- 
vées et consacrées à Marie. Déjà Origène avait signa- 
lé celle qui abritait la grotte de Bethléem (i); 
et Ton sait, par Eusèbe (2), que sainte Hélène 
l'embellit et l'enrichit. A Rome même, le pape 
Libère (352-366) avait construit une basilique, 
qui fut dédiée plus tard à la sainte Vierge, et 
qui porte actuellement le nom de Sainte-Marie 
Majeure. Et à Ephèse, c'est dans une église consa- 
crée à Marie que se tint le fameux concile de 431, 
oîi fut proclamé le titre de Mère de Dieu. Si l'on 
tient compte que, sous Constantin, on n'élevait 
guère d'édifice religieux qu'au dessus des lieux qui 
avaient été précédemment l'objet d'un culte, on en 
pourrait conclure qu'un certain culte de Marie exis- 
tait déjà (3). Mais nous n'avons encore là rien de 

T. Coni. Cels,, i. 5i. -- 2. Vita Constantlni, m, 4i. — 
3. Le P. Jubara, dans les Etudes religieuses du 20 janvier 
190-, p. i5/4, explique comment sainte Agnès a pu avoir, au 
iv» siècle, « un culte extérieur plus développé en certains 
points que celui de la sainte Vierge ; mais cela ne lui est pas 
spécial et provient du mode do formation de la liturgie. Avec les 
fêtes de Pâques, de Pentecôte, de Noël ou d'Epiphanie, on ne 
célébra d'abord que les anniversaires des martyrs. D'illustres 
martyrs, comme saint Justin, ne furent pas fêtés à Home 
parce qu'on ignorait la date de leur anniversaire. Pour fêter 
spécialement la sainte Vierge, il fallut créer des anniversaires 
fictifs de sa Nativité, de sa Dor mition. Ainsi on s'explique pour- 
quoi les fêtes propres à la sainte \ierge apparaissent tardive- 
ment; pourquoi saint Ambroise, par exemple, a une liymne 
pour sainte Agnès et n'en a j)oint pour la sainte Vierge. Il suffit 



254 LE CATÉGHISxME ROMAIN 

très précis. Le moment n'est pourtant pas loin où, 
pour satisfaire la dévotion des fidèles et rendre à 
Marie les honneurs qui lui sont dus, les fêles de la 
Vierge paraîtront. Car, au lieu d'arrêter la piété, la 
proclamation d'Ephèse ne fit que renfiammer et la 
redoubler, par réaction contre Timpiété de >es- 
lorius. 

IV. Au VP et VIP siècle. — i. Premières men- 
tions d'une fêle. — L'Evangile ofiVait très clairement 
quelques motifs de fête, comme ceux de l'Ânnon- 
ciation et de la Présentation de Jésus au temple ; 
mais ils faisaient partie de la liturgie générale et 
pouvaient passer aussi bien pour des fêtes de Notre 
Seigneur. 11 semble qu'on ait procédé à l'égard de 
Marie comme envers les autres saints ; et la pre- 
mière fête qui dut être établie en son honneur iut, 
selon toute vraisemblance, celle de sa mort, à une 
date qui restait à choisir. Et comme déjà on célé- 
brait la naissance du Précurseur, la fête de la Nati- 
vité de Marie s'imposait à plus forte raison. Mais 
quel que soit l'ordre chronologique de leur institu- 
tion respective, on constate que, dans le courant 
du vi*' siècle, quatre fêtes sont célébrées en Orient 
en l'honneur de la sainte \ iarge : l'Annonciation, 
la Rencontre ou la Purification, la Nativité et la 
Dormition ou l'Assomption. 

2. En Gaule. — Il est certain qu'en Gaule une fête 
spéciale existait dans le courant du vi"^ siècle. Nous 

d'ouvrir les écrits d'Anibroise pour constater que cette absence 
de solennité liturgique spéciale n'empêchait point de manifes- 
ter une incomparable dévotion envers la Mère de Notre Sei- 
gneur. L'anniversaire de sainte Agnès a été la fote patronale 
des vierges au w siècle, parce que la sainte \ ierge n'avait pas 
d'anniversaire Tôté, et qu'Agnes était la vierge martyre la 
plus î^élèbre du monde lalin, comme sainte lliècle, compa- 
gne de saint Paul, était la plus célèbre du inonde grec. » 



DÉVELOPPEMENT DU CULTE DE MARIE 2 55 

en avons pour témoin Grégoire de Tours, mort 
vers 594. Il nous apprend qu'on l'y célébrait vers 
le milieu du onzième mois, medianle mense ande- 
cinio, c'est-à-dire en janvier, l'année ne commençant 
alors qu'au mois de mars (i) ; elle était précédée 
d'une vigile. Et il raconte le miracle dont il fut le 
témoin oculaire comme il allait célébrer lui-même 
cette vigile dans l'église de Marciac. Quel était l'ob- 
jet de cette fête gallicane ? Le lectionnairc de 
Luxeuil (2) signale les lectures qu'on doit faire à la 
messe, entre le second dimanche après l'Epiphanie 
et la fête de la Chaire de Saint Pierre, infestivllate 
Sanctœ Mariœ, Mabillon n'a pas hésité à y voir Içi 
fête de la mort ou de l'assomplion de Marie, d'autant 
que le Missel gothique (3) place également après 
l'Epiphanie, en fixant son objet, une Missa in as- 
sumplione sanctœ Mariae Malris Doniini Nostri. Quant 
à la date précise, celle du i8 janvier, elle est nette- 
ment marquée dans la recension auxerroise du Mar- 
tyrologe hiéronymien, vers ôgS. 

3. E/t Espagne, — Au vi" siècle également, l'Eglise 
gothique célébrait aussi une fête en l'honneur de 
Marie. Gomme la date de sa célébration n'était pas 
la même dans toute l'Espagne, le X'^ concile de 
Tolède, en 656, la fixa, pour plus d'uniformité, au 
i8 décembre, huit jours avant Noël, de préférence 
au 25 mars, date de l'Incarnation, qui aurait très 
bien convenu, mais qui, tombant en carême ou 
pendant la semaine sainte, devait être écartée (4). 
Ce ne fut que beaucoup plus tard, lorsqu'elle eut 
adopté la liturgie romaine, que l'Espagne accepta 
de célébrer la fête de l'Annonciation, le 20 mars, 



I. De glôria marlyrum, i, 9, l^aiv. lat., t. lxxxi, col. 718. — 
2. Pair . lat.y t. lwii, col, 180. — 3. l^atr. lat., t. lxxu, col. 
2Ïli. — 4. Coiic, Toiet.y X, caii. i. 



^56 LE CATÉCHISME ROMAIN 

mais en conservant la date du icS décembre pour 
célébrer, sous un autre nom, celui à' Expeclallo par- 
las, le même mystère de l'Incarnation. 

4. A Rome. — L'Eglise de Rome, d'après Mgr Du- 
chesne (i), ne paraît avoir solennisé aucune fête de 
la sainte Vierge avant le vii^ siècle, alors qu'elle 
adopta les quatre fêtes byzantines, dont il a été 
question plus haut. Ces quatre fêtes sont marquées 
dans le sacramentaire gélasien du commencement 
du vni'' siècle. Elles étaient donc entrées, dès levii^, 
dans l'usage romain. Il est sur, ajoute Mgr Du- 
chesne (2), qu'elles n'existaient pas encore autemps 
de saint Grégoire le Grand. Non seulement il n'en 
parle jamais, et il en est ainsi de tous les docu- 
ments de l'usage romain qui sont ou peuvent être 
réputés antérieurs au vn'' siècle, mais ce qui est tout 
à fait concluant, c'est que ces fêtes étaient encore 
inconnues de l'Eglise anglo-saxonne au commence- 
ment du vin^ siècle. Si elles avaient existé à Uome 
au moment où saint Grégoire envoya ses mission- 
naires dans la Grande Bretagne, il est évident que 
ceux-ci les auraient introduites parmi les anglo- 
saxons. D'autre part, le vii^ siècle n'était pas achevé 
que le pape Sergius P^ (687-701) ordonna une pro- 
cession aux quatre fêtes de la Purification, de l'An- 
nonciation, de la Dormition et de la Nativité de la 
«ainte Vierge (3). Et comme il n'est question que 
de la procession, les fêtes avaient dû être intro- 
duites depuis la mort de saint (irégoire ; mais la 
date exacte de leur introduction n'est pas connue. 

De Home elles s'introduisirent partout, au fur et 
à mesure que la liturgie romaine supplanta les 
liturgies gallicane et gothique. 

I. Origines du culte, 2« édit., Paris, 1898, p. aôg. — 2. Ibid., 
p. 261. — 3. Liber Pontifie, édit. Duchebne, t. i, p. 876-381. 



DÉVELOPPEMENT DU CULTE DE MARIE 25 J 

IL Développement du culte 
de Marie jusqu'au XVIIP siècle 

1. Du XII® siècle au xviir. — i. Au temps de 
^aint Bernard. — Quatre fêtes seulement, la Purifi- 
cation, l'Annonciation, TAssomption et la Nativité 
de la sainte Vierge, étaient inscrites au calendrier 
liturgique et universellement célébrées, à l'époque 
où il fut question d'une fête nouvelle en l'honneur 
de la Conception de Marie. Saint Bernard s'y mon- 
tra opposé, parce que l'Eglise romaine n'avait 
encore rien décidé ; il jugeait donc préférable de 
s'en tenir aux quatre déjà existantes. Il était loin de 
prévoir que non seulement la fête de la Conception 
mais d'autres encore allaient prendre rang à côté 
des anciennes, précisément avec l'approbation auto- 
risée de l'Eglise de Rome. En se déclarant prêt à 
obéir aux décisions du Siège romain, il se montrait 
enfant docile de l'Eglise ; et nul doute qu'il n'eût 
trouvé dans son ardente piété envers Marie des 
accents dignes de la Mère de Dieu pour chanter ses 
louanges comme il savait si bien les célébrer. 

2. Progrès incessant de la dévotion et du culte, — 
La piété et le culte catholiques sont essentiellement 
vivants et progressifs ; ils s'alimentent, comme il 
convient, aux sources profondes de l'Ecriture et de 
la tradition, mais ils reçoivent en même temps des 
événements successifs de l'histoire, au gré de la 
Providence qui dispose de tout, une impulsion et 
un accroissement nouveaux. Or, que de faits, pos- 
térieurs au xii^ siècle, sont ainsi intervenus pour 
accélérer et accroître le développement de la piété 
€t du culte envers Marie ! Que de miracles et que 
d'apparitions ! Tous ne sont pas devenus sans doute 

[ LE CATÉCHISME. — T. VIII. I7 



258 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Tobjet d'une fctc spéciale ; mais quelques-uns ont 
été justement retenus, après avoir été canonique- 
ment contrôlés. Ils ont ainsi donné lieu à des 
démonstrations religieuses, puis à des fêtes com- 
mémoratives, dont la plupart, il est vrai, sont restées 
confinées dans les limites d'une église, d'un diocèse, 
d'un pays, d'une famille religieuse, mais dont quel- 
ques-unes ont été jugées dignes d'intéresser toute 
l'Eglise. Leur nombre n'a pas cessé de s'accroître 
de siècle en siècle. L'histoire détaillée en serait lon- 
gue ; nous nous bornerons à rappeler celles dont 
parle Benoît XIV, dans son traité des fêtes de la 
sainte Vierge. 

3. Les fêles de Marie du temps de Benoît XIV, — 
Avant de monter sur le siège de saint Pierre, Pros- 
per Lambertini avait dressé le catalogue des fêtes 
de Marie. Il en compte exactement dix-sept, dans 
Tordre suivant : i° la fête du Mariage, Desponsatio 
B.AL F., le 23 janvier ; 2° la Purification, le 2 fé- 
vrier ; 3^ l'Annonciation, le 25 mars ; 4° Notre- 
Dame des sept douleurs, le vendredi après le diman- 
che de la Passion ; 5'^ la Visitation, le 2 juillet ; 
6^ Notre-Dame du Mont-Carmel, le 16 juillet ; 
7^ Notre-Dame des Neiges, le 5 août ; 8° l'Assomp- 
tion, le i5 août ; 9'' la Nativité, le 8 septembre ; 
10^ le saint Nom de Marie, le second dimanche de 
septembre ; 11^ Notre-Dame de la Merci, le 24 sep- 
tembre ; 12^ le Rosaire, le premier dimanche d'oc- 
tobre ; i3^ le Patronage, le troisième dimanche de 
novembre ; iV^la Présentation, le 21 novembre ; 
lo'Ma Conception, le 8 décembre ; 16° la Transla- 
tion de la Sanla Casa à Lorette, le 10 décembre ; 
17^ l'Attente de l'enfantement, Expectatio parlas, le 
18 décembre. 

Quatre de ces fêtes, la Desponsatio B, M, T., la 
Translalio alniae donms Laarelanae, V Expectatio par- 



LE MARIAGE DE LA T. S. VIERGE sBg 

las B. M, F., et le Patronage sont restées inscrites 
au supplément du missel pro aUquibas locis. Elles ne 
sont pas les seules qu'aurait pu signaler Benoît XIV ; 
car, même de son temps, il en existait d'autres que 
l'Eglise avait concédées à tel ou tel sanctuaire, à tel 
ou tel diocèse, à telle ou telle famille religieuse (i). 
Parmi les quatorze autres, la Purification, l'Annon- 
ciation, la Visitation, l'Assomption, la Nativité, le 
saint Nom de Marie, la Présentation et l'Immaculée 
Conception devant faire l'objet des leçons suivan- 
tes, nous ne dirons ici qu'un mot des autres, dans 
l'ordre même adopté par Benoît XIV. 

II. Desponsatio B. M. V. — i. Le Mariage de 
la sainte Vierge. — Il convenait, dit saint Thomas (2), 
que le Christ naquît d'une Vierge mariée, soit pour 
que sa naissance miraculeuse demeurât cachée au 
démon et qu'il ne fût pas tenu pour un enfant 
illégitime par les infidèles, soit pour que sa Mère ne 
fût exposée ni au supplice, ni à l'infamie, soit enfin 
pour que Marie fût la figure de l'Eglise, qui est 
vierge et néanmoins l'épouse du Christ, et pour que 
dans sa personne la virginité et le mariage fussent 
également honorés, à l'enconlre des hérésies qui 
devaient attaquer l'un ou l'autre de ces deux états. 
Or, TEvangile assure que Marie fut unie à Joseph 
par les liens du mariage, et la foi nous apprend que 
ce mariage respecta le vœu de virginité perpétuelle 
fait par Marie. C'était donc un beau sujet de fête à 
proposer à la piété des fidèles. 

2, La fête. — Son origine est due indirectement 
à un chanoine de Chartres, qui avait demandé par 

I. Il en cite plusieurs exemples dans son De serv, Del bealij. 
On en trouve encore un plus grand nombre dons Hohveck, 
Fasti Mariani, Fribourg-en-Brisgau, 1892. — 2. Sam, theoL, 
Ub Q. XXIX, a. I. r 



26o LE CATÉCHISME ROMAIN 



testament que le chapitre fît chaque année, au jour 
anniversaire de sa mort, mémoire de saint Joseph, 
époux de Marie, dans la pieuse pensée que Téloge 
de répoux serait agréable à la sainte Vierge. Ger- 
son (f 1429), chancelier de l'université de Paris, 
estima qu'on pouvait exécuter les volontés du défunt 
par l'institution d'une fête, avec office et messe 
propres, en l'honneur du mariage de la sainte 
Vierge. Et il composa lui-même cet ofRce et cette 
messe (i), qu'il soumit à l'approbation du légat. La 
fête fut fixée au 28 janvier, vraisemblablement parce 
que c'était la date de la mort du chanoine. En 1637, 
Paul III (i 534-15/19) accorda aux Frères Mineurs la 
faveur de célébrer cette fête, le 7 mars, avec la messe 
de la Nativité, sauf à remplacer le mot nalivitas par 
celui de desponsalio, et à prendre pour évangile le 
péricope qui commence par ces mots : Cam esset 
desponsata. En même temps le pape confia au P. 
Dore, de l'Ordre de saint Dominique, le soin de 
composer un office propre, qu'il approuva. Fut-il 
étendu à toute l'Eglise avant la réforme du bré- 
viaire ? Benoît XIV avoue ne pas le savoir, mais il 
constate qu'après cette réforme il fut accordé par 
induit. La fête fut notamment concédée à toutes 
les dépendances de la maison d'Autriche et à FEs- 
pagne, en 1680 ; mais l'Espagne, en 1682, obtint de 
la célébrer le 26 novembre. Par décret du 22 août 
1725, Benoît XIII (1724-1730) l'imposa à l'Etat pon- 
tifical. C'est encore une fête pvo aliquihas locis. 

III. Sept douleurs. — i. Les données évangéli- 
ques. — Lejour oii elle présenta son Fils au tem- 
ple, la Vierge Mère reçut du vieillard Siméon cette 
parole mystérieuse : ce Vous-même, un glaive de 

I. Voir deux lettres, l'ofTice et la messe, dans Opéra, An- 
vers, 1706, t. IV, col. 73i-^4a, 



FÊTE DE N.-D. DES SEPT DOULEURS 26ï 

douleur transpercera votre âme (i). » C'était Tan- 
nonce d'une douleur morale beaucoup plus que 
physique ; et cette douleur, c'est surtout au pied de 
la croix que Marie l'éprouva, en assistant à la mort 
sanglante de Jésus. En effet, « près de la croix de Jé- 
sus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, 
femme de Clopas, et Marie Magdeleine. Jésus ayant 
vu sa mère, et auprès d'elle le disciple qu'il aimait, 
dit à sa mère : « Femme, voilà votre fils. » Ensuite il 
dit au disciple : « Voilà votre mère. » Et depuis 
cette heure-là, le disciple la prit chez lui (2). » 
Marie eut ainsi sa part, et quelle part ! dans le mys- 
tère de la Rédemption. Elle fut la mère des dou- 
leurs près de l'homme des douleurs. Mais, selon 
rexpression de saint Jean, elle était debout, stabat^ 
dans l'attitude des sacrificateurs, ressentant toutes 
les ignominies et toutes les souffrances de son Fils, 
compatissant à ses peines et s'unissant à son sacri- 
fice pour le salut du monde. Son rôle de corédemp- 
trice fut le glaive annoncé qui devait transpercer 
son âme. Gomment*ne pas compatir à sa propre 
compassion et ne pas prendre modèle sur son cou- 
rageux exemple ? Comme dans cette vallée de lar- 
mes les peines de tout ordre et de toute nature 
dépassent de beaucoup les joies, on comprend le 
goût de la piété pour ce spectacle attendrissant, et 
Ton s'explique aisément que l'Eglise en ait fait une 
fête pendant le temps de la Passion. 

2. La fêle du vendredi après le dimanche de la 
Passion. — Dans le langage populaire, cette fête est 
désignée sous le nom de la Compassion de la Sainte 
Vierge, de Notre-Dame de pitié, de Notre-Dame de 
pâmoison. Dans la langue liturgique, elle est nom- 
mée la Transfixion de la Sainte Vierge, selon le mot 

I. Luc, II, 35. — 2. Joan.f xix, 35-27. 



262 LE CATÉCHISME ROMAIN 



qui paraît à chacune des Irois prières de la messe et 
à la préface ; elle se nomme aujourd'hui Fêle des 
sept douleurs (i). Elle fut inaugurée à Cologne, en 
i423, pour réparer les outrages que se permettaient 
les Hussites contre l'image de la Vierge, à Tâme 
transpercée par le glaive (2) ; elle se propagea, sous 
des titres divers, avec l'assentiment de Rome; et 
Benoît XUl, en 1727, l'étendit à toute TEglise sous 
le nom qu'elle porte encore, pour être célébrée le 
vendredi qui suit le dimanche de la Passion, à la 
veille même de la semaine sainte et comme pour 
servir de préparation immédiate au drame doulou- 
reux du Calvaire. 

3. La fêle du lll"^ dimanche de seplembre. — La fête 
des sept douleurs fut particulièrement chère aux 
Servîtes, qui, en 1608, obtinrent de la célébrer une 
Seconde fois pendant Tannée, le troisième dimanche 
de septembre. A la demande de Philippe V, celte 
seconde fête fut accordée à toutes les possessions de 
l'Espagne, en 1735. A partir dg 1807, l'Etrurie jouit 
du même privilège. Survint, pour l'I^glise, la période 
particulièrement troublée de 1809 a 181'], pendant 
laquelle Pie Yll fut captif. Mais, au jour de sa déli- 
vrance, Pie Yll, pour témoigner de sa gratitude 
envers celle qu'il regardait comme sa libératrice, 
consacra le troisième dimanche de septembre, 



T. Pourquoi sept? Benoît XIV, fie festis B. M. T., iv, n. 9, 
croit que c'est à cause des Servîtes, qui honoraient sept dou- 
leurs de la Merge : la parole de Simcon, la fuite en Egypte, 
la îecherche de FEnfant Jésus, la vue de Jésus portant sa 
croix, mourant, détaché de la croix et mis au tombeau. Le 
bienheureux Ganisius compte et pèse les douleurs de Marie 
au Calvaire; il fait appel au pieux Rupcrt, à saint Bernard, à 
saint Anselme, à saint Ambroise et à saint Augustin pour dé- 
fendre la pété catholique dans la pratique de cette fête.. — 
2. Labbe, Ad. concil.^ t. xii, p. 365. 



FÊTE DE N.-D. DES SEPT DOULEURS 263 

comme un mémorial nouveau du Calvaire, à la 
célébration des sept douleurs de Marie. Son décret 
du i8 septembre i8i/i étendit la fête à toute l'Eglise. 
Par privilège, les Servites, depuis 1869, la célèbrent 
sous le rite double de P^ classe, avec vigile et oc- 
tave (i) ; et depuis le i3 mai 1908, elle a été élevée 
pour toute l'Eglise du rite double majeur à celui de 
IP^ classe. 

4. Le stabat de la messe, — Les pièces liturgiques 
de la messe de ces deux fêtes sont les mêmes, à 
l'exception de la collecte, et du trait qui est rem- 
placé par le verset alléluiatique. L'une de ces pièces 
est la remarquable séquence ou le Slabat mater. 
Qu'elle soit de Jacopone de Todi (f i3o6), comme 
le prétendent les uns, ou d'injiocent lll (i 198-1216), 
comme le croit Benoît XIV, elle peint la souffrance 
et la compassion de Marie à la vue de son Fils cru- 
cifié, dans la première, deuxième et quatrième 
strophe ; dans les autres strophes, elle contient des 
réflexions, des exhortations et des prières pour que 
la passion et la mort du Sauveur ainsi que les souf- 
frances de Marie nous donnent la force et la conso- 
lation sur cette terre, et le paradis au ciel. Chacun 
des tercets reste gravé dans la mémoire et revient 
facilement sur les lèvres. Qui ne se prend à mur- 
murer parfois ces appels à la Vierge ? 

I. Voir Décret, autheniica Cong. S. /?., Rome, 1900, n. 385i. 
Voici les considérants du décret de Pie VII : Cum in pablicis 
Ecclesiœ calaniitatibiis aiicla plarimum Jaerit devoiio erga Bea- 
iissimam Virginem, juxta Sirneonis prophetiam, in anima gladio 
transfixam, ciijas comme nioratio fit dum taxât fer ia VI post do- 
minicam Passionis, dum Ecclesia ob sublimia redemptionis mys- 
ieria, quœ eo tempore celebraniiv\ in tristitia versalur et lacta : 
cumque propterea Apostolica sedes jampridem indalserit nt in 
ordine Servorum B. M. V. iterato idem feslum solemniter pera- 
geretar in dominica III septembris, qaod postmoduni extendit ad 
plarimas provincias et dloeceses ; hinc, etc. 



264 LE CATÉCHISME ROMAIN 



Sancta Mater, isiud agas, 
Crucifixi fige plagas 
Cor di meo valide.,, 

Fac me plagis valneraiH, 
Fac me cruce inebriari 
Et cruore Filli... 

Quando corpus morietar, 
• Fac ut anlmœ donetur 
Paradis L glorla, 

IV. Notre-Dame du Mont Carmel. — i. Vor- 
dre des Carmes. — Chassés de la Palestine, où ils 
étaient établis sur le Mont Carmel, séjour du pro- 
phète Elie, les Carmes vinrent en Occident et éprou- 
vèrent toutes sortes de difficultés pour s'y établir. 
Leur cinquième supérieur général, saint Simon 
Stock eut une célèbre vision dans la nuit du i5 au 
i6 juillet i25i. S'adressant à la sainte Vierge, il lui 
demanda des grâces temporelles et des faveurs spi- 
rituelles. Montrez, lui disait-il, que vous êtes notre 
mère, en nous délivrant de nos épreuves, en nous 
recommandant à nos persécuteurs par quelque 
signe de grâce, et en donnant aux Carmes des pri- 
vilèges. La Vierge répondit en accordant le privi- 
lège du scapulaire : la hoc moriens, aelernum non 
palieiur incendiam, et en l'adressant au pape Inno- 
cent IV (j 243-1254), qui remédierait aux tribula- 
tions de Tordre. Jean XXII (i3i6-i334), par une 
bulle du 3 mars i322, aurait confirmé le privilège; 
c'est la fameuse bulle sabbatine, dont l'existence a 
soulevé tant de difficultés historiques et théologi- 
ques. Benoît XIV dit qu'elle ne se trouve pas dans le 
Bullaire romain (i) ; mais il tient pour authentique 
la vision de Simon Stock. Le bréviaire romain y 

I. Defestis B. M. F., vi, n. 4- 



NOTRE-DAME DU MONT CARMEL 265» 

fait allusion et mentionne celle qui porta Hono-- 
rius III à protéger l'Ordre, mais çans la moindre 
allusion à l'indulgence sabbatine, qui vaudrait à 
ceux qui meurent en portant le scapulaire, la grâce 
d'être délivés du purgatoire, le samedi qui suit leur 
mort (i). 

2. La fête, — En souvenir du sanctuaire du Mont 
Carmel, bâti à l'endroit oij, d'après la tradition, 
Elie vit s'élever de la mer la nuée, qui symbolisait 
la sainte Vierge, mais surtout en souvenir de Tappa- 
rition de Marie et de la tradition du scapulaire, les 
Carmes consacrèrent le 16 juillet à une grande fêle. 
Leur martyrologe porte : Commemoratio solemnis^ 
B, V. M. de Monte Carmelo, cai Carmelilarum fami- 
lia^ ob innumera bénéficia ab eadeni sanctissinia Vir- 
gine accepta, in servitatis insigne hanc dieni consecrat^ 
En 1587, ils obtinrent de Sixte-Quint un office et 
une messe propres, et célébrèrent la fête sous le 
rite double de I"' classe, avec vigile et octave. Les 
leçons de l'office furent modifiées, et, après avoir 
été soumises à Bellarmin, elles furent approuvées 
par la Congrégation des Rites sous Paul V (i6o5- 
162 1). En 1674, sur les instances de la reine d'Espa- 
gne, la fête du Mont Carmel fut concédée à tous les 
états soumis au roi d'Espagne ; l'empire d'Autriche 
l'obtint, en 1676; le Portugal, en 1679. Mais les 

I. L'authenticité de la bulle sabbatine fut attaquée, au xvu"^ 
siècle, par Papebroeck et Launoy. Dernièrement, en 191 1, M. 
Saltet, dans le BiiUetin de liit. eccL, de 1 Institut catholique de 
Toulouse, a argùp de faux le fragment de Pierre Swanington, 
publié par le P. Chéron de Bordeaux, en iG/ia. Le P. Derksen^ 
de l'Ordre des Frères Prêcheurs, lui a répondu, dans le numéra 
d'octobre 191 1 des Etudes canné litaineSf p.3oo-3a2, qu'il n'avait 
pas fait la preuve de son accusation. Quoiqu'il en soit du texte 
de Swanington, et à ne s'en tenir qu'à l'état de l'informalioiî 
avant 1642, la fête et le scapulaire du Mont Carmel restent 
au-dessus de toute attaque. 



1x66 



LE CATECHISME ROMAIN 



Espagnols, qui celebraient.de temps imnnémorîal, 
le i6 juillet, la fête du Triomphe de la Croix 
approuvée en i58i, obtinrent de Clément X (1670- 
1676) de ne célébrer celle du Carmel que le 18 juil- 
let. Pendant que Benoît XIV était promoteur de la 
foi, le roi de France avait demandé que celte fête 
fût étendue à l'Eglise universelle, mais la Congré- 
gation des Rites se contenta de l'accorder à la 
France (i). En 1720, elle était imposée aux Etals 
pontificaux, et, en 1726, Benoît \111 l'étendit enfin 
à toute l'Eglise. 

3. Le scapulaire. — Cette fête du ^lont Carmel est 
particulièrement chère aux membres de la confré- 
rie du Scapulaire. Ils ont raison de regarder comme 
un honneur de porter ces livrées de Marie ; mais 
ils auraient tort d'y voir, quoi qu'ils fassent, un 
gage assuré de salut. Ea foi ne va pas sans les 
œuvres ; ils doivent donc, tout en portant le scapu- 
laire, pratiquer la prière et la mortification, garder 
la chasteté qui est conforme à leur état, et, à ces 
conditions, c'est une pieuse croyance, pie credHar, 
comme s'exprime la sixième leçon de l'oIFice, et 
non une certitude garantie par l'Eglise, qu'ils seront 
soulagés au purgatoire. Il va de soi, en effet, que la 
sainte Vierge, dont le pouvoir est si grand, ne peut 
que s'intéresser maternellement, après comme 
avant leur mort, à ceux des fidèles qui se sont plus 
finalement voués à elle pendant leur vie. 

V. Notre-Dame des neiges. — i. Parmi les 
églises de Rome, consacrées à la sainte Vierge, la 
principale en dignité sinon la plus ancienne est la 
basilique construite par le pape Libère (352-3G6), à 
son retour d'exil, et restaurée par Sixte III (/|32-44o), 

I. De serv, Del bealîf.y 1. IV, p. 11, c. ix, n. 10. 



NOTRE-DAME DES NEIGES 267 

qui lui donna le nom de Sainte Marie Mère de Dieu. 
Appelée parfois Saiide Marie de la Crèche, parce que 
c'est là qu'au vii^ siècle fut apportée la crèche de 
Bethléem, elle est plus connue sous le nom d@ 
Sainte Marie Majeure, parce que c'est l'une des sept 
grandes basiliques patriarcales de Rome. Mais elle 
porte aussi le titre de Sainte Marie des neiges, Fes- 
tam S. M. ad nives comme on le voit dans le bré- 
viaire. Dans le martyrologe, on lit à la date du 5 
août : Romae, in Exquiliis, dedicatio basilicae sanctae 
Mariae ad nives. 

2. D'après la légende da bréviaire romain, le patrice 
Jean et sa femme, se voyant sans enfants, résolu- 
rent d instituer la sainte Vierge héritière de leur 
fortune. INe sachant comment l'employer en son 
honneur, ils furent avertis en songe de lui faire 
élever une église à l'endroit qui serait recouvert de 
neige. Or, on était au commencement du mois 
d'août, répoque des grandes chaleurs. Le lende- 
main, sur l'Esquilin, près de la boucherie de Livie, 
de la neige recouvrait le sol. Le pape Libère, averti 
lui aussi en songe, fit exécuter le projet du patrice 
Jean et construisit la basilique. Baillet douta de 
l'authenticité de ce prodige (i); il fut réfuté par 
Benoît XIV (2). 

3. La fête de la Dédicace de Sainte Marie des neiges 
fut instituée en souvenir de ce miracle; elle était 
d'abord célébrée, au xu® siècle (3), dans la basilique 
libérienne seule ; elle le fut, à partir du xiv^ siècle, 
dans toutes les églises de Rome ; puis elle s'étendit 
à plusieurs diocèses d'Italie, d'Allemagne et d'ailleurs. 
Et finalement saint Pie V, lors de la réforme du 

I. Vie des Saints^ i5 août, n. xxvii. — 2. De fesiis B. M. V., 
VII, n. i3-i5. — 3. C'est ce que prouvent des diplômes d'Ilo- 
norius III et d'Alexandre IV ; voir l'édit des Annales de Raynald, 
an. 1220, n. 22, an. 1228, n. 42. 



268 LE CATÉCHISME ROMAIN 

bréviaire, l'inscrivit au calendrier de TEglise uni- 
verselle sous le rite double, que Clément Mil (1592- 
i6o5) éleva ensuite à celui de double majeur. 

VI. Notre-Dame de la Merci. — i. Au commen- 
cement du \IIP siècle^ un ordre religieux fut fondé 
pour racheter les captifs, retenus prisonniers chez 
les Maures. La sainte Vierge était apparue séparé- 
ment à saint Pierre Nolasque, à saint llaymond de 
Pennafort et à Jacques P', roi d'Aragon, leur inspi- 
rant la pensée de le fonder, sous le titre de la Merci. 
Ces saints personnages s'étant concertés le fon- 
dèrent, en effet, le 10 août 1228, à Barcelone ; et 
Grégoire IX (1227-12/41) l'approuva, le 17 janvier 
1235. Depuis lors les religieux de la Merci eurent 
soin de célébrer chaque année, le dimanche le plus 
rapproché du i ' aoiit, le souvenir de l'apparition 
de la sainte Vierge à leurs fondateurs. 

2. Quatre sièctes plus tard, en iGio, ils deman- 
dèrent à la Congrégation des lliles la concession 
d'un office et d'une messe propres ; mais vainement; 
la Congrégation ne leur permit de célébrer leur 
fête qu'avec la messe de Sainte Marie des neiges. 
Mais, en iGiG, Paul V (1600-1621) se montra plus 
accommodant : il leur accorda l'office, dans les leçons 
duquel était rapportée l'apparition susdite. En 1680, 
Innocent XI (1676-1689) étendit la fête à toute l'Es- 
pagne, et fît inscrire au martyrologe la mention 
suivante: In Hlspania, apparitio B. M. T., qux sanc- 
lis Petro Nolasco et Raymundo de Pennafort, et Jaco- 
bo P, Aragoniae régi, se conspiciendam dédit, utfun- 
daretur ordo Beatae Mariae de iMercede redemptionis 
captivorum, A la demande de Louis XIV, Alexan- 
dre VllI (1689-1691) accorda la fête à toute la France. 
Enfin, en 1696, Innocent XII (1691-1700) l'étendità 
toute l'Eglise, en fixant la date de sa célébration au 



FÊTE DU ROSAIRE 269 



24 septembre (i), anniversaire probable de Fappa- 
rition. 

3. En concédant la fête, et en l'inscrivant au calen- 
drier de l'Eglise universelle, Rome n'a nullement 
entendu authentiquer le fait même de l'apparition. 
Une discussion s'étant élevée sur cette question 
d'authenticité,, à Santiago du Chili, l'archevêque de 
cette ville s'adressa à la Congrégation des Rites pour 
savoir s'il pouvait autoriser, soit les livres, soit 
les prières publiques, où cette apparition est men- 
tionnée comme un fait miraculeux, soit les tableaux 
oti elle est représentée. Le 6 février 1875, la Congré- 
gation répondit affirmativement, en faisant obser- 
ver que si Rome n'avait pas approuvé une telle 
apparition, elle ne Tavait ni réprouvée ni condam- 
née, permettant simplement qu'elle fût un objet de 
pieuse croyance, mais de foi humaine, d'après une 
tradition pieuse, confirmée par des témoignages et 
des monuments sérieux (2). Elle fit seulement dé- 
fense d'exposer les tableaux sur l'autel. 

VII. Le Rosaire. — i. La dévotion. — Ce fut une 
pensée profondément religieuse et d'inspiration 
céleste que d'organiser la récitation de la salutation 
angélique, dizaine par dizaine, autour des mystères 
joyeux, douloureux et glorieux de Marie, en y interca- 
lant la doxologie et l'Oraison dominicale, pour offrir 
ainsi à la sainte Vierge comme une couronne de roses 
spirituelles. Ce mode si simple de prière et en même 
temps si favorable à la piété de tous eut le plus 
grand succès. Des confréries du Rosaire s'établirent 
pour payer à la Mère du Sauveur ce tribut d'hom- 
mages, et il n'est pas étonnant qu'elles aient été, de 
la part de l'Eglise, Tobjet de concessions d'indul- 

I. Cf. Benoît XIV, De serv. Dei beaiij,, 1. IV, p. 11, c. ix, n. 9. 
— a. Décréta autheniica G. S. R., Rome, 1900, n, 3336. 



270 LE CATECHISME ROMAIN 

gences multiples. Il est moins étonnant encore que 
les faveurs du ciel soient venues récompenser et 
accroître la dévotion populaire. Parmi ces faveurs, 
il faut rappeler celle qui donna lieu à l'institution 
d'une fête. 

2. La fêle. — C'était en 1671. A la prière de saint 
Pie V, Philippe II, roi d'Espagne, et la république 
de Venise, avaient confié leurs Jlottes à Jean d'Au- 
triche pour châtier les Turcs. Le pape avait pres- 
crit aux combattants des prières, un jeûne de trois 
jours, la réception des sacrements, leur promettant 
le succès s'ils mettaient résolument leur confiance 
dans le Dieu des armées. Pendant que la flotte chré- 
tienne se préparait au combat, les membres de la 
confrérie du Rosaire priaient. La rencontre eut lieu 
à Lépante, le 7 octobre 1571, un dimanche, et Pie V 
eut la révélation de son heureuse issue. La victoire 
fut glorieuse. Pie Y, pour en perpétuer le souvenir, 
décida que chaque année on célébrerait son anni- 
versaire, le ])remier dimanche d'octobre, en faisant 
mémoire de Notre-Dame de la Victoire (i). Deux ans 
après, en 1578, Grégoire Xlll décida que la fête por- 
terait désormais le titre de IXolre-Dame du Rosaire, 
qu'elle serait célébrée, avec le rite double majeur, 
dans toutes les églises où il y aurait un autel consa- 
cré au Rosaire. A l'époque du premier centenaire, 
en 167 1, Clément X accorda la fête à toute l'Espa- 
gne et à toutes les possessions espagnoles sans res- 
triction. Innocent Xll et Clément XI furent sollici- 
tés par Léopold, empereur d'Autriche, de l'étendre 
au monde entier. Une nouvelle victoire, due à l'in- 
tercession de Marie, fut remportée, le 5 août 17 16, 

I. Le Martyrologe porte: Eodemdie, Commemoraiio solenmls 
S. M. de Victoria, qiiam Pias V, Poniifex maxiinas, ob insigncni 
Victor iani a Christianis bello navali, ejusdeni Dei Genilricis aaxi- 
liOyhac ipsa die, de Tarcis reporialani, q^Âotannis fieri insiitait» . 



PATRONAGE DE LA T. S. VIERGE 27 1 

par Charles VI, à Peterwardein en Hongrie. Clé- 
ment XI, le 3 octobre suivant, étendit la fête du 
Rosaire à l'Eglise universelle. 

3. Eclat de la fêle, — Pour donner plus d'éclat à 
la fête et préciser son objet, Benoît XIII fît refaire 
les leçons du second nocturne ; et Benoît XIV, alors 
promoteur de la foi, témoigne que les nouvelles 
leçons étaient parfaitement appropriées (i). A la fin 
du xix^ siècle, Léon XIII, qui mettait toute sa con- 
fiance dans la Reine du ciel, éleva la fête, pour 
toute l'Eglise, au rite double de ii^ classe (2), le 11 
septembre 1887. L'année suivante, par décret du 5 
août 1888, il l'enrichit d'un office très particulière- 
ment approprié, qui n'était autre que celui des Domi- 
nicains accommodé au bréviaire romain. Et en 
même temps qu'il faisait insérer dans les Litanies 
de Lorette l'invocation : Reine du très saint Rosaire^ 
il prit soin, à plusieurs reprises (3), de promouvoir 
la dévotion et la pratique du Rosaire dans le monda 
entier. 

VIII. Le Patronage. — La médiation de la 
sainte Vierge, si bien mise en lumière par Sua- 
rez (4), et rappelée avec une si grande autorité par 

I. De serv. Dei beaiif., 1. IV, p. 11, c. x, n. 21-24. — - 
2. Le décret porte : Inier densas errorum et sceleram lene" 
brasy tanqaam spes ceria orilarœ salalis ciim fuJgeret exci- 
iata et revlviscens in christlanls gentlbas per sacri Rosarii 
frequentiam erga magnam Dei Parentern pietas et fidacia, etc. 
— 3. Voir les Encycliques Sapremi aposiolatas, du i*' sept. 
i883 ; Saperlori anno, du 3o août 1884 ; Quamquani plaries, du 
i5 août 1889 ' Octobri mense, du 22 sept. 1891 ; Magnœ Dei Ma- 
tris, du 7 sept. 1892 ; Lœtitice sanctœ, du 8 sept. 1893 ; Juciinda 
seniper, du 8 sept. 1894 ; Adjatricem popull, du 5 sept. 1895 ; 
Fidenlem, du 20 sept. i89() ; Aiigustissiime Virginis, du 12 sept. 
iS^'j; Diatarni temporiSf du 5 sept. i8g8. — 4- In III Sam,^ 
iheol., Q. XXXVII, a 4; disput. xxii, dist. 3. i 



a']2 LE CATECHISME ROMAIN 

Léon XIII (i), était devenue l'objet d'une fête. Cette 
fête fut accordée à l'Espagne par Alexandre VII, 
en i656, à la demande du roi Philippe IV, dans le 
Î3ut de célébrer à la fois tous les succès remportés 
par les Espagnols sur les Maures et les hérétiques 
pendant le cours de leur héroïque histoire. En 1679, 
un décret de la Congrégation des Rites retendit à 
toutes les colonies espagnoles. Sous ce même titre 
de Patronage de la sainte Vierge, la Savoie obtint de 
commémorer la victoire du 7 septembre 1706, rem- 
portée sous les murs de Turin par l'intercession de 
Notre-Dame de la Consolation. A Chartres, on la 
^célèbre, depuis i86/i, sous le rite double de IP classe, 
le premier dimanche de mai. Elle est particulière- 
jnent chère aux Cisterciens (2). 

IX. Translation de la maison de la sainte 
Vierge à Loretta. — i. Deux translations. — Il est 
question de deux translations de la maison de la 
sainte Vierge, l'une dans la nuit du 9 au 10 mai 
1291, l'autre du 10 décembre 129/i. Dieu, dit la 
légende (3), ne voulut pas laisser entre les mains 
des barbares la demeure de Marie et la fit transpor- 
ter par les anges en Dalmatie, sur une colline, tout 
près deTersetto. La Vierge apparut au curé, nommé 

E. Textes cités, t. vi, p. 64o, 6W- — 2. Le martyrologe des 
cisterciens, au dimanche qui suit Toctave de la Toussaint, 
porte cette mention : Festlvilas Patrocinii B. M. F., quœ sancto 
Alberico, secundo Cistercii abbati, apporens dixit: Ego ordinem 
istuni usque in Jlnem protegani et defendani, Hinc merilo, ab 
ipso Ordinis exoriu, in Patronam, Dominam, Protectricem et 
Advocaiam electa, atqae in Titalarem ecclesiaram ejasdeni Ordi- 
nis designata, multis vicissim Cisterciensiam familiam gratiis 
41C muneribus cuniulavit, — 3. La Dalmatie obtint de Clé- 
ment XI, en 171 7, le privilège de célébrer, le 10 mai, la fête 
qui se célébrait à Lorette, le 10 décembre; Cf. Hohveck, 
Fasli Mariani, p. 71. 



LA MAISON DE LORETTE 278 

Alexandre, alors gravement souffrant, lui annonça 
le fait et, pour le convaincre, lui rendit la santé. Il 
y avait alors à Tersetto le comte Frangipani qui, 
pour s'assurer de l'authenticité de ce fait, envoya 
à Nazareth une commission chargée de s'enquérir 
de la demeure de Marie ; celle-ci venait de dispa- 
raître. La commission en repéra le plan sur la 
trace des fondations et constata, à son retour, que 
c'était bien celui de la maison qui se trouvait à 
Tersetto, mais qui n'y demeura pas quatre ans. Les 
pieux Dalmates, désolés de sa disparition, voulurent 
perpétuer le souvenir de son séjour et construisi- 
rent une église à l'endroit même où elle s'était repo- 
sée. En i362, Urbain V leur envoya de Lorette une 
statuette de Marie, en bois de cèdre, honorée depuis 
sous le titre de Notre-Dame des grâces (i). 

Le 10 décembre 1294, cette maison fut transpor- 
tée par dessus l'Adriatique au milieu d'une forêt 
de Recanati, tout près de la mer, dans le Picenum 
ou Marche d'Ancone. Cette forêt appartenait à une 
dame, nommée Lorette, et on ne désigna plus la 
maison de la sainte Vierge que sous le nom de Mai- 
son de Lorette. La forêt, peu sûre, favorisant le bri- 
gandage et le meurtre, la maison fut transportée par 
les anges, en 1295, sur une colline voisine, et delà, 
à cause des disputes auxquelles donna lieu, entre 
propriétaires, l'exploitation des pèlerins, à un jet de 
flèche plus loin, en pleine route militaire, où elle 
est définitivement restée. Sa présence tut saluée 
comme un gage de paix à cette époque de compé- 
titions ardentes entre Guelfes et Gibelins. Les habi- 
tants de Recanati envoyèrent, eux aussi, une com- 
mission, d'abord à ïerselto, puis à Nazareth, pour 
se convaincre de l'identité du monument et furent 

I. Ibid,, p. 72. 

LE CATÉCHISME. — T. VIII. l8 



274 LE CATÉCHISME ROMAIN 

convaincus que c'était bien la maison de Nazareth. 
Leur conviction a été partagée parPapebroeck, Noël 
Alexandre, Benoit XIV, Trombelli et d'autres. Plu- 
sieurs actes pontificaux ont admis l'authenticité de 
la translation (i). Une fête ne pouvait pas manquer 
de perpétuer le souvenir de ce prodige et d'exciter 
la piété des fidèles. Elle fut, en effet, instituée (2). 

2. La fêle du 10 décembre, — Ce n'est qu'en i632, 
par induit du 29 novembre, que la fête fut accor- 
dée à tout le Picenum avec l'olTice de la Dédicace. 
Mais on tint à avoir un office et une messe propres. 
La Congrégation des Rites remit longtemps la solu- 
tion, qui finit par intervenir ; elle avait autorisé 
rinsertion au martyrologe de la mention suivante, 
en 1669 : Lauveti in Piceiio, Iranslalio sacrae Domus 
Dei Genilricis, in qiia Verbani caro facliun est (3). 
L'office et la messe actuels furent concédés au Pice- 
num, le 2 septembre 1699. Innocent \11 (1691- 
1700) avait eu soin de faire ajouter à la sixième 
leçon une notice qui contient tout ce qui fait l'ob- 
jet de la fête (4). La fête ne tarda pas à s'étendre. 
En 1719, elle pénétrait en Etrurie ; en 1726 et 1729, 



I. Les Gonslitulions apostoliques de Paul II, en 1471 ; de 
.Tules II, en i5o7 ; de Léon X, en i5ii) ; de Paul III, en i335 ; 
de Paul IV, en i5G5, de Sixte-Quint. Cf. Benoît Xl\, De serv. 
Dei heaiif., I. H, p. 11, c. x, n. 1 1. — 2. Ilohveck, op, cit., p. 
287, rappelle la dévotion d'Erasme envers la Maison de 
Lorette ; il avait composé une messe en son honneur, dont 
l'introït commençait par ces deux vers : 

Laurus odore juval, speciosa virore perenni : 
Sic iuGf Virgo Parens, laus une virebit in œvum. 

3. Cf. Benoît \IV, De serv. Dei bealif.,\. IV, p. 11, c. x,n. i5. 
— ti. On lit dans cette notice : eamdemque ipsani esse, in qaa 
Verbani fnclain est et Jiabilavit in nobis, iiun Doniificiis diploma- 
tibas, et celeberrinia totius orbis veneraiione, Inm continua mira- 
culoruni viriaie et cœlestiiini beneficioruni gratia comprobalur. 



ATTEINTE DE l'eNFANTEMEKT 2 75» 

dans les Etats pontificaux, dans la république de 
Venise et le royaume d'Espagne. Elle n'a pas été 
inscrite au calendrier de l'Eglise universelle. 

X. L'Expectatio partus, 18 décembre. — G est 
une fête d'origine espagnole. L'Kspagne, comme 
nous l'avons rappelé, avait décidé, en 656, qu bn^ 
célébrerait partout la fête de l'Annonciation, le i8 
décembre. Or cette fête se trouve deux fois par an 
dans le missel et le bréviaire mozarabes, le i8 
décembre et le 25 mars ; cela vient de ce que l'Eglise 
d'Espagne finit par accepter, pour la fête de l'Annon- 
ciation, la date romaine du 25 mars, sans abandon- 
ner l'ancienne date du i8 décembre, dont on se 
contenta de cbanger le titre pour l'appeler Expec- 
ialio parlas. Dans la langue populaire, elle est con- 
nue sous le nom de Sainte Marie de 10, Pourquoi ? 
On pourrait croire que c'est à cause des fameuses 
antiennes romaines qui, à partir du 17 décembre 
jusqu'au 28, sont très solennelles et commencent 
toutes par la lettre ; mais il n'en est rien, car 
dans le bréviaire mozarabe ces antiennes sont 
inconnues. L'usage populaire s'explique plutôt par 
ce fait qu'à la fin des vêpres de la fête du 18 décem- 
bre, qui est une fête d'attente et de désir, tous ceux 
qui assistent au chœur poussent à haute voix, pour 
manifester leur désir, une longue exclamation avec 
le son (i). 

Cette fête de VExpeclalio parlas devint encore plus 
chère aux Espagnols, depuis la prise de Grenade, 
qui eut lieu le 18 décembre 1/499. ^ raison de son 
antiquité, Grégoire XIll, en 1578, accorda qu'elle 
fût célébrée sous le rite double majeur avec un office 
propre ; et Urbain YllI, en 160/i, lui donna un 
nouveau privilège, celui de pouvoir être célébrée 

1. Cf. llolwcck, Farti Mariani, p. 291-292. 



276 LE CATECHISME ROMAIN 

' 

même le quatrième dimanche de TAvent. D'Espa- 
gne elle est passée en Italie, dans l'Etrurie, les Etats 
pontificaux et la Yénétie. Mais elle est restée inscrite 
au missel pro aliqaibus locis. 

III. Développement du culte 

de Marie depuis le XVIIP siècle 

jusqu'à nos jours 

I. Projet de suppression de certaines fêtes 
de Marie. — i. Révision du bréviaire de Paris, — 
François de Harlay acheva la révision du bréviaire 
romain-parisien, commencée par son prédécesseur 
sur le siège de Paris, Hardouin de Péréfixe, et 
publia, en 1680, le nouveau bréviaire, où Ton 
s'était proposé, dit dom Guéranger (i), de retran- 
cher (( les choses superflues ou peu convenables à 
la dignité de IM^glise, d'en faire disparaître ce qu'on 
y avait introduit de superstitieux, pour n'y laisser 
que des choses conformes à la dignité de TEglise 
et aux instructions de 1 antiquité ; de retrancher 
quelques homélies faussement attribuées aux Pères, 
les choses erronées ou incertaines, enfin générale- 
ment toutes les choses moins conformes à la piété. » 
Les intentions étaient excellentes, mais la prépara- 
tion liturgique et sfirtout la compétence canonique 
firent défaut, en dépit de l'érndition solide, du 
sens judicieux des devoirs et des franchises de la 
critique, que possédaient les réviseurs. 

Mais cette première révision en suscita une autre 
beaucoup moins sage, sous l'inspiration de jansé- 
nistes notoires, tels que Grancolas et Foinard, qui, 
abandonnant le programme de saint Pie V, n'hési- 

I. Institatlons liturgiques, a^ édit., Paris, i885, t. 11, p. 37. 



PROJET DE SUPPRESSION DE QUELQUES FETES 277 

tèrent pas à reprendre celui de Quîgnonez. Et ce 
fut Charles de Yintimille, qui se prêta à cette ten- 
tative, entachée de jansénisme et de gallicanisme, et 
fit paraître la nouvelle révision en 1736. 

2. Commission nommée par Benoît XIV. — Dès le 
commencement de son pontificat, Benoît XIV son- 
gea à entreprendre une réforme du bréviaire ro- 
main. Il nomma une commission dans ce but ; et 
celle-ci, dès 17/41, discuta notamment les fêtes dé 
la sainte Vierge. Elle fut tout naturellement d'avis 
de conserver les fêtes antiques de la Purification, 
de l'Annonciation, de l'Assomption et de la Nativité, 
qui étaient universelles ; elle gardait de même 
celles de la Visitation et de la Conception ; mais 
elle hésita pour celle de la Présentation, déjà sup- 
primée une fois par saint Pie V ; Sixte-Quint l'ayant 
rétablie, elle décida de ne rien changer à cet égard. 
En revanche, celles du Saint Nom de Marie, du 
Rosaire, de la Merci, du Carmel, des Sept Douleurs, 
de la Desponsatio, de la Translation de la maison de 
Lorette et de V Expectatio parlas, eurent moins de 
défenseurs. Car elles faisaient tort à l'office domini- 
cal. L'office du Saint nom de Jésus devant être 
supprimé selon les vœux de la commission, il n'y 
avait plus lieu de maintenir celui du Saint Nom de 
Marie ; l'office de la Merci et du Carmel n'intéres- 
saient que deux ordres religieux ; celui des Sept 
Douleurs avait le tort d'évincer l'office férial du 
vendredi qui suit le dimanche de la Passion. Et si 
les motifs étaient graves, qui avaient permis de célé- 
brer le Patronage, la Desponsatio et la Translation 
de la maison de Lorette, d'autres motifs devaient 
permettre de les supprimer. Quant à la fête de 
VExpeclalio parlas, nul ne songea à la maintenir (i). 

I. Cf. Roskovany, Cœlibatas el Breviariwn, Budapesth, 1861 
sq., t. v, p. 4i8. 



278 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Du coup on aurait supprimé neuf fêtes de la Vierge, 
dont quelques-unes étaient célébrées dans toute 
l'Eglise. En fait, les vœux: de la commission restè- 
rent lettre morte, et le projet de réforme du bré- 
viaire n'aboutit pas, et les fêtes en l'honneur de 
Marie ne firent que se multiplier. 

II. Etat actuel des fêtes de la sainte Vierge. 

— I. Lear accroissement depuis le A\ HP siècle, — 
Depuis Benoît XIV, bien des événements se sont 
produits, qui ont donné lieu à l'institution de fêtes 
nouvelles en l'honneur de Marie, il y a eu des appa- 
ritions célèbres, des miracles retentissants; il y a 
eu aussi d'antiques dévotions dans tel ou tel sanc- 
tuaire, dans tel ou tel diocèse, dons telle ou telle 
région, qui ont sollicité et obtenu la faveur d'hono- 
rer Marie sous des vocables spéciaux, avec un office 
et une messe propres ; il y a eu des faits historiques 
favorables à l'Eglise, dans lesquels les Pontifes ro- 
mains n'ont pas hésité à voir l'intervention mira- 
culeuse de la sainte Vierge. Soit donc dans l'intérêt 
général, soit aussi et surtout pour satisfaire les légi- 
times désirs des fidèles, les concessions de fêtes nou- 
velles se sont multipliées et se multiplieront encore. 
Chaque diocèse et chaque ordre religieux ont au 
propre de leur missel ces offices nouveaux, que la 
Congrégation des Rites n'accorde jamais sans de 
graves raisons. Et le missel romain lui-même s'ou- 
vre de plus en plus, dans la partie réservée pro ali- 
quihas locis, à l'insertion de ces messes. La dernière 
édition en comprend un plus grand nombre que 
celles qui datent du dernier quart du xix^ siècle. 

2. Fêles noavelles de la Vierge insérées dans le mis- 
sel romain aclael. — Le nombre en est considérable. 
Voici, d'après l'édition que nous avons sous les 



NOUVELLES FETES DE LA T. S. VIERGE 279 

yeux (i), la liste de celles qui ont été concédées pro 
aliqaibus locis. 
Fêtes à date fixe : 

1. 22 mars, B. M. V. de Foggia (2). 

2. 26 avril, B, M, V. de Bono Consilio (3). 

3. 24 mai, B. M. V. Aaxiliam Chris tianorum (l\). 

i.Rome, 19 10. — 2. Vierge trouvée au milieu de ruines dans la 
Capitanate,au xi^ siècle; devenue aussitôt célèbre par les mira- 
cles qu'on lui attribuait. Robert Guiscard, en 1075, fit construire 
une église à l'endroit où on l'avait trouvée ; et c'est autour de 
cette église que s'est élevée Foggia, dans le Sud-Est de l'Italie. 
Pendant un tremblement de terre, le 2 2 mars 1 78 1 , la population 
effrayée se réfugia près de la vieille image, dont les yeux firent 
un mouvement pour regarder le peuple en prières. Ce prodige 
se renouvela la même année, et plusieurs fois en 1745, pendant 
que saint Alphonse de Liguori prêchait à Foggia. Cette Vierge 
miraculeuse fut couronnée en 1782 ; et la fête de sa Manifes- 
tation est célébrée dans la cathédrale de Foggia et dans toute 
la Congrégation de saint Alphonse. Cf. Uolweck, Pas ti Mariant, 
p. 43. — 3. Vierge du Bon Conseil, vénérée à Genazzano, dans le 
diocèse de Palestrina, en Italie. Elle aurait apparu, le 25 avril 
1467, à une femme qui se proposait de faire reconstruire le sanc- 
tuaire. Cette image était vénérée à Scutari d* Albanie sous le 
titre de N.-D. du Bon Office ; mais un jour, après la mort du 
grand Scanderbeg, devant les atrocités de Mahomet II, elle 
quitta seule Scutari et alla à Genazzano, où on la salua sous le 
titre de N.-D. du Paradis, auquel on substitua, au xvn*^ siècle, 
celui de N.-D. du Bon Conseil. Elle fut couronnée en 1682. 
Une fête fut concédée à Genazzano, en 1727 ; un office pro- 
pre, en 1777. Pie VI, en 1789, accorda la fête à tout Tordre des 
Ermites de saint Augustin, dont les Pères desservaient le sanc- 
tuaire de la Vierge. En i884, Léon XIll substitua un office 
nouveau à Pancien ; les leçons parlent de l'apparition, mais ne 
disent pas un mot de la translation. Cf. Holweck, op. cit., 
p. 58. — 4. D'après la vf leçon du bréviaire, saint Pie V avait fait 
insérer dans les Litanies de la sainte Vierge le titre Secours des 
chrétiens, en reconnaissance de la célèbre victoire de Lépante. 
Pie VII, après une captivité de 5 ans, rentrait à Home le 
24 mai i8i4 ; par reconnaissance envers Marie, à laquelle il 
attribuait sa délivrance, il couronna de ses mains la Vierge 
de Savone, et, pour perpétuer le souvenir de cet événement. 



28o LE CATECHISME ROMAIN 



[{. 9 juin, B. M. V. de Gratia (i). 

5. i6 juin, B, M. V. de Saccarsa (2). 

6. 20 juin, B,M. V. de Consolafione (3). 

7. 9 juillet, ProdigioramD.AL ] . Jieginae.pacis{^). 

8. 17 juillet, Ilamililalis B. M. V, (5). 

9. [3 août, B. M. Refagiam peccalorum (6). 

il institua la fête de N.-D. auxiliatricc, le 16 septembre i(Si5, 
et en fixa la célébration au 2\ mai. De liome la fête passa 
dans TEtrurie et se répandit dans presque toute l'Eglise. 

I. Fête actuellement célébrée à Trapani de Sicile et à 
Reggio de Calabre, et chez les Pères Hédemptoristes. — 
'j. D'abord accordée, en icSo^, aux Ermites de Saint Augus- 
tin, en Sicile, pour le lA mîirs, puis à l'Etrurie, elle est célé- 
brée ailleurs le lO juin, notamment à Quito, dans l'Equateur, 
chez les Frères Mineurs de l'Observance et les Hédemptoristes. 

— 3. Les fidèles de Termini la célèbrent le i/i janvier; ceux de 
Reggio, le i3 seplembie : ceux de Tuiin, le 20 juin. A Turin, 
cette fête locale remontait au xir siècle; Léon Mil lui a donné 
un office nouveau, en i885. — a. Elle doit son origine à de 
ïTiultiples prodiges, arrivés en 171)6, à Arezzo, à Torricelli, à 
Ancone, à Rome et ailleurs; elle est annoncée en ces termes 
dans le calendrier romain ; Patroclniuin B. M. V. in memoria 
prodigioriim motus ociilornin in niulfis ejas iniaginibiis anno 1796. 

— 5. Fête instituée en Thonneur de la Vierge miraculeuse de 
Pistoie, avec office et messe propres accordés au diocèse de 
Pistoie en 171Ô. Cf. Benoît XR , De serv. Dei beaiif., 1. IV, 
p. II, c. VII, n. 7. Les leçons du second nocturne indiquent les 
circonstances et Fobjet de la fêle : Qnani qnidem Domini Malrem, 
in antiqiiissinia ejas imagine, Pistorienses, sab speciali Uiimili' 
lalis titalo, magnifico exlracto lemplo, singiilari religione vene- 
rantar. Vetiis enim apnd eos et consians famn percrebait, anno 
salidis 1^90, ciim inlesfinis civiiim odiis uniuersœ patriœ clades 
immineret, ex eadem Imagine sudoreni qnemdam parissimum, 
ciijas adhac apparent vesiigia, promanasse ; ejasque deinde dies 
decimo sexto calendas aiigusti quotannis solemni fesio alque 
inqenti conrAirsu celebratar. — G. Notre-Dame du Refuge est 
célébrée dans beaucoup d'endroits, à des dates diverses : le 
28 février à Quito et chez les Pèr^s Hédemptoristes: le i5 
mars, chez les Maristes: le 7 avril, à Spire; le 4 ou le 7 juillet, 
au Mexique et en Californie ; le i3 août, à Reggio, etc. 



INOWVELLES FETES DE LA T. S. VIERGE 28 f 

10. 3 septembre, J5. M . V. divini Pastoris Malris (ï). 

11. 27 novembre, lin. M. V, a sacro Numismate (2). 
12.12 décembre, B. M, F. de Gaadelape (3). 

Fêtes mobiles : 

1. i"" dimanche de mai, B. M, V. divini Pastoris 
Malris (/i). 

2. Lundi des Rogations, B. M. V, de Misericor- 
dia (5). 

I. C'est sous ce titre de Mère du divin Pasteur qu'a conii- 
mencé cette dévotion chez les Capucins de Séville. En 180?, 
Pie Vil accorde cette fête à l'Etrurie ; et depuis elle n'a cessé de 
s'étendre, surtout en Italie. Pie IX a approuvé un office nao- 
veau. — 2.Fcte concédée, en 1894, aux Lazaristes et aux Sœurs 
de la Charité, en souvenir de l'apparition de la sainte \ierg%% 
en i83o, dans la chapelle de la rue du Bac. La Médaille mira- 
culeuse a obtenu plusieurs faveurs, entre autres la conversioiî 
du juif Alphonse de Ratisbonne qui, le 20 janvier 1842, dans 
l'Eglise de Saint- André délie Fratte, à Rome, eut la vision de 
la sainte Vierge, telle qu'elle est représentée sur cette ifBtV 
daille. Le souvenir de cette célèbre conversion est rappelé 
chaque année, le 20 janvier, à Saint- André délie Fratte. — 
3. D'après la tradition espagnole, cette Vierge, œuvre de 
saint Luc, déposée dans son sépulcre à Patras, en Achaïe, foi 
transportée à Gonstantinople, en 357, avec les reliques de. 
saint Luc, de saint André et de saint Timothée. Offerte, 
en 584, par l'empeur Maurice à l'envoyé de Pelage II, qwi 
devint pape sous le nom de Grégoire, elle sauva Rome de la 
peste, en ôgo. Grégoire le Grand l'envoya à Saint Léandre de 
Séville ; elle resta dans cette ville jusqu'en 716 : puis, pour la 
soustraire à l'impiété des Maures, elle fut cachée jusqu'ex^ 
i32 3 ; un miracle la fit retrouver à cette époque, dans l'Estra" 
madure, près du ruisseau Guadelupe ; et depuis lors elîe 
encouragea et soutint les Espagnols dans leur lutte contre les 
Maures. L'Espagne célèbre sa fcte le 17 septembre. En 1 7^7, 
Benoît XIV accorda cette fête à toutes les possessions espa- 
gnoles, avec office et messe propres, en laissant aux évéqoes 
le soin de fixer la date de sa célébration pour leurs diocèses 
respectifs. Notre-Dame de la Guadeloupe, très célèbre dans 
toute l'Amérique, est la fête patronale du Mexique. -— 4- EIîb 
se célèbre, ce dimanche-là, à Piazza en Sicile, à Parme et 
dans plusieurs diocèses de Fltalie. — 5. Sous ce titre de Notre- 



282 LE CATECHISME ROMAIN 

3. Dimanche dans Toctave de l'Ascension, B. M, 
F. Reginae aposloloru/n (i). 

4. 3^ dimanche après la Pentecôte, Purissimi cor- 
dis B, M. F. (2). 

5. Dimanche avant saint Jean-Baptiste, B. M, V. 
de perpcUio Succarsa (3). 

Dame de la Miséricorde, plusieurs sanctuaires célèbres hono- 
rent la sainte Vierge ; la fùte a été concédée, en i843, aux 
religieuses hospitalières connues sous le nom de Sœurs de la 
Miséricorde, pour le 16 mai; on vertu d'induits, elle se célèbre, 
soit le lundi des rogations, soit le troisième dimanche du 
mois de mai. 

I. Cette fête de Noire-Dame Heine des Apôtres a été concédée, 
avec un office propre, pour le dimanche après Toctave de la 
Nativité, par Léon Xlll, en 1890, à la Société des Missions de 
Marie, au diocèse d'Asti, en Italie. En 1891, les liédemptoristes 
obtinrent delà célébrer ledimanchedansToctavederAsconsion. 
— 2. C'est au P. Eudes (f i()8o) qu'on doit la pensée et Tinsti- 
tution d'une fête du Très par Cœur de Marie. L'office qu'il 
avait composé pour cette fut approuvé, en i()08, par le cardi- 
nal Louis de Vendôme, légat du pape ; les actes de la légation 
ayant été approuvés par Clément X et Innocent \I, le P. 
Eudes, crut pouvoir célébrer cette fête avec l'office propre. 
Les Eranciscains de France demandèrent vainement Tappro- 
bation de l'office de la messe du Cœur de Marie, imprimés 
en i(^5o; le P. de Gallifct ne devait pas réussir davantage 
sous Benoît XIII. En 1799, pendant qu'il était prisonnier à 
Florence, Pie VI permit à l'archevêque de Palerme d'établir la 
fête du Cœur de Marie dans son diocèse. En 1804. par décret 
de la Congrégation des Rites du 3i août, Pie VII accorde à la 
congrégation des Clercs réguliers de la Mère de Dieu, pour le 
III« dimanche après la Pentecôte, la célébration de cette fête avec 
l'office et la messe de Sainte Marie des Neiges; peu après cette 
concession fut étendue aux Carmes, aux Capucins, aux 
Ermites de saint Augustin et à divers diocèses. En i855. 
Pie IX concéda un office propre ; en 1879, ^^ ^^^^ ^^^ intro- 
duite dans le calendrier romain, mais elle n'est pas en- 
core inscrite dans le calendrier de FEglise universelle. — 
3. Notre-Dame du perpétuel secours, jadis vénérée à Rome 
dans l'église de saint Matthieu, disparut avec cette église. Elle 
fut retrouvée en i865, et Pie IX la fit porter dans Féglise du 



NOUVELLES FETES DE LA T. S. VIERGE 283 

6. Dimanche après saint Augustin, B. M. V, de 
Consolatione (i). 

7. 2^ dimanche d'octobre, Maiernitas B. M, V. (2). 

8. 3^ dimanche d'octobre, Purilas B. M. F. (3). 

9. Dimanche dans l'octave de la Toussaint, B, M. 
V, de SaJJragio (/j). 

Toutes ces fêtes, à date fixe ou mobile, témoi- 



Très Saint Rédempteur, consacrée à saint Alphonse de 
Liguori. Elle devint dès lors l'objet d'une vénération géné- 
rale, et Pie IX concéda, en 1867, aux Pères Rédemptoristes 
une messe et un office propres pour honorer Marie sous ce 
titre de Notre-Dame du perpétuel secours pour le dimanche 
qui précède la fête de saint Jean-Baptiste. 

I. Dans le martyrologe des Ermites de saint Augustin, au 
dimanche qui suit la lete de saint Augustin, on lit : Festum 
B. M. F. de Consolatione, principalis solemnitas archiconfrater- 
nitatis Consodaliani Cincturatorum, Le siège de cette confrérie 
est à Bologne. La fcte fut concédée aux Augustins en 1675, 
avec la messe de Sainte Marie des Neiges; l'office nouveau 
date de i8o5. Dans le peuple, la Vierge de Bologne est plus 
connue sous le nom Delta Cintola, Notre-Dame de la Ceinture. 
— 2. Cette fête de la Maternité et celle de la Pureté ont été 
accordées, en 1751, par la Congrégation des Rites, à la prière 
de Joseph Emmanuel, roi de Portugal, avec office et messe 
propres, la Maternité pour le premier dimanche de mai, la 
Pureté pour le dernier dimanche de juillet. — 3. Dès 1752, 
ces deux fêtes de la Maternité et de la Pureté furent concédées 
à la république de Venise ; Naples les obtint en 1758. Depuis 
lors elles n'ont cessé de s'étendre, et se trouvent actuellement 
insérées au supplément du missel romain pro aliquibus 
lociSy pour le second et troisième dimanche d'octobre. — 
4. La sainte Vierge est honorée dans beaucoup d'endroits 
sous ce titre de Notre-Dame du Suffrage, à raison de la protec- 
tion maternelle dont elle entoure les âmes qui sont au pur- 
gatoire; et c'estpour cela qu'on en célèbre la fête pendant l'oc- 
tave des morts. La fête fut concédée aux Rédemptoristes, en 
1800 ; saint Alphonse de Liguori, leur fondateur, avait été un 
propagateur infatigable de la dévotion à Notre-Dame du Suf- 
frage. L'ordre de saint Benoît célèbre également cette fête ; 
plusieurs diocèses ont aussi obtenu, par induit, delà célébrer. 



284 LE CATÉCHISME ROMAIN 

gnent de la dévotion envers Marie ; concédées à 
quelques sanctuaires, églises ou ordres religieux, 
elles se célèbrent, en vertus d'induits, avec plus 
ou moins de pompe et avec un degré de solennité 
plus ou moins élevé. L'émulation dans la piété a 
peu à peu obtenu leur extension en dehors de leur 
lieu d'origine; mais aucune jusqu'ici n'a été o(ïî- 
ciellement étendue à toute TEglise. 

5. Fêtes nouvelles de la sainte Vierge pour V Eglise 
universelle, — Relativement aux anciennes fêtes uni- 
verselles, signalées par Benoît \1V, peu de change- 
ments sont intervenus depuis le xviii^ siècle. Il 
convient de rappeler seulement que la fête de 
l'Immaculée Conception a été élevée par Léon XIII, 
le 3o novembre i^>79, au rite double de 1'" classe, et 
maintenue par Pie X, dans le Mota proprio du 
2 juillet 191 1, parmi les fêtes d'obligation sub ulro- 
que praeceplo, dans les pays de droit commun (i); 
celle de TAnnonciation a également été élevée, en 
1893, au rite double de I"^ classe ; et celle du Uo- 
saire, élevée d'abord au rite double de 11^ classe, en 
iS87,arcçuun oHîce et une messe propres, en 1888. 

Depuis Benoît \IV, l'autorité pontificale n'a im- 
posé à l'Eglise universelle que deux fêtes en l'hon- 
neur de Marie, l'une, celle des Sept douleurs, pour 
le troisième dimanche de septembre, et l'autre, 
celle de l'Apparition de la Bienheureuse Marie 
Yierge Immaculée, pour le 11 février. 11 a déjà été 
question de la première ; disons un mot de la 
seconde. 

Feslum Apparitionis B, M, V. Inimaculatae, — Qui 
ne connaît, dans le monde entier, les célèbres appa- 
ritions de la Sainte Yierge à Bernadette Soubirous, 
dains les roches Massabielle, au petit village de 

I. Moia proprio de diebiis fesiis, a. i. 



FÊTE DE l'apparition DE LA T. S. V. A LOURDES 285 

Lourdes du diocèse de Tarbes, en France? Com- 
mencées le II février i858, elle se reproduisirent à 
plusieurs reprises jusqu'au 25 mars de la même 
année. Et tout aussitôt ce fut un empressement 
inouï de dévots pèlerins et de curieux, et le bruit se 
répandait.au loin d'innombrables bienfaits obtenus 
à la grotte. L'autorité ecclésiastique s'en émut. 
Mgr Laurence, évêque de Tarbes, quatre ans après 
les événements, ouvrit une enquête canonique et, 
convaincu que ces apparitions étaient surnaturelles, 
il autorisa dans la grotte le culte de la Vierge im- 
maculée. A partir de ce moment, la France, l'Eu- 
rope, l'Amérique n'ont pas cessé d'envoyer chaque 
année de nombreux pèlerinages ; les guérisons mi- 
raculeuses ne se comptent plus ; les grâces spiri- 
tuelles, plus nombreuses encore, restent, pour la 
plupart, le secret des cœurs. Des dons ont alïlué 
avec une abondance inouïe. Une église de marbre 
a été bâtie sur le roc, et plus tard, comme pour lui 
servir de piédestal, la basilique du Saint Rosaire a 
été élevée. Rome est intervenue à plusieurs reprises, 
toujours avec de nouvelles marques de sa faveur. 
Pie IX donna le titre de Basilique mineure à la cha- 
pelle de Lourdes et fit couroinner la statue de la 
Vierge immaculée par son Légat. A son tour, 
Léon XIII accorda un jubilé pour le vingt-cinquième 
anniversaire des apparitions ; il fit solennellement 
dédier par un Légat l'église du Rosaire ; mieux 
encore il approuva la fête de l'Apparition avec office 
et messe propres, le ii juin 1890. Les leçons du 
second nocturne relatent succinctement tout ce qui 
a trait au célèbre sanctuaire. Et enfin, par un dé- 
cret de la Congrégation des Rites, du i3 novembre 
1907, qu'il approuva le 29 novembre suivant, Pie X 
a étendu cette fête à l'Eglise universelle (i). 

I. La vi^ leçon a été complétée, depuis lors, par ces mots : 



286 LE CATÉCHISME ROMAIN 

, — t 

/j. Développement de la dévolion. — Toutes ces 
fêtes, les unes locales, les autres universelles, 
témoignent du développement croissant du culte de 
la sainte Vierge. Mais que dire du développement 
correspondant de la piété? Ceci, étant en dehors 
de notre sujet, nous ne pouvons y faire qu'une sim- 
ple allusion. Déjà, dans un très grand nombre de 
diocèses, s'était introduit l'usage pieux de faire de 
tout le mois de mai une fête ininterrompue en 
rtionneur de Marie. Et voici que Léon XIII, avec 
une insistance remarquable, a introduit dans 
l'Eglise entière celui de consacrer tout le mois 
d'octobre à des exercices de piété pour obtenir de 
Dieu, par l'intercession de la sainte Vierge, les grâ- 
ces si nécessaires aux temps troublés que nous tra- 
versons ; après le mois des fleurs, le mois des fruits, 
comme dit Léon \I1I (i). 

Le nombre des fêtes de la sainte Vierge s^est tou- 
jours accru. L'Eglise, qui est une bonne mère, ne les 
a jamais accordées qu'à bon escient. Et sans garantir 
comme vrais tous les faits allégués en vue de les 
obtenir, elle a motivé ses concessions par des raisons 
d'ordre surnaturel, de manière, tout en favorisant les 
élans delà piété et les pratiques de la dévotion, à 
maintenir intangibles les droits de Dieu et à con- 
server au culte de Marie le caractère qui lui con- 
vient. Léon XIII a eu bien soin de rappeler le rôle 

Tandem Plus A, Ponlifex Maximas, pro sua erga Delparam 
pieiaie, ac plurimorum votis annuens sacrornni Antisiiiam, idem 
festum ad unicersam Ecclesiani extendlt. 

I. " Celte divine jNIère a reçu nos fleurs au mois de mai, 
nous voudrions qu'un généreux élan de la piété universelle 
lui dédiât également octobre, le mois des fruits. Il convient, 
en etTet, de consacrer ces d^aix saisons à celle qui a dit d'dfe- 
mcme : « AJes Jleurs so/il des fruits d'honnenr et de vertu. » 
Encyclique A t/(y«6'^/6's//H,r Virginis, 12 sept. 1897. 



RECOURS A MARIE 287 



de Marie, aiiand il Ta déclarée « la Médiatrice au- 
près du Médiateur (i). » « Le secours que nous 
implorons de Marie, par nos prières a, dit-il (2), 
son fondement dans l'orfice de Médiatrice de la 
grâce divine, qu'elle remplit constamment auprès 
de Dieu, en suprême faveur par sa dignité et par ses 
mérites, dépassant de beaucoup tous les saints par 
sa puissance. » Tous les catholiques savent que 
Marie n'est pas Dieu, mais qu'elle est la Mère de 
Dieu ; qu'elle n'est pas le Piédempteur du genre 
humain, mais qu'elle nous a donné ce Rédempteur 
et qu'elle a pris part à l'œuvre rédemptrice, autant 
qu'il a pu être donné à une créature d'y prendre 
part. 

I. Recours naturel à Marie. — « Ce fut toujours le 
soin principal et solennel des catholiques de se réfugier 
sous l'égide de Marie et de s'en remettre à sa maternelle 
bonté dans les temps troublés et dans *les circonstances 
périlleuses. Cela prouve que l'Eglise catholique a tou- 
jours mis, et avec raison, en la Mère de Dieu toute sa 
confiance et toute son espérance. En effet, la Vierge 
exempte delà souillure originelle, choisie pour être la 
Mère de Dieu, et par cela même associée à lui dans 
l'œuvre du salut du genre humain, jouit auprès de son 
Fils d'une telle faveur et d'une telle puissance que 
jamais la nature humaine et la nature angélique n'ont 
pu et ne peuvent les obtenir. Aussi, puisqu'il lui est doux 
et agréable par dessus toute chose d'accorder son secours 
et son assistance à ceux qui les lui demandent, il n'est 
pas douteux qu'elle ne veuille, et pour ainsi dire qu'elle 
ne s'empresse d'accueillir les vœux que lui adressera 
l'Eglise universelle. Cette piété, si grande et si confiante 
envers l'auguste Reine des cieux, n'a jamais brillé d'un 
éclat aussi resplendissant que quand la violence des 
erreurs répandues, ou une corruption intolérable des 

I. Encycl. FulenLem, du 20 sept. iSijG. — 2. Encycl. Jacunda 
Semper, du 8 sept. 1894. 



a88 LE CATÉCHISME ROMAIN 



mœurs, ou les attaques d'adversaires puissants, ont sem- 
Jbié mettre en péril l'Eglise militante de Dieu. L'histoire 
ancienne et moderne et les fastes les plus mémorables 
de FEgiise rappellent le souvenir des supplications publi- 
ques et privées à la Mcre de Dieu, ainsi que les secours 
accordés par elle, et en maintes circonstances la paix et 
la tranquillité publiques obtenues par sa divine inter- 
vention. De là ces qualifications d'Auxiliatrice, de Bien- 
faiirice, de Consolatrice des chrétiens, de Reine des 
armées, de Dispensatrice de la victoire et de la paix, dont 
OR'l'a saluée. Entre tous ces titres est surtout remarqua- 
ble celui qui lui vient du llosaire, et par lequel ont été 
consacrés à perpétuité les insignes bienfaits dont leur est 
redevable le nom de chrétien. )) Encyclique Sapremi 
apostolalas, du i" sept. i883. 

2. Dévotion du Rosaire. — « La religion du peu- 
ple chrétien tient à honorer par des titres insignes et de 
mille façons la divine Mère, élevée si excellemment au 
dessus de toutes les créatures par tant et de si grandes 
gloires. Or, elle a toujours aimé particulièrement ce litre 
<iii Rosaire, cette manière de prier, qui est comme le mot 
<l'ordre de la foi et qui résume le culte du à Marie ; elle 
Fa pratiquée dans l'intimité et en public, dans l'intérieur 
des maisons et des familles, en instituant en son hon- 
îietir des confréries, en lui consacrant des autels, en 
re?iiourant de toutes les pompes, convaincue qu'elle ne 
pourrait recourir à de meilleurs moyens pour orner les 
Cêtes sacrées de la sainte Vierge et pour mériter son 
patronage et ses grâces. Nous ne devons point passer 
sous silence ce qui met ici en lumière la particulière pro- 
l;ection de notre Souveraine. En effet, lorsque, par Tefiet 
du temps, le goût de la piété a paru s'afiaiblir dans quel- 
que pays et la pratique de cette forme de prière se relâ- 
cher, on admire comment ensuite, soit à raison de quel- 
que danger redoutable menaçant l'Etat, soit sous la 
pression de quelque nécessité, l'institution du Rosaire, 
hien plus que tous les autres secours religieux, a été 
rétablie d'après le vam général, a repris sa place d'hon- 
neur et, de nouveau ilorissante, a exercé grandement son 



DÉVOTION DU ROSAIRE 289 

influence salutaire. Il n'est point nécessaire d'aller en 
chercher dans le passé des exemples, alors que notre 
époque elle-même nous en fournit d'admirables. Dans ce 
temps, en effet, qui est si dur pour l'Eglise, et qui Test 
devenu plus encore depuis que la sagesse divine nous a 
placé au gouvernail, on peut constater et admirer avec 
quelle ardeur et quel zèle, dans tous les pays et chez tous 
les peuples catholiques, le Rosaire de Marie est prati- 
qué et célébré. Or, c'est plutôt à Dieu, qui dirige et mène 
les hommes, qu'à la sagesse et à la diligence humaine, 
qu'il faut attribuer ce fait, où notre âme puise une 
grande consolation et un grand courage, et qui nous 
remplit de la confiance absolue que, par la protection de 
Marie, les triomphes de l'Eglise se renouvelleront et 
s'étendront. » Encyclique Octobri mense, du 22 sept. 1891. 

3. Nature de la dévotion à Marie. — « Bien loin 
d'être en quelque sorte incompatible avec l'honneur dû 
à la Divinité, bien loin de paraître insinuer qu'il faut 
placer dans la protection de Marie une confiance plus 
grande qu'en la puissance divine, la prière du Rosaire est 
au contraire celle qui peut le plus facilement toucher 
Dieu et nous le rendre propice. En effet, la foi catholique 
nous enseigne que nous devons prier Dieu et les saints ; 
mais le mode diffère : il faut s'adresser à Dieu comme 
la source de tous les biens, aux saints en tant qu'inter- 
cesseurs. (( On peut prier quelqu'un de deux façons, dit 
saint Thomas, Sam theoL, II» IP*', Q. lxxxiii, a 4 ; on lui 
demande ou ce qu'il peut nous donner lui-même, ou ce 
qu'il peut nous obtenir d'un autre. Nous ne prions que 
Dieu suivant le premier mode, car toutes nos prières 
doivent avoir pour but final l'obtention de la grâce et de 
la gloire que donne Dieu seul, comme il est dit Ps., 
LXXXIII, 12 : (( Dieu donnera la grâce et la gloire. » Mais 
nous prions de la seconde manière les anges et les saints, 
non pour qu'ils fassent connaître nos demandes à 
Dieu, mais afin que, par leurs prières et leurs mé- 
rites, nos demandes soient exaucées. Et c'est pourquoi il 
est dit dans TApocalypse, Apoc, vni, 4, que la fumée 
des parfums s'éleva, avec les prières des saints, de la 

LB CATÉCHISME. — T. Vill. I9 



290 LE CATECHISME llOMAIN 

inain de Fange devant Dieu. » Or, pour une grâce à 
obtenir, quel est l'habitant du ciel qui oserait rivaliser 
avec l'auguste Mère de Dieu P Qui voit plus clairement, 
dans le Verbe de Dieu, nos angoisses et nos besoins ? 
Qui, plus qu'elle, a reçu le pouvoir de toucher la Divi- 
nité ? Qui peut égaler les eiTusions de sa tendresse mater- 
nelle ? C'est précisément pour cette raison que, si nous 
ne prions pas les bienheureux habitants du ciel de la 
même manière que Dieu, car à la sainte Trinité nous 
demandons d'avoir pitié de nous, et à tous les saints, 
quels qu'ils soient, nous demandons de prier pour nous, 
notre manière d'implorer la Vierge a néanmoins quelque 
chose de commun avec le culte do Dieu, et l'Eglise lui 
adresse la même formule de supplication qu'elle emploie 
pour Dieu : Ayez pitié des péclieurs. » Encyclique Augus- 
tis s im œ T Irg inis, du 12 sept. 1 8 (j - . 



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Leçon XXV" 

L'Immaculée 
Conception 



I. La fête. — II. Histoire du dogme et de la dévo- 
tion. — III. La messe. 

VOICI une fête solennelle en l'honneur de 
Marie, qui n'a été inscrite dans la liturgie 
qu'après les fêtes de la Nativité, de l'Annon- 
ciation, de la Purification et de l'Assomption, 
mais qui, par la définition dogmatique du 8 décem-- 
bre i85/i, a reçu un incomparable éclat dont 
l'Assomption est encore privée (i). Son histoire 

i. BIBLTOGRAPHIE : La liste des auteurs appartenant aux 
divers ordres religieux ou au clergé séculier, qui ont écrit 
sur l'Immaculée conception, serait trop longue. Contentons- 
nous d'en signaler quelques-uns parmi les anciens : Suarez, 
Dissertatio utrum B. V. faerit sanclificaia in primo instanti 
concepiionis, dans Malou, Suarezii opusciila sex inedita, Bru- 
xelles, 1869 ; Bannez, Immiinidad de nueslra Senora en el pri- 
mer instante de sa ser, Madrid, i056 ; de Esparsa, hnmaculata 
concepiio B, M. F., Rome, i655 ; Vega, Theologia Mariana„ 
Lyon, i653 ; Zicgelbauer, Mancipatas illibatœ V. il/., Constance, 
1726; Plazza, Causa immacalatœ concepiionis, Palcrme, 17^7 ; 
Benoît XIV, De f es lis B, M. V. ; — Plus près de nous, les tra- 
vaux provoqués par la définition dogmatique de i85^, entre 
autres Ballerini, Sylloge monumeniorum ad mysterium Concep- 
iionis inimaculatœ V. Deiparœ illustrandam, Rome, i854-i836 ; 
Malou, L' Invnaculée conception, Bruxelles, 1867 ; Dubosc de 
Pesquidoux, U Immacalée conception, Paris, 1878 ; Le BacheleU 



292 LE CATECHISME ROMAIN 

montre que la piété chrétienne, par les intuitions 
de son sens catholique et par les délicatesses de 
son amour à Tégard de Marie, a devancé et éclairé 
l'œuvre des docteurs et des théologiens ; elle mérite 
toute notre attention. 

I. La Fête 
de rimmaculée Conception 

I. Titre et solennité de la fête. — i. Ses litres, 
— Elle porte aujourd'hui le titre de Fêle de l'Imma- 
culée Conception de la bienheureuse Vierge Marie. Ce 
n'est point celui qu'elle eut à l'origine et dans la 
suite des temps. Dans l'Eglise d'Orient, le calen- 
drier grec l'appela : Conception de sainte Anne, mère 
\ie la Mère de Dieu ; le calendrier gréco-slave : Con- 
ception de sainte Anne, quand elle conçut la très sainte 
Mère de Dieu ; le calendrier du rite syriaque pur et 
syro-maronite : Conception de la bienheureuse Vierge 
Marie ; l'arménien : Conception de la sainte Vierge 
Marie par ses parents Joachim et Anne; le copte : 
Conception immaculée de la Mère de Dieu, la Vierge 
Marie (i). En Occident, ce fut d'abord la Conception 
de la sainte Vierge Marie, la Conception de la sainte 
Mère de Dieu, la Conception de Sainte Marie, puis 
VImmaculée Conception de Marie, la Conception de 
Marie immaculée. Son titre actuel, dans l'Eglise 
latine, est conforme à la définition dogmatique du 

V Immaculée conception, Paris igoS ; Mgr Péchenard, L'Imma- 
culée conception et Vancienne Université de Paris, dans la Revue 
du clergé, 1 5 janvier igoS ; Vacandard, L'origine de la fête de 
la Conception dans le diocèse de Rouen et en Angleterre, dans la 
Revue des questions historiques, t. lxi, janvier i8g7. 

I. Cf. Mlles, Kalendarium manuale utriusque Ecclesiœ, 
1. 1, p. 34S-35i, 465, 48G; t. n, p. 556, ()2b, 681, 700. 






NATURE DE l'iMMACULÉE CONCEPTION 298 

siècle dernier, et exprime bien l'objet de la cro- 
yance. 

2. Sa solennité, — Au point de vue liturgique, la 
fête de rimmmaculée Conception est l'une des plus 
solennelles et marche de pair avec celle de l'Assomp- 
tion. Celle-ci est précédée d'une vigile, qui oblige 
au jeûne, et suivie d'une octave ; elle est du rite 
double de première classe. 11 en est de même pour 
l'Immaculée conception, avec cette unique diffé- 
rence que sa vigile n'oblige pas au jeûne en France ; 
elle se célèbre pendant l'A vent, le 8 décembre, 
exactement neuf mois avant la fête de la Nativité, 
fixée antérieurement au 8 septembre, comme 
rAnnonciation se célèbre le 25 mars, neuf mois 
avant la Noël. 

II. Son objet. — i. La déjuiilion dogmatique, — 
Tout ce qui regarde l'immaculée conception est 
nettement indiqué dans la formule dogmatique de 
la bulle Ineffabilis : « Nous déclarons, prononçons 
et définissons que la doctrine qui enseigne que la 
bienheureuse Vierge Marie fut, dès le premier ins- 
tant de sa conception, par une grâce et un privilège 
singulier de Dieu tout-puissant, et en vue des méri- 
tes de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, pré- 
servée et exempte de toute tache du péché originel, 
est révélée de Dieu, et qu'en conséquence elle doit 
être crue fermement par tous les fidèles. » 

Cette brève formule nous fait connaître la nature 
du privilège : c'est une immunité par préserva- 
tion ; son étendue : c'est une immunité de toute 
souillure du péché originel ; son principe efficient : 
elle a été produite par une grâce et un privilège 
singulier de Dieu; son motif : en prévision et par 
application anticipée des mérites du Sauveur ; son 
moment : dès le premier instant de la conception 



29/i LE CATÉCHISME BOMAIN 

OU de ranimatîon ; et Vaatorilé qui en impose la foi, 
à savoir une révélation divine. 

2. Exemption du péché originel. — La faute origi- 
nelle a fait perdre à Adam et à toute sa race les dons 
surnaturels de la grâce, des vertus théologales et 
cardinales, des dons du Saint-Esprit, et les dons 
préternaturels de l'intégrité, de Timpassibilité et de 
l'immortalité. C'est une vérité révélée et un dogme 
de foi que Tuniversalité de cette déchéance, dogme 
déjà formulé aux conciles de Milève et d'Orange, et 
renouvelé par le concile œcuménique de Trente. 
Dès lors tout être humain, issu de la race d'Adam, 
naît sans la grâce de Dieu, sujet du péché, esclave 
du démon. D'ordinaire, il n'échappe à cette sujétion 
du péché et à cet esclavage du démon, et il ne ren- 
tre dans la grâce et l'amitié de Dieu que par le 
sacrement du baptême. 

Or, Marie appartient par son origine humaine à 
la race d'Adam ; par là même elle devait apporter 
en naissant la tache originelle. Mais sa naissance 
a été sainte, comme le proclame la fête de sa Nati- 
vité. Elle a donc élé sanctifiée avant, dès le sein 
maternel. Mais est-ce au même titre que Jérémie ou 
saint Jean Baptiste ? Et serait-ce là ce qu'il faut 
entendre par son immaculée conception ? Apparem- 
ment non, car ce mot de conception signifie autre 
chose. Il peut s'entendre soit de Tacte générateur 
du père et de la mère, conception active, soit du 
terme auquel aboutit cet acte, quand l'âme vient 
animer le corps, conception passive. Or, Marie, comme 
tout autre enfant d'Adam, a été conçue, au sens 
actif, par l'acte générateur de son père, saint 
Joachim, et de sa mère, sainte Anne. Et le dogme 
de rimmaculée conception ne nous oblige nulle- 
ment à croire que les lois de la génération humaine 
ont été modifiées pour la Vierge, ni même que les 



NATURE DE l'iMMACULÉE CONCEPTrON 2^5 

forces génératrices auxquelles elle dut la vie ont 
échappé aux manifestations de la concupiscence ; 
mais il oblige à croire qu'au moment de sa concep- 
tion passive, c'est-à-dire au moment où son âme, 
créée par Dieu, fut unie au corps pour l'animer, 
cette âme, par un privilège spécial, loin de con- 
tracter la souillure originelle par le fait même de 
son union au corps, resta pure et sans tache, telle 
que Dieu l'avait créée. Par sa seule origine humaine, 
Marie aurait dû contracter la dette et subir la honte 
du péché ; mais par le privilège singulier dont Dieu 
la favorisa, elle fut soustraite à la déchéance primi- 
tive et ne fut pas un seul instant soumise à l'empire 
du démon. 

3. En ver la des mérites da Sauveur, — Par le pri- 
vilège de son immaculée conception, la sainte 
Vierge a bénéficié, par anticipation, du sang rédemp- 
teur. Pour elle, tout à fait exceptionnellement, la 
rédemption est intervenue, non à titre de remède 
pour un mal déjà contracté, mais par manière 
d'antidote et avant toute atteinte du mal : elle n'a 
pas réparé un état de péché, elle a empêché cet état 
de se produire. Telle est l'une des plus belles appli- 
cations des mérites du sang rédempteur. 

Commentant un passage de saint Eucher de Lyon, 
Bossuet s'exprime ainsi : « Marie a cela de commun 
avec tous les hommes qu'elle est rachetée du sang 
de son Fils, mais elle a cela de particulier que ce 
sang a été tiré de son chaste corps. Elle a cela de 
commun avec tous les fidèles, que Jésus lui donne 
son sang, mais elle a cela de particulier qu'il l'a 
premièrement reçu d'elle. Elle a cela de commun 
avec nous, que ce sang tombe sur elle pour la sanc- 
tifier, mais elle a cela de particulier qu'elle en est 
la source. Tellement que nous pouvons dire que la 
conception de Marie est comme la première origine 



-996 LE CATÉCHISME ROMAIN 

du sang de Jésus. C'est de là que ce beau fleuve 
commence à se répandre, ce fleuve de grâces qui 
coule dans nos veines par les sacrements, et qui 
porte l'esprit de vie dans tout le corps de TEglise. 
Et de même que les fontaines, se souvenant tou- 
jours de leurs sources, portent leurs eaux en rejail- 
lissant jusqu'à leur hauteur, qu'elles vont chercher 
au milieu de l'air ; ainsi ne craignons pas d'assurer 
que le sang de notre Sauveur fera remonter sa 
vertu jusqu'à la conception de sa mère, pour hono- 
rer le lieu dont il est sorti. Ne cherchez donc plus 
le nom de Marie dans l'arrêt de mort qui a été pro- 
noncé contre tous les hommes. Il n'y est plus, il 
est effacé. Et comment.^ Par ce divin sang qui, 
ayant été puisé en son chaste sein, lient à gloire 
d'employer pour elle tout ce qu'il renferme de 
force en lui-même, contre cette funeste loi qui nous 
tue dès notre origine (i). » 

4. Aussitôt rachetée que créée, — Logiquement, 
l'acte sanctificateur suppose l'acte générateur, et 
Marie paraît d'abord conçue comme fille d'Adam, 
puis sanctifiée comme fille de Dieu. Mais, comme 
Fobserve le P. Le Bachelet (2), ce n'est pas qu'il y 
ait là réellement une priorité de temps quelconque, 
qui exigerait dans son âme deux états successifs, 
l'un de péché et l'autre de sainteté : il y a seule- 
ment en elle, au premier instant de son existence, 
un double rapport, ce rapport de fille d'Adam qu'elle 
doit à sa génération humaine, soumise à la loi com- 
mune et fondant la dette du péché, et ce rapport de 
fille de Dieu qu'elle doit à la sanctification privi- 
légiée, qui la soustrait aux conséquences de la loi 
commune et éteint en elle, par une application toute 

I. Second sermon pour la Conception, fin du premier point» 
— 2. L'Immaculée Conception, t. 11, p. 37. 



I 



FETE DE L IMMACULEE CONCEPTION 297 

spéciale des mérites du Sauveur, la dette du péchés 
Marie a été aussitôt rachetée que créée, non qu'elle- 
ait été un seul instant soumise au péché, mais pour 
en avoir été préservée au moment même où elle 
l'aurait contracté, quand son âme est venue animer 
le corps. 

5. Conséquences de ce pvimlège. — Conçue sans 
péché, Marie a été créée dans un état de justice 
originelle, qui rappelle celui d'Adam au paradis^, 
mais qui ne comporte pas, comme celui d'Adam, 
les dons préternaturels d'impassibilité et d'immor- 
talité. Dieu a permis ses souffrances et sa mort, non 
à cause du péché qui ne l'atteignit jamais sous 
aucune forme, mais pour l'associer ainsi plus étroi- 
tement à l'œuvre rédemptrice, pour lui permettre 
de donner l'exemple des plus héroïques vertus et 
mettre le comble à ses mérites. Mais, en dehors de 
ces dons préternaturels, il est à croire que Marie a 
joui de celui d'intégrité, et il est certain qu'elle a 
reçu les dons surnaturels à un rare degré de per- 
fection, qui la mettent bien au-dessus de tous les 
saints, au dessus mêmes des créatures angéliques. 
Elle apparaît dès lors, au moment même de sa con- 
ception, comme le chef-d'œuvre du Tout-Puissant, 
qui s'est plu à l'orner incomparablement pour des 
raisons de convenance et de dignité, que la théolo- 
gie aura soin de mettre en relief. Et elle mérite 
aussitôt d'être saluée par l'Eglise de ces mots du 
Cantique : u Tu es toute belle, et il n'y a pas de 
tache en toi (i). » 

5. Objet de la fêle. — Cet objet consiste d'abord à 
remercier Dieu d'avoir donné à la sainte Vierge un 
tel privilège, qui la rendait digne de parliciper plus 
tard d'une manière si intime, si étroite et si indis- 

I. Cant.y IV, 7. 



298 LE CATÉCHfSME ROMAIN 

soluble aux grands mystères de rincarnation et de 
la Rédemption, et de collaborer ainsi à notre sabit. 
A l'action de grâces il faut joindre Tadoration pour 
reconnaître la toute-puissance de Dieu dans Taccom- 
plissement de ses libres desseins dans le rachat de 
l'humanité, et l'humble prière de demande pouf 
profiter du bienfait accordé à la Vierge immaculée. 

D'autre part, en cette fête glorieuse, Marie a droit 
à nos hommages. Non seulement nous devons la 
féliciter et nous réjouir de la grâce incomparable et 
unique qu'elle a reçue au moment de sa concep- 
tion, mais encore ranimer nos sentiments de con- 
fiance à l'égard d'une Médiatrice si puissante et si 
agréable aux: yeux de Dieu. Elle est la Mère du Sau- 
veur, elle est aussi notre mère pour nous avoir 
enfantés moralement aux pieds de la croix; toutes 
ses gloires sont un peu les nôtres ; et celle de son 
immaculée conception, qui est la première dans 
l'ordre du temps, doit nous être particulièrement 
chère en ce jour qui la rappelle et la commémore. 
En cette fête, « le ciel et la terre, faisant écho à la 
Trinité adorable et s'accordant avec Jésus, cory- 
phée, dans le monde, de tous les concerts divins, 
n'ont qu'une même voix et un même ca*ur pour 
chanter à l'honneur de Marie, leur maîtresse et leur 
reine, ce verset prophétiquement inspiré à l'auteur 
du Cantique : (( Tu es toute belle, ô ma bien aimée, 
et il n'y a pas de tache en toi (i). » 

Il y a là, pour nous, une merveille à exalter et 
une leçon à méditer. Celte fête nous invite tout 
particulièrement à Thumilité, en pensant à ce que 
nous serions sans la grâce baptismale : des enfants 
de colère et des esclaves du démon ; à la vigilance 
sm^ nous-mêmes et sur ceux qui nous entourent, 

I. Mgr Gay, Conférences aux mères chrétiennes, Paris, 1877, 
t. II, p. 443. 



PREUVES DE L IMMACULEE CONCEPTION 299 

pour prévenir ou réprimer les écarts toujours pos- 
sibles des instincts prompts à la révolte ; à la 
patience, au milieu des tentations etdes épreuves de 
la vie, pour réfréner la concupiscence et assurer le 
salut ; à la confiance, se traduisant par des invoca- 
tions, des supplications, des prières ; et surtout à 
rimitation, dans la mesure du possible, d un mo- 
dèle de pureté si parfait, par la fuite de tout ce qui 
trouble et avilit, par la recherche de tout ce qui 
relève et ennoblit. 

III. Preuves du dogme et fondement de la 
fête. — I. L'Ecrilare, — ^^ Il y a» dit Bossuet(i), 
certaines propositions étranges et difficiles qui, pour 
être persuadées, demandent qu'on emploie tous les 
efforts du raisonnement et toutes les inventions de 
la rhétorique. Au contraire, il y en a d'autres qui 
jettent au premier aspect un certain éclat dans les 
âmes, qui fait que souvent on les aime avant que de 
les connaître. De telles propositions n'ont pas besoin 
de preuves. Qu'on lève seulement les obslacles, que 
Ton éclaircisse les objections, l'esprit s'y portera de 
soi-même et d'un mouvement volontaire. Que la 
conception de la Mère de Dieu ait eu quelque pri- 
vilège extraordinaire, que son Fils tout-puissant 
l'ait voulu préserver de cette perte commune, qui 
corrompt toutes nos facultés, qui gâte jusqu'au 
fond de nos âmes, qui va porter la mort jusqu'aux 
sources de notre vie, qui ne le croirait, chrétiens ? 
Qui ne donnerait de bon cœur son consentement 
à une opinion si plausible ? » 

Ce n'est pourtant plus une simple opinion, c'est 
un dogme défini, donc une vérité révélée, donc une 
vérité contenue dans l'Ecriture ou la Tradition. Or, 
l'Ecriture n'a aucun texte qui exprime d'une ma- 

I. Premier sermon sur la Conception de la S. V., Exorde. 



3oO LE CATÉCHISME ROMAIN 

nière claire et précise l'idée de Timmaculée concep- 
tion. Elle contient du moins des principes révélés, 
d'où sûrement découle, comme une conséquence 
logique, la vérité de l'immaculée conception. C'est 
ainsi qu'on peut invoquer deux textes, l'un de 1 An- 
cien Testament (i), l'autre du Nouveau. Le premier 
est la sentence prononcée par Dieu contre le ser- 
pent : (( Je metlrai une inimilié entre toi et la femme, 
entre ta postérité et sa postérité ; celle-ci te meurtrira 
à la tête. » C'est l'annonce du Rédempteur futur et de 
la femme qui écrasera la tête du serpent, c'est-à-dire 
Fannonce du Christ et de sa Mère. Pour y voir 
l'exemption de la faute originelle en faveur de la 
femme dont la Rédempteur doit être le fruit, c'est- 
à-dire de Marie, il faut recourir à d'autres données 
révélées, au lien intime et indissoluble qui unit la 
Mère et le Fils dans les mystères de l'Incarnation et 
de la Rédemption. Ce lien exige que, pour la Mère 
comme pour le Fils, l'inimitié contre le démon 
soit portée aussi loin que possible, donc jusqu'au 
moment même de la conception de Marie. Le texte 
du Nouveau Testament n'est autre que la salutation 
angélique, où la Vierge est saluée « pleine de 
grâce (2). )) Cette plénitude doit être absolue, sans 
limiles dans l'intensité, sans limites dans la durée : 
elle englobe donc la vie totale de Marie, y compris 
le premier instant de sa conception. 

Ce double passage ne contient qu'implicitement 
l'idée de l'immaculée conception ; encore doit-il 
être interprété. Aussi Pie IX, dans sa bulle //ie//a6i- 
lis, « n'insiste pas sur les témoignages de l'Ecriture, 
comme s'ils formaient un argument à part; mais il 
les lie, si je puis ainsi parler, écrivait Mgr Malou (3), 

I. Gen., iir, i5. — 2. Luc, i, 28. — 3. L'immaculée concep- 
tion, Bruxelles, 1807, 1. 1, p. 240. 



PREUVES DE l'immaculée CONCEPTION 3oi 

aux témoignages des Pères qui en ont déterminé le 
sens. Il dit que les saints docteurs, en exaltant les 
prérogatives de la Mère de Dieu, ont aperçu dans 
nos saintes Ecritures les traces de son immaculée 
conception, et ont célébré cette prérogative comme 
une grâce dont l'Esprit-Saint lui-même avait parlé. » 
« En particulier, ajoute le P. Le Bachelet(i), la bulle 
Ineffabills n'autorise nullement à voir dans le Pro- 
tévangile et la Salutation angélique une preuve 
explicite de l'immaculée conception, ni même à y 
voir une preuve implicite indépendante de la Tra- 
dition. Pendant les premiers siècles, les Pères ne 
déduisent pas de ces textes le privilège de Marie ; 
mais rapprochant ces deux passages et les compa- 
rant sous la lumière de la révélation, telle qu'elle 
s'est développée dans les diverses prophéties messia- 
niques de PAncien Testament et réalisée dans le 
Nouveau, ils arrivent à Pidée de Jésus-Christ nou- 
vel Adam et de Marie nouvelle Eve, unis tous deux 
dans la lutte contre l'antique serpent, mais aussi 
dans la victoire et par le fait même dans l'innocence 
et la sainteté parfaite : doctrine qui, aux yeux du 
plus grand nombre, contient implicitement l'imma- 
culée conception. L'argument scripturaire n'est donc 
pas indépendant de la tradition active et vivante. La 
révélation de Pimmaculée conception dans la sainte 
Ecriture est tout au plus implicite. » En fût-elle 
même complètement absente, qu'il n'y aurait pas 
lieu de s'en troubler, car l'Ecriture ne contient pas 
toute la révélation ; et l'Eglise, en consultant la Tra- 
dition, a autorité pour nous apprendre infaillible- 
ment que telle vérité fait partie du dépôt révélé. 

2. La Tradition. — Que dit donc la Tradition.^ 
Il en sera question plus loin en détail. Rappelons seu- 

I. V Immaculée Conception, t. ii, p. 58. 



3o2 LE CATÉCHISME ROMAIN 

lement ici que parfois on a para supposer une révé- 
lation explicite, faite aux apôtres par Jésus-Christ 
ou par l'Esprit-Saint. C'est fort possible, mais ce 
n'est pas nécessaire pour la justification du dogme. 
Et beaucoup de théologiens ne reconnaissent qu'une 
révélation implicite de ce mystère (i). « Qu'on exa- 
mine la bulle Ineffabilis, qu'on relise les pages où 
Pie IX développe le grand argument de la tradition; 
où, dans un vivant tableau, il rappelle toutes les 
figures de l'Ancien Testament, que les Pères ou les 
liturgies ont appliquées à la Vierge, toutes les bril- 
lantes métaphores qui reviennent constamment, et 
toutes les épithètes ou appellations variées qui s'accu- 
mulent autour de la Vierge dans les mêmes docu- 
ments. Que prétend-il trouver dans ces nombreux 
témoignages.^ Lui-même nous le dit : (c Les Pères 
etles écrivains ecclésiastiques, instruits par les ensei- 
gnements célestes, n'ont rien eu de plus à cœur 
dans les livres qu'ils ont composés pour expliquer 
les Ecritures, que de proclamer à l'envi et de prê- 
cher de la manière la plus variée et la plus admira- 
ble la souveraine sainlelé de la Vierge, sa dignité, son 
entière exemption de toute souillure du péché et sa 
victoire éclatante sur le détestable ennemi du genre 
humain. » Pie 1\ voit donc se dégager de tous ces 
témoignages une idée générale de la Vierge, où sa 
conception sans tache est contenue comme la partie 
dans le tout et le particulier dans l'universel : ce 
qui suppose la révélation implicite... Cette doctrine 
de Marie toute sainte, toute pure, est, pour les Pères 
et pour l'Eglise, un principe général auquel se ratta- 
chent, comme cas particuliers ou comme applica- 
tion, plusieurs vérités de détail, par exemple Pim- 

I. Par exemple Mgr Malou, L'Immaculée Conception, t. i, 
p. 28, 32. 



PREUVES DE l'immaculée COiNGEPTION 3o3 

munité de tout péché actuel, soit mortel, soit véniel, 
la virginité parfaite et perpétuelle, l'exemption de 
toute concupiscence et de toute souillure dans Ten- 
fantement ; vérités qui ne se trouvent pas exprimées 
dans la sainte Ecriture et qui, pourtant, appartien- 
nent à la croyance de l'Eglise. C'est donc que celle- 
ci tient comme faisant partie du dépôt sacré, reçu à 
l'origine, le principe général de la toute sainteté et 
de la toute pureté de la nouvelle Eve, Mère de Dieu. 
Or; qu'est-ce que l'immaculée conception de Marie, 
sinon une application particulière du même principe 
ou de la même vérité générale (i) ? » 

3. Motifs de convenance. — Ce n'est qu'à la 
lumière de la révélation que la raison découvre 
sans peine les motifs qui ont dû faire accorder à la 
future Mère du Verbe incarné le privilège de l'im- 
maculée conception. Etant donné le rôle que Marie 
devait jouer dans le plan divin de la rédemption, 
on comprend pourquoi elle a dû être exempte de 
tout péché, même du péché originel : cela était de 
la plus parfaite convenance. Et telle est la constata- 
tion par laquelle débute Pie IX dans la bulle Inef- 
fabills. « Dieu, dit-il, destina, dès le commencement 
et avant tous les siècles, à son Fils unique, la Mère 
de laquelle, s'étant incarné, il naîtrait dans la bien- 
heureuse plénitude des temps. Il la choisit, il lui 
marqua sa place dans l'ordre de ses desseins ; il 
l'aima par dessus toutes les créatures d'un tel amour 
de prédilection, qu'il mit en elle, d'une manière 
singulière, toutes ses plus grandes complaisances. 
C'est pourquoi, puisant dans les trésors de sa divi- 
nité, il l-a combla, bien plus que tous les esprits 
angéliques, bien plus que tous les saints, de l'abon- 
dance de toutes les grâces célestes, et l'enrichit avec 

I. Le Bachelet, L'Immac. Conc, t. ii, p. 09. 



3o4 LE CATÉCHISME ROMAIN 

une profusion merveilleuse, afin qu'elle fût toujours 
isans aucune tache, entièrement exempte de l'escla- 
vage du péché, toute belle, toute parfaite et dans 
une telle plénitude d'innocence et dé sainteté qu'on 
ne peut, au-dessous de Dieu, en concevoir une plus 
grande, et que nulle autre pensée que celle de Dieu 
même ne peut en mesurer la grandeur. Et certes il 
convenait bien qu'il en fût ainsi, il convenait qu'elle 
resplendît toujours de l'éclat de la sainteté la plus 
parfaite, qu'elle fût entièrement préservée, même de 
la tache du péché originel, et qu'elle remportât 
ainsi le plus complet triomphe sur l'ancien serpent, 
cette Mère si vénérable, elle à qui Dieu le Père avait 
résolu de donner son Fils unique, Celui qu'il en- 
gendre de son propre sein, qui lui est égal en tou- 
tes choses et qu'il aime comme lui-même, et de le lui 
donner de telle manière qu'il fût naturellement un 
înême unique et commun Fils de Dieu et de la 
Vierge ; elle que le Fils de Dieu lui-même avait 
choisie pour en faire substantiellement sa Mère ; 
^lle enfin, dans le sein de laquelle le Saint-Esprit 
avait voulu que, par son opération divine, fût 
conçu et naquît Celui dont il procède lui-même. » 
4. L'action de VEgUse. — a Cette innocence ori- 
ginelle de l'auguste Vierge, si parfaitement en rap- 
port avec son admirable sainteté et avec sa dignité 
suréminente de Mère de Dieu, l'Eglise catholique, 
continue Pie IX, l'a toujours possédée comme une 
doctrine reçue de Dieu même et renfermée dans le 
dépôt de la révélation céleste. Aussi, par Texposi- 
lion de toutes les preuves qui la démontrent, comme 
par les faits les plus illustres, elle n'a jamais cessé 
de la développer, de la proposer, de la favoriser 
chaque jour davantage. C'est cette doctrine, déjà si 
florissante dès les temps les plus anciens, et si pro- 
fondément enracinée dans l'esprit des fidèles, et 



PREUVES DE l'immaculée CONCEPTION 3o5 



propagée d'une manière si merveilleuse dans tout 
le monde catholique par les soins et le zèle des 
saints évêques, sur laquelle l'Eglise elle-même a 
manifesté son sentiment d'une manière si significa- 
tive, lorsqu'elle n'a point hésité à proposer au culte 
et à la vénération des fidèles la Conception de 
Marie. Par ce fait éclatant, elle montrait bien que 
la Conception de la Vierge devait être honorée 
comme une conception admirable, singulièrement 
privilégiée, différente de celle des autres hommes, 
tout à fait à part et tout à fait sainte, puisque l'Eglise 
ne célèbre de fêtes qu'en l'honneur de ce qui est 
saint. C'est pour la même raison qu'empruntant les 
termes mêmes dans lesquels les divines Ecritures par- 
lent de la Sagesse incréée et représentent son origine 
céleste, elle a continué de les employer dans les 
offices ecclésiastiques et dans la liturgie sacrée, et 
de les appliquer aux commencements mêmes de la 
Vierge. » Et Pie IX de rappeler aussitôt rinslitution 
de la fête de la Conception, de rolïîceetde la messe 
propres, où la prérogative de la Vierge et son exemp- 
tion de la tache originelle sont affirmées avec tant 
de clarté ; la propagation du culte, la concession 
des indulgences, l'approbation des confréries, des 
congrégations et des instituts religieux établis en 
l'honneur de l'Immaculée Conception ; l'extension 
de la fête à toute l'Eglise avec octave ; l'insertion 
dans les litanies de Lorette et dans la préface du 
litre de conception immaculée, afin que la règle de 
la prière servît ainsi à établir la règle de la croyance. 
« Nos prédécesseurs, ajoute Pie IX, en même 
temps qu'ils faisaient tous leurs efforts pour accroî- 
tre le culte de la Conception, se sont attachés, avec 
le plus grand soin, à en faire connaître l'objet et à 
en bien inculquer et préciser la doctrine. Ils ont, 
en effet, enseigné clairement et manifestement que 

LE CATÉCHISME. T. VIII. 20 



3o6 LE CATÉCHISME ROMAIN 

c'était la Conception de la Vierge dont on célébrait la 
fête, et ils ont proscrit comme fausse et tout à fait 
éloignée de la pensée de l'Eglise, l'opinion de ceux 
qui croyaient et qui affirmaient que ce n'était pas la 
Conception, mais la sanctification de la sainte 
Vierge que TEglise honorait. Ils n'ont pas cru de- 
voir garder plus de ménagements avec ceux qui, 
pour ébranler la doctrine de l'immaculée concep- 
tion de la Vierge, imaginant une distinction entre 
le premier et le second instant de la conception, 
prétendaient qu'à la vérité c'était bien la concep- 
tion qu'on célébrait, mais pas le premier moment 
de la conception. » 

En conséquence. Pie IX, après une consultation 
solennelle des évêques du monde entier, a jugé le 
moment venu de procéder à une définition du 
dogme de l'Immaculée Conception, et il a déclaré 
que c'était bien là une vérité révélée de Dieu, et il 
l'a imposée à la croyance catholique. De sorte que, 
désormais, ce serait, pour un catholique, une faute 
grave d'en douter, une hérésie de la nier. 

IL Histoire 
du dogme et de la dévotion 

En Orient. — I. Du 11^^ au X^ siècle. — i. Idée 
générale que les Pères se font tout d'abord de Marie ( i ) . — 
Ils la comparent à Eve, De même que, d'après saint 
Paul, Jésus-Christ est le nouvel Adam, de même, 
d'après les Pères, Marie est la nouvelle Exe; et 

I. Pendant les premiers siècles, les Pères ne parlent pas 
plus de rimmaculée conception de Marie que de son assomp- 
tion ; leur silence, sur ces j^oints. sera expliqué à la leçon sur 
l'Assomption ; mais ce qu'ils disent de Marie, loin d'exclure 
ces deux idées, les justifient d'avance. 



MARIE EVE NOUVELLE Soy 

autant l'Adam nouveau l'emporte sur l'ancien, 
autant l'Eve nouvelle l'emporte sur la première. Le 
nouvel Adam et l'Eve nouvelle collaborent dans' 
l'œuvre réparatrice. La comparaison entre Eve et 
Marie était tellement dans la logique du plan surna- 
turel qu'elle paraît, dès le second siècle. C'est saint 
Justin qui l'indique le premier, c'est saint Irénée 
qui l'accentue, et elle devient un thème ordinaire' 
et traditionnel. 

Or l'excellence de Marie apparaît clairement:' 
mieux qu'Eve, Mario mérite d'être appelée la « mère 
des vivants ; » mieux qu'Eve pour la chute, Marie tra- 
vaille au relèvement. C'est Marie qui a écrasé la 
tête du serpent. Comment P Par le Christ et avec le 
Christ ? Oui, sans nul doute, mais aussi par un con- 
cours personnel, a Comme nouvelle Eve, Marie a sa 
place à côté de sou divin Fils, le nouvel Adam, dans 
l'œuvre de la rédemption. Dans cet ordre de la répa- 
ration et quand il s'agit de nous communiquer la 
vie surnaturelle, Jésus et Marie se trouvent étroite- 
ment unis, comme Adam et Eve le furent dans 
l'ordre de la perdition et dans la transmission de la 
vie naturelle au genre humain. Tous deux appar- 
tiennent au groupe des vainqueurs de Satan et des 
réparateurs, comme l'antique Ad-im et l'antique Eve, 
appartiennent au groupe des vaincus et des déchus. 
Dans ce rôle personnel de la seconde Eve et dans son 
unité morale avec le Christ Rédempteur, les anciens 
Pères de l'Orient ont vunettementun double rapport: 
Pun de ressemblance, entre Eve innocente et Marie ; 
Pautre de contraste, entre Eve ])écheresse et Marie. 
En vertu du premier rapport, la nouvelle Eve ne 
doit être en rien inférieure à l'ancienne; en vertu 
du second, la pleine victoire sur le démon doit, 
s'entendre, non pas d'une fonction isolée de la 
Yierge, mais de toute sa personne et de toute sa 



3o8 LE CATÉCHISME ROMAIN 

vie. Et c'est par ce côté que la doctrine patristique 
de Marie nouvelle Eve se rattache historiquement à 
celle de Marie toute sainte (i). )) 

De plus les Pères ont de la sainte Vierge Uidée 
d'une innocence parfaite, d'une pureté absolue, sem- 
blable à celle d'Eve avant sa chute. Cette idée 
englobe l'origine de Marie, par conséquent sa con- 
ception. Elle est notamment exprimée par les deux 
adversaires de Nestorius, saint Proclus (2) et ïhéo- 
dote d'Ancyre (3). 

D'autre part, les Pères ont remarqué les termes 
de la Salutation angélique : Marie, pleine de grâce, 
Marie bénie entre les femmes. Qu'est-ce donc que 
cette plénitude et cette bénédiction singulière ? que 
contiennent-elles ? Jusqu'où s'étendent-elles ? Dans 
leur langage imagé, dans leurs éloges dithyrambi- 
ques, ils ne posent aucune limite à cette plénitude 
et à cette bénédiction, sans toutefois y comprendre 
explicitement le dogme de l'immaculée conception. 
Mais celui-ci s'en déduit ; car si Marie est toute 
sainte et toute pure, pleine de grâce et bénie, elle Ta 
été d'un bout à l'autre de son existence (4). Us 

I. Le Bachelct, op. cit,, t. i, p. i3. — 2. D'abord dis- 
ciple de saint Ghrysostome, puis successivement évêque 
de Cyzique et de Gonstantinople, Proclus montre la Mère 
du Sauveur « formée d'un limon pur : » il place dans 
la bouche des démons stupéfaits cette exclamation : « Aurons- 
nous donc à lutter contre une nouvelle Eve ? Devrons-nous 
livrer bataille à une femme immaculée? w Et à la fin, il dit de 
Marie : « Elle est ce irlobe céleste d'une nouvelle création, 
sur lequel le soleil de justice a toujours dardé ses rayons, 
chassant complètement de son àme la nuit des péchés. » 
De laadlbas S. M., Orat. vi, 8, 16, 17, Pair, gr., t. lxv, col 734. 
761, 758. — 3. Théodole déclare Marie « étrangère à l'iniquité 
de la femme ; » « innocente, sans tache, sans faute, sans 
souillure, intacte, sainte d'âme et de corps. » In S. /Jet- 
param, homil. VI, 11, 12, Pair, gv., t. lxxvii, col. 1^27. — 
4. Pie IX, dans sa bulle Ineffabilis, a rappelé d'abord les 



TÉMOIGNAGES LITURGIQUES EN ORIENT SOQ 

emploient même le terme d'immaculée et l'appli- 
quent à Marie. Et par là il faut entendre non seule- 
ment la virginité miraculeusement unie à la mater- 
nité, mais encore une pureté s'étendant à tous les 
moments de la vie de la Vierge, parce que, à tous 
ses moments, elle était destinée à être la Mère de 
Dieu. 

2. Lo fêle et le témoignage des liturgies orientales. 
— Comme expression de la croyance de l'Eglise 
d'Orient en faveur de l'immaculée conception, on 
vit bientôt apparaître une fête spéciale. De même 
qu'on célébrait la Nativité de saint Jean-Baptiste, 
parce que, selon l'Evangile, il avait été sanctifié 
dès le sein maternel lors de la visite de la sainte 
Vierge à sainte Elisabeth, de même on célébrait 
déjà la fête de la Nativité de Marie. Marie aussi 

figures de l'Ancien Testament, appliquées par les Pères à la 
Vierge pour peindre son incomparable dignité, sa perpétuelle 
virginité, sa sainteté parfaite : Arche de Noé, Echelle de Jacob, 
Buisson ardent, Tour inexpugnable, Jardin fermé, Cité de Dieu, 
Temple divin, etc. Il a rappelé ensuite les métaphores : Lys 
parmi les épines. Terre absolument intacte, Paradis d'innocence. 
Bois incorruptible. Fontaine toujours limpide, Plante toujours 
verte. Aurore éclatante. Colombe unique de pureté et de beauté. 
Rose toujours belle et toujours fleurie, etc. Et enfin les élo- 
gieuses épithètes qu'ils lui donnent : Reine éclatante de 
beauté, entièrement agréable à Dieu ; Mère de Dieu immaculée, 
et parfaitement immaculée, innocente et très innocente, 
irréprochable et absolument irréprochable, tout à fait étran- 
gère à toute souillure de péché, toute pure et toute chaste, 
le modèle et l'idéal de la pureté et de l'innocence, plus belle 
et plus gracieuse que la beauté et la grâce même, plus sainte 
que la sainteté, seule sainte et pure d'âme et de corps, telle 
enfin qu'elle a surpassé toute intégrité, toute virginité, et que, 
seule devenue tout entière le domicile et le sanctuaire des 
grâces du Saint-Esprit, elle est, à l'exception de Dieu seul, 
supérieure à tous les êtres, plus belle, plus noble, plus sainte 
par sa grâce native que les Chérubins, les Séraphins et toute 
Tarmée céleste. 



3lO LE CATECHISME ROMAIN 

avait été sanctifiée dès le sein maternel ; mais on 
précisa que ce fut au moment de sa conception : de 
là le titre donné à la fête nouvelle de Conceplion de 
sainte Anne, mère de la Mère de Dieu. Et les liturgies 
orientales contiennent un double témoignage, l'un 
d'ordre général par tout ce qu'elles disent de la 
sainte Vierge, l'autre d'ordre spécial par l'office et la 
messe de la Conception ! 

L'idée d'immaculée s'y précise : Marie y est dite la 

(( toute sainte, » 7:avy/ta, (( sans souillure, » -y.vy.ypy.vzo;. 

Or, remarque AVangnereck, ce cette qualification 
implique d'abord l'universalité de temps, parce que 
la sainte Vierge a été sans souillure en tout temps, 
même en celui où sa sainte âme fut créée ; ensuite, 
l'universalité de lieu, parce que Marie fut sans 
souillure non seulement au ciel et sur la terre, mais 
aussi dans le sein de sa mère ; puis l'universalité de 
la souillure, parce que Marie est exempte de toute 
souillure et de tout genre de souillure, sans excep- 
ter le péché originel ; enfin l'universalité des créa- 
tures, parce que la sainte Vierge les surpasse toutes 
en pureté, en exemption du péché (i). » 

La fête est fixée au 9 décembre chez les Grecs, les 
Maronites et les Arméniens ; au 8 décembre, dans 
le rite syriaque pur et le rite syro-chaldéen des 
catholiques; au i3 décembre, chez les Coptes. Et 
elle date de loin. Car on la trouve antérieurement à 
la constitution de Manuel Comnène de l'an 1166, au 
Typicon dressé par l'abbé Nicon, vers 1060, pour le 
patriarcat d'Antioche, au Me/io/o^e, édité par ordre 
de l'empereur Basile Porphyrogénète (f io25) (2), 

I. Pietas mariana Gr œ cor um, Munich, i6/i3, co.nt. 11, n. i43. 
— 2. Ce iMénologe fait suivre Je titre de cette explication : 
« Notre Seigneur et Dieu voulant se préparer un temple vivant 
et une demeure sainte, envoya son ange vers Joachim et Anne, 
qu'il avait destinés à donner le jour à sa mère selon la chair. 



TÉMOIGNAGES LITURGIQUES EN ORIENT 3 II 

au Nomocanon de Pholius (i), jusqu'à Jean d'Eubée, 
qui, vers 7/io, tout en remarquant qu'elle n'était 
pas reçue partout, la signalait, au 9 décembre, parmi 
les dix grandes solennités qu'on doit célébrer (2), 
jusqu'à saint André de Crète, dont le canon, rédigé 
vers 675, porte au 9 décembre : Coaceptio sanctœ ac 
Dei avise Annse (3). Et si la fête remonte ainsi, chez 
les Grecs, jusqu'au vii^ siècle, la croyance qu'elle 
suppose et consacre liturgiquement doit remonter 
plus haut encore. Dès la première moitié du vii^ 
siècle, saint Sophronius, mort patriarche de Jéru- 
salem en 638, déclarait Marie sans tache et sans 
souillure, a purifiée par anticipation (4)- » 

3. Objections que Von fait à ces témoignages, — ■ 
L'objet de la fête, chez les Orientaux, n'aurait pas 
été la conception de Marie, telle que nous l'enten- 
dons, mais simplement le miracle qui rendit sainte 
Anne mère de Marie après une longue stérilité. Ils 
célébraient bien la conception de saint Jean-Bap- 
tiste, mais sans prétendre pour autant l'exempter 
de la faute originelle. De même pour Marie. 

Il est vrai qu'absolument parlant, on pourrait 
supposer, pour la sainte Vierge comme pour saint 
Jean, une fête de la conception sans qu'elle eût 
pour objet l'exemption de la tache originelle. Mais, 
en fait, il n'en a pas été ainsi, car, relativement à la 

et, pour donner crédit à la conception virginale de la fille, 
lit annoncer la conception de la mère inféconde et stérile. La 
sainte Vierge fut donc conçue, et elle naquit, non pas au bout 
de sept mois ou sans qu'il y eût eu coopération de l'homme, 
comine certains le prétendent, mais au bout de neuf mois 
révolus et Thomme ayant sa part à la naissance de celte enfant 
de promesse. » Menologiuin, Pair, gr., t. cxvii, col. igô. 

I. Momocanon, VIT, i, Pair, gr., t, civ, col. 1070. — 
2. Serm, in Conceplionem Delparœ, 10, 28, Pair, gr., col. 1/I75, 
ï^99' •"■ ^' PctCr. gr., t. xcvu, col. i3o6. — 4. In S, Deiparœ 
anrmnt., orat. 11, Pair, gr., t. Lxxxvr, col. 32^0 sq. 



3l2 LE CATÉCHISME ROMAIN 

fête qui concerne la conception de Marie, observe 
Mgr Maloii (i), au milieu des prières et des canti- 
ques qui se rapportent aux circonstances extrinsè- 
ques, on voit percer à chaque instant l'intention 
formelle de célébrer la sainteté originelle, parfaite, 
perpétuelle de la Mère de Dieu. L'idée manifeste- 
ment inspiratrice de ces manifestations liturgiques 
est que Dieu a préparé en Marie la demeure de son 
Fils, que le Verbe a posé les fondements de sa Mère 
future. Et cela interdit de mettre sur le même plan 
la conception de la sainte A ierge et celle du Pré- 
curseur (2). « C'est un fait remarquable que l'Eglise 
grecque ne considère pas la Vierge Marie d'une 
façon dilférente dans ces deux moments de son 
existence, la naissance au sein de sa mère et la nais- 
sance au monde visible ; dans l'un et dans l'autre 
cas, mêmes louanges, mêmes applications des textes 
scripturaires, mêmes expressions. La raison du fait 
est très simple et très instructive à la fois: à ces 
deux moments, l'Eglise grecque voit, et voit uni- 
quement en Marie la Mère de Dieu, la fille de Dieu, 
la nouvelle Eve, les prémices de notre salut. Qu'il 
s'agisse de la première ou de la seconde naissance ; 
qu'il s'agisse de Marie conçue ou de Marie enfantée, 
qu'importe? Aussi, dans l'office du 8 septembre, 
c'est tantôt la naissance, tantôt la conception même 
de la Vierge qui est célébrée. On doit considérer 
comme étrangère à l'Eglise grecque d'alors l'idée 
d'une sanctification de la Vierge qui, comme celle de 
saint Jean-Baptiste, précéderait la naissance mais se- 
rait postérieure à la conception. La sainteté originelle 
de la Mère de Dieu entrait donc dans l'objet de l'anti- 
que fête de la Conception. Qu'on dise, si l'on veut, 



I. L'Iinni- Concept., t, ir, p. 170. — 2. Voir les Menées, Me- 
naça, Venise, i843, p. G4 sq. 



TÉMOIGNAGES DES PERES GRECS 3l3 

que les Eglises orientales n'ont pas fait théorique- 
ment la distinction entre conception active et con- 
ception passive, qu'elles ont pris le mystère en bloc^ 
soit ; mais elles n'en ont pas moins honoré comme 
saintes et divines, quoique sous un rapport difie- 
rent, la conception active de sainte Anne et la con- 
ception passive de Marie : la première, pour les cir- 
constances miraculeuses qui s'y rattachaient; la 
seconde, pour les dons delà grâce qui, dès le début, 
ornèrent l'âme de Notre-Dame (i). » 

4. Le langage des Pères est conforme aux données 
liturgiques . — Pendant la période qui va du vii^ au 
x^ siècle, tous les orateurs grecs tiennent un langage 
semblable à celui de la liturgie (2). Qu'ils parlent 
de la Nativité ou de la Conception, ils emploient de& 
expressions qui ne laissent pas de doute. Et dès lors, 
demande le P. Le Bacheîet (3), ne faut-il pas voir 
dans la fête de la Conception comme un déclanche- 
ment de la fête de la Nativité, qui à l'origine se rap- 
portait à Marie considérée dans sa première et sa 
seconde naissance ? En tout cas, voici la conclusion 
légitime des faits acquis : il a fallu que la fête de la 
Conception préexistât à la séparation des diverses 
Eglises de l'Orient, ou que du moins, pour se faire 
accepter, elle fût l'expression naturelle d'unecroyance 

I. Le Bacheîet, Vlm. Conception, t. i, p. [\^. — 2. « Si l'on 
célèbre à bon droit les dédicaces des églises, disait l'un 
d'entre eux, au viiP siècle, Sermo in Concept. Dtiparœ, n. 
2ï, Pair, (jr., t. xcvi, col. i^qd, avec combien plus de zèle 
et de ferveur ne convient-il pas de célébrer celte solennité! 
Car on n'y po^e point des fondements de pierre matérielle, on 
n'élève point à Dieu un temple bàli de la main des hommes ; 
mais il s'agit de la Conception de Marie, la sainte Mère de 
Dieu, en laquelle, par le bon plaisir de Dieu le Père et la coopé- 
ration de ri^]sprit très saint et vivifiant, Jésus-Christ, Fils de 
Dieu, la pierre angulaire, se bâtit à lui-même une demeure. » 
— 3. Ulm. Concept , t. i, p. 48. 



3l/i LE CATÉCHISME ROMAIN 

Mi l I — ^— ^M— ^— ^i— — — i^M^M 

commune à toutes, relativement à la sainteté origi- 
nelle ou, d'une façon plus générale, à la sainteté 
indéfinie de la Mère de Dieu. 

IL Après le schisme. — [. Observations parlica- 
Hères. — Le schisme grec, déjà préparé par Photius, 
et consommé, en io54, par Michel Gérulaire, n'eut 
nullement pour cause la question de la Conception, 
qui n'y entre pour rien. Photius lui-même profes- 
sait la conception sans tache de Marie (i). Et la fête 
se maintint ainsi que la croyance avec des formu- 
les plus explicites encore en faveur de Limmaculée 
conception. Citons seulement Isidore de Thessalo- 
nique qui, au début du xnr siècle, dans une homé- 
lie sur le mystère de la Présentation, montre Marie 
échappant à la parole du prophète et pouvant dire 
d'elle-même: « Je n ai pas été conçue dans T iniquité, y) 
ou encore: « Manière, par un privilège unique, ne 
m'a pas conçue dans le péché, » car cette grâce est 
comprise, elle aussi, au nombre des « grandes cho^ 
ses que le Tout-Puissant a faites en moi (2). » 

2. Voix discordantes: Métrophane Critopoulo. — - 
Il fallut attendre la Réforme avant d'entendre, chez 
les Grecs, une voix discordante. Ce fut, en effet, en 
1626, qu'un ancien élève des universités protestan- 
tes d Oxford, de Tubingue et de Strasbourg, devenu 
patriarche d'Alexandrie, prétendit tirer des Pères 
grecs un argument contre la conception immaculée. 
D'après lui, quand les Pères interprètent ces paroles 
de 1 ange à Marie : « Le Saint-Esprit descendra sur 
vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son 
ombre, » ils se demandent : Pourquoi le Saint-Esprit 
descendit-il d'abord sur la Vierge? C'était, répon- 

I. In Ss, Dei Genitricis natalem diem, homil. i. Pair. gr. 
t. CI, col. 55o, 555. — 3. In ingressum ùnmaculatissimx Domi" 
nœ nostrœ, serm. 11, i3, Pair, gr., t. cxxxix, col. 52, 



TÉMOIGNAGES DES PERES GRECS 3l5 

dent-ils, pour la purifier et en faire un vase digne 
de porter le Verbe ; car elle avait besoin d'être puri- 
fiée. Or, si elle n'avait pas été conçue et n'était pas 
née comme les autres hommes, elle n'aurait pas eu 
besoin d'être ainsi purifiée par le Saint-Esprit. 

Cette interprétation est inexacte, contraire à la 
pensée bien connue des Pères grecs, et donnant 
arbitrairement au mot de purification un sens qui 
n'est nullement le sens visé et qui a une significa- 
tion bien plus relevée. « Chez eux, comme dans la 
sainte Ecriture, le terme de purificalion ne signifie 
pas toujours le passage de l'état de péché à l'état de 
grâce, mais il signifie aussi le passage à un degré 
supérieur de sanctification ou de pureté, dans l'âme 
ou dans le corps. Le moment était venu, où Marie 
devait coopérer par l'esprit et par la chair au subli- 
me mystère de l'Incarnation ; son enfantement vir- 
ginaldevait être soustrait à toutes les souillures qui, 
d'après la loi commune, accompagnent la généra- 
tion humaine. Tout cela demandait une nouvelle et 
plus abondante effusion de grâces sur toute la per- 
sonne de la bienheureuse Vierge ; tout cela deman- 
dait une purification, mais dans le sens relatif que 
nous venons d'indiquer (i). » 

3. Objection plus récente, — « La mort est le châ- 
timent du péché. Or, Marie est morte. Donc elle a 
subi la loi du péché, au moins dans sa concep- 
tion (2). » 

La majeure de cet argument a besoin d'une dis- 
tinction. Quant à la mineure, on doit l'expliquer 
pour une tout autre raison que la présence du péché : 
Marie est morte comme le Christ est mort, sans 
jamais avoir contracté le moindre péché. Voici la 

I. Le Bachelet, L7m. Concept., t. i, p. 56. — 2. On verra 
dans la leçon sur l'Assomption les raisons de la mort de 
Marie. 



3l6 LE CATÉCHISME ROMAIN 

réponse faite au concile de Jérusalem, présidé en 
1672 par le patriarche Dosithée, pour réagir contre 
rimportation des erreurs calvinistes : « La mort de 
Marie n'a nullement eu pour cause- la contagion du 
péché, mais seulement les principes naturels qui, 
même avant le péché, se trouvaient dans l'hom- 
me (i). » 

4. La lettre encyclique de 1805. — Ces dernières 
années, en 1890, l'Eglise grecque a produitun docu- 
ment retentissant (2). Il y est dit : a L'Eglise des 
sept conciles œcuméniques, une, sainte, catholique 
et apostolique, a pour dogme que l'incarnation sur- 
naturelle de l'unique 1 ils et Verbe de Dieu par le 
Saint-Esprit et la Vierge Marie est la seule qui soit 
pure et immaculée. Mais l'Eglise papale a encore 
innové, il y a quarante ans à peine, en établissant, 
au sujet de la conception immaculée de la Vierge 
Marie, la Mère de Dieu, un dogme nouveau, qui 
était inconnu dans l'ancienne Eglise, et qui avait 
été jadis violemment combattu par les plus distin- 
gués théologiens de la papauté. » 

Protestation grave, si elle était fondée. Il est vrai 
que des théologiens latins ont combattu contre la 
croyance à l'immaculée conception ; mais il est vrai 
également que leur opinion n'a mis obstacle, 
comme nous le verrons plus loin, ni au culte ni à 
la croyance. Il est vrai aussi que les sept premiers 
conciles œcuméniques, les seuls reconnus par l'Eglise 
grecque, n'ont point parlé de l'immaculée concep- 
tion; mais il n'est pas moins vrai qu'il ne l'excluent 
pas et que rien, dans les professions de foi authen- 
tiques de l'Eglise grecque à ces sept conciles, n'est 

I. Dans Kimmel, Monumenla fidei Ecclesiœ orlenialis, léna, 
1800, i"^*" p., p. 355. — 2. Lettre encyclique patriarcale et syno- 
dale du Très Saint Siège apostolique et patriarcal, Constantino- 
ple, 1895. 



TÉMOIGNAGES EN OCCIDENT 817 



en contradiction avec cette croyance. Il plaît aux 
Grecs de tenir pour non avenu le développement 
dogmatique qui a suivi en Occident ; mais ils n'ont 
pas le droit pour cela de renier leur propre tradi- 
tion, celle d'avant leur schisme, qui d'ailleurs est 
i^estée la même après, ainsi qu'en témoignaient les 
réponses des evêques orientaux à la demande de 
Pie IX (i). Cette tradition, antérieure et postérieure 
au schisme, montre combien mal avisés ont été, 
en 1895, les représentants de l'Eglise grecque. Un 
professeur d'Athènes, membre de l'Eglise grecque 
schismatique, disait en i855, au sujet du dogme 
proclamé par Pie IX : « Ce n'est point une nou- 
veauté ; nous avons toujours tenu et toujours en- 
seigné cette doctrine, depuis les premiers siècles de 
l'antiquité chrétienne ; ou plutôt, je dirais volon- 
tiers que ce point a toujours été tenu pour acquis 
comme un fait sacré ; trop sacré, en réalité, pour 
donner lieu aux querelles et aux disputes, et n'ayant 
pas besoin d'une définition de la part de Rome (2). » 
Oii est l'écho de l'antique Tradition, demande 
justement le P. Le Bachelet ? Au Phanar ou au 
Vatican ? 

En Occident. — I. Pendant les onze premiers 
siècles. — I. Observation préliminaire. — C'est un 
fait que, dans l'Eglise latine, la croyance à la con- 
ception immaculée de Marie ne s'est pas manifestée 
tout d'abord sous une forme explicite. Mais c'est un 
autre fait que cette croyance, implicitement conte- 
nue dans le dépôt révélé, s'est explicitée peu à peu 
jusqu'au jour oij, après de multiples oppositions, 

ï. Cf. Le Bachelet, L7m, concept., t. i, p. Oi-O^. — 3. Cité 
par George Lee, alors membre de l'Eglise anglicane, dans son 
livre Ttie Sinless Conception oj the Moiker of God, Londres, 1891, 
p. 58. 



3l8 LE CATÉCHISME ROMAIN 

mais aussi après des manifestations plus accentuées 
de la piété et une étude plus approfondie, la question 
a paru mûre pour une définition et a été tranchée 
dogmatiquement. 

2. Da premier aa cinquième siècle. — En Occident 
comme en Orient, Marie a été regardée, dès les 
débuts, comme l'Eve nouvelle, victorieuse du ser- 
pent, pleine de grâces. Tertullien a parlé d'elle, au 
second siècle, comme saint Juslin et saint Irénée. 
Marie, c'était la coopératrice du Sauveur dans l'œu- 
vre réparatrice du salut, non pas seulement pour 
nous avoir donné Jésus, le Rédempteur et le vain- 
queur de Satan, mais pour avoir collaboré person- 
nellement dans une certaine mesure au rachat de 
l'humanité. Pensées fécondes, qui permettront, au 
moment voulu, de montrer leur richesse et de lais- 
ser voir qu'elles impliquent la croyance à l'imma- 
culée conception. 

3. La pensée de saifit Augusiiii. — Le grand évêque 
d'IIippone, dans sa lutte contre les Pélagiens, avait 
posé des principes qui semblaient exclure Marie du 
privilège de la conception immaculée. En /ii2, il 
paraissait insinuer que la sainte Vierge n'a été tota- 
lement puriiiée qu'au moment de l'Incarnation du 
Verbe (i). Mais, sous la pression des difficultés qu'on 
lui opposait, sa pensée s'est précisée peu à peu. C'est 
ainsi que lorsqu'il fut mis en demeure de se pro- 
noncer nettement sur la question de la culpabilité 
possible de Marie, il écrivit en [\io : « J'excepte la 
sainte Vierge dont, par respect pour le Seigneur, je 
ne veux point qu'il soit parlé quand il est question 
de péché Dès lors, en efl'et, qu'elle a mérité de con- 
cevoir et d'enfanter Celui qui est absolument sans 
péché, il y a pour nous une preuve qu'elle a reçu 

I. De peccal. meril.ls, ii, 38. 



TÉMOIGNAGES EN OCCIDENT OI9 

un surcroît de grâce qui Ta mise en état de rempor- 
ter une victoire absolue sur le péché (i). » 

II ne s'agissait là, sans doute, que de l'exemption 
du péché actuel, car il est d'autres textes où saint 
Augustin comprenait Marie parmi ceux qui ont 
hérité du péché d'Adam, dont il n'exceptait que le 
Christ, parce qu'il avait été conçu du Saint-Esprit 
et non d'un homme. Mais ces textes sont antérieurs 
à /|2o ; et l'évêque d'IIippone n'avait eu d'autre but 
que d'alFirmer l'universalité du péché originel. Le 
cas de Marie n'avait pas été posé, mais Julien 
d'EcIane le posa. C'est alors, de [\'2g à sa mort, que 
saint Augustin déclare ne pas assujettir la sainte 
Vierge à cette universalité, à raison d'une faveur 
spéciale qui l'a préservée du péché originel (2). Tel 
est l'aboutissement de sa pensée : à ses yeux, Marie 
est exempte aussi bien du péché originel que du 
péché actuel ; en vertu de la loi qui, depuis la 
chute, préside à la naissance de tout homme, Marie 
aurait dû y être soumise, mais en fait elle y a 
échappé par un privilège spécial (3). 

I. De nat. et (jraiia, xxxvi, /^a, Pair. laL, t. xliv, col. 267. Ce 
passage fait suite à l'endroit où saint Augustin vient de ran- 
ger parmi les pécheurs les justes les plus célèbres de TAncien 
Testament, Abcl, Enoch, Abraham, Elie, saint Joseph lui- 
rneme. L'importance d'un tel privilège, surtout appuyé sur 
de ttls motifs, n'a pas échappé à llarnack. « Augustin, dit-il, 
Dogmengeschichte, t. 111, p. 217. a si énergiquenient proclamé 
la culpabilité de tout homme, même des saints, que cette excep- 
tion en faveur de Marie a contribué à lui donner un rang à part 
entre le Christ et les chrétiens : et pour exprimer la capacité de 
grâce en INlarie, Augustin emploie les mêmes expressions que 
pour Jésus. » — 2. Opns imperfeclnm cont.Jullaniim, IV, 125, /*alr. 
laL, i. xLv. col. i4i8. — 3 « Nombre de catholiques, dit le P. 
Portalié, nict.de //léo/.. 1. 1, col. 2376, et certains protestants ont 
vu là une anirmalion du granl piivllège D'autres ne croient 
pas le texte concluant, llarnack dit qu'il ne suflit pas pour 
affirmer avec certitude. Gompirons les deux seules interpré- 



3^0 LE CATÉCHISME ROMAIN 

4. Langage des Pères, — Si les Pères latins appli- 
quent parfois à Marie, même au moment de l'an- 
nonciation, l'expression chair de péché, ce n'est 
point pour dire qu'elle a commis le péché, mais 
pour marquer la diflérence qui existe entre elle et 
son Fils, quant au mode de conception. Car, après 
le péché d'Adam, la génération humaine est sou- 
talion? possibles de ce texle. La première : « Non, nous ne 
isoumettons pas Marie au démon par la loi de la naissance, et 
cela parce que la grâce de la régénération l'a préservée de 
cette triste loi. » Ce sens admis. Marie n'a jamais été esclave 
du démon, l'objection de Julien tombe à terre. Il y a accord 
parfait avec la protestation dont les termes sont si universels: 
« Dès qu'il s'agit de péclié, je ne veux point qu'il soit ques- 
tion de la Mère du Sauveur. » Deuxième interprétation : 
« Nous ne soumettons pas Marie au démon, parce que, née 
dans le péché par la loi générale de toute naissance, elle en a 
■été délivrée par la grâce de la régénération.» L'immaculée 
conception disparaît, mais en môme temps que de difficultés! 
I* Au lieu d'une réponse à Julien, c'est un aveu et une dé- 
faite : on lui accorde tout, la Mère de Dieu a été esclave du 
démon ; 2" Elle est mise absolument au même rang que tous 
les autres hommes, dont le péché originel a été etl'acé; il n'y 
a même pas une indication sur le moment de sa justification : 
-que devient ce rang cà part, à côté du Christ, si justement 
signalé par Harnack, dans la doctrine d'Augustin ? 3° Bien 
plus, on prèle au grand docteur une contradiction dans la 
même phrase : les mots non transcribinms nient toute servi- 
tude du démon, et aussitôt on l'accorde. Augustin dirait à la 
lettre : « Nous ne soumettons pas Marie au démon, et cela 
parce qu'elle est réellement son esclave en naissant, mais 
plus tard elle est régénérée. » Au lecteur de décider si cette 
interprétation est vraisemblable. D'autre part, il faut recon- 
naître que, dans le même ouvrage, vi, 22, ibid , col. i535, 
Augustin semble n'excepter que Jésus-Christ. Mais si on ap- 
profondit mieux ce texte, Augustin y traite uniquement de la 
transmission de droit du péclté originel, transmission qui 
atTecte tous ceux qui descendent d'Adam par génération na- 
turelle, et en ce sens Jésus-Christ seul est exempt. Marie 
n'est pas exemple de droit, elle est exceptée en fait, en vertu 
ïnème de la rédemption de Celui qui est exempt de droit. » 



TEMOIGNAGES EN OCCIDENT 321 

mise à la loi de la concupiscence ou loi du péché. 
Or, Marie a été engendrée dans les conditions ordi- 
naires de l'union du père et de la mère ; et, dès 
lors, elle avait reçu de ses parents une chair de 
péché ; tandis que le Sauveur, conçu virginalement 
par l'opération du Saint-Esprit, a reçu une chair 
semblable, quant aux qualités, à notre chair de pé- 
ché, mais non pas elle-même chair de péché. 

Et quand les Pères latins disent que le Christ seul 
est né sans péché, ils ont en vue le mode de la 
génération humaine, qui est propre aux fils d'Adam 
déchu, mais qui n'a pas été celui du Christ, 

L'exemption du péché, affirmée de Marie, va plus 
loin que le péché actuel, jusqu'au péché originel 
inclusivement, si l'on tient compte de la pleine vic- 
toire que Marie devait, dans les desseins de Dieu, 
remporter sur le démon. 

5. Apparition de la croyance explicite, — Il faut 
tenir compte des circonstances du temps. L'Occi- 
dent aux prises d'une part avec l'hérésie pélagienne, 
et d'autre part avec les invasions, resta quelque peu 
stationnaire. On trouve cependant des expressions 
qui se rapprochent beaucoup de la croyance expli- 
cite en faveur de l'immaculée conception. Saint 
Pierre Chrysologue (f 45o) nous montre Marie 
« fiancée à Jésus-Christ dans le sein de sa mère et 
lorsqu'elle commença d'être (i). » Et saint Maxime 
de Tarin, quelques années après lui, fait de Marie 
(( une demeure digne du Christ, non par la disposi- 
tion du corps, mais par la grâce originelle (2). » 

Plus tard, la croyance explicite apparaît dans le 
De parla Virginis, qu'on a cru de saint Ildefonse, 
mais qui est de Paschase Radbert, ix^ siècle. Par- 

I. Serm. CXL, de Annant,, Pair. lat. t. lu, col. 076. — 
2. Homil. F. anie natalem Domini, PaU\ lat,, t. lvii, col. a55. 

LE CATÉCHISME, — T. VIII. 21 



32 2 LE CATÉCHISME ROMAIN 

tant du fait que la naissance de Marie est célébrée 
partout, l'auteur en conclut que Marie était sans 
péché au moment de sa naissance ; et il va plus 
loin, en la disant « sanctifiée dans le sein de sa 
mère, n'ayant pas contracté le péché originel. » On 
peut donc, conclut-il, appeler saint et vénérer pieu- 
sement v( le jour où commença l'heureuse naissance 
de Marie (i). » Il est impossible, remarque le P. Le 
Bachelet (2), de ne pas voir dans ce passage un 
témoignage formel en faveur de la conception sainte 
de la Vierge, impossible aussi de ne pas y voir un 
acheminement vers une fête de la Conception, dis- 
tincte de la fête de la Nativité. Et, au xi^ siècle, saint 
Fulbert, évêque de Chartres, demande: « Est-ce 
possible de croire que le Saint-Esprit ait jamais été 
absent de cette Vierge admirable, qu'il devait un 
jour couvrir de son ombre (3)? » C'est ainsi qu'en 
Occident comme en Orient, à propos de la Nativité, 
la pensée se reporte vers la. Conception. Il n'y a 
plus qu'un pas à faire pour arriver à cette fête 
même de la Conception ; ce pas a été franchi. 

IL Fête de la Conception. — i. Ses origines. — 
C'est d'Orient que la fêle de la Conception s'est pro- 
pagée en Occident, d'abord dans l'Italie du Sud, 
alors encore dépendante de l'Empire byzantin ; elle 
y était connue au ix'" siècle (4). On la trouve ensuite 
dans quelques monastères bénédictins de l'Eglise 
anglo-saxonne, avant même l'invasion normande 
de 10G6 (5). Celle-ci fat loin de la favoriser, car le 

I. Pair, loi., t. c\x, col. 1871. — 2. Llm. Conception, t. n, 
p. lO. — 3. De orlii D. F., Orat. VI, Pair, lat , t. gxli, col. SaG. 
— /j. D'après un calendrier de Naples, du ix« siècle, gravé sur 
le marbre, et édité par Mazocclii, en 174^. On y lit au 9 décem- 
bre: Conception de la Sainte Vierge Marie, — 5. Les calendriers 
liturgiques des monaslères de Winchester mentionnent au 8 



11 



ORIGINES DE LA FETE DE LA CONCEPTION 323 



calendrier anglo-saxon fut aboli. La fête ne dis- 
parut point complètement. Après une éclipse 
momentanée, elle fut restaurée, non par saint 
Anselme, comme on l'a cru, mais par son neveu et 
homonyme (i), au commencement du xii"^ siècle. 

Avant de devenir abbé de Saint-Edmond eu 
Angleterre, le neveu de saint Anselme avait été 
quelque temps abbé de Saint Sabas, à Rome, ow 
des moines grecs reconnaissent pour leur père, saint 
Sabas, Tauteur d'un Typicon, oii se trouvait juste- 
ment consignée la fête grecque de la Conception. 
Une fois en Angleterre, Tabbé Anselme ne se con- 
tenta pas de la faire célébrer dans son couvent, il 
s'en fit le promoteur et le propagateur autour de 
lui, non sans quelques difficultés (2), mais aidé par 

décembre la Conception de la Sainte Mère de Dieu. Le Pontifical 
de Leofric (1046-1072) et celui de Gantorbery, entre io23 et 
io5u, ont une formule de bénédiction in Conceptione sancis^ 
Mariœ, in die Concepiionis sancte Dei Genitricis Mariœ. 

I. Cf. de Bruk, Osbert de Clareet Uabbé Anselme, instilatears 
de la je te de r Immaculée Conception de la S. V. dans l'Eglise 
latine, dans les Etudes de théologie, 1860 ; Bishop, Origins of 
thefeast of the Conception of the B. V. M., dar)s The Downside 
Reiiew, 186G; Wollf, Abt Anselm und dos Fest des 8 December et 
Nocli einmal das Fest des 8 December, d^n^ Studien und Miltheilun- 
gen aus dem Benedictiner und Cistensier-Orden, i885 ; Vacandard,. 
S. Bernard et la fêle de la Conception dans l<i Science catholique,. 
1893. — 2. Voici ce qu'il dit au début du traité De Conceptione- 
B. M. V., qui est selon toute apparence de lui et non de sort? 
oncle. Pair, lat , t. clix, col. 3oi : « Quand je veux chercher 
la source d'où le salut du monde a coulé, c'est la solennité 
d'aujourd'hui qui vient d'abord à ma pensée, cette solennité 
qu'on célèbre en beaucoup d'endroits en l'honneur de la Con- 
ception de Marie, la bienheureuse Mère de Dieu. Autrefois 
déjà elle était célébrée, mais plus ouvertement et par ceux-là 
surtout en qui s'alliait une pure simplicité avec une plus- 
humble dévotion envers Dieu. Alais depuis que l'amour de 
la science et la passion de l'examen se sont emparés de l'es- 
prit de plusieurs, on a retranché cette solennité, au méprisr- 



324 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Osbert de Clare, prieur de Westminster, et Eadmer, 
moine de Cantorbéry. Dans une lettre à Tabbé 
Anselme, vers 1128, Osbert de Clara est net et pré- 
cis sur la croyance; il constate que la fête se célèbre 
en beaucoup d'endroits, même dans les pays d'ou- 
tre-mer (i), en Normandie par conséquent. Eadmer 
(f II 24) est plus catégorique encore sur le qualifi- 
catif immaculée donné à la Conception. Et non seu- 
lement il est pour la fête, mais il cherche à en moti- 
ver le fondement doctrinal : c'est le premier 
ouvrage qui se soit proposé comme but de défendre 
l'immaculée conception (2). 

2. Son introdaclion en France. — D'Angleterre la 
fête était passée en France, à une date impossible à 
préciser, et très vraisemblablement en Normandie 
tout d'abord (3). Vers ii3o, d'après M. Yacan- 
dard (4), elle fut introduite à Lyon, où avaient 
séjourné saint Anselme (5) et son neveu. 

de la simplicité des pauvres» ou bien on l'a réduite presque à 
néant, sous prétexte qu'elle manquait de fondement sérieux. 
Et le sentiment de ces hommes a prévalu d'autant plus par- 
faitement que ceux qui l'ont mis les premiers en avant étaient 
au-dessus des autres. » 

i.Dans Anstruther, Epistolsd, Bruxelles, i846,84ettre. — 2. De 
Conceptione S, M, publié par Thurston, Fribourg-en-Brisgau, 
1904. — 3. C'est unfait,ditIvellner,//eorio/o^ie,trad, franc., Paris, 
1910, p. 335-336, qu'au temps de révêque Rotrou (ii65-ii83), 
elle était établie et placée sur la mcme ligne que l'Annoncia- 
tion. La fête était par conséquent célébrée dès cette époque, 
dans la Normandie tout entière. Si la corporation des étu- 
diants normands de l'université de Paris l'adopta comme fête 
patronale, ce ne pouvait être l'effet d'un caprice, mais la chose, 
doit avoir sa raison d'être dans les usages ecclésiastiques de 
leur pays. Or, les Normands n'ont pas inventé la fête, mais ils 
ont sans doute appris à la connaître de la Basse Italie (ou plu- 
tôt de l'Angleterre). — 4- Vie de saint Bernard, Paris, 1896, t. 
II, p. 82. — 5. C'est à Lyon, d'après Eadmer, que saint An- 
selme aurait composé son De conceptu virginali. 



PROTESTATION DE SAINT BERNARD 325 

3. Prolestalion de saint Bernard. — Mais la chose 
n'alla pas toute seule, car la fête lyonnaise parut 
répréhensible au célèbre abbé de Glairvaux. Dans 
sa lettre aux chanoines de Lyon (i), il la taxa de 
nouveauté « ignorée de la liturgie, non approuvée 
par la raison, ni autorisée par la tradition ancien- 
ne ; » il conseille de s'en tenir aux fêtes de la Nati- 
vité et de l'Assomption, u II est pourtant bien 
entendu, dit-il, que ce que j'ai dit est dit sans préju- 
dice de Tavis de plus sages que moi. Je m'en 
rapporte en tout ceci, comme pour tout le reste, à 
l'autorité et au jugement de l'Eglise romaine, prêt 
à corriger, selon son avis, mon propre jugement. » 
Sur le terrain patristique, il en appelait à saint 
Augustin, dont la pensée complète lui était incon- 
nue ; il ignorait également la tradition grecque. 
Sur le terrain rationnel, il reconnaît que Marie est 
née sainte, mais il n'admet pas qu'on puisse hono- 
rer sa Conception (2). Ne distinguant pas entre la 
conception active, ou l'acte générateur, et la con- 
ception passive, ou le terme de cet acte, ses argu- 
ments vont à rejeter autant l'une que l'autre. Et 
son opposition ouvrit l'ère d'une grande contro- 
verse doctrinale en Occident, sans toutefois, remar- 
quons-le, entraver la propagation de la fête, ni 
même sans faire tomber la croyance (0). 

I. Epist. CLxxiv, Pair, lat., t. clxxxii, col. 332-336. — 
2. Si, dit-il, elle n*a pu être sanctifiée avant sa conception, 
puisqu'elle n'existait pas encore ; si elle n'a pu l'être dans sa 
conception même, puisque le péché s'y mêlait, il reste à croire 
qu'elle a reçu la grâce de la sanctilicalion dans le sein de sa 
mère après sa conception. C'est cotte grâce qui, en faisant 
disparaître le péché, a rendu sainte sa naissance, mais non 
pas sa conception. — 3. Peu après la canonisation de saint 
Bernard, en ii(35, Pierre de Celles, abbé de Saint Remy de 
Reims, puis évêque de (Chartres, se fit le champion de l'abbé 
de Glairvaux. 11 eut contre lui Pierre Gomestor, chanoine de 



320 LB CATÉCHISME IIOMAIX 

Ix. Les Uiéologiens da AIL el A IIP siècle, — Sans 
parler des liturgistes, tels que Jean Beleth (i), il 
faut convenir que, dans l'ensemble, les théologiens, 
à partir de Pierre Lombard (2), pensèrent comme 
saint Bernard. Alexandre de Ilalès (3), Albert le 
Crand, saint Bonaventure, saint Thomas, tous fort 
dévots envers Marie, se montrèrent peu partisans de 
l'Immaculée Conception. Le docteur séraphique 
prétend qu'avant de renaître il faut naître et que 
rame de Marie a dû s'unir à la chair avant de rece- 
voir la grâce (4). A la question de savoir si la Vier- 
ge a été sanctifiée avant sa naissance, il répond 
affirmativement; mais a-t-elle été sanctifiée avant 
l'animation du corps ? avant d'avoir contracté le 
péché originel ? Cette fois il répond négativement. 
Mais la fête existe ; saint Bonaventure ne la loue ni 
ne la blâme (5). 

Le docteur angéiique écarte, hii aussi, l'idée de la 
sanctification de Marie au moment même de sa 
conception, parce que la sainte Vierge avait besoin 
d'être rachetée par le Christ (6). 

Ce qui arrêtait ces grands docteurs, observe juste- 
ment le P. Terrien (7), ce n'était pas l'absence d'une 
piété filiale envers Marie :' tous étaient ses dévots 
insignes. Ce n'étaient pas non plus des doutes sur 

Troyes, et Nicolas, moine anglais de Saint Alban. La discus- 
sion resta confuse. 

I. Festum conceptionis. dit-il dans son Rallonale diu, offic, 
cxLvi, aliqui interdum cclebrarunt et adhuc fortassis celc- 
iDrant, sed aulhenticum atque approbatuni non est ; inio 
enimvero piohibendum potius osse videtur, in peccato nam-, 
que concepta fuit. Même note, à la fin du xiii*' siècle, dans 
Durand, Rallonale^ VII, vu, 4- — 2. In sent. y dist. ni, i. — 
3. S'jninia, P. in, q. ix, m. 2, a. i-3. — 4- in, sent , dist. nr, p. 
I, a. I. q. 2. — 5. In sent, ni, dist. i, a. i. q. i. — 6. Sam, 
iheoi.y V IF, q. lxxxi, a. 3. — 7. La Mère de Dieu, t. i, p. 356, 
n. I. 



RÉACTION DOCTRINALE 827 

réminence de sa pureté, car ils n'ont qu'une voix 
pour Texalter au dessus de toute pureté créée. 
C'était encore moins l'ignorance des principes sur 
lesquels repose et d'où se déduit le privilège de 
l'Immaculée Conception, car personne ne les a 
mieux exposés ni mieux défendus. La cause de leurs 
hésitations doit être cherchée dans la difficulté de 
concilier ce privilège avec d'autres vérités dogma- 
tiquement certaines ; par exemple, avec la généra- 
lité de la sentence portée contre les descendants 
d'Adam, avec l'universel besoin d'être racheté par 
le sang du Christ, avec la prérogative incommuni- 
cable qui fait de la conception du Sauveur une con- 
ception libre de toute souillure ; puis dans la ma- 
nière peu satisfaisante et parfois erronée de quel- 
ques partisans maladroits du privilège de Marie. 
Leur influence ne manqua pas de peser longtemps 
d'un grand poids sur les théologiens qui leur suc- 
cédèrent, mais sans entraver pour autant l'élan de 
la piété et de la ferveur des fidèles. Une réaction 
était nécessaire : elle partit de l'Angleterre. 

5. Réaction contre les adversaires de T Immaculée Con- 
ception. — C'est en Angleterre, en effet, qu'avaient 
paru les clairvoyants partisans de la dévotion et de 
la croyance. L'ouvrage d'Eadmer n'avait rien perdu 
de sa valeur. Dans un sermon attribué à saint An- 
selme (i), la conception proprement dite est distin- 
guée de l'animation du corps ou de la conception 
spirituelle. Ce fut le thème développé par les théo- 
logiens d'Oxford (:2), notamment par Guillaume de 
Ware (3) qui, montrant la possibilité de l'imma- 

I. Pair, lai., t. clix, col. 322. — 2. Tel Alexandre Neckam 
(f 12 17), dans son Exposillo saper Canlica Canlicoram, cité par 
de Wnre dans les Qaœsliones dispalalœ de Ininiac. Conc. B. M. 
F., éditées par les Pères de Quaracchi, en 1904. — 3. Dans 
l'édition des Pères de Quaracchi, p. i-ii. 



328 LE CATÉCHISME ROMAIN 

culée conception, puis les convenances et enfin le 
fait, concluait à la légitimité de la fête. Répondant 
aux objections, il admettait que la sainte Vierge eut 
besoin de la passion du Sauveur, non pour le péché 
qui fut en elle, mais pour le péché qui aurait été 
en elle, si son Fils ne l'en eût préservée : au lieu de 
la purifier du péché originel, la Rédemption l'en 
exempta. Là était la solution. 

6. Dans ScoL — Elève de Guillaume de AYare, 
Duns Scot, au commencement du xiv^ siècle, se fit 
l'écho puissant de sa doctrine. 11 imprima un mou- 
vement décisif à la cause de l'immaculée conception, 
moins il est vrai en prouvant sa thèse qu'en renver- 
sant celle des adversaires. 

La dignité de la Rédemption, disaient ceux-ci, 
est inconciliable avec l'exemption du péché originel 
en Marie. — Au contraire, répond Scot ; en réali- 
sant cette exemption dans sa Mère, le Christ devient 
à son égard plus pleinement rédempteur. Car il y 
a deux manières de racheter quelqu'un : l'une, en 
payant sa dette dès qu'il est prisonnier : l'autre, en 
la payant avant que le droit de la servitude soit 
exercé, bien qu'il soit acquis. Et ce second genre de 
rachat est plus parfait dans son efficacité, plus noble 
en soi et plus glorieux pour celui qui en est l'objet. 
L'innocence parfaite étant un plus grand bien que 
la remise de la dette contractée, la grâce qui pré- 
serva Marie du péché originel fut plus grande que 
celle qui l'en aurait simplement purifiée. C'est là 
une rédemption préservatrice. 

Comment l'âme de Marie n'aurait-elle pas été 
souillée par son union avec une chair de péché .^ 
Cette objection aurait été insoluble pour qui ne dis- 
tinguait pas le péché originel de la concupiscence, 
ou qui concevait la concupiscence comme un défaut 
infectant la chair et par la chair s'étendant à l'âme. 



DOCTRINE DE DUNS SGOT 829 

Mais Scot nie avec saint Anselme que la concupis-^ 
cence soit une véritable infection de la chair, nia 
vice positif. Et en supposant même que telle fût sa 
nature, il n'y a pas, dit-il, de connexion essentielle 
entre la concupiscence et le péché originel. Rien de 
ce qui constitue proprement le péché originel ne 
subsiste dans les baptisés, et pourtant le baptême 
ne les délivre pas de la concupiscence. Peu importe 
la chair de péché, si Tâme n'a jamais été privée de 
la grâce sanctifiante : celle-ci a été infusée en même 
temps que Marie a été conçue. 

On demandait enfin : pourquoi la sainte Vierge 
porte-t-elle les peines, telles que la souffrance et la 
mort, du péché originel, si elle ne Ta pas contracté? 

— Réponse : ces peines sont utiles, car elles sont 
méritoires. Le Sauveur pouvait donc, à l'égard de 
sa Mère, accomplir l'office de Rédempteur, tout en 
lui laissant ces sortes de peines ; pas plus en Marie 
qu'en Jésus, ces peines ne sont un signe du péché 
originel. 

Et Duns Scot de conclure : « La bienheureuse 
Vierge a pu ne pas être même un instant dans le 
péché originel ; elle a pu y être un seul instant ; 
elle a pu y demeurer quelque temps. De ces trois 
hypothèses possibles, laquelle a été réalisée ? Dieu 
le sait. Mais si Tautorité de l'Eglise et celle delà 
sainte Ecriture ne s'y opposent pas, il semble rai- 
sonnable d'attribuer à Marie ce qu'il y a de plus 
excellent. )> Etquant à lui, il affirme que Marie ne fut 
jamais ennemie de Dieu, soit par le péché actuel, 
soit par le péché originel (i). 

7. Résumé de la conlroverse du XII" et yXIIP siècle. 

— « Avant la grande controverse suscitée par saint 
Bernard, il y avait incontestablement dans l'Eglise 

I. In III, Sent., dist. 18, q. i, n. i3. 



3 3o LE CATÉCHISME ROMAIN 

une tradition vivante qui attribuait à Marie une 
sainteté indéfinie et une pureté plus parfaite que 
celle des anges. Les adversaires de l'Immaculée 
Conception au xu'^ et xni^ siècle n'eurent garde de 
méconnaître cette tradition, ni la dignité de Marie 
qui en était le fondement. Tous admettaient la 
maternité divine de la Vierge, son rôle de nouvelle 
Eve et de médiatrice, la plénitude de grâces dont 
Dieu l'avait comblée. Tous admettaient le principe 
de saint Augustin : Quand il s'agit de péclié, qu'il 
ne soit pas question de Marie. Tous admettaient le 
principe de saint Anselme : Il convenait que la 
Vierge brillât d'une pureté sans égale au-dessous 
de Dieu. De ces principes ils concluaient à l'absence 
en Marie de toute faute actuelle, si légère fût-elle, 
et même de tout mouvement déréglé de la concu- 
piscence ; ils concluaient à la conservation parfaite 
de sa virginité pendant ctaprcs l'enfantement divin. 
Ils allaient plus loin encore, ils concluaient à la 
sanctification de la Vierge dans le sein de sainte 
Anne. Arrivés là, ils reculèrent, ou plutôt ils avan- 
cèrent toujours de plus en plus, en face de cette 
question : Quand Marie fut-elle sanctifiée ? Les pre- 
miers répondirent d'une façon générale : avant sa 
naissance, ou après l'animation ; les seconds, par 
exemple Albert le Grand, ajoutèrent : peu de temps 
après l'animation ; et les autres finirent par dire : 
au second instant de son existence. C'était affirmer 
de la Vierge autant deprivilèges exceptionnels, dont 
aucun ne pouvait se justifier par l'Ecriture, mais 
qui tous s'appuyaient sur la Tradition et n'étaient 
que la légitime application des principes formulés 
par saint Augustin et saint Anselme. Par là même 
Marie se trouvait constituée dans un ordre à part : 
il y avait, pour elle, exception à la loi commune qui 
pèse sur l'humanité déchue. Alors pourquoi lacon- 



LE CONCILE DE BALE 00 1 

ception de Marie serait-elle soustraite, seule, à cet 
ordre de providence spéciale ? Pourquoi le Verbe 
aurait-il toujours aimé et préservé sa Mère, excepté 
quand il Ta créée ? Quelle inconséquence, puisqu'il 
l'a créée pour lui-même (i) ! » 

III. Issue du débat. — i. Progrès de la croyance 
et de la dévotion. — Sans avoir réussi à rallier tous 
les suffrages, même dans son ordre (2), Duns Scot 
détermina pourtant un courant irrésistible. La ques- 
tion, avant d'être tranchée par une définition dog- 
matique s'il y avait lieu, avait encore besoin d'être 
approfondie et d'être mise au point. En attendant, la 
croyance était sortie de ces premiers débats mieux 
expliquée et mieux comprise. Bientôt les universités, 
notamment la Sorbonne (0), se prononcèrent en 
faveur de la doctrine de Duns Scot. La fête gagnait 
de plus en plus dans la faveur populaire et s'éten- 
dait chaque jour davantage. 

2. Intervention du concile de Bâte. — Comme preuve 
de la croyance générale à l'immaculée conception, 
il convient de rappeler la prétendue définition dog- 
matique et le décret dénué de toute valeur canoni- 
que du concile de Bàle, dans sa xxkvi^ session du 
17 septembre i/iSg, alors qu'il était en pleine révolte 
contre le pape Eugène IV. u Nous définissons et 
déclarons, disaient les Pères schismatiques, que la 



I. Le Hachelet, Llmmaculée Conceplion, t. 11. p. ^2. — 
2. Témoin le cardinal Bertrand de la Tour (f i534), distin- 
guant trois conceptions et disant qu'il ne faut fêler ni la r", 
qaœ fuit in semiimni transfu.sione ; ni la 2% quœ fait cuni calpa* 
originaUs contractione qaando anima fuit corpori infusa: mais 
la 3% quœ fuit in gralia et ejus sanctijicatione ac peccati origi- 
naUs emendatione. — 3. En 1387, elle censura Jean de Monzon, 
qui, dénoncé au pape par Pierre d'xVilly, fut excommunié 
par Clément VU, en i38(j. 



332 LE CATÉCHISME ROMAIN 

doctrine qui affirme que la glorieuse Vierge Marie, 
Mère de Dieu, en vertu d'une grâce unique, par 
laquelle Dieu l'a prévenue et appelée, n'a jamais été 
sujette actuellement au péché originel, mais a tou- 
jours été à l'abri de toute faute originelle et actuelle, 
toujours sainte et immaculée, est une doctrine 
pieuse, conforme au culte de l'Eglise, à la foi catho- 
lique, à la droite raison et à la sainte Ecriture, 
qu'elle doit être approuvée, tenue et embrassée par 
tous les catholiques, et qu'il ne sera plus permis 
désormais à personne de prêcher ou d'enseigner le 
contraire (i). » Et voici pour la fête : « Renouve- 
lant l'ordonnance de célébrer sa sainte Conception, 
qui est marquée au M des ides de décembre, en 
vertu de l'antique et louable habitude, tant par 
l'Eglise de Home que par les autres, nous statuons 
et ordonnons que la solennité de ce jour soit célé- 
brée avec pompe sous le nom de Conception dans 
toutes les églises, monastères et couvents de la chré- 
tienté. » A la date de ces deux décrets, le concile de 
Baie n'avait aucun droit de les porter : ils sont donc 
nuls de plein droit. Mais qui ne voit qu'il est un 
écho de la croyance et de la dévotion à l'immaculée 
conception, qui étaient complètement en dehors 
des motifs pour lesquels il s'était révolté ? 

3. I/Uervenlions aathenliques de Rome, — L'Eglise 
romaine, à la décision de laquelle s'en était remis 
saint Bernard, laissa d'abord librement se célébrer 
la fête, avant de se déclarer en sa faveur. Et de dé- 
votion privée qu'elle était, la fête passa à l'état de 
culte public approuvé et enfin étendu par Rome à 
toute TEglise. Il y eut des étapes. Dès le xiu^ siècle, 
le pape et la cour pontificale assistent à celte fête à 

I. Hardouin, Aci, concil., t. vu, col. 126G ; Benoît XIV, De 
JesliSfl. II, c^xv, n. 7. 



TÉMOIGNAGE DU CONCILE DE TRENTE 333 

Anagni (i). Boniface VIII (i294-i3o3) y attache une 
indulgence (2). A Avignon, la Curie assistait égale- 
ment à la fête, le 8 décembre i33o (3). Au xv^ siècle, 
c'est le pape franciscain Sixte IV (1471-148/4), qui, 
par sa bulle Cam prœcelsa, du 27 février 1477, 
donne une satisfaction solennelle et authentique aux 
défenseurs de la fête et de la croyance. Non seule- 
ment il reconnaît et approuve la fête, mais encore 
il l'enrichit d'indulgences et autorise une messe et 
un office spéciaux (4). Le dominicain Vincent Ban- 
dellus ou de Bandelis ayant recueilli tous les textes 
contre la croyance, la déclara impie, mais Sixte IV 
le condamna (5). 

4. Grave témoignage du concile de Trente, — a Ce 
qui est assurément d'un grand poids et de la plus 
haute autorité, dit Pie IX dans sa bulle Ineffabilis, 
c'est que le concile de Trente lui-même, en publiant 
son décret dogmatique sur le péché originel (6), 
dans lequel, d'après les témoignages des saintes 
Ecritures, des saints Pères et des conciles les plus 
autorisés, il est établi et défini que tous les hommes 
naissent atteints du péché originel, le saint concile 
déclare pourtant d'une manière solennelle que, mal- 
gré l'étendue d'une définition si générale, il n'avait 

I. D'après Barthélémy de Trente, dans Montfaucon, Biblio- 
theca manascriptoram nova, Paris, 1789, t. r, p. 200. — 2. 
D*après un manuscrit d'Anagni, dans Doncœur, Les premières 
interventions du Saint-Siège relatives à Vlm. Conc, — 3. Dans 
Doncœur, op. cit, — 4- Dans l'offlce approuvé du franciscain 
Léonard de Nogarole, se lit la belle collecte : Deus qui per 
immaculatam Yirginis conceptionem dignum Filio tuo habi- 
taculum praeparasti, concède quœsumus, sicut ex morte 
ejusdem Filii tui praevisa eam ab omni labe praeservasti, ita 
nos quoque mundos ejus misericordia ad ta pervenire con- 
cédas. C'est à deux ou trois termes près la collecte actuelle. 
— 5. Par la bulle Grave nimis. — 6. En i546,Sess. vi, Denzin- 
ger, 792 (674). 



334 LE CATECHISME ROMAIN 

pas rintenlion de comprendre dans ce décret la 
bienheureuse et immaculée Vierge Marie, Mère de 
Dieu. Par cette déclaration, les Pères du concile de 
Trente ont fait suffisamment entendre, eu égard aux 
circontances et aux temps, que la bienheureuse 
Vierge avait été exempte de la tache originelle, et 
ils ont très clairement démontré qu'on ne pouvait 
alléguer avec raison, ni dans les divines Ecritures, 
ni dans la Tradition, ni dans l'autorité des Pères, 
rien qui fut, de quelque manière que ce soit, en 
contradiction avec cette grande prérogative de la 
Vierge. » 

5. Actes pontificaux. — Indépendamment de la 
défense faite par Paul V, en 1618, de professer pu- 
])liquement que Marie a été conçue dans le péché (i), 
défense étendue par Gégoire XV, en iG:i2, même 
aux réunions privées (2), les papes commencèrent 
par inscrire la fête au calendrier, au bréviaire et au 
missel, laissant à chaque diocèse la liberté de 
Tadopter. Clément VIII (1592-1605) l'éleva au rite 
double majeur. Alexandre VII (iGôj-iGGg) déclara 
qu'elle a bien pour objet 1 exemption du péché 
originel en faveur de Marie. « C'est sans contredit, 
dit-il (3), par un sentiment très ancien de dévotion 
envers Marie, que les fidèles croient que son ame, 

I. Bulle RdjU pacificl, dans ^lalou, VImm, Conception, t. i, p. 
73. — 2. Décret de l'Inquisition dans Malou.op. cit.,i. i,p. 73. 
— 3. Bulle mémorable, Sollicilado omnium Ecclesiarum,8 dé- 
cembre iGGr. Elle fît écrire à Xoël Alexandre ces mots signifi- 
catifs : Auctor sum Fratibus meis Fraedicaloribus ut, deposi- 
tis anliqua^ et jam anliquatœ opinionis pra^judiciis, cujus 
tenebras Spiritus Sanctus dispulit, etsi nondum ita plane ac 
perfecte, ut qua?stio isla sit in fidei luce, per divinam revela- 
tionem Ecclesi;e factam, constituta, communem, piam et 
ecclesiaslicam sententiam, ac devotionem erga immaculatam 
Deipane conceptionem amplectantur, prcTdicent ac propagare 
studeant. 



IMPORTANTS RESULTATS 335 

au premier instant de sa création et de son union 
au corps*, a été par une grâce et un privilège spé- 
cial de Dieu, en vue des mérites de Jésus-Christ 
son Fils, le Rédempteur du genre humain, pleine- 
ment préservée de la tache du péché originel, et 
qu'ils célèbrent en ce sens avec beaucoup de solen- 
nité la fête de sa Conception. )) A la demande de 
Louis XIV, Clément IX (i 667-1669) accorda à la 
France la célébration de cette fête avec une octave ; 
Innocent XII (1691-1700) étendit cette faveur à 
toute l'Eglise. Et fînaiement. Clément XI (1700- 
1721), rendit la fête obligatoire pour toute l'Eglise (i). 

6. Résultat important. — Désormais l'argument 
tiré du culte de l'Immaculée Conception et de la 
célébration de la fête prenait un caractère nouveau. 
(( Jusqu'alors, l'existence de ce culte dans certaines 
églises, surtout en Orient, constituait une manifes- 
tation évidente de leur croyance publique, et par 
suite de l'antique tradition en faveur de la sainteté 
sans tache et de la très sainte Vierge. Appuyée 
maintenant sur l'autorité expresse du magistère 
suprême, l'existence de la fête forme un argument 
démonstratif en faveur de la légitimité du culte, et 
par suite de la vérité de son objet. Benoît XIV se 
proposait de tirer dogmatiquement cette consé- 
quence des actes de ses prédécesseurs, comme on le 
voit par un projet de constitution sur la Conception 
immaculée de la Mère de Dieu. Désormais, déclare le 
grand pontife, il n'est pas plus permis de douter que 
la Reine des anges ait été sainte en sa conception, 
qu'il n'est permis de douter qu'elle ait été sainte 
dans sa naissance ; la sainteté de ces deux mystères 
est certaine, puisque, de l'autorité même du Siège 

I. Par sa constitulion Commissi nobis, du 6 décembre 

1708. 



336 LE CATÉCHISME ROMAIN 

apostolique, tous les deux sont fêtés par l'Eglise 
catholique (i). » 

7. Aboalissemenl dogmatique. — Eglise ensei- 
gnante et Eglise enseignée avaient ainsi marché de 
pair dans une union merveilleuse ; peuples et rois 
s'étaient unis sous le patronage direct de Tlmma- 
culée Conception ; la liturgie s'était progressive- 
iment enrichie d'additions caractéristiques (2) ; 
depuis le xvi^ siècle, savants et saints appelaient de 
leurs vœux une définition dogmatique ; au xix'' siè- 
cle, des demandes affluent à Rome pour la réalisa- 
tion d'un tel vœu ; et en 1849, ^^^ ^^ consulte les 
évêques du monde entier (3). L'heure était venue ; 
et le 8 décembre i85/i, la bulle Inejfabilis répondit 
aux longs et ardents désirs du monde catholique : 
Pie IX y décrétait que la doctrine qui tient Marie 
pour immaculée dès le premier instant de sa con- 
ception est révélée de Dieu et doit être crue par tous 
les catholiques. 

En i863, le 25 septembre, Pie I\ approuva un 
nouvel office de l'Immaculée Conception, où l'ob- 
jet de la fête est excellemment exprimé, et le rendit 
obligatoire. Et Léon XIII a donné à la fête du 
<8 décembre le même degré liturgique qu'aux princi- 
pales fêtes de Marie. 

Enfin un événement d'ordre surnaturel, qu'il 
n'est point permis de passer sous silence, c'est le 
fait de l'apparition de la sainte Vierge à Lourdes, 
peu d'années après la proclamation du dogme, le 
II février i858. C'était comme la réponse du ciel à 
la parole du pontife : Marie disait : « Je suis Vlmma- 

I. Le Bachelet, L7/n. Conc, t. 11, p. 5o. — 2. Celle à'imma- 
calata conceptio à la Préface et de Regina sine labe originali 
concepta aux Litanies de Lorette. — 3. Il eut 543 réponses, 
n484 approuvant la doctrine et demandant la définition, 18 
seulement repoussent la définition. 



MESSE DE l'immaculée CONCEPTION 33 7 

€ulée Conception, » comme si c'était là son nom pro- 
pre. Les grâces nombreuses et les miracles éton- 
nants, en faveur de ceux qui l'invoquent sous ce 
titre, montrent combien il lui est agréable d'être 
invoquée sous le nom d'Immaculée Conception. 

III. Messe 
de rimmaculée Conception 

Précédée d'une vigile, dans les prières de laquelle 
se trouve déjà nommé le glorieux privilège dont 
Marie a été l'objet de la part de Dieu, au moment 
même de sa conception, et suivie d'une octave, la 
fête du 8 décembre offre un ensemble de pièces 
liturgiques des mieux choisies pour exprimer la foi 
et traduire la piété du peuple chrétien à l'égard de 
la Vierge immaculée. On y entend tour à tour la 
voix de l'auteur inspiré des Proverbes racontant la 
génération éternelle de la Sagesse; l'ange de l'An- 
nociation saluant Marie pleine de grâce et bénie 
entre les femmes; Marie elle-même chantant à 
Dieu un hymne de reconnaissance pour la faveur 
insigne qu'il lui a faite ; le peuple chrétien louant 
à son tour cette Vierge si pure, l'acclamant comme 
sa gloire, sa joie, son honneur, et lui répétant le 
mot de l'époux du Cantique : u Tu es toute belle, ô 
Marie, et il n'y a pas de tache en toi. » Aux expres- 
sions joyeuses de cette foi, de cette gratitude et de 
cet amour, l'Eglise, toujours magnifiquement ins- 
pirée, mêle les accents de sa prière afin d'obtenir 
de Dieu, pour ses enfants, par l'intercession de la 
Viergeimmaculée, le pardon du péché, la délivrance 
des hontes morales, la purification des souillures 
du cœur et du corps. S'il est juste de remercier 
Dieu, auteur de tout don parfait, d'avoir, par sa 

LE CATÉCHISME. — T. VIII. 22 



338 LE CATECHISME ROMAIN 

toute-puissance, préservé celle qui devait être la 
Mère de son Fils selon la chair, de toute tache ori- 
ginelle ; s'il convient à tous les chrétiens, qui sont 
autant d'enfants de Marie, de féliciter leur Mère 
d'avoir été préservée du péché dans lequel ils sont 
nés et d'oii les a retirés la grâce incomparahle du 
baptême, il importe aussi de ne pas oublier que 
nous sommes encore dans cette vallée de larmes, 
exposés sans cesse aux chutes, aux éclaboussures 
de boue, à toutes sortes d'atteintes, qui ternissent la 
pureté de Tâme, et que, la loi de purification inté- 
grale s'imposant à nous comme un impérieux 
devoir, nous devons nous appliquer à nous rendre 
dignes de Dieu, la pureté même, et de Marie, la 
Vierge immaculée. Mais, pour cela, le secours de 
la grâce nous est indispensable : il faut donc le 
demander très humblement et y correspondre très 
courao-eusement. 

i 

1. Les chants. — i. L'introït. — La messe débute 
par un cri d'allégresseetdereconnaissance, emprunté 
à Isaïe (i) et à David (?.). Et ce cri, jailli du cœur 
de la Vierge et monté à ses lèvres, explique le mo- 
tif d'une telle joie et d'une telle gratitude. « Je me 
réjouirai en Jéhovah, et mon cœur sera ravi d'allé- 
gresse en mon Dieu. » Pourquoi ? « Parce qail nia 
revêtue du vêtement du salut et ni a couverte du man- 
teau de la justice, comme la mariée se pare de ses 
joyaux, » Et, en effet, dès sa conception, la Vierge 
est destinée à être l'épouse du Saint-Esprit; et c'est 
dès lors qu'elle doit être parée de ses joyaux, revê- 
tue déjà du vêtement du salut et du manteau de la 
justice. — (( Je Vexalte, Jéhovali, » Pourquoi encore } 
— Parce que « tu m'as relevée, lu /l' as pas réjoui mes 

I. Is.y Lxi, 10 ; antienne. — 2. Ps. xxix, i ; verset. 



MESSE DE l'iMxMAGULÉE CONCEPTION SSg 

ennemis à mon sujet. » Et relevée de quoi, sinon de 
la tache à laquelle, selon la loi comniune, aurait 
dû la soumettre sa génération humaine ? C'est, en 
effet, parce qu'elle a été soustraite au péché origi- 
nel qu'à aucun moment donné la sainte Vierge n'a^ 
été soumise à Satan, et que Satan, 1 ennemi du 
genre humain, n'a pas eu à se réjouir. En Marie, 
dès sa conception immaculée, Satan est de par Dieu 
le vaincu, selon la prophétie de la Genèse. 

2. Le graduel. — Dans ce chant qui sépare l'épître 
de l'évangile, ce n'est plus la voix de la Vierge 
qu'on entend, mais celle d'Ozias et des anciens du 
peuple élu acclamant leur libératrice, Judith de 
Béthulie, qui, par dévouement pour sa nation, alla 
trancher la tête d'Holopherne. Que lui dit Ozias .^ 
Pénétré du véritable esprit religieux, qui fait remon- 
ter jusqu'à Dieu la cause de tout bien, il adresse 
cet éloge à l'héroïne : « Tu es bénie par le Seigneur, 
le Dieu Irès-haut, plus que toutes les femmes qui sont 
sur la terre (i). » Et que lui disent les anciens.^ 
Ceux-ci, heureux et fiers, Tacclament : (( Tu es la 
gloire de Jérusalem, tu es la Joie d'Israël, lu es r hon- 
neur de noire peuple (2). » De lels accents, de telles 
acclamations conviennent mieux encore envers la 
sainte Vierge, en ce jour de son immaculée concep- 
tion, qui marque le début de sa victoire décisive 
sur notre ennemi. Plus encore pour nous que 
Judith pour les Juifs, Marie est notre gloire, notre 
joie, notre honneur. Qu'un double alléluia retentisse 
donc sur nos lèvres pour remercier Dieu de ce 
triomphe; et avec l'époux des Cantiques, redisons 
à Marie : (( Tu es toute belle, 6 Marie, et la tache 
originelle 11 est pas en toi (0). » Alléluia ! 

3. L'offertoire. — L'application à la sainte \ ierge 



I. Jiidllh, xiii, 23. — 3. Jadith, xv, 10. - 3. Cani., iv, 



/• 



34o LE CATÉCHISME ROMAIN 

de la parole du Cantique avec la substitution de 
Marie à mon amie et l'addition du qualificatif d'ori- 
ginelle, qui n'est point dans le texte, est pleinement 
autorisée par l'Eglise et parfaitement conforme au 
dogme défini. Mais le Nouveau Testament offre un 
passage, celui de l'ange, le jour de TAnnonciation, 
qui convient à la fête de ce jour : « Je vous salue, 
pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes 
bénie entre les femmes (i). » Cette plénitude de 
grâce et cette bénédiction singulière, affirmées sur- 
naturellement au nom de Dieu, expriment un état 
tel de sainteté et de pureté, que cet état englobe 
toute la vie de Marie depuis le premier instant de 
sa conception. C'est pourquoi l'Eglise, à l'offertoire 
de la messe de ce jour, place ces paroles de la Salu- 
tation angélique sur nos lèvres pour que nous les 
répétions joyeusement en l'honneur de la sainte 
Vierge. 

4. La communion. — Très heureusement, la litur- 
gie mêle dans le chant de la communion une 
parole du prophète à une parole de la Vierge elle- 
même, pour proclamer une fois encore la gloire et 
la grandeur de Marie dans cette fête de son Imma- 
culée Conception, en en reportant tout l'honneur à 
Dieu. (( De glorieuses choses ont élé dites sur toi, » 
avait dit David (2) ; car, de l'aveu mêmede la sainte 
Vierge, a Celui qui est puissant a fait en toi de gran- 
des dioses (3). » Parmi ces grandes choses, il faut 
compter tout d'abord le privilège de l'Immaculée 
Conception ; Dieu tout-puissant en est l'auteur ; et 
ce privilège extraordinaire a dicté, en Marie, de 
glorieux éloges. C'est un fait que nous constatons, 
que nous affirmons, que nous chantons avec foi et 
amour dans ce beau jour de fête, tant il est doux 

I. Lac, I, 28. — 2. Ps., Lxxxvi, 3. — 3. Lac, i, 48. 



MESSE DE l'iMMA.GULÉE CONCEPTION 34 1 

et glorieux aux cœurs des fils de célébrer les gran- 
deurs de leur Mère. 

II. Les lectures. — i. V évangile. — A défaut 
d'un passage évangélique mentionnant le mystère 
de ce jour, l'Eglise a fait choix de celui du message 
de l'ange auprès de Marie, au moment de l'Incar- 
nation du Verbe (i). Ce choix s'explique par la 
double mention de la plénitude de grâces et de la 
bénédiction de Marie entre toutes les femmes. Nous 
l'avons déjà relevé, nous n'y reviendrons pas. 

7. Véptive, — Pour épitre, la liturgie nous offre 
en ce jour un passage des Proverbes (2), qui con- 
tient l'éloge de la Sagesse, c'est-à-dire du Verbe 
éternel, qui devait prendre chair en Marie. Le Verbe 
a préexisté a toutes les créatures. Gomme Dieu, il 
est l'unique engendré de la substance du Père, et 
engendré de toute éternité ; l'auteur inspiré des 
Proverbes nous le montre existant avant toute chose 
créée, présent à la création et y collaborant; il lui 
prête ces paroles : « J'étais à l'œuvre auprès de 
Jéhovah, me réjouissant chaque jour, et jouant 
sans cesse en sa présence, jouant sur le globe de la 
terre, et trouvant mes délices parmi les enfants des 
hommes. » Comme homme, le Verbe était, dans les 
desseins de Dieu, le type de toutes les créatures 
humaines. Mais, pour être homme, il devait naître 
dans le temps et avoir une mère : cette mère, c'est 
la Vierge immaculée. Vlarie a donc été éternelle- 
ment présente à la pensée de Dieu comme celle qui 
devait communiquer à son Fils la nature humaine. 
« En empruntant les termes mêmes dans lesquels 
les divines Ecritures parlent de la Sagesse incréée 
et représentent son origine éternelle, dit Pie IX dans 

I. Luc,, I, 2G-28. — 2. Prov., viii, 22-35. 



3^2 LE CATÉCHISME ROMAIN 

la bulle Ineffahilis, l'Eglise a coutume de les 
employer dans les offices ecclésiastiques et dans la 
lilurgie sacrée, et de les appliquer aux commence- 
ments mêmes delà Vierge : commencements mysté- 
rieux, que Dieu avait ]:)révus et arrêtés dans un seul 
et même décret, avec l'Incarnation de la Sagesse 
divine. » Certes, un tel rapprochement est glorieux ; 
il peut paraître hardi, et pourtant, non sans raison, 
TEgiise a cru pouvoir le faire pour honorer l'Imma- 
culée Conception ; on ne peut que l'admirer. 

III. Les prières. — C'est ici qu'à côté de l'ex- 
pression de notre foi se fait entendre le cri de notre 
humaine misère. Nous affirmons dans chacune des 
trois prières de la messe de ce jour, à la collecte, à 
la secrète et à la postcommunion, notre ferme 
croyance à la vérité révélée et au dogme défini de 
l'Immaculée Conception ; mais en même temps, 
nous sentons le besoin de sortir des ténèbres pour 
marcher en « enfants de lumière, )) de nous arra- 
cher à tout ce qui blesse, ternit ou souille la cons- 
cience pour respirer Tair pur de la vertu. La conti- 
nence, la chasteté, la pureté sont choses excessive- 
ment délicates et fragiles, et pour lesquelles il nous 
faut de toute nécessité recourir à Dieu et intéresser 
de puissants protecteurs. Or quel plus puissant pro- 
tecteur que Marie, et quelle occasion plus favorable 
de demander l'appui de sa maternelle protection 
que la fête de ce jour? De là les admirables formu- 
les de prière que nous fait réciter aujourd'hui la 
liturgie. 

i. La collecle. — « Dieu qui, par l'Immaculée 
Conception de la Vierge, avez préparé une digne 
habitation à votre Fils, nous vous supplions, vous 
qui, en vue de la mort de ce même Fils, l'avez pré- 
servée de toute tache, de nous faire la grâce de 



MESSE DE l'immaculée CONCEPTION 343 

pi III ^ ai II i^»>a^^Bai^iMM^M^ 

parvenir jusqu'à vous purifiés par son intercession. » 

2. La secrète. — « Recevez, Seigneur, l'hostie de 
notre salut que nous vous offrons dans la solennité 
de la Conception immaculée de la bienheureuse 
Vierge Marie ; et de même que nous confessons 
qu'elle a été exempte de toute tache par votre grâce 
prévenante, ainsi daignez, par son intercession, 
nous délivrer de tous nos péchés commis. » 

3. La postcommunion. — « Seigneur notre Dieu, 
daignez faire que les mystères auxquels nous 
venons de participer, guérissent en nous les bles- 
sures de ce péché dont vous avez si efficacement 
préservé la Conception immaculée de la bienheu- 
reuse Vierge Marie. » 

I. Marie prévenue, séparée par amour, par 
grâce et miséricorde. — « 11 est vrai qu'il y a une loi 
de mort qui condamne tous ceux qui naissent ; mais on 
dispense des lois les plus générales en faveur des person- 
nes extraordinaires. Il y a une vapeur maligne et conta- 
gieuse qui a infesté tout le genre humain ; mais on trouve 
quelquefois moyen de s'exempter de la contagion, en se 
séparant. Il y a une tache héréditaire qui nous rend natu- 
rellement ennemis de Dieu ; mais la grâce peut prévenir 
la nature. Suivez s^il vous plaît, ma pensée. Contre la loi, 
il faut dispenser ; contre la contagion, il faut séparer ; 
contre un mal naturel, il faut prévenir. De sorte que je 
me propose de vous faire voir Marie dispensée, Marie 
séparée, Marie prévenue ; dispensée de la loi commune, 
séparée de la contagion universelle, prévenue par la grâce 
contre la colère qui nous poursuit dès notre origine. Pour 
la dispenser de la loi, j'ai recours à l'autorité souveraine 
qui s'est tant de fois déclarée pour elle. Pour la séparer 
de la masse, j'appelle au secours la Sagesse qui l'a si 
visiblement séparée des autres, par les grands et impé- 
nétrables desseins qu'elle a sur elle durant tous les temps. 
Et pour prévenir la colère, j'emploie l'amour éternel de 
Dieu, qui l'a faite un ouvrage de miséricorde avant 
qu'elle puisse être un objet de haine. 



344 LE CATÉCHISME ROMAIN 



« Et ce sont les trois choses qu'elle nous propose, 
si nous l'entendons, dans son admirable cantique : « Le 
Tout-Puissant a fait en moi de très grandes choses. » 
Elle commence par la puissance, pour honorer l'autorité 
absolue par laquelle elle est dispensée : qui potens est. 
Mais ce Tout-Puissant, qu'a-t-il fait ? Ah ! dit-elle, de 
grandes choses : magna. Voyez qu'elle se reconnaît sépa- 
rée des autres par les grands et profonds desseins 
auxquels la Sagesse Ta prédestinée. Et qui peut exécuter 
toutes ces merveilles, sinon l'amour éternel de Dieu : cet 
amour toujours actif et toujours fécond, sans l'entremise 
duquel la puissance n'agirait pas ; et cette sagesse infinie, 
renfermant en elle-même toutes ses pensées, ne produi- 
rait jamais rien au jour ? C'est lui par conséquent qui 
fait tout : fecil mihi magna : lui seul ouvre le sein de 
Dieu sur ses créatures ; il est la cause de tous les êtres, 
le principe de toutes les libéralités. C'est donc cet amour 
fécond qui a fait la Conception de Marie : fecU ; c'est lui 
qui a prévenu le mal, en la sanctifiant dès son origine. )> 
Bossuet, 11^ sermon pour la fêle de la Conception, Exorde. 

2. Motifs de rininiaculée Conception. — a Les 
bons anges ayant donné à Dieu cette joie exquise de 
s'être laissés toujours remplir et posséder par lui, il 
semblait plus que convenable qu'il n'en fût point privé 
dans cette portion tant aimée de sa création qui est 
notre pauvre bumanité, dont il a voulu que son \ erbe 
épousât la nature. Oui il était juste et bon qu'en regar- 
dant ce nombre infini de créatures qui se succèdent et 
constituent notre race, il pût, ne fût-ce qu'une fois, dire 
à l'une d'elles : « Tu es toute » et absolument a belle, o 
toi que j'aime, » belle de toutes les beautés ; ])elle dans 
ton être, belle dans ta vie, belle dans ta foi, belle dans 
ton origine ; u il n y a en toi ni tache, » ni ombre ; je ne 
vois rien en toi (|ue ce que j'y ai mis, c'est-à-dire ce que 
j'ai pensé, ce que j'ai voulu, ce que j'aime. Toutes mes 
perfections ont en toi leur reflet, mais surtout ma sain- 
teté y brille et elle n'a pas cessé d'y briller. Tu es toute 
à moi ; toi toute entière, je te reconnais, je te bénis, je 
t'aime, parce que partout où je regarde en toi, je m'y 



l'immaculée conception 3/i& 



retrouve moi-même et m^y reconnais. Tu es mon repos, 
tu es mon succès, tu es mon triomplie... 

(( Restait la conception (à soustraire au péché). Quel 
refuge î car enfin tout part de là, et si Satan n'en est 
point débusqué, s'avouera-t-il vaincu et vraiment le 
sera-t-il ? La terre est an Seigneur, chante le divin Psal- 
miste, la terre et toute sa plénitude. Ps. xxxii, 5. La 
miséricorde la veut remplir en son entier ; la grâce 
entend y aller partout ; et comme le règne du Christ ne 
doit pas avoir de fin, il ne souffre point non plus de 
limites. Jésus fera donc un pas de plus, et il ira juscju'au 
bout et s'emparera de ce dernier fond d'où sont sortis 
et sortiront jusqu'à la fin tous ceux qu'il daigne nommer 
ses frères : de telle sorte que de partout le mal et son 
prince soient expulsés et disparaissent. 

(( C'est rimmaculée conception de Marie qui est ce 
triomphe final de la rédemption de Jésus. Trouvez-vous 
que Jésus ne dût point vaincre jusque là, ou que, pous- 
sant jusque là sa victoire, et jugeant bon de la faire une 
seule fois pour toutes, il n'en dût point donner à Marie 
le profit et l'honneur P Ah ! je vous l'affirme, les deux 
yeux de mon cœur appliqués sur le cœur ouvert de mon 
maître, des salaires sans nombre et sans prix dont Dieu 
paie son sang répandu, il n'en a pas de plus cher que 
cette rédemption totale et parfaite qui lui permet de dire, 
en regardant Marie : « Tu es toute belle, ô ma bien 
aimée, et il n'y a point de tache en toi. » Ma mort t'a 
préservée; mon sang t'a entourée, comme une mer 
infranchissable ; l'ennemi tenu à distance *ne t'a pas 
même abordée, son souffle même n'a pu t'atteindre ; 
enfin tu es toute pure et toute blanche : pure et blanche 
comme moi, comme moi candide et lumineuse, et mon 
miroir immaculé, comme je suis celui de mon I^èro. » 
Mgr Gay, Conférences aux mer es chrétiennes, Paris, 1877^ 
t. II, p. Vi7-45i. 



Leçon XXVr 
Fêles de la Sainte Vierse 



I. La Nativité, — II. Le Saint Nom de Marie, — 
III. La Présentation, 

OUTRE la fête de rimmaculée Conception, la 
piété chrétienne a voulu honorer d'autres 
mystères de l'enfance de Marie, et l'Eglise 
célèbre actuellement les mystères de sa naissance et 
de sa présentation au temple : le premier à la date 
du 8 septembre, le second à celle du 21 novembre. 
Elle a ajouté une octave à la Nativité, pendant 
laquelle elle commémore, le dimanche, le saint 
Nom de Marie. Cela fait trois fêtes : fête de la 
Nativité avec le rite double de IP classe ; fête du 
Saint Nom de Marie et fête de sa Présentation au 
temple, avec le rite double majeur(i); ces trois fêtes 
vont faire l'objet de cette leçon. 



I. BIBLIOGRA.PHIE : Voir les ouvrages déjà indiqués ; 
Benoît XIV, De festis B, M. F., ix, x, xiv ; saint Alphonse de 
lAgxxovi, La glorie di Maria, Turin, 1900; Muzzarelli, Esanie 
critico délie principali feste di Maria santissima, 1794; Trom- 
belli, Mariœ sanciissimœ vita ac gesia culiusque illi adhibiias, 
Bologne, 1761; Dumas, L'adolescence de Marie , Paris, 1907; 
Bourgeois, La Vierge Marie, Mystère de sa prédestination et de 
sa vie, Paris, 1908 ; de la Broise, La sainte Vierge, Paris, 1908; 
Gampana, Maria neldogma cattolico, Turin, 1909. 



NATIVITÉ DE LA T. S. VIERGE 347 



I. Nativité de la T. S. Vierge 

1. Objet de la fête. — i. Ce qu'il faut entendre 
parce mot de Nativité. — Dans le langage liturgique, 
la naissance d'un saint n'est autre que sa mort, parce 
que c'est vraiment le jour, où il cesse de vivre sur 
cette terre, qu'il naît à la vie de la gloire et de la 
béatitude, en recevant pour toujours au ciel la ré- 
compense de ses vertus. C'est pourquoi l'Eglise 
célèbre la fête des saints, ou leur naissance, au jour 
anniversaire de leur mort. Toutefois, ce qu'elle n'a 
fait pour aucun des patriarches, des prophètes, des 
apôtres et des martyrs, elle a jugé bon de le faire 
en l'honneur du Sauveur, de son Précurseur et de sa 
Mère ; pour eux elle ne commémore pas seulement 
l'anniversaire de leur mort, mais encore leur appa- 
rition en ce monde, ou leur naissance entendue au 
sens ordinaire ^e ce mot. 

2. Raisons de cette exception, — On comprend 
aisément les motifs d'une telle exception : c'est que 
la naissance de Jésus, de Marie et de Jean Baptiste 
a été particulièrement sainte en elle-même et a été, 
pour l'humanité, l'occasion d'une grande allégresse. 
Il convenait donc d'en perpétuer le souvenir par 
une fête pour permettre à la piété chrétienne de 
payer à Dieu un juste tribut d'adoration et d'action 
de grâces. Du reste, ces trois nativités ne sont pas 
sans quelque relation entre elles. Jésus, en effet, est 
le soleil de justice, le plein jour de la vérité, qui 
doit illuminer le monde. Or, il a été annoncé : Jean 
Baptiste l'a annoncé comme l'étoile de la nuit qui 
présage l'apparition prochaine du soleil ; et Marie a 
été sa véritable aurore. Et de même que l'on com- 
mémorait, à la Noël, la naissance du Verbe fait chair, 
l'Eglise a voulu commémorer la naissance du saint 
Précurseur et de la bienheureuse Yierge Marie. 



348 LE CATECHISME ROMAIN 

3. Raisons en Jcœear de la Nativité de la sainte 
Vierge. — Les motifs qui militent en faveur de la 
fête de la Nativité de Marie sont des plus glorieux. 
En formant le premier homme, disaitTertuUien (i), 
Dieu pensait déjà au Christ futur. « S'il est ainsi, 
ajoute Bossuet (2), que, dès l'origine du monde, 
Dieu, en créant le premier Adam, pensait à tracer 
en lui le second ; si c'est en vue du Sauveur Jésus 
qu'il forme notre premier père avec tant de soin, 
parce que son hils en devait sortir après une si lon- 
gue suite de siècles et de générations interposées; 
aujourd'hui que je vois naître l'heureuse Marie, qui 
le doit porter dans ses entrailles, n'ai-jepas plus de 
raison de conclure que Dieu, en créant ce divin en- 
fant, avait sa pensée en Jésus-Christ et qu'il ne tra- 
vaillait que pour lui ; Chrislas cogitabatar ? Ainsi ne 
vous étonnez pas. Chrétiens, ni s'il l'a formée avec 
tant de soin, ni s'il l'a fait naître avec tant de grâ- 
ces : c'est qu'il ne l'a formée qu'en vue du Sauveur. 
Pour la rendre digne de son 1 ils, il la tire sur son 
Fils même ; et devant nous donner bientôt son 
Verbe incarné, il en fait paraître aujourd'hui, en la 
Nativité de Marie, un Jésus-Christ ébauché, si je 
puis parler de la sorte, un Jésus-Christ commencé, 
par une ex:pression vive et naturelle de ses perfec- 
tions infinies : Christas cogitabatar honio fataras. » 

(( La nativité de la Vierge nous fait voir le temple 
vivant où se reposera le Dieu des armées lorsqu'il 
viendra visiter son peuple ; elle nous fait voir le 
commencement de ce grand et bienheureux jour 
que Jésus doit bientôt faire luire au monde. Nous 
aurons bientôt le salut, puisque nous voyons déjà 
sur la terre celle qui doit y attirer le Sauveur. La 

I. De resur, carnls. G, Patr, lat., 1. 11, col, . — 2. I'^^ Ser- 

mon sur la Nativité, Exorde, 



NATIVITÉ DE LA T. S. VIERGE S^ÎQ 

malédiction de notre nature commence à se chan- 
ger aujourd'hui en bénédiction et en grâce, puis- 
que de la race d'Adam, qui était si justement con- 
damnée, naît la bienheureuse Marie, c'est-à-dire 
celle de toutes les créatures qui est tout ensemble la 
plus chère à Dieu et la plus libérale aux hommes, 
car la grandeur delà sainte Vierge est une grandeur 
bienfaisante, une grandeur qui se communique et 
se répand (i). » 

k. Le Christ se voit déjà en sa future Mère. — 
« Dès le premier jour que Marie naît au monde, le 
Verbe la regarde comme sa mère, parce qu'elle Test 
en effet selon l'ordre des décrets divins. Il regarde 
en elle ce sang dont sa chair doit être formée, et il 
le considère déjà comme sien ; il s'en met, pour 
ainsi dire, en possession en le consacrant par son 
Esprit-Saint : ainsi son alliance avec Marie com- 
mence à la nativité de cette Princesse, et avec l'al- 
liance l'amour, et avec l'amour la magnificence... 
Combien donc illustre, combien glorieuse est votre 
nativité, ô divine, ô très admirable Marie ! Quelle 
abondance de dons célestes est aujourd'hui répan- 
due sur vous! Il me semble que je vois les 
anges, qui contemplent avec respect le palais qui 
est déjà marqué pour leur maître, par un caractère 
divin que le Saint-Esprit y imprime. Mais je vois 
le Fils de Dieu, le Verbe éternel, qui vient lui- 
même consacrer son temple et l'enrichir de trésors 
célestes, avec une profusion qui n'a point de bor- 
nes, parce qu'il veut, ô bénit enfant dans lequel 
notre bénédiction prend son origine, il veut que 
vous naissiez déjà de lui, et qu'il vous serve d'avoir 
un fils qui soit l'auteur de votre naissance (2). » 

I. liossuet, Sermon pour la fêle de la Nativité, Exordc. — 
2. lbid,y Premier point. 



35o LE CATÉCHISME ROMAIN 

5. Caractère de joie de cette fête. — Un jour tel 
que celui où le ciel donne à la terre la future Mère 
du Verbe incarné ne peut être qu'un jour de sainte 
allégresse : il est l'annonce joyeuse de la réalisation 
des promesses divines ; la rédemption de l'huma- 
nité ne tardera plus guère ; Marie, c'est à bref délai 
le Rédempteur. Quels sentiments de reconnaissance 
et d'amour ne doivent donc pas être les nôtres, à la 
pensée que la Mère de notre Sauveur fait aujour- 
d'hui son apparition sur la terre! Pour elle comme 
pour son 111s, les anges durent chanter : « Gloire, 
dans les hauteurs, à Dieu? Et sur la terre, paix, 
bienveillance pour les hommes ! o 

De là vient que jadis, avant l'institution de la fête 
de l'Immaculée Conception, les Pères regardèrent 
avec raison la fêle de ce jour comme la source de 
toutes nos espérances et de toutes nos joies. Saint 
André de Crète (y 7^^o) la saluait comme « Tentrée, 
le point de départ des fêtes, dont le terme est 
l'union du Verbe et de la chair (i). » Et saint Jean 
Damascène le chantait comme a le jour natal de 
Pallégresse, » en conviant tous les peuples et tous les 
hommes sans exception à la célébrer joyeusement(2). 

C'est bien, en elTet, un sentiment de fierté joyeuse 
que dégage et inspire la liturgie de ce jour. Les 
fidèles doivent s'y abandonner de tout cœur puis- 
que, aussi bien, c'est la fête de la naissance de 
leur Mère. 

II. Histoire de la fête. — i. Son apparition tar- 
dive. — L'Evangile est muet sur les parents qui 
donnèrent le jour à la sainte Vierge, sur le jour et 
les circonstances de sa naissance, sur les premières 
années de sa vie. Pourquoi ce silence ? Il doit avoir 

I. 0ml [in A'alLu. Deiparœ, Pair, gr., t. xcvii, col, So."). — 
2. Hoinll. /, I, in SalivlLaieni B. M., Patr.gr., t. xcvi, col. Olii. 



NATIVITÉ DE LA T. S. VIERGE 35 1 

ses raisons, et les Pères n'ont pas été sans en don- 
ner d'admirables. Le premier nriot de TEvangile tou- 
chant la Vierge est celui-ci : Maria, de qua naias est 
Jésus ; Marie, de laquelle est né Jésus. Gomme pour 
laisser entendre que Marie est moins la fille d'Adam 
que la Mère de Jésus, que toute sa noblesse et sa 
grandeur lai viennent moins de ses ancêtres, de son 
père et de sa mère, que de son Fils, et que toute la 
gloire qu'elle tire de sa maternité divine dépasse 
toute celle qui lui venait de la maison de David, de 
la tribu de Juda. 

La tradition a été beaucoup plus explicite ; les 
apocryphes, tels que le Prolévangile de Jacques, 
VEvangile de la nativité de Marie du pseudo-Matthieu, 
VEvangile de Tenfance de Marie du pseudo-ïhomas, 
s'en sont fait l'écho, non sans mêler des légendes 
aux données traditionnelles ; ils nomment le père 
et la mère de Marie, ils parlent de leur piété, de la 
stérilité de leur union, des prières ardentes qui leur 
obtinrent du ciel cette enfant du miracle, de la pré- 
sentation de Marie au temple à l'âge de trois ans, 
autant de croyances pieuses que l'Eglise a consa- 
crées par des fêtes sans en faire pour autant des 
articles de foi. 

Or, lorsque le culte de la Sainte Vierge se tradui- 
sit par des fêtes en l'honneur de Marie, l'Eglise ne 
se borna pas, comme pour les saints ordinaires, à 
commémorer son assomption glorieuse, qui corres- 
pondait au Natale des martyrs et des confesseurs, 
elle voulut aussi honorer sa naissance, tout comme 
on célébrait déjà celle de saint Jean-Baptiste : et 
celle-ci se célébrait dès le V siècle ; mais celle de la 
Nativité de Marie ne parut pas aussitôt. Saint Augus- 
tin, qui a laissé sept sermons (i) sur la fête de la 

\. Serm, gclxxxvii-cgxcui. 



352 LE CATÉCHISME ROMAIN 

nativité du Précurseur, n'en a aucun sur la nativité 
de la Vierge. Il dit même formellement que l'Eglise 
ne célèbre que deux naissances dans la chair, celle 
du Christ et celle de Jean-Baptiste (i) ; bonne 
preuve que, de son temps, on ne connaissait pas 
encore une fête semblable en l'honneur de Marie. Il 
en était de même du temps du pseudo-Augustin, 
dans lequel il semble bien qu'il faut voir Fauste de 
Riez (2). Même silence pendant le vi^ siècle. Saint 
Grégoire le Grand (y 6o4) n'en parle pas ; les mis- 
sionnaires qu'il envoya en Angleterre n'en parlent 
pas davantage (3). En revanche, elle est signalée, à 
ia fin du vu^ siècle, par le pape saint Sergius (687- 
701), comme l'une des fêtes de la Vierge que l'on 
doit solenniser à llome par une procession (4). Elle 
prend place dès cette époque dans les sacramen- 
taires gélasien et grégorien ainsi que dans les 
calendriers francs des temps carolingiens. Et chose 
remarquable, les oraisons signalées dans le sacra- 
mentaire grégorien sont déjà celles qu'on récite 
encore aujourd'hui. 

2. Elle a donc éléi/islilaée au VII^ siècle, postérieu- 
rement à saint Grégoire et antérieurement à saint 
Sergius, entre 6o4 et 687. D'après Mgr Duchesne (5), 

i. Natalis (lies carnis, dit-il au sermon cglxxxvii, nulli pro- 
phctarum, nulli patriaicharum, neniini aposlolorum celebra- 
vit Ecclesia : solos duos natales célébrât, hujus (saint Jean) et 
diristi. Cf. Serin, ccxcu. — 2. Post illum sacrosanctum Do- 
mini natalis diem, nullius homineni legimus celebrari, nisi 
solius Joannis Baptistae. Serm. cxcvr, dans l'Appendice des 
sermons de saint Augustin. — 3. D'après la note de la préface 
du second livre du sacrainentaire grégorien, dans Pamélius, 
Litargica, t. n, p. 38cS, l'insertion de cette fête et de celle de 
l'assomption dans le premier livre, qui est proprement de 
saint Grégoire, est postérieure à saint Grégoire. — 4. />i^. 
poiitif., t. I, p. 37G-381. — 0, Origines du culte chrétien, 2*'édit., 
Paris, 1898, p. 262. 



NATIVITÉ DE LA T. S. VIERGE 353 

elle était d'origine et d'importation byzantine, sans 
qu'on puisse signaler l'auteur, le lieu et la date 
exacte de son institution. Et dès son apparition, elle 
se trouve, tant en Occident qu'en Orient, fixée uni- 
formément au 8 septembre. Pourquoi ce jour-là ? 
On l'ignore. 

Adoptée à Rome et insérée dans le calendrier 
romain, la fête de la Nativité de Marie s'introduisit 
en Gaule avec la liturgie romaine. Elle y fut parti- 
eulièrement en faveur à Angers (i) et à Char- 
tres (2). Peu à peu elle se répandit dant tout l'Occi- 
dent (3). 

Au xii^ siècle, le liturgiste Beleth, peu renseigné 
sur son origine, attribue son institution à une révé- 
lation particulière qui, communiquée au pape, le 
décida à imposer la fête à toute l'Eglise {^) ; il 
oublie de dire le nom de ce pape ;. il constate du 
moins que, de son temps, elle n'avait ni vigile, ni 
octave. 

A la fin du xui^ siècle, Durand de Mende se con- 
tente de reproduire Beleth (5), mais il ajoute qu'In- 
nocent IV (i 243-1 254) avait donné une octave à la 
fête. C'est, en effet, à la suite d'un vœu fait à la 

I. Une tradition de l'église d'Angers désigne l'un de ses 
évêques du commencement du v^sièclet saint Maurille, comme 
l'instituteur de la fête ; ce n'est là qu'une opinion que Be- 
noît XIV, Defestis B. M. F., ix, 5, qualifie de peu probable et 
d'invraisemblable. Il est vrai que la fcte delà Nativité a porté 
longtemps en France le titre de Notre-Dame Angevine ou de 
Fête de V Angevine ; cela prouve la particulière dévotion des 
angevins à l'égard de Marie. — 2. Saint Fulbert (f 1028) eut 
une part importante dans la diffusion de la fête, de concert 
avec le roi Robert le Pieux, qui nota en chant harmonieux 
les trois répons où il célébrait lui-même le lever de l'étoile 
mystérieuse, la branche sortant de la tige de Jessé et la vo- 
lonté de Dieu. — 3. Elle se trouve inscrite dans les Martyro- 
loges de Bède, d'Adon et d'Lsuard. — 4. RcUionale, cxux. — 
5. RaiionalCy Vil, xxviii. 

LB CATÉCHISME. — T. VIII , 2 } 



o5/i LE CATÉCHISME ROMAIN 

sainte Vierge, que l'octave fut instituée. Depuis 
près de vingt mois, après le très court pontificat de 
Gélestin IV (12/ii), qui ne dura que dix-sept jours, 
le siège de Home était vacant. Pour échapper aux 
menaces de l'empereur Frédéric II (y i2jo), les car- 
dinaux réunis en conclave promirent, si une élection 
intervenait à bref délai, de donner une octave à la 
fête de la Nativité. L'élu, Sinibaldo Fiesco, sous le 
nom d'Innocent IV (i243-i254), tint parole. A la 
troisième session du premier concile œcuménique 
de Lyon, en i2/|5, il déposa l'empereur Frédéric II, 
et réalisa la promesse du conclave (i). 

Au siècle suivant, pour remercier Dieu du retour 
de la papauté à Uome, (irégoire \I (1070-1378) 
songea à faire précéder la fête d'une vigile et d'un 
jeûne ; mais la mort le surprit sans qu'il eût donné 
suite à son projet. Et aucun de ses successeurs jus- 
qu'ici n'a rien changé à l'état des choses. La fête se 
célèbre encore aujourd'hui avec une octave, mais 
sans vigile ; c'est l'une des grandes fêtes de la sainte 
Vierge. 

III. L^ messe. — i. Les chants. — Dans les an- 
tiennes de l'oirice de ce jour, le mystère de la Nati- 
vité est célébré sous toutes les formes : mais à la 
messe, et particulièrement dans les chanls, la pen- 
sée qui domine est celle de la glorieuse maternité 
divine. Dans sa naissance, objet de cette fête, la 
liturgie célèbre déjà la Mère du Sauveur. Dès Vin- 
tvo'il, elle emprunte pour aiitienne un passage à 
Sedulius, poète chrétien du v" siècle, et pour verset 
le commencementdu psaume de l'épithalame royal. 
(( Salut, Mère sainte, o vous dont l'enfantement a 
mis au monde le Roi qui gouverne le ciel et la terre 

I. INIansi, Act. Conc, t. xxiii, p. G12. 



MESSE DE LA NATIVITE 355 



O 



dans les siècles des siècles. » A ce salut, que lui 
adresse l'Eglise, Marie répond avec l'épouse du 
psaume : (( De mon cœur jaillit un beau chant ; je 
dis : Mon œuvre est pour un roi (i). » 

Au graduel, l'Eglise chante la virginité jointe à la 
maternité : « Vous êtes béuie et digne de toute 
vénération, Vierge Marie, qui, sans la moindre 
souillure, êtes devenue la Mère du Sauveur. Vierge, 
mère de Dieu, celui que le monde entier ne saurait 
contenir s'est enfermé dans votre sein, s'y faisant 
homme. » Et le verset alléluiatique, continuant le 
même thème, félicite Marie du privilège incompa- 
rable et unique qu'elle a eu de devenir la Mère de 
Dieu. « Alléluia ! alléluia ! Heureuse êtes-vous et 
digne de toute louange, sainte Vierge Marie ! de 
vous s'est levé le soleil de justice, le Christ notre 
Dieu. Alléluia ! » 

A Voffertoire, c'est un éloge semblable de la mater- 
nité divine et de la virginité : « Bienheureuse êtes- 
vous, Vierge Marie, qui avez porté le Créateur de 
toutes choses ! Vous avez engendré celui qui vous a 
faite, et vous restez vierge éternellement. » 

A la communion^ c'est le mot de la femme de 
l'Evangile, à peine transformé et complété, qui sert 
dé motif au chant. En entendant parler Jésus, 
cette femme inconnue traduisit son admiration en 
ces termes : c( Heureux le sein qui vous a porté, et 
les mamelles que vous avez sucées (2) ! )) La liturgie y 
substitue cette formule : « Heureuses les entrailles 
de la Vierge Marie, qui ont porté le Fils du Père 
éternel ! >> 

Ainsi, d'un bout à l'autre, dans Ids chants de la 
messe de la Nativité de Marie, retentit l'éloge de la 
virginité et de la maternité divine de la sainte Vierge» 



I. Ps,, XLiv, I. — 2. Lac, XI, 2 



356 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Extérieurement, Marie, dans son berceau n'est 
qu'une enfant comme les autres; mais c'est déjà, 
aux yeux de la foi, la Vierge par excellence, la future 
Mère du Christ ; et c'est magnifiquement honorer 
sa naissance que de chanter aussitôt les gloires de 
la virginité et de la maternité divine, car leurs 
rayons auréolent l'enfant qui vient de naître. 

2. Les lectures. — Quel passage évangélique choi- 
sir, puisqu'il n'est point fait mention dans l'Evan- 
gile de cette nativité ? Pas d'autre, a pensé TEglise, 
que celui de la généalogie de Jésus, la gloire du Fils 
devant rejaillir sur sa Mère. Et de préférence elle a 
choisi la généalogie selon saint Matthieu, parce 
qu'elle s'achève par ces mots : « Jacob engendra 
Joseph, répoux de Marie, de laquelle est né Jésus, 
quoii appelle le Christ (i). » Chose singulière, dans 
la généalogie de Jésus, il n'est pas fait mention de 
la parenté propre de la sainte Vierge ; et c'est pour- 
tant de Marie seule, et non de Joseph, que le Sau- 
veur a reçu le sang de ses aïeux : Marie, de laquelle 
est né Jésus, Le nom de la Mère est ainsi intimement 
lié au nom du Fils ; le nom de Marie est insépara- 
ble du nom de Jésus ; le Sauveur du monde est 
toute la raison d'être de la Vierge. Aussi les derniers 
mots du passage évangélique de la fête expriment- 
ils la pensée inspiratrice delà messe et donnent-ils 
le ton aux chants qui en sont le commentaire. 

Mais voici que, pour célébrer la naissance de la 
Vierge-Mère, la liturgie nous fait lire un passage des 
Proverbes (2), 011 est racontée la génération éter- 
nelle de la Sagesse ou du Verbe. « Jéhovah m'a 
possédée au commencement de ses voies, avant ses 
œuvres les plus anciennes. J'ai été fondée dès Féter- 
nité, dès le commencement, avant l'origine de la 

I. Matih., I, 16. — 2. Prov.t viii, 22-35. 



MESSE DE LA NATIVITE 35 J 

terre... J'étais à Tœuvre auprès de lui, me réjouis- 
sant chaque jour, et jouant sans cesse en sa pré- 
sence, jouant sur le globe de la terre, et trouvant 
mes délices parmi les enfants des hommes. » On 
comprend l'évocation de la génération éternelle du 
Verbe à propos de sa génération temporelle selon la 
chair : il s'agit de l'Homme-Dieu. Mais à propos de 
la naissance de Marie ? Marie n'est pas la Sagesse 
incréée, le Verbe éternellement engendré du Père ; 
rien de plus vrai. L'Eglise n'a pourtant pas hésité à 
faire lire ce passage en ce jour de fête, car c'est le 
jour où naît celle qui doit donner naissance au 
Verbe incarné. Le rapprochement semble auda- 
cieux ; il s'explique cependant, car l'humble enfant, 
dont on célèbre la naissance, était éternellement 
présente à la pensée de Dieu comme le moyen 
choisi par lui pour donner au monde le Verbe fait 
chair ; elle entrait dans le plan divin par un libre 
décret de la toute-puissance de Dieu. Et dès lors les 
paroles inspirées, qui servent à raconter la généra- 
tion éternelle de la Sagesse, conviennent d'une 
certaine manière à Marie, créée dans le temps, 
mais destinée de tout éternité à être la Mère de la 
Sagesse incarnée ; elles suggèrent du moins la plus 
haute idée qu'on puisse se faire de celle dont on 
célèbre aujourd'hui la naissance ; elles sont un 
hommage délicat et précieux à déposer sur son ber- 
ceau, comme un reflet de la grandeur et de la gloire 
éternelles du Verbe rejaillissant sur sa Mère selon 
la chair. 

3. Les prières. — Les prières de ce jour font tout 
naturellement allusion au mystère de la nativité de 
Marie (i), mais elles rappellent aussi celui de sa 
maternité divine et sa perpétuelle virginité (2). 

1. La collecte et la secrète. — 2. La secrète. 



358 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Elles expriment surtout le besoin que nous avons 
de la grâce pour nous sanctifier et pour pouvoir 
naître un jour, par une bonne mort, à la vie de 
l'éternité. 

Puisque la naissance de Marie est déjà l'annonce 
joyeuse et assurée de notre salut, la coUecle nous 
fait demander la grâce et un accroissement de la 
paix. ({ Nous vous prions, Seigneur, d'accorder à 
vos serviteurs le don de la grâce céleste, afin que 
ceux pour qui l'enfantement de la bienheureuse 
Vierge a marqué le commencement du salut, trou- 
vent dans la solennelle mémoire de sa Nativité 
l'accroissement de la paix. » 

A la secrète, on tient surtout à faire agréer Tobla- 
tion du sacrifice, et on profite du mystère du jour 
pour rendre cette offrande plus agréable, sans 
oublier le bénéfice moral qu'on espère en retirer. 
De là cette formule : « Seigneur, que vienne à 
notre aide l'humanité de votre fils unique : né 
d'une vierge, loin de léser l'intégrité de sa mère, il 
Ta consacrée. Que le Christ Notre Seigneur nous 
délivre de nos fautes et vous rende ainsi notre 
offrande acceptable en cette fête de la Nativité. » 

A la postcomniiuilo/i, le sacrifice est achevé; on y 
a pris part en l'honneur de la fête, et on demande 
d'en retirer un fruit convenable pour la vie du 
temps et pour la naissance de la vie de l'éternité. 
(( Nous avons, Seigneur, participé aux mystères qui 
consacrent cette fête annuelle ; faites, nous vous en 
supplions, qu'il nous soient un remède pour la vie 
du temps et de léternité. )) 

IL Le T. S. Nom de Li B. V. Marie 

I. Le nom de la sainte Vierge. — i. Le nom 
delà Vierge était Marie, — C'est tout ce que nous 



LE T. S. NOM DE MARIE SSg 

fait connaître l'Evangile au sujet du nom donné à 
la sainte Vierge. Le choix de ce nom fut-il inspiré 
surnaturellement à saint Joachim et à sainte Anne, 
ou même expressément révélé ? On ne saurait l'airir- 
mer avec certitude, faute de documents. Mais si 
L'on songe que Dieu, vis-à-vis des plus grands saints 
de l'Ancien Testament, prit toujours soin de leur 
faire donner un nom conforme à ses desseins sur 
eux et au rôle qu'il leur destinait, et si l'on se ra]i- 
pelle son intervention pour l'imposition du nom de 
Jésus et de Jean, on est autorisé à croire, sans la 
moindre invraisemblance, qu'il dut en user à l'égard 
de la Vierge comme pour le Précurseur et le Sau- 
veur. 

Quoi qu'il en soit, Marie était le nom de la sainte 
Vierge. C'était un nom assez répandu aux temps de 
l'Evangile, à raison même de son symbolisme gra- 
cieux et de ses multiples interprétations. Donné 
à la Vierge, il devait offrir un symbolisme saisis- 
sant et une signification des plus pieuses et des plus 
belles. Lesquels ? lien est plusieurs, et Ton n'a que 
l'embarras du choix. 

2. Signification da nom de Marie. — Bardenhewer 
compte jusqu'à soixante-dix interprétations diffé- 
rentes (i); quelques-unes sont douteuses, invrai- 
semblables, ou même fausses ; d'autres sont fondées 
sur l'origine et le sens étymologique de la racine 
qui a servi à faire le nom de Marie. Mais quelle est 
cette racine.^ à quelle langue appartient-elle? 

Les uns la disent égyptienne. C'est en Egypte, en 
effet, que, pour la première et unique fois avant la 
captivité de Babylone, le nom de Marie a été donné 
à une femme juive, à la sœur de Moïse. Dans cette 
hypothèse, Marie viendrait de niery, nieryl, qui 

I. Der Nanie Marie, 1895. 



36o LE CATÉCHISME ROMAIN 

signifie très chère ; et un tel nom convient particu- 
lièrement à la sainte Vierge, car elle a été très chère 
à Dieu et a reçu de Tamour de Dieu les privilèges les 
plus extraordinaires (i). 

D'autres la croient syriaque, de mûr, qui veut dire 
Seigneur ; Marie signifierait alors Dame, Maîtresse,^ 
qualification très bien appropriée à la sainte Vierge, 
qui est la Souveraine, la Heine de la terre et du ciel. 
Mais les pliilologues font observer qu'en Syriaque 
le féminin de mûr est Maria et non Maria. 

D'autres enfin préfèrent y voir une racine hébraï- 
que simple signifiant lumière, éclairée, éclairante: 
c'est l'explication des Pères grecs, des scolasliques, 
de saint Thomas ; élevée, grande : c'est l'explication 
préférée du bienheureux Canisius; (jrasse, grosse, 
dans le sens de belle, gracieuse: c'est l'explication 
de Bardenhewer ; amertume, douleur, selon les an- 
ciens rabbins, expression facilement transformée en 
Jïier amère, amertume de la mer ou mer d'amertume, 
comme le veut Minocchi. Comme il est facile de le 
voir, chacune de ces interprétations est applicable à 
la sainte Merge ; car elle a reçu dans son sein la 
Lumière du monde et a enfanté le Soleil de justice; 
elle a été grande au dessus de toutes les autres créa- 
tures; elle a été magnifiquement belle, d'une beauté 
qui résulte de la plénitude des grâces ; et elle a con- 
nu au delà de tout l'amertume, puisqu'elle a va 
mourir sou I^ils sur la croix et qu'un glaive de dou- 
leur a transpercé son âme. 

Si, au lieu d'y voir un mot simple dérivé de l'hé- 
breu, on veut y voir un nom composé, Marie signi- 
fierait Mer amère, de mar et yam: mais à la place de 
Mar-yam, la forme Yam-mar, disent les critiques, 
serait plus régulière et plus conforme au génie de 

I. Sur cette question, voir le Dictionnaire d'Ecriture sainte,, 
au mot Marie; Campana, :)iaria net dogma caitotico, p. GGo-()G7. 



I 



LE T. S. NOM DE MARIE 36» 

la langue hébraïque. Marie signifierait aussi, seloi^ 
saint Jérôme, gvatle de la mer ; siilla maris ; ce sens> 
accepté par un grand nombre de Pères grecs et 
latins et d'écrivains ecclésiastiques jusqu'au moyen 
âge, exprime la grande humilité de la Vierge; car 
étant comme une mer immense de perfections, elle 
s'est toujours regardée comme la dernière des créa- 
tures. Saint Ambroise a vu dans le nom de Marie ce 
sens particulier: Deas ex génère meo, le Seigneur 
est sorti de ma race ; ce nom aurait été alors comme 
le présage et l'annonce du rôle sublime que la sainte 
Vierge devait jouer dans la conception et l'enfante- 
ment du Verbe incarné. 

L'une des interprétations les plus belles et les 
plus populaires, consacrée du reste par la liturgie^ 
voit dans le nom de Marie V Etoile de la mer. On sait 
comment saint Bernard a justifié cette interpréta- 
tion (i). La sainte Vierge, en effet, a été l'étoile de 
Jacob; car de même que l'étoile émet son rayon 
lumineux sans se corrompre, de même la Vierge a 
enfanté son Fils sans rien perdre de sa virginité ; et 
de même que le rayonnement n'amoindrit pas la 
clarté de l'étoile, de même le Fils de Marie n'a rien 
enlevé à l'intégrité virginale de sa Mère. La sainte 
Vierge est, particulièrement pour nous, l'étoile de 
la mer, en ce sens qu'au milieu des écueils et des^ 
tempêtes de ce monde, si souvent comparé à un 
océan, elle oriente les passagers et leur indique la 
voie, les encourage dans les épreuves, les protège 
dans les dangers, leur évite le naufrage et les fait 
heureusement aborder au port. 

3. Puissance du nom de Marie, — Il est certain, 
ainsi que saint Paul nous l'assure (i), qu'en fait de 
nom qui sauve il n'en a pas été donné d'autre au 

i. Cf. t. VI, p. 665. — 2. Acl.y IV, 12. 



302 LE CATÉCHISME ROMAIN 

monde que celui de Jésus. Celui de la Vierge iren a 
pas moins, selon l'expression du bienheureux Cani- 
sius, une énergie singulière et une vertu divine : il 
résume et condense pour ainsi dire tout le pouvoir 
surnaturel de ^larie. L'invoquer, c'est invoquer la 
Mère de notre Sauveur et notre mère : c'est intéres- 
ser à notre sanctification et à notre salut celle qui 
veut voir l'Eglise se remplir de saints et le ciel de 
bienheureux. Une longue expérience prouve qu'on 
ne l'invoque jamais en vain. l]t la piélé chrétienne 
s'est fait un doux devoir de l'associer toujours au 
nom de Jésus. Jésus-Marie ! c'était le cri de Jeanne 
d'Arc ; c'a été le cri de tous les pécheurs en quête 
de pardon, de tous les malheureux aux prises avec 
les épreuves de la vie, de tous les heureux de ce 
monde qui ont voulu s'assurer une sainte mort. 

Est-ce à dire, comme l'ont prétendu quelques 
théologiens exagérés, que ce nom de Marie ait une 
elïîcacité comparable à celle des sacrements et qu'il 
agisse ex opère opevato? Loin de nous de le penser. 
Mais loin de nous aussi de penser qu'il soit sans 
inllucnce sur notre vie spirituelle. 11 est à rappro- 
cher de celui de Jésus dans la même mesure où la 
sainte \ ierge est unie au Sauveur dans l'œuvre de 
la rédemption. La piété chrétienne ne s'est jamais 
fait faute de le joindre au nom de Jésus et de l'en- 
tourer d'un saint respect (i). De là l'idée de lui con- 
sacrer un jour de fête. 

I. Ce respect envers le nom de .Marie fat tel, observe 
Benoît XIV, De festis B. M. 1 ., x, 3, que pendant uiî certain 
temps on ne voulut môme pas le donner à des princesses de 
sang royal. Et il cite Alphonse VI, roi de Castille. Ladislas et 
Casimir P% rois de Pologne, qui refusèrent de laisser porter 
ce nom aux reines, leurs épouses. Depuis, ce respect exagéré a 
fait place à une confiance plus filiale, et nombre de reines ont 
pjrté le nom de Marie. 



FÊTE DU T. S. NOM DE MARIE 363 

II, La fête du saint Nom de Marie. — i. Son 
origine. — C'est en Espagne, au diocèse de Cuenca, 
que la dévotion à la sainte Vierge se traduisit par 
l'institution d'une fête spéciale en l'honneur de son 
nom, et cette fête fut approuvée par Rome, en i5io, 
pour la ville et le diocèse de Cuenca. Lors de la ré- 
forme du bréviaire, elle ne parut pas suffisamment 
autorisée pour être maintenue au calendrier de 
l'Eglise universelle, si tant est qu'elle y eût été déjà 
inscrite à celte époque. Nous savons bien que saint 
Pie V fit supprimer la fête de la Présentation ; et 
Benoît XIV nous apprend que celle du saint Nom 
de Marie subit le même sort, mais il ajoute qu'elle 
fut rétablie peu après par Sixte-Quint (lôSS-iSgo) (i). 
D'après l'opinion que l'usage juif était de ne don- 
ner un nom aux filles que quinze jours après leur 
naissance, la fête du saint Nom de Marie avait été 
fixée au 20 septembre, exactement quinze jours 
après celle de la Nativité. 

2. Son extension dans l'Eglise universelle. — Long- 
temps la fête nouvelle resta une fête de dévotion pro- 
pre à certains diocèses. Lejansénisme aidant, son ex- 
tension paraissait condamnée à rester fort restreinte, 
lorsqu'un événement imprévu vint changer l'état de 
choses. Le 12 septembre i683, Sobieski avait battu 
les Turcs, délivré Vienne et sauvé ainsi l'Europe 
centrale de l'invasion musulmane. Cette victoire 
fut pour l'Autriche ce qu'avait été, plusieurs siècles 
avant, pour la France, la victoire de Charles-Martel à 
Poitiers. lnnocentXI(i676-i689)y vitun effet de l'in- 
tervention miraculeuse de la sainte Vierge ; la même 
année i683, pour reconnaître un si grand bienfait, 
il étendit la fête du saint Nom de Vlarie à toute 
l'Eglise, la rendit obligatoire et la fixa au dimanche 

I. De festis B. M. V. x, 5. 



36/i LE CATÉCHISME ROxMAIN 

dans l'octave de la Nativité. Son décret ne fut pas 
du goût de tout le monde ; et il est remarquable 
que ïillemont, qui parle des autres, fêtes de la sainte 
Vierge, passe celle-ci complètement sous silence. 
La fête du saint Nom de Marie n'en est pas moins 
restée inscrite au calendrier de l'Eglise universelle ; 
elle se célèbre actuellement sous le rite double 
miajeur;elle est un juste hommage de reconnais- 
sance à l'égard de Notre-Dame. 

III. La messe. — i. Les chanis. — Sauf l'an- 
tienne de l'introït, le verset alléluiatique du graduel 
et l'offertoire, les chants sont les mêmes que pour 
la Nativité. L'antienne de l'introït est empruntée au 
psaume de l'épithalame royal, et formée de trois 
morceaux de versets, où il est dit : « Les plus riches 
du peuple rechercheront ta faveur. — Sont présen- 
tées au roi après elle des jeunes filles — au milieu 
des réjouissances et de l'allégresse (i). » — Le ver- 
set alléluiatique du graduel est un acte de foi à la 
perpétuelle virginité de Marie, suivi d'un appel 
adressé à la Mère de Dieu : a Après votre enfante- 
ment, ô Vierge, vous êtes demeurée pure. Mère de 
Dieu, intercédez pour nous. » — L'offertoire n'est 
autre que la Salutation angélique. ^ 

2. Les lectures, — Le passage évangélique (2) est 
le Mlssas est, si magnifiquement interprété par 
saint Bernard. C'est là que se trouve, en effet, le 
nom de la Vierge : Et nomen Virgi/iis Maria. Ce pas- 
sage avait sa place naturelle dans cette fête qui est 
l'exaltation du nom de Marie. L'épître, tirée de 
l'Ecclésiastique (3), contient l'éloge de la Sagesse, 
dont l'Eglise fait une heureuse application à la 

I. Ps., xLiv% i3, i5, 16. — 2. Lac , 26-38. — 3. Eccli., xxiv, 
23-3i. 



MESSE DQ T. S. NOM DE MARIE 365 

sainte Vierge. A Texemple de la Sagesse, Marie peut 
faire entendre des paroles comme les suivantes : 
<( Comme la vigne, j'ai produit des pousses char- 
mantes, et mes fleurs ont donné des fruits de gloire 
et de richesse. Je suis la mère du pur amour, de la 
crainte de Dieu, de la science et de la sainte espé- 
rance. En moi toute la grâce de la voie et de la 
vérité, en moi toute l'espérance de la vie et de la 
vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez* et 
rassasiez-vous de mes fruits. Car mon souvenir est 
plus doux que le miel, et ma possession plus douce 
que le rayon de miel. Et ma mémoire passera dans 
toute la suite des siècles... Celui qui m'écoute n'aura 
jamais de confusion, et ceux qui agissent par moi 
ne pécheront point. Ceux qui me mettent en lu- 
mière auront la vie éternelle. » Quel plus beau fruit 
que celui de la Vierge Marie, le Christ notre Sau- 
veur ! Et quelle plus grande douceur que celle de 
s'en rassasier ! Aller à Marie, c'est aller à la Mère 
du pur amour ; l'écouter et agir comme elle et avec 
elle, n'est-ce point s'assurer contre toute chute et 
toute faute ? Sans nul doute, Marie ne confère pas la 
grâce à la manière des sacrements ; elle la sollicite 
du moins pour nous, elle nous l'obtient, elle fait 
que nous la mettions à profit. Et, dans ces condi- 
tions, comment n'être pas assuré de voir se réaliser 
la promesse finale : « Ceux qui me mettent en 
lumière auront la vie éternelle.^ » Si son souvenir 
est plus doux que le miel, que doit-ce être de son 
nom béni et puissant quand il jaillit du cœur aux 
lèvres ? 

3. Les prières. — Comme à l'ordinaire, la secrète 
demande à Dieu qu'il ait pour agréable l'oblation 
qu'on lui fait, et la postcommunion le remercie de 
la participation au banquet sacré. Mais ici, dans 
Tune et dans l'autre de ces deux prières, se mêle 



366 LE CATÉCHISME ROMAIN 

très opportunément le souvenir de la bienheureuse 
Marie toujours vierge. C'est par son intercession 
qu'on tient à faire agréer Toffrande du sacrifice, et 
c'est sa protection, partout et toujours, qu'on solli- 
cite finalement. La collecte mentionne expressément 
le titre de la fêle et résume l'objet des demandes 
que nous devons adresser à Dieu en cette occasion. 
(( Dans la joie que goùlenl vos fidèles sons le Nom et 
la protection de la très sainte Vierge Marie, accordez- 
leur, Dieu tout-puissant, d'élre délivrés de tous les 
maux sur terre et de mériter de parvenir, par sa 
pieuse intercession, aux joies éternelles. » Que Dieu 
exauce une telle demande, et il n'y aura plus, pour 
les dévots au saint Nom de Marie, qu'à la louer 
glorieusement dans le ciel après l'avoir invoquée 
pieusement ici bas. 

III. La Présentation 
de la B. V. Marie 

I. Objet du mystère. — r. La légende des apo- 
cryphes. — Il ne s'agit pas ici de la présentation de 
Jésus au temple, racontée par l'Evangile et célébrée 
par l'Eglise dans la Tête de la Purification, mais de 
celle de Marie. Sur cette dernière, comme sur tous 
les incidents de la vie de la sainte Vierge antérieurs 
au message de l'ange, l'Evangile est muet. Par con- 
tre les apocryphes abondent en précisions (i). D'après 
eux, c'est à la suite d'un vœu que saint Joacliim et 
sainte Anne présentèrent leur fille au temple, dès 
qu'elle eut atteint l'âge de trois ans. Arrivés au bas 
des degrés, ils virent leur enfant les quitter sponta- 

I. Protévangile de Jacques; les Evam/iles de V enfance de 
Marie, le pseudo-Malthieu et le pseudo-Thomas, dans Tischen- 
dorf, Evangelia apocrypha, 2« édit., Leipzig, 187G. 



PRÉSENTATION DE LA T. S. VIERGE 867 

^— M-i— ■— — ^^M^^— ■ 

nément et gravir d'un pas allègre les degjés du 
sanctuaire, aux applaudissements des spectateurs. 
Sur le parvis, le grand-prêtre et les lévites reçurent 
Marie au son des trompes. Joachim et Anne se reti- 
rèrent, laissant leur fille sous la conduite des prê- 
tres. Et l'enfant, durant onze ans jusqu'à l'âge de 
sa puberté, séjourna dans le Saint des saints, assis- 
tée par un ange qui lui apportait sa nourriture 
quotidienne. Quand elle fut à l'âge nubile, le grand- 
prêtre songea à lui donner un époux, mais un 
époux miraculeusement désigné par le ciel. En 
conséquence, il convoqua tous les jeunes gens delà 
tribu de Juda qui, au nom de la parenté, avaient 
quelque droit d'aspirer à sa main, leur imposant 
l'obligation de se présenter cliacun avec une verge. 
Celui dont la verge fleurirait devait être l'époux 
choisi, et ce fut saint Joseph. 

2. Ce qu'il faut en retenir. — Prise en bloc, cette 
légende est suspecte, car si de tels prodiges avaient 
eu lieu, ils auraient eu quelque retentissement et 
auraient rendu célèbre la jeune fille qui en aurait 
été l'objet. Or, d'après l'Evangile, Marie, au moment 
même de l'annonciation, n'avait rien qui la distin- 
guât extérieurement des autres jeunes filles de son 
âge. Tous la tenaient pour une femme ordinaire. 
Plus tard même, alors que son fils accomplissait 
des miracles, ses compatriotes disaient de Jésus : 
« N'est-ce pas là le fils du charpentier.^ Sa mère ne 
s'appelle-t-elle pas Marie? » 

Marie, à vrai dire, n'était grande, belle et pure 
qu'aux yeux de Dieu. C'est sous le regard de Dieu 
et sous l'action du Saint-Esprit, qu'elle grandissait 
en sagesse et en sainteté, dans une atmosphère 
d'humilité, comme un lys au milieu des épines, 
comme une fleur cachée aux regards humains. Sa 
beauté, toute morale, ne s'épanouissait que pour 



368 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Dieu, en vue des grands desseins de la Providence 
<jui la destinait aux augustes fonctions de mère du 
Verbe incarné. On doit donc renoncer aux détails 
rapportés par les apocryphes: l'ascension des 
degrés du temple, les applaudissements de la foule, 
la réception au son des trompes, le séjour habituel 
dans le Saint des saints, la nourriture quotidienne 
apportée par un ange, le concours des aspirants et 
la verge fleurie. Mais le fait de la présentation ne 
saurait être mis en doute pas plus que celui d'une 
consécration spéciale de la sainte Vierge à Dieu et 
d'une éducation surnaturelle parfaite. 

3. Les objections, — Les Pères des quatre premiers 
siècles n'ont point parlé de cette présentation de 
Marie au temple. Saint Ambroise, au contraire, 
nous la montre chez elle, humble, modeste, pudi- 
que, soumise, laborieuse, adonnée au recueille- 
tnent et à la prière, jamais moins seule que lors- 
qu'elle était seule en présence de Dieu, n'allant 
qu'une fois par an au temple en compagnie de son 
père et de sa mère (i). Les premiers à parler de 
<:;ette présentation sont saint Epiphane et saint Gré- 
goire de Nysse; et ils ne le font pas sans indiquer 
la source suspecte où ils ont puisé leurs renseigne- 
ments. On prétend aussi que l'éducation des jeunes 
iilles dans le temple était inconnue des juifs, et que 
les femmes n'y étaient pas admises. Sans doute, 
l'Ecriture raconte que Josabeth y passa six ans, 
mais c'était par suite de circonstances impérieuses, 
pour soustraire son neveu à la colère d'Athalie. Elle 
raconte aussi que la fille de Phanuel, de la tribu 
d'Aser, la prophétesse Anne, ne quittait point le 
temple, mais c'est pour dire qu'elle y passait des 
journées entières sans y habiter. D'après le Diction- 

I. De virginitate, II, ii. 



PRESENTATION DE LA T. S. VIERGE 869 

naire de la Bible (i), « l'éducation de Marie dans le 
temple, affirmée par les apocryphes, est assez pro- 
blématique. » 

De cette manière, l'objet précis de la fête de la 
Présentation de Marie au temple s'évanouit pour ne 
laisser place qu'à un hommage rendu à l'acte pieux 
et généreux de la Vierge se liant à Dieu par le vœu 
de virginité, par une profession de vie parfaite; acte 
qui a bien pu s'accomplir dans le temple, sans qu'il 
implique un séjour prolongé, de l'âge de trois ans 
à l'âge de la puberté. L'Eglise a institué la fête pour 
nous faire honorer l'innocence de Marie, sa vie de 
recueillement et sa consécration à Dieu. 

4. Qu'en penser? — Il est certain que toutes les 
circonstances rapportées par les apocryphes sont 
d'une origine trop suspecte pour s'imposer sans dis- 
cussion. Et l'on comprend que l'Eglise, en insti- 
tuant la fête de la Présentation de Marie au temple, 
ne les prenne pas à sa charge pour les authenti- 
quer ; elle a du moins retenu le fait de la présenta- 
tion et a voulu l'honorer par une fête à titre de 
croyance pieuse. Le dogme n'est pas intéressé dans 
cette question, ni même au fond la piété ; le dogme, 
parce que rien n'a été défini sur ce point ; et la 
piété, parce que les considérations mystiques sur les 
vertus de Marie enfant conserveraient toute leur 
valeur, même dans l'hypothèse où Marie, au lieu de 
séjourner dans le temple, aurait passé sa jeunesse 
près de ses parents. Mais il n'en reste pas moins 
qu'il convient de ne pas abandonner une tradition 
rendue si respectable par l'approbation et la consé- 
cration de l'Eglise; et il faut répéter avec Benoît XIV : 
« Nous, qui ne voulons en rien nous écarter de la 
sentence commune de l'Eglise, nous disons que la 

I. A.U mot Marie, 

LE CATÉCHISME. — T. VIII. 24 



370 LE CATECHISME ROMAIN 

sainte Vierge a été présentée au temple pour y être 
Lien élevée (i). » 

5. Uédacaiion de la sainte Vierge, — Quel qu'ait 
été le mode extérieur d'éducation de la sainte 
Vierge, c'est le Saint-Esprit qui a directement agi 
sur son ame et sur son cœur. Car, au moment de 
l'Incarnation, elle fut saluée pleine de grâce ; et cette 
salutation était moins une prophétie que l'affirma- 
tion dun fait, dont l'existence remontait jusqu'au 
moment même de la conception. « Jamais prin- 
cesse, dit Nicolas (2), jamais fille née dans les palais 
des plus puissants monarques n'a reçu une éduca- 
tion si supérieure et n'en a porté de plus dignes 
fruits. Marie, en effet, avait pour institutrice la 
grâce, et pour précepteur le Verbe : le Verbe, qui 
élevait lui-même sa Mère et la formait à cette divine 
destination. La grâce est une éducation infuse qui ne 
détruit pas la nature, mais l'élève et l'enrichit. Qui 
n'a vu de ces élèves de la grâce, ofl'rant. dans les 
conditions les plus vulgaires de la société, toute la 
fleur de sentiment, toute la noblesse de caractère, 
toute la distinction de conduite et même de maniè- 
res qu'on trouve à peine dans les rangs les plus éle- 
vés ? Que devait donc être Marie, pleine de grSce 
dès sa conception ; formée par l'heureux concert de 
toutes les vertus mieux qu'elle ne l'eut été par les 
muses ; enrichie de tous les dons du Saint-Esprit 
pour être son temple; douée de toutes les inspira- 
tions de la Sagesse éternelle pour être son siège ; 
éclairée enfin de tous les rayons d'en haut par le 
Père des lumières pour être sa Fille et la ^lère de 
son Fils .^ » 

I. Nos vero qui ne tantillum quidem a commnni Ecclosi^e 
scntenlia reccdere volninus. dicimiis B. Virginem in tcmplo 
pra^scntatam esse utibi bone odncaretur. » De j>slis B. M. T.» 
XIV, G. — 2. La Vierge Marie, d'après V Evangile, Paris, iSô;, p. 164. 



I 



FETE DE LA PRESENTATION DE MARIE 07I 



II. La fête. — i. En Orient. — L'Eglise grecque 
célébrait depuis longtemps (i) V Entrée dans le tem- 
ple de Notre-Dame, la très sainte Mère de Dieu, 

Au vi^ siècle, l'empereur Justinien (f 565) avait fait 
élever en l'honneur du mystère de la Présentation 
une magnifique église dans la partie méridionale de 
la plate-forme du temple du Jérusalem (2). Au vii^, 
une pièce liturgique chantait ce K tabernacle céleste, » 
ce (( temple du Sauveur, » non sans faire écho aux 
données des apocryphes. « Le temple très pur du 
Sauveur, la brebis et la Vierge si digne de louange, 
l'arche sacrée contenant le trésor de la gloire divine, 
est amenée aujourd'hui dans la maison du Sei- 
gneur ; elle y apporte la grâce de l'Esprit-Saint ; les 
anges la célèbrent dans leurs chants : elle est ma- 
nifestement le tabernacle céleste... Etant donc née 
par divine providence, l'auguste Vierge, les saints 
parents, comme ils l'avaient promis, la conduisi- 
rent au temple à son auteur. Anne, dans son allé- 
gresse, interpellant le prêtre, s'écriait: Uecevez-la, 
donnez-lui place au plus profond de l'inaccessible 
sanctuaire, entourez-la de soin ; car c'est un fruit 
qui est la récompense de mes prières ; avec joie, 
dans ma foi, j'ai promis de la rendre à Dieu son 
auteur : elle est le tabernacle céleste (3). » 

Au XH*^ siècle. Manuel Gomnène, par sa Novella 
de Tan 1 166, fit de la Présentation de Marie au tem- 
ple une fête chômée, obligatoire pour tout l'em- 
pire (/|), et elle est encore aujourd'hui, dans l'Eglise 
orientale, une fête de précepte (5). 

I. Cf. Pitra, Analecta sacra, t. i, p. 275. — 3. C'est actuelle- 
ment la mosquée El-Aksa. — 3. Première et derniôrc strophe, 
citées par le continuateur de doni Guéran<2:cr, Le teinf)s après 
la Penlecôte, Paris. 1907, t. vi, p. 399, 4oi.— /j. i\ovella (A)nst., 
Pair, gr , t. cxxxiii,col 7r)'i-7Go. — 5. Cf. Nilles, Kalendariurn 
manualey t. i, p. 3/|. 



372 LE CATÉCHISME ROMAIN 

2. En Occident. — Le fait du séjour de Marie au 
temple de Jérusalem était reconnu et honoré en 
Occident des le v' siècle, comme le montre une ins- 
cription chrétienne, signalée par Le Blant (i). Mais 
de là à l'institution d'une fcte, il y avait loin. Ce 
n'est, en efl'et, que dans la seconde moitié du 
xiv^ siècle qu'il est question de cette fête dans l'Eglise 
latine. Voici dans quelles circonstances. Philippe 
de Maizièrcs, ambassadeur de Lusignan près du 
pape, parla à Grégoire \I (1070-1078) de cette fête 
si vénérée parmi les Grecs. Le pape en autorisa la 
célébration à la cour romaine d'Avignon et y assista. 
Cet acte de dévotion envers Marie ne devait pas 
rester sans récompense, car il semble avoir mérité 
du ciel, par l'intercession de la Vierge, le retour de 
la papauté à l\ome. 

Des l'année suivante, en 1373, le roi de France, 
Charles V, la fit célébrer dans la chapelle de son 
palais, et le 10 novembre 107^, par une lettre aux 
professeurs et aux élèves du collège de Navarre, il 
exprimait le désir qu'elle fût célébrée dans tout son 
royaume (2). « On sait comment dans ces mêmes 

I . Inscriptions chrétiennes de la Gaule; c'est Tinscription gravée 
sur le marbre de Berrc et reproduile par Le Blant, sous le n. 
542 A. — 2. (( Charles, par la grâce de Dieu, roi des Francs, à 
mes bien-aimcs : salut en Celui qui ne cesse point d'honorer sa 
Mère sur la terre. Entre les autres objets de notre sollicitude, 
souci journalier et diligente méditation, le premier qui occupe 
à bon droit nos pensées est que la bienheureuse Vierge et très 
sainte Impératrice soit honorée par nous d'un très grand 
amour et louée comme il convient à la vénération qui lui est 
due. Car c'est un devoir pour nous de lui rendre gloire ; et 
nous qui élevons vers elle les yeux de notre âme, nous savons 
quelle protectrice incomparable elle est pour tous, quelle 
puissante médiatrice auprès de son béni Fils pour ceux qui 
l'honorent avec un canir pur... C'est pourquoi, voulant exci- 
ter notre fidMe peuple à solenniser la dite fête comme nous- 
méme nous proposons de le faire, Dieu aidant, chacune des 



FETE DE LA PRESENTATION DE MARIE SyS 



années le sage et pieux roi, poursuivant l'œuvre 
inaugurée à Brétigny par la Vierge de Chartres, 
sauvait une première fois de l'Anglais la France 
vaincue et démembrée. Dans l'Etat comme dans 
TEglise, à cette heure si critique pour les deux, 
jNotre-Dame en sa Présentation commandait à l'orage 
et le sourire de Marie enfant dissipait la nue (i). » 

Au xv^ siècle, elle fut enrichie d'indulgences par 
Piell(i/i58-i464) et par Paul II (i46/i-i47t). Cela 
ne pouvait qu'en favoriser l'extension en Occident. 
Guillaume, duc de Saxe, avait demandé à Pie II de 
sanctionner de son autorité apostolique cette fête 
de dévotion qui se célébrait dans son duché. Pie II 
étant mort, ce fut Paul II qui répondit favorable- 
ment à la requête du duc. Malgré cette approbation, 
la fête n'était pas imposée ; elle aurait pu cependant 
se répandre et devenir peu à peu universelle. 
Sixte IV (1471-1484) l'introduisit à Rome. 

Mais lors de la réforme du bréviaire, saint Pie V 
la supprima, en 1068, pour qu'on célébrât avec plus 
de fruit les fêtes conservées (2). Sixte V (i585-i59o) 
fit de nouveau examiner la question, et la rétablit, 
à raison de son antiquité (3). Il ordonna que son 
office serait récité dans toutes les églises. Cette fois, 
l'adoption d'une telle fête n'était plus libre, mais 
obligatoire. Il n'y eut de changement dans la suite 
que pour l'office, qui fut revu et amendé par Clé- 
ment VIII (1592-1605). Elle fut élevée au rite double 
majeur (4). 

années de notre vie, nous en adressons rofTice à votre dévo- 
tion à cette fin d'augmenter vos joies. » Dans Launoy, Histo- 
ria Navarrœ gyinnasii, P» 1,1. i, c. 10 . 

I. Le temps après la Pentecôte, t. vi, p. Sqj. — 2. Cf. Gani- 
sias. De Maria Deipara Virgliv, 1. Il, c. \ii, n. 9G. — 3, Restiial 
acjiigiter ciistodirl. — 4- Cf. Gavantus, Defestis sanctoram, s. 
VII, c. xin, n. 21. 



374 LE CATÉCHISME UOMAIN 

3. Caractère de cette fêle, — « Inférieure en solen- 
^nité aux autres fêtes de Notre-Dame, tardivement 
inscrite au cycle sacré, la Présentation semble de 
j^préférence réserver chez nous le culte de ses mystè- 
res à la contemplation silencieuse. Dans le silence 
de leur prière ignorée, les justes gouvernent la 
terre ; la lieine des saints, la première, fit plus par 
ses mystères cachés que tous les faux grands hom- 
mes dont les gestes bruyants prétendent constituer 
la trame des annales du monde (i). » C'est, en effet, 
par son vœu de virginité, par sa vie cachée et re- 
cueillie, par son application à la prière, par sa doci- 
lité généreuse à toutes les inspirations de la grâce, 
qu'elle grandit et plut au Seigneur. Quel attrayant 
et admirable modèle ! Et combien la fête de sa Pré- 
sentation au temple est de nature à inspirer la piété, 
le goût de la retraite et de la méditation 1 Les mysti- 
ques y trouvent avec raison un charme tout parti- 
culier. Et bientôt, chez les clercs et les réguliers, 
s'introduisit l'usage de choisir cette fête pour renou- 
veler à Dieu leurs engagements sacrés ; le choix en 
est des plus heureux. On sait la dévotion profonde 
de M. Olier pour ce mystère qui, sous son inspira- 
tion, est devenu la fête patronale des séminaires de 
Saint-Sulpice. 

C'est qu'en effet la Présentation est parexcellence 
la fête des clercs. Marie, dans le sanctuaire de sou 
cœur, entend l'appel du Saint-Esprit : <(. Ecoute, ma 
. fille, regarde et prête Toreille : oublie ton peuple et 
^ la maison de ton père: et le roi sera épris de ta 
beauté (2). » Elle répond à cet appel et se consacre 
à Dieu dans le sanctuaire du temple, prête à tous 
les sacrifices que Dieu lui demandera. Comme elle 
et à sa suite, les élèves du sanctuaire doivent être 

I. Le temps après la Pentecôte, t. vi,p. Sgi. — 2,Ps., xliv, ii. 



FÊTE DE LA PRESENTATION DE MARIE 875 



attentifs aux appels d'en haut et y répondre avec 
un généreux empressement. Mais la sainte Vierge 
est aussi le modèle de toutes les âmes délicates et 
pures, qui vont à Dieu d'un élan joyeux et veulent 
se consacrer à lui. 

III. La messe. — C'est la messe ordinaire de la 
sainte Vierge, qui se dit de la Pentecôte à l'avent ; 
elle n'a de propre que la collecte, et cette collecte 
ne diffère de l'ancienne que par deux mots. Elle 
faisait primitivement allusion à l'âge de Marie quand 
elle fut présentée au temple : post Irieaniiim. Sixte- 
Quint fît mettre à la place hodierna die, pour ne rien 
préjuger de l'âge exact qu'avait la Vierge au jour de 
sa Présentation. Telle quelle, la collecte actuelle 
rappelle le fait de la présentation de Marie au tem- 
ple et, par un rapprochement d'idées très naturel, 
nous fait demander à Dieu la grâce d'être présentés 
à notre tour, par l'intercession de la sainte Vierge, 
au séjour de sa gloire. « Dieu, qui avez voulu que 
la bienheureuse Marie toujours Vierge, le sanctuaire 
de votre Esprit-Saint, fût présentée aujourd'hui 
dans le temple, faites, nous vous en supplions, que, 
par son intercession, nous méritions d'être présen- 
tés au temple de votre gloire. » 

I. Noblesse de Marie. — « Comme l'homme est com- 
posé de deux parties, il y a aussi deux sources générales 
de tous les biens qu'il peut recevoir en sa naissance : 
l'une, ce sont ses parents ; et l'autre, c'est Dieu. Car nous 
ne recevons que nos corps par le ministère de nos parents, 
mais l'âme est d'un ordre supérieur, et elle a cet avan- 
tage qu^'aucune cause naturelle ne peut la produire... De 
là donc ces deux sources; voyons ce que Marie tire de 
Tune et de l'autre. Pour cela, il faut entendre avant tou- 
tes choses quels étaient les parents de Alarie. Pieux, 
chastes, charitables, vivant sans reproche dans la voie de 
Dieu... Dieu favorise les enfants à cause des pores : Salo- 



876 LE CATÉCHISME ROMAIN 



mon à cause de David, les Israrliles à cause d'Abraham, 
Isaac et Jacob. C'est un grand avantage d'être consacré à 
Dieu, en naissant, par des mains saintes et innocentes. 
Mais il y a quelque chose de singulier en la nativité de 
Marie, car elle est la lille des prières de ses parents : 
l'union spirituelle de leurs âmes a impétré la bénédiction 
que Dieu a donnée à la chaste union de leur mariage, et 
il était juste que Marie fut un fruit non tant de la nature 
que de la grâce; qu'elle vint plutôt du ciel que de la 
terre, et plutôt de Dieu que des hommes. Mais cela peut 
être commun à Marie avec beaucoup d'au tics, Samuel, 
saint Jean-Baptiste, etc., ; à Samuel, Vnne seule pria ; â 
saint Jean-Baptiste, Zaci:iarie fut incrédule; à Isaac, Sara 
se prit à rire; ici concours des deux paients .. Marie tire 
de ses parents cette noblesse ancienne, ([ui la fait descen- i 
dre des rois et des patriarches. La noblesse semble être 1 
un bien naturel, parce ([ue nous l'apportons en naissant : ^ 
il est de la nature de ceux qui sont plus précieux et plus 
estimés, en ce qu'on ne les peut acquérir, (l'est le seul 
des avantages huuuiins que le Fils de Dieu n'a pas voulu 
dédaigner, et c'est là ce qui la relève... Elle était néces- - 
saire au Fils de Dieu, pour accomplir le mystère pour | 
lequel il est envoyé du Père. îl fallait qu'il vint des patri- 
arches comme leur héritier, pour accouiplir les promes- 
ses qui leur avaient été faites ; il fallait qu'il vînt des rois 
de Juda, afin de rendre à David la perpétuité de son 
trône, quêtant d'oracles lui avaient promise ; l'alliance 
sacerdotale lui élait nécessaire, parce qu'il devait elre 
grand-prètre. La noblesse de Jésus vient de Marie : elle 
a en elle le sang des rois et des patriarches avec une di- 
gnité particulière, parce qu'elle Ta pour le verser immé- 
diatement en la personne de Jésus-Christ. » Bossuet, 
Précis d^ an sermon pour la Nativité de la S. V., premier 
point. 

9.. Marie, étoile de la nier et aurore. — a Telle est 
rimpression que réveille et que réveillera toujours le 
nom si doux, si pur, si saintement glorieux de Marie : le 
plus répandu et le moins commun de tous les noms, qui 
se prête et ne se donne jamais à celles qui le portent. 



MARIE ÉTOILE DE LA MER SjJ 

tant il est resté propre à la Vierge qui l'a sanctifie, et à 
laquelle il remonte toujours, pur de ses applications, 
comme le rayon remonte à son étoile. Et telle est la signi- 
fication de ce nom ineffable de Marie : Etoile, étoile de la 
mer, étoile du matin, image délicate de la venue de Marie 
dans le monde. C'est cette étoile dont, quinze siècles 
avant, Balaam prédisait le lever, lorsque, prophétisant 
la domination universelle du Messie, il disait : a Je le 
verrai, mais non point maintenant ; je le regarderai, mais 
non de prés : une étoile se lèvera de Jacob, un sceptre se 
dressera d'Israël ; il frappera les princes de Moab, et il 
régnera sur tous les fils de Se th. » Prophétie que les an- 
ciens liébreux entendaient unanimement du Messie ; qui, 
au rapport de Josèphe, faisait la préoccupation univer- 
selle de sa nation à l'époque de la venue de Jésus-Christ, 
et qui, selon le même historien et le Talmud, favorisa le 
succès passager du faux Messie Barcochébas, parla signi- 
fication de ce nom, qui signifie Fils de l'étoile. L'étoile 
dont le vrai fils règne depuis dix-huit cents ans sur tous 
les fils de Seth, Marie, en se levant sur l'horizon de ce 
monde, a été comme l'aube du malin de la Vérité, comme 
le point du jour de la Foi, qui a épandu dans le monde 
Jésus-Christ, lumière éternelle, comme le chante l'EgHsCj, 
qiiœ Lumen œtermim mundo effadit Jesiiin Christam, 
Elle a été comme l'aurore du soleil de justice, écartant 
les ombres de la Loi, et teignant le ciel des premiers feux 
de la grâce, ainsi que l'Eglise la salue encore : quœ pro- 
greditar quasi aurora coasurgens. Image heureuse qui, 
bien mieux que par toutes les fades applications qu'eo 
ont faites les poètes, trouve en Marie toute sa vérité, toute 
sa pureté. De même, en eifet, que, bientôt après qu'on a 
aperçu l'aurore, on voit naître comme de son sein le 
corps du soleil, ainsi Marie ne paraît dans l'Evangile que 
dans un rapport prochain avec Jésus, Lumière du 
monde, qui naît d'elle : Maria, de qua nalus est Jésus ; 
semblable encore, par sa virginité, à l'aurore qui ne perd 
rien de sa pureté, ni de son intégrité pour enfanter le 
Roi des astres, et pour être la nîère du Jour. Mais sur- 
tout ce symbolisme de l'aurore convient à Marie, comme 



378 LE CATÉCHISME ROMAIN 



expression de la vérité que Marie est la fille de la grâce 
dont elle enfante l'auteur, comme cette première clarté 
du matin qu'on appelle l'aurore est produite par le soleil 
avant qu'il paraisse, produit lui-même du milieu, du sein 
de l'aurore. » A. Nicolas, La Vierge Marie d'après l Evan- 
gile, Paris, 1807, p. 159. 

3. Marie au temple. — « ^larie, accompagnée de 
Joachim et d'Anne, se rend à Jérusalem, et, s'arrachant à 
leurs embrassements, elle se présente au temple, en fran- 
chit les degrés, et y est introduite, l.es portes de la mai- 
son de Dieu, après laquelle elle soupirait, se sont refer- 
mées sur elle ; le vœu de son ca}ur est accompli ; elle 
s'est donnée à Dieu, et Dieu s'est donné à elle. Qui nous 
dira la ferveur et la générosité de son sacrifice, la joie 
sainte qu'elle éprouve en pensant que désormais le temple 
sera sa demeure, et que là, sous le regard de Dieu, loin 
du monde et de ses vanités, elle pourra vaquer librement 
aux pratiques pieuses qui font ses délices ? C'est dans ce 
temple saint qu'il faut étudier sa vie, prêter l'oreille aux: 
paroles de ses lèvres, suivre le détail de ses actions, en- 
trer dans son intérieur, pour en connaître les dispositions. 
Le premier sentiment qu'elle éprouva fut sans doute la 
reconnaissance pour les bienfaits du Seigneur. Elle est 
humble, mais elle ne peut méconnaître qu'elle a été l'ob- 
jet des prédilections divines. Elle s'abaisse devant Dieu 
dans la vue de son néant, mais elle se voit comblée des 
bénédictions célestes les plus abondantes et les plus 
extraordinaires. Elle se sent pénétrée pour Dieu, à ce sou- 
venir, delà plus vive gratitude, et de son cœur ne cesse 
de s'échapper l'hymne de l'action de grâces. 

(( Mais si Dieu a tant fait pour elle, il est manifeste 
qu'il a sur elle de grands desseins. Ces desseins, elle les 
ignore. Quelle sera Timmolation que Dieu lui imposera ? 
Elle ne peut la deviner. Ce qu'elle sait, c'est qu'elle est 
une victime qui ne s'appartient plus, et dont le Seigneur 
peut disposer à son gré. Sous l'impression de cette pen- 
sée, elle accepte, sans le connaître, l'avenir qui lui est 
réservé ; d'avance elle se soumet à tout, et, renouvelant 
l'offrande qu'elle fit à Dieu à son entrée dans la vie, elle 



) 



MARIE AU TEMPLE 879 



s'abandonne à lui pour accomplir, dans toute leur éten- 
due, ses adorables desseins. 

« En attendant que le voile, qui lui en dérobe la con- 
naissance, se déchire, Marie voit pour elle dans le présent 
des devoirs à remplir qui sont, à ses yeux, l'expression 
de la volonté divine. Elle s'y montre inviolablement 
fidèle. La prière, le travail, les offices charitables qu'elle 
rend au prochain, partagent ses journées. Mais par des- 
sus tout, respectueuse et docile envers ceux qui sont char- 
gés de la conduire, elle offre dans sa vie un modèle 
accompli de la plus parfaite obéissance. » Branchereau, 
Méditations, Paris, 1890, t. iv, p. 25. 



^t<S,éfltii^li.0^éS7^éltii0lii^tè,:gXit,i0Bii?ni>. 



Leçon XXVIf 
Fêtes de la Sainte Vierge 



I. L'Annonciation, — II. La Visitation, 

APRÈS les mystères de la Conception, de la 
Nativité et de la Présentation de Marie, voici 
ceux de l'Annonciation et de la Visitation, 
qui sont chacune l'objet d'une fête spéciale, dont 
Fintérêt n'est pas moins grand pour la foi que pour 
la piété (i). 

I. L'Annonciation 

1. Le mystère de l'Annonciation. — i. Récit êvan- 
gélique. — « Au sixième mois, ran^^^e Gabriel fut envoyé 
de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, au- 
près d'une vierge qui était fiancée à un homme de la 
maison de David, nommé Joseph, et le nom de la vierge 
était Marie. L'ange étant entrée où elle était, lui dit ; 
(( Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec 
vous, vous êtes bénie entre les femmes. » Marie, l'ayant 
aperçu, fut troublée de ses paroles, et elle se demandait 
ce que pouvait signifier cette salutation. — L'ange lui dit: 
<i Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce 
devant Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein, et 
vous enfanterez un fils et vous lui donnerez le nom de 
Jésus. Il sera grand ; on l'appellera le Fils du Très-Haut ; 
le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; 
il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son 

I. Pour la bibliographie, voir en tète des trois leçons précé- 
dentes. 



l'annonciation 38 



règne n'aura pas de fin. )) — Marie dit à Fange : « Com- 
raent cela se fera-t-il, puisque je ne connais point 
d'homme ?» — L'ange lui répondit : (( L'Esprit-Saint 
viendra sur vous, et la vertu du Ïrès-Iiaut vous couvrira 
de son ombre. C'est pourquoi l'être saint qui naîtra de 
vous sera appelé Fils de Dieu. Déjà Elisabeth, votre 
parente, a conçu elle aussi un iils dans sa vieillesse, et 
c'est actuellement son septième mois, à elle que l'on 
appelle stérile ; car rien ne sera impossible à Dieu. » — - 
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me 
soit fait selon votre parole. » — Et l'ange la quitta (i). » 

2. Le messager, — C'est un ange du ciel qui est 
l'envoyé de Dieu auprès de la Vierge : Gabriel, dont 
le nom signifie, force de Dieu, héros de Dieu, Tun 
des trois messagers célestes nommés dans l'Ecriture, 
Tun des sept qui se tiennent en présence du Sei- 
gneur (2) ; un archange dont nous connaissons 
quatre missions divines : la première, à Daniel 
pour lui expliquer le symbole du bélier et du bouc 
qui figurait les empires des Mèdes et des Perses (3); 
la seconde, au même prophète pour lui révéler la 
prophétie des soixante-dix semaines (4) ; la troi- 
sième, au prêtre Zachariepour lui annoncer la nais- 
sance de Jean-Baptiste (5) ; et la dernière, à la 
Vierge Marie, au jour de l'Annonciation. Trois de 
ces missions ont trait à l'Homme-Dieu : d'abord 
pour prédire l'époque de sa venue ; puis pour annon- 
cer la naissance de son précurseur ; et enfin pour 
négocier sa conception virginale ; aussi porle-t-il à 
juste titre le surnom d'ange de Elncarnation. 

Il convenait, dit saint Thomas (6), qu'un ange 
vînt annoncer le grand mystère de l'Incarnation; 
car l'ordre établi de Dieu veut que les choses divi- 

I. Luc, I, 2fi-38. — 2. Tob., XII, i5; Apoc, vin, 2. — 3. Dan.^ 
viu, iG. — 4- Dan., ix, 28. — 5. Luc, i, 11-21. — G. Sam, 
iheoL, III. P., Q. xxx, a. 2. 



382 LE CATÉCHISME ROMAIN 

nés soient transmises aux hommes par le ministère 
des anges ; un ange déchu avait contribué par la 
flatterie et le mensonge à la perte du genre humain, 
un ange fidèle contribua par sa mission à son relè- 
vement ; Marie était vierge, un pur esprit lui est 
envoyé. Gabriel « est donc envoyé de Dieu, ayant 
en sa main la plus grande commission qui sera 
jamais émanée du ciel à la terre, de Dieu aux hom- 
mes. Suivons-le, et considérons comment il va, non 
h Rome la triomphante, ni à Athènes la savante, ni 
à Babylone la superbe, ni même à Jérusalem la 
sainte. Il va en un coin de la Galilée, à une bour- 
gade inconnue appelée Nazareth ; Nazareth dont il 
était dit proverbialement : Que peut-il sortir de bon 
de Nazareth:^ ^lais dans ce Nazareth, il y a une pau- 
vre maison, une petite chambre, qui renferme le 
trésor du ciel et de la terre, le secret amour du Père 
éternel ; dans ce petit lieu, il y a une Vierge qui a 
plus de lumière et de grandeur qu'il n'y en a à 
Rome, ni à Athènes, ni entre les hommes, ni entre 
les anges ; une Vierge d'où la Lumière éternelle doit 
se répandre sur le monde. C'est à cette \ ierge, nom- 
mée Marie, que Tange Gabriel est envoyé de Dieu, 
c'est dans cet humble réduit que va se traiter, à 
l'insu du monde entier, le mystère qui doit en 
renouveler la face. Qui n'admirera dans celte con- 
duite de Dieu le parfait renversement de la vanité 
de l'homme, et le digne début de ce Christianisme 
par lequel il a confondu la sagesse des sages et la 
prudence des prudents? Qui n'admirera le jeu de 
cette Toute-Puissance qui signale sa force, en faisant 
ce qu'il y a de plus grand de ce qu'il y a de moin- 
dre et de plus humble (i) ? » 

3. La desli/mlaire, — Rien de mieux ordonné : le 

I. A. ÎNicolas, La V. M., p. 189. 



l'annonciation 383' 



message de l'ange commence par un salut ; il con- 
tient une annonce; il donne des explications et 
provoque l'adhésion de Marie au grand mystère de 
rincarnalion. 

Le messager céleste entre dans l'endroit où se 
trouvait Marie ; ce n'est donc pas, comme le dit le 
Protévangile de Jacques, près de la fontaine, mais 
dans un lieu bien clos, que s'est passée la scène (i). 
(( Je vous salue, jjleine de grâce ; le Seigneur est 
avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. » 
Le salut est bref, mais combien expressif : une 
triple prérogative est affirmée de Marie : c'est 
qu'elle est pleine de grâce, que le Seigneur est 
avec elle, et qu'elle est bénie entre les femmes. 
L*ange n'est ici que le pur organe de Dieu ; c'est 
donc Dieu lui-même qui, par sa bouche, salue la 
Vierge. 

Il la salue pleine de grâce. « Pleine de grâce ! 
c'était plus que son nom, c'en était la raison et 
l'essence. Cela disait l'état constitutif de celle qu'on 
désignait ainsi, et ce qu'il y a en elle de plus pro- 
fond et de plus radical; car, en Marie, la nature 
même est pour la grâce, comme la grâce est pour 
la fonction. Pleine de grâce ! 11 n'y a que Dieu qui 
puisse savoir tout ce que ces mots signifient et sup- 
posent. Cette grâce dont il est dit que Marie est 
remplie, c'est positivement toute grâce; je dis toute 
celle dont une pure créature est capable. Non que 
la grâce ne doive s'accroître et se développer dans 

I. Certains auteurs prétendent que ce fut la nuit et com- 
mentent, à cette occasion, ce passage de la Sagesse, que la 
liturgie a mis comme antienne aux piemières vêpres et aux 
laudes du ditnanchedans l'octave de la Noël : u Pendant qu'un 
paisible sommeil enveloppait tout le pays et que la nuit, dans 
S'i course rapide, avait atteint le milieu de sa carrière, votre 
Parole toute-puissante s'élanra du haut du ciel. » Sap., 
xviu, i5. 



384 LE CATÉCHISME ROMAIN 

la Mère du Sauveur ; elle ira grandissant toujours 
au contraire, et dans des proportions qui ne se peu- 
vent point mesurer. Mais outre que Dieu voit déjà 
les fruits dans leur germe, et la consommation des 
choses dans leur premier début, telle est la grâce 
de cette sainte Vierge au moment où Dieu lui parle 
ici par son ange, que, vu Tensemble et l'ordon- 
nance de ses desseins sur elle, elle ne pouvait pas 
actuellement en avoir plus qu'elle en avait. La grâce 
de Marie comprenait donc tout un monde de grâces 
sanctifiantes et de grâces gratuites : grâces pour 
llntelligence, grâces pour le cœur, grâces ])Our la 
volonté, grâces pour toutes les puissances de l'âme, 
grâces pour le corps, grâces ])Our la vie, grâces 
pour la mort, puisqu'elle aussi devait un jour 
Kiourir : grâces pour tous les rapports, pour tous 
les devoirs, pour tous les ministères. Puis, par 
dessus celles-là, il y avait des grâces singulières, nou- 
velles, transcendantes, et qui nous sont tout à fait 
inconnues. Tout cela, avec toutes sortes de dons et 
de biens ineffables, entrait dans le trésor intime de 
la future Mère du Sauveur, et formait cette pléni- 
tude auguste et tranquille que Dieu saluait en elle(i). » 

Le Seigneur est avec Marie : c'est la seconde 
prérogative. « La première dit surtout ce que 
Marie est en elle-même ; la seconde dit expressé- 
ment ce qu'elle est par rapport à Dieu et, partant, 
ce que Dieu est pour elle, u Le Seigneur est avec 
vous. » Ce n'est point là un simple souhait, comme 
les enfants de Dieu ont coutume de s'en adresser 
mutuellement pour exprimer l'amour qui les unit 
et la sainte bienveillance qui naît de cet amour ; 
c'est l'énoncé d'un fait. Dieu ne se contente pas 

i. Mgr Gay, Elévations sur la vie et la doctrine de X. S. J.-C, 
t. E, p. 5i. 



l'annonciation 385 



d'enrichir cette créature unique des dons les plus 
précieux qui soient dans ses trésors ; lui-même se 
donne à elle et lie son être au sien. Leur relation 
est directe, immédiate, vivante et personnelle.. , Il 
est vrai, toute à l'heure, il y va survenir. ParTineffa- 
ble action de son divin Esprit, son Verbe prendra 
chair en elle ; il sera donc alors avec elle plus 
qu'auparavant. Il y était par essence, par présence ; 
il y était par complaisance, ily était par préférence ; 
désormais, comme dit l'un de nos docteurs (i), il 
y sera par identité, la chair de cette Mère-Vierge 
devenant la chair du Fils unique du Père. Mais 
comme ce qui fait surtout qu'on est avec quelqu'un, 
c'est bien moins la proximité extérieure ou même 
l'identité physique d'une portion de ces êtres qui 
sont l'un avec l'autre, que l'amour qui les affecte et 
les unit entre eux. Dieu ayant pour Marie, et depuis 
qu'elle existe, tout l'amour d'un créateur, d'un 
père, d'un frère, d'un fils et d'un époux, il est clair 
qu'avant même cette a survenance )) divine, dont 
le fruit est l'Incarnation, il est avec cette femme, 
et comme il n'est avec personne (2). )> 

(( Vous êtes bénie entre les femmes. » Troisième 
prérogative qui nous apprend ce qu'est Marie au 
regard des créatures et nous fait voir qu'elle les 
dépasse incomparablement, u C'est très spéciale- 
ment entre toutes les filles d'Eve qu'elle est bénie, 
parce que le principe et la substance de sa bénédic- 
tion, c'est qu'elle enfantera le Verbe, Jésus, le Mes- 
sie et le Rédempteur de tous. Bénir, on le sait, 
c'est bien dire, et Dieu seul dit tout à fait bien. Mais 
parmi tant de paroles que Dieu profère au dehors 
par son Verbe intérieur, il n'y en a pas une seule 
que l'on puisse comparer à celle qui dit Marie. 

I. S. Pierre Damicn. — 2. Mgr Gay, Elévations, t. i, p. 33. 

; LB CATÉCHISME. — T. VIII. 2^ 



386 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Celle-ci dit Dieu plus et mieux à elle seule que tou- 
tes celles par lesquel'les il donne l'être aux autres 
créatures ; plus et mieux que toutes celles par les- 
quelles il les illumine, les sanctifie et, à la fin, les glo- 
rifie. Après sa parole substantielle, qui est de tout 
point équivalente à celui qui la prononce ; après le 
nom de Jésus, qui est le nom humain et historique 
de cette parole incarnée, il n'y en a pas qui exprime 
Dieu aussi parfaitement. Marie est le canlique créé 
de la virginité et de la plénitude divines. Elle dit 
Dieu : en ce sens, elle est le chant de sa plénitude; 
elle ne dit que Dieu : sous cet aspect, elle est le 
chant de sa virginité. C'est parce qu'elle est toute 
pleine de Dieu qu'elle est vierge de tout le reste. 
En la disant, Dieu la bénit ; et en la bénissant, il la 
remplit... Mais il y a plus encore. Comme, en disant 
Marie, Dieu dit sa mère, il dit celle qui, par un 
mystère inouï, dit ici-bas, de moitié avec lui, sa 
parole incréée, son vrai Fils. Cette bénédiction 
qu'elle reçoit pour devenir la mère du Verbe, la 
fait, pour ainsi dire, entrer dans le sein même de la 
paternité divine : elle l'installe à la source ; elle la 
fait source elle-même : source du ^ erbe. Mère de 
Dieu, Mère de Jésus (i). » 

[\. Le message. — - C'est la grande nouvelle que 
l'heure a enfin sonné de la réalisation des promes- 
ses divines : le Messie, le Sauveur va venir. Or, à 
Taspect de l'ange, .Marie fut troublée de ce qu'il 
disait. On comprend, certes, un pareil trouble. Il 
provenait, dit saint Thomas (2), de sa modestie 
virginale ; car, au dire de saint Ambroise (3), c'est 
le propre des vierges de trembler à l'entrée d'un 
homme dans leur demeure, et de redouter tout en- 

I. Mgr Gay, Elévations, p. 57.-2. Sunu iheoL, 111% q. xxx, 
a. 3, ad 3. — 3. In Luc, i, 29. 



l'anno.\giation 387 



tretien avec l'homme. C'est pourtant moins l'aspect 
de l'ange qui trouble Marie que les paroles qu'elle 
lui entend dire, parce qu'elle était loin d'avoir d'elle- 
même d'aussi grandes pensées. Et aussi sage et pru- 
dente qu'humble et modeste, elle ne répond pas un 
mot et se contente de se demander ce que pouvait 
signifier une telle salutation. 

L'ange la rassure aussitôt, en lui révélant l'hon- 
neur auquel Dieu la convie, u Voici que vous con- 
cevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils... 
le Fils du Très-Haut. » A coup sûr, la célèbre prophé- 
tie d'isaïe : « Voici qu'une vierge concevra et en- 
fantera un fils (i), » dut être aussitôt rappelée au 
souvenir de Marie. Et c'est de sa réalisation immi- 
nente qu'il s'agissait, de sa réalisation en elle et par 
elle ; nul doute à cet égard ; Marie comprend. Mais 
va-t-elle, dans un accès de bonheur et de joie, 
acquiescer tout de suite ? Non, car elle s'est vouée à 
Dieu par le vœu de virginité ; et ce vœu semble un 
obstacle à la proposition de l'ange. Isaïe n'avait 
point dit le mode de conception et d'enfantement 
de la Vierge, et Marie l'ignore. Elle demande donc: 
« Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais 
point d'homme.^ »« Troublée d'abord par les louan- 
ges de l'ange, elle ne l'est pas par la manifestation 
du dessein de Dieu, dont la grandeur, si contraire 
aux apparences, devait soulever au moins son éton- 
nement. Elle y croit simplement; et si elle s'en- 
quiert comment la chose se fera, ce n'est pas par 
défiance ni curiosité, mais par nécessité et par pru- 
dence. Elle ne met pas en doute la possibilité du 
fait; elle ne dit pas : Comment cela se pourro-t il 
faire? mais: Comment cela se fera-t-il ? Elle s'in- 
forme seulement du mode; et ce mode étant plus 

I. /5., VII, i4. 



388 LE CATÉCHISME ROMAIN 

incroyable encore, s'il est possible, que le fait, 
puisque sa profession de virginité en fait un prodi- 
ge, sa question même est une question de foi autant 
que de virginité (i). » 

« Comment cela sefera-t-il? » — a Pasun instant 
d'hésitation : Trop heureuse, Seigneur, de faire en 
tout votre adorable volonté. — Pas une ombre d'in- 
certitude : Ce que vous voulez, Seigneur, pourrait-il 
ne pas se produire? — Rien d'une curiosité vaine : 
Il en sera, Seigneur, ce que vous voudrez. — Mais 
sur un point précis, un besoin de lumière, si déli- 
cat, si généreux ! Et mon a œu de virginité. Sei- 
gneur? Vierge et mère, comment cela se fera-t-il? — 
L'honneur de la chasteté virginale et Thonneur de 
la maternité divine, en présence et en balance, dans 
le cœur de Marie, sous le regard de Dieu, quel spec- 
tacle et quelle leçon (2) ! » 

L'ange répondit : « L'Esprit-Saint viendra sur 
vous, la vertu du Très-Haut vous couvrira de son 
ombre. » Telle est la réponse du ciel à la question 
de la Vierge, pacifiante à la fois et glorieuse pour 
elle : rien de l'homme dans cette conception, Dieu 
seul interviendra. Elle n'avait pas demandé de 
signe d'an tel prodige, mais l'ange lui en donne 
un : la fécondité d'Elisabeth, malgré son âge 
avancé. « Avec quelle céleste convenance cette expli- 
cation est donnée par l'ange et reçue de Marie ! de 
quel voile divin elle enveloppe déjà la Vierge ! et 
quelle sublime satisfaction elle donne à cette vir- 
ginité qui s'est fait préférer en elle à la maternité, 
même divine ! Soyez sans crainte, Marie, vous res- 
terez vierge en devenant mère, et même ce qui fera 
votre maternité consommera votre virginité ; l'au- 

I. A. Nicolas, La Vierge Marie dCaprès V Evangile, "ç, 2o3. — 
2, Gondal, Poar mes homélies, Paris, 1912, t. i, p. Sgo. 



L'ANNONCIATION 889 



teur même de la virginité, celui à qui vous l'avez 
vouée dans votre âme, celui qui est Esprit, celui 
dont la vertu créatrice opère immédiatement, celui 
qui est Saint surviendra en vous, vous couvrira de 
son ombre, naîtra de vous, et, par cette triple 
action de sa divinité, fera de vous son Temple, son 
Epouse, sa Mère (i). » 

5. Aqaiescemenl de la Vierge. — Dans les desseins 
de son éternelle sagesse. Dieu avait décidé que la 
réalisation de son œuvre par excellence dépendrait, 
au moment venu, du libre consentement de Marie, 
choisie pour ainsi dire comme l'arbitre souveraine 
de l'Incarnation. Quelle part que la sienne dans ce 
mystère! u Ce n'est pas assez au Père céleste, dit 
Bossuet (2), de former dans les entrailles de la 
sainte Vierge le trésor précieux qu'il nous commu- 
nique, il veut qu'elle coopère par sa volonté à l'ines- 
timable présent qu il nous fait. Car comme Eve a 
travaillé à notre ruine par une action de sa volonté, 
il fallait que la bienheureuse Marie coopérât de 
même à notre salut. C'est pourquoi Dieu lui envoie 
un ange ; et l'Incarnation de son Fils, ce mystère 
incompréhensible qui tient depuis tant de siècles 
le ciel et la terre en suspens, ce mystère ne s'achève 
qu'après le consentement de Marie: tant il était 
nécessaire au monde que Marie ait désiré son 
salut. )) 

On est tenté dès lors de presser la sainte Vierge 
pour qu'elle donne ce consentement indispensable 
et de lui crier avec saint Bernard : u Vous avez 
entendu, ô Vierge, le fait ; et vous avez entendu le 
mode : Tun et l'autre admirable, l'un et l'autre 
agréable. Tressaillez de joie, fille de Sion ; poussez 

I. A. Nicolas, La Vierge Marie, loc. cit., p. 2o4- — 2. IV" Ser- 
mon pour la fête de V Annonciation, Premier point. 



Sgo 



LE CATECHISME ROMAIN 



des cris cFallégresse, fille de Jérusalem (i). Et puis- 
que à votre oreille a retenti la joie et l'allégresse, 
que nous entendions en vous la réponse de joie 
que nous souhaitons, pour que nos ossements humi- 
liés exultent... L'ange attend votre réponse, et 
nous aussi une parole de compassion, misérahle- 
ment pressés que nous sommes par la sentence de 
notre damnation. Voilà qu'on vous offre le prix de 
notre rançon. ?sous serons délivrés sur l'heure si 
TOUS consentez. T'aits à l'origine par la parole éter- 
nelle de Dieu, nous nous sommes perdus ; un seul 
mot de voire houche peut nous refaire et nous rap- 
peler à la vie. C'est ce qu'implore de vous le mal- 
heureux Adam avec sa déplorahle postérité comme 
lui exilée ; c'est ce qu'Abraham, c'est ce que David, 
c'est ce que tout le genre humain prosternés à vos 
pieds attendent avec l'ange. Puisqu'il est vrai que 
de votre bouche dépend la consolation des miséra- 
bles, la rédemption des captifs, le salut du genre 
humain, donnez, ô \ ierge, votre réponse sans hési- 
ter (2). )) 

Et de fait, très heureusement pour nous, Marie 
n'hésite plus. Elle sait maintenant que, dans la 
conception et l'enfantement du Verbe, il n'y aura 
rien de l'homme, que ce sera l'œuvre du Saint- 
Esprit et du Très-Haut, et elle répond aussitôt le 
fiat de la création nouvelle : « Voici la servante du 
Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » 
Son consentement est donné sans réserve ; l'ange 
n'a plus qu'à se retirer ; sa mission a été bien rem- 
plie, elle a été couronnée de succès, et à l'instant 
même, dans le sein très pur de la Vierge imma- 
culée, le Verbe s'est fait chair et il habite parmi 
nous. 



I. Zach., IX, 9. — 2. Super « Mlssus est, » lioinil., iv, 8 



FÊTE DE L'AN^ONCIATION Sgi 

II. La fête de rAnnonciation. — A vouloir 
honorer le grand mystère de l'Incarnation, les don- 
nées évangéliques, on vient de le voir, ne faisaient 
pas défaut ; et les motifs, qui inspirent la piété chré- 
tienne, étaientdesplus solides. On ignore pourtant la 
date exacte et le lieu d'origine de l'institution d'une 
semblable fête ; mais on ne peut pas douter qu'elle 
ait été l'une des premières à être instituée en l'hon- 
neur de l'Incarnation et de la sainte Vierge. Et, dès 
le v^ siècle, son nom paraît dans l'Eglise latine 
comme dans l'Eglise grecque. 

T. En Orient, — La fête de TAnnonciation était 
célébrée, en Orient, le 25 mars, dès la première 
moitié du v^ siècle, comme en fait foi saint Proclus 
(y 446), mort archevêque de Constantinople (i). Il 
est vrai que dans l'énumération des solennités 
célébrées de son temps et dans la ville impériale, il 
ne mentionne pas expressément l'Annonciation ; 
mais il a trois sermons en l'honneur de Marie, dans 
l'un desquels (2) il traite surtout du mystère de 
l'Annonciation et où il désigne le jour comme un 
jour de fête. Cette apparente anomalie s'explique par 
le fait qu'à son époque on célébrait ce mystère dans 
maints endroits, à l'intérieur des églises, comme 
une fête de dévotion, mais non comme une fête 
d'obligation imposée à toute l'Eglise grecque. 

Son extension dut être assez rapide et son carac- 
tère obligatoire ne tarda pas à paraître. La date du 
25 mars offrait l'inconvénient de se rencontrer tou- 



I. Les Bollandistes font état, au 20 mars, de trois homélies 
de saint Grégoire le Thaumaturgie (f 270) sur l'Annonciation ; 
et ce serait là un témoignage précieux du n\^ siècle ; mallieu- 
reusement, elles sont supposées. Cf. Bardenhewer, Les Itères 
de VEglise, trad. franc., t^aris, 1898, t. i, p. 284. — 2. Orat., i, 
V, VI, Laadalio in sanclissunam Del genilrlcem Marianif Pair, 
gr., t. Lxv, col. 680 sq. 



392 LE CATÉCHISME ROMAIN 

jours en carême et parfois pendant la semaine 
sainte ; or il était de règle, chez les Grecs, qu'aucune 
fête ne devait se trouver pendant le temps quadra- 
gésimal, la joie ne pouvant se manifester pendant 
cette période de jeûne et de pénitence. Ils n'avaient 
de liturgie eucharistique que les samedis et les 
dimanches du carême ; les autres jours étaient ali- 
turgiques ; et Ton s'y contentait de la messe des 
présanctifîés, c'est-à-dire d'une simple communion 
sans sacrifice. Une exception fut faite en faveur de 
la fête de l'Annonciation ; et le concile in Trallo, 
en 692, la mentionne expressément comme un jour 
de fête, qui dispense du jeûne et comporte le sacri- 
fice eucharistique (i). Les canonistes grecs, entre 
autres Balsamon et Zonaras (2), n'ont pas de peine 
à justifier ce canon, attendu que l'allégresse, moti- 
vée par une fête, est incompatible avec la péni- 
tence. 

Le concile in Trullo n'a pourtant pas institué la 
fête, il s'est contenté de prendre une décision quant 
à sa célébration. Elle existait donc auparavant. Saint 
Sophronius (y G38), antérieurement à ce concile, a 
une homélie sur le mystère de l'Annonciation (3), 
et il est à croire qu'il l'a prononcée le jour même 
de la fête. Quant à la date du 20 mars, elle s'expli- 
que par le fait que la naissance du Sauveur était 
célébrée le 26 décembre ; la fête de TAnnoncialion 
était ainsi justement coordonnée à celle de Noël. 
Dans le Ménologe de l'empereur Basile le jeune 
(f 1026), elle porte le titre de ô sJaYYSA'cr-jLo; t?,; ô-spay-ac 

AeaTTOtvr^ç T,|JLwv BîOTGXOJ xai àî'.rapOsvo'j Mapîa; (^4) 'i ct c'est 

I. Gan. 52 ; dans Lauchert, Die Kanones, Fribourg-en-Bris» 
gau, 1896, p. 123. — 2. Pair, gr., t. cxxxvii, col. 695-698. — 
3. Patr. gr,, t. lxxxvii, col. 3217. — 4- Pair, gr., t- cxvii, col. 
368. Baronius, Annal., à Tan 8Sij, croit qu'il s'agit de Basile le 
Macédonien. De Srnedt, à cause de la présence des fêtes posté- 



FÊTE DE l' ANNONCIATION SqS» 

désormais le titre consacré dans tous les livres litur- 
giques d'Orient (i). Dans la seconde moitié du 
xii^ siècle, l'empereur Comnène la range parmi les 
fêtes d'obligation de l'empire (2). Et encore aujour- 
d'hui, dans l'Eglise grecque, elle compte parmi les 
vingt-sept qui obligent à l'abstention des œuvres 
serviles et à l'audition de la messe (3). 

2. En Occident, — Dans l'Eglise latine, le 20 mars 
fut regardé d'assez bonne heure comme la date de 
l'Incarnation ; saint Â^ugustin y fait allusion (4)^ 
mais il n'a laissé aucun sermon sur la fête de l'An- 
nonciation, ce qui prouve qu'elle n'était pas encore 
introduite dans l'Afrique proconsulaire. Se célébrait- 
elle déjà à Ravenne, du temps de saint Pierre Chry- 
sologue (f lioo) ? On pourrait le croire, si ses deux 
sermons sur l'Annonciation (5) ont été prononcés 
le jour de la fête du même nom. 

Beaucoup plus tard, on la trouve en Espagne^ 
comme en témoigne le lectionnaire de Silos, qui 
est du milieu du vii^ siècle ; mais elle ny était point 
célébrée partout le même jour. C'est pourquoi le 
x^ concile de Tolède, voulant faire cesser les diver- 
gences de dates, et n acceptant pas, à cause du 
carême, le jour du 25 mars, bien que ce fût le jour 
auquel conviendrait la fête, la fixa au 18 décembre (6). 

rieures au ix^ siècle, croit plutôt que c'est Basile le jeune ; cf. 
Inlrod, generalis in hist. eccles., Paris, 1870, p. 19H, n.2; Nilîes 
n'hésite pas : il rattribue à Basile le jeune et le dit de la fia 
du x*" siècle ; Kalendariam manuale, t. i, p. xxxui. 

I. Cf. Pitra, Spicilegiuni Solesmense, Paris, 1802-1 858, t. iv, 
p. 445, 446 ; Nilles, Kalendariam manuale. — 3. Novella de 
diebas ferialls. Pair, gr., t. cxxxui, col. 756-7()o. — 3. NiîJes^ 
Kaiendarium, op. cit., t. i, p. 34, 35. Balierini a réuni les 
sermons des Pères grecs sur cette fête, au tome 11 de son Sylloge 
monumentoram, Rome, i8r)G. — 4. De Trinitaie, iv, 5. — 
5. Serni. gxl, cxlii, Pair, lai., t. lu, col. 675, 079. — 6. Conc, 
Tolet., de l'an 656, can. i. 



SgA LE CATÉCHISME ROMAIN 

L'Eglise de Pvome, au vii^ siècle, la comptait au 
nombre des fêtes de la sainte Vierge, puisque le 
pape saint Sergius (687-701) prescrivit une proces- 
sion solennelle pour ce jour-là (i). De Rome elle 
passa peu à peu dans tout le reste de l'Eglise latine, 
même en Espagne, où la date du 25 mars fut adop- 
tée, sans qu'on y délaissât pour autant la date, 
depuis longtemps traditionneHe, du 18 décembre, 
qui servit des lors à célébrer VExpectatio parlas. 
Elle fut inscrite dans les calendriers et les martyro- 
loges ; elle prit place dans les sacramentaires ; tan- 
tôt sous le titre de Annaatiaiio Dominica ou de 
Annanlialio Domiiii Jesa. tantôt sous celui de An- 
nanliatio a/igeli ad IL Mariam ou de Annanlialio sanc- 
tœ Mariai de conceplione, qaando ab angelo esl sala- 
taia. 

Les liturgistes du moyen âge se mettent alors à 
justifier le choix des pièces qui composaient sa 
messe. Une grave question semble les avoir préoc- 
cupés, celle de savoir s'il fallait réciter le Te Deuni 
à l'office, et dire le Gloria in excelsis Deo et Vile 
missa esl à la messe. C'était là, on lésait, une triple 
manifestation de joie spirituelle ; manifestation, 
prétendaient les uns, qui n'a pas lieu de se produire 
pendant le temps de pénitence qu'est le carême, 
mais qui, d'après les autres, a le droit d'éclater 
même en carême, dans la fête de TAnnonciation, 
attendu, disait Beleth (2), que cette fête est la source 
et le point de départ de toutes les fêtes du Christ. 
Les moins rigoureux proscrivaient seul l'emploi de 
Vallelaia, terme qu'ils regardaient comme la note 
caractéristique et exclusive du temps pascal. A la 
fin du xuf siècle, Durand de Mende se prononçait 



I. Liber Pontif,, édit. Duchesne, t. i, p. 376-881. — 2. Ratio- 
nale, lxxxiv. 



MESSE DE l'annonciatiox SgS 

encore contre l'admission de cette triple manifesta- 
tion de joie à la fête de l'Annonciation, toujours à 
cause du carême. 

Tous ces problèmes de liturgie sont actuellement 
tranchés : on récite le Te Deum à roffice, et on dit 
le Gloria in excelsis Deo et Vile missa esl à la messe ; 
il n'y a d'exclu que Vallelaia. La fêle porte le titre 
de Annanlialio Bealœ Mariœ Virginis : elle est du rite 
double de IP classe. La rubrique du missel porte 
que lorsqu'elle tombe l'un des dimanches privilé- 
giés du carême, antérieurs à la semaine sainte, 
elle doit être transférée au lundi qui suit ; et si elle 
tombe pendant la semaine sainte, au lundi après le 
dimanche de Qaasimodo. 

III. La messe. — i. Les chanls. — Etant l'anni- 
versaire du plus grand événement qui se soit produit 
dans le temps, puisque c'est celui de llncarnation 
du Verbe, de son union hypostatique avec la nature 
humaine, cette fête de l'Annonciation a un cachet 
à part. Aussi l'Eglise tient-elle à rappeler ce mys- 
tère ineffable par l'évocation de la prophétie 
d'Isaïe (i). Mais, en même temps, pour célébrer 
eomme il convient ce u Mariage » d'une personne 
divine avec la nature humaine, elle emprunte au 
Roi-prophète quelques-uns des accents avec lesquels 
il avait chanté jadis l'union de l'Epoux et de 
l'Epouse. Et c'est ici qu'on entend, tantôt la voix de 
l'Epoux pour vanter le charme conquérant de 
l'Epouse, la gloire qui doit s'attacher à elle (2), tan- 
tôt la voix de l'Epouse pour proclamer sa recon- 
naissance (3). Mais on entend aussi la voix du mes- 
sager de Dieu donnant à Marie ses titres de gloire, 
et la voix de sainte Elisabeth chantant le fruit béni 

I. GonimunioQ. — 2. Graduel et trait. — 3. Introït. 



SgÔ LE CATÉCHISME ROMAIN 

que la Vierge porte dans son sein (i). Voix du ciel 
et voix de la terre, voix de l'ange et des hommes, 
tout se mêle en quelques traits rapides et vibrants, 
qui forment l'admirable concert de la fête. 

La joie éclate dès Viniroïl, à la pensée que les 
riches eux-mêmes forment la clientèle de Marie, et 
qu'à l'exemple de la Yierge-Mère, d'autres vierges 
seront suscitées pour lui faire un cortège d'honneur 
et la suivre près du grand Roi. « Tous les riches du 
peuple recliercheront votre faveur. A votre suite, 
des vierges, vos compagnes, seront présentées au 
roi dans la joie et dans l'allégresse (2). » A cette 
antienne répond Marie, rapportant à Dieu l'hon- 
neur que Dieu lui a fait de la choisir pour sa Mère : 
« De mon cœur jaillit un beau chant; je dis : Mon 
œuvre est pour un roi (3). » 

Le graduel contient Téloge de l'Epouse par 
l'Epoux : « La grâce est répandue sur tes lèvres ; 
c'est pourquoi Dieu t'a bénie pour toujours {^) ; » 
et l'éloge de l'Epoux par TEpouse : a Pour la 
vérité, la douceur et la justice, et ta droite se signa- 
lera par des fails merveilleux (3). » — A la place 
de Valleliiia et du verset alléluiatique, il y a le Irait, 
qui répète comme un refrain les grandeurs et les 
gloires de Marie : « Ecoutez, ma fille, regardez et 
prêtez Toreille ; car le Roi s'est épris d amour pour 
votre beauté. ïoxis les riches du peuple recherche- 
ront votre faveur ; les llUes des rois formeront 
votre cour. A votre suite, des vierges, vos compa- 
gnes, seront présentées au roi ; elles seront amenées 
dans la joie et l'allégresse ; elles seront introduites 
dans le palais du roi. » 

Pendant que l'on porte à l'autel le pain et le vin, 

I. OfTortoiro. — 3. Ps., xliv, i3, i5. — 3. Ps., xliv, 2. — 
!i. Ps., xLiv, 3. — 5. Ps., XLiv, 5. 



MESSE DE L^ANNONCIATION 897 

et que se fait V offertoire, le chœur chante avec 
Fange de Tlncarnation et avec sainte Elisabeth : 
« Je vous salae^ Marie, pleine de grâces ; le Seigneur 
est avec vous. Vous êles bénie entre les femmes, et le 
fruit de vos entrailles est béni, » C'est la salutation 
angélique trouvant sa place bien marquée à pareil 
jour et à pareille fête, telle que l'Eglise Ta consacrée 
pour en faire la prière préférée des enfants de Marie. 

Mais de même que le mystère est rappelé par 
l'emprunt fait à la prophétie qui l'annonçait dans 
l'Ancien Testament, dans la lecture de l'épître, il 
convenait qu'il fût également chanté par le chœur; 
de là ce verset de la communion, tiré du passage 
épistolaire : « Voici que la Vierge concevra, et elle 
enfantera un fils, et elle lui donnera le nom 
d'Emmanuel. » 

Ce que longtemps à l'avance le prophète prédi- 
sait, ce que le messager de Dieu était venu annon- 
cer à la Vierge, tout cela s'est accompli. La fête de 
l'Annonciation commémore cet événement glo- 
rieux : Marie conçoit du Saint-Esprit, le Verbe s'in- 
carne, le salut du genre humain commence. Gloire 
à Dieu 1 Honneur à Marie ! C'est une gloire que 
nous devons bien à Dieu, le Père des miséricordes ; 
c'est un honneur que nous devons bien à la Vierge, 
la Mère du bel amour, car c'est nous, pauvres 
pécheurs, qui bénéficierons de la bonté de Dieu, par 
le moyen de Marie. 

2. Les lectures. — Nous avons déjà rapporté le 
récit de saint Luc, qui est Tévangile particulière- 
ment approprié à la fête d'aujourd'hui : il contient 
la réalisation, tant attendue et si impatiemment 
désirée, des promesses divines. Mais il a sa préface 
dans TAncien Testament, dans la célèbre prophétie 
faite au peuple élu, au nom de Dieu, par Isaïe. Dieu 
ofifrait un prodige à l'impie Achaz ; mais Achaz, 



SgS LE CATÉCHISME ROMAIN 

pour ne pas tenter Dieu, le refusa. C'est alors que 
le prophète s'écria : « Ecoutez, maison de David ; 
est-ce trop peu de lasser la patience des hommes ; 
que vous lassiez aussi celle de Dieu ? C'est pourquoi i 
Jéhovah lui-même vous donnera un signe : Voici i 
que la Vierge a conçu, et elle enfante un fils, et elle 
lui donne le nom d'Emmanuel. Il mangera de la 
crème et du miel jusqu'à ce qu'il sache rejeter le 
mal et choisir le bien (i). » 

Le prophète inspiré ne se trompait pas. Tout ce 
qu'il a prédit devait s'accomplir ; et c'est en ce jour 
que commence la réalisation de sa prophétie ; car 
c'est en ce jour que, conformément au message de 
Dieu et à la parole de Tange, la Vierge par excel- 
lence, la Vierge incomparable et unique qu'est 
Marie, conçoit un fils, le 1 ils du Très-Haut, son 
Fils, aussitôt qu'elle a laissé tomber de ses lèvres 
l'acquiescement de son cœur, en disant: « Voici la 
servante du Seigneur, qail me soit fait selon votre 
parole. » 

Ce que ni la prophétie ni l'Evangile ne disent pas, 
c'est l'état d'àme dans lequel se trouva Marie au 
départ de l'ange. Elle avait été si humble, si discrè- 
te, si réservée et en même temi)s si obéissante pen- 
dant l'entrevue' Que doit-il en être après.^ \oici la 
servante du Seigneur, a Ces mots sortent de son 
ame, comme son souille sort de ses lèvres. Elle ne 
les dit point, elle les vit ; ils sont comme la respi- 
ration de son cœur et la forme morale de son être. 
Au regard de Dieu, Marie vit soumise, donnée, 
livrée, abandonnée, écoulée. Elle s'offre sans cesse ; 
elle s'oflVe partout; elle s'offre à tout. Dieu la con- 
tient et la possède. Comme il est le lieu propre de 
la vie incréée, qui est sa vie essentielle, il est le lieu 

I. !s,y Yif, io-i5. • 



MESSE DE l'aNiXONCIATJON 899 

unique de cette vie créée qui est la vie de la Vierge. 
Marie est dans la volonté de Dieu, dans 4a parole et 
la pensée de Dieu, par une préférence et une com- 
plaisance toujours actuelles, toujours actives, tou- 
jours nouvelles, toujours parfaites. Elle y est comme 
n'y saurait être rien de ce qui est purement passif, 
comme n'y sont ni les cieux, ni la terre, pourtant si 
dociles. Elle y est comme n'y sont point les êtres 
les plus actifs, et par exemple les anges, si divine- 
ment ardents et si immuables. Il n'y a que la sainte 
humanité du Verbe qui soit en Dieu plus qu'elle et 
lui tienne de plus près. Il ne se passe point une 
seconde où cette créature bénie ne dise à Dieu, aux 
droits de Dieu, aux ordres, aux conseils, aux impul- 
sions, aux suggestions, aux influences, aux moin- 
dres bons plaisirs de Dieu: Ecce, me voici. Tout 
son être le dit, son âme et ses puissances, son corps 
même par son âme. Elle n'est qu'obéissance et 
appartenance à celui qui l'a faite et qu'elle aime 
par dessus tout. « Me voici, et pour vous servir, je 
n'existe que pour cela. Me voici, moi, votre ser- 
vante ; je ne suis que cela, et prétends n'être jamais 
autre chose. » 

(( Marie, en efi'et, est servante, la servante par 
excellence, la servante du Seigneur : servante d'un 
maître qui a tous les titres pour commander, tous 
les pouvoirs pour gouverner, toutes les forces pour 
assujettir, tous les charmes pour captiver ; servante 
d'un maître dont la souveraineté est absolue ; qui, 
dominant tout par nature, entend réellement tout 
posséder: le dedans, le dehors, ce qui est libre, ce 
qui ne l'est point, enfin le tout de chaque être et de 
tous les êtres : l'âme jusqu'à un regard, le corps ♦ 
jusqu'à un atome, la vie jusqu'à un instant. La 
Vierge le sait, le veut, l'aime, l'adore. C'est pour- 
quoi, avec une passion toute divine, elle demeure 



400 LE CATÉCHISME ROMAIN 



dévouée, dévouée sans réserve et sans mesure, au 
«ervice de ce maître à qui elle rend par là toute la 
soumission et tout Thonneur qu'il peut recevoir 
d'une pure créature : Voici la servaide du Sei- 
^neiir (i). » 

Et la (( servante du Seigneur » venait de concevoir 
«urnaturellement le Fils éternel du Père ! La a plei- 
ne de grâce, » la « bénie entre les femmes » portait 
€11 son sein le Verbe fait chair ! Et elle savait toutes 
<;es merveilles ! Si sa joie fut grande de l'insigne 
honneur qui lui était fait, combien plus son humi- 
lité, sa gratitude, son adoration ! Qui pourra jamais 
le dire ? 

3. Les prières. — La fête de l'Annonciation nous 
€st une occasion de rappeler le fait évangélique 
dans toutes ses circonstances, de méditer le mystère 
de l'Incarnation dans son prélude et dans ses consé- 
quences, d'en tirer de bonnes et fructueuses leçons 
de conduite pratique. Elle ne nous invite pas seule- 
ment à renouveler et à fortifier notre foi à l'acte par 
lequel le Fils de Dieu se fait homme, en tout sem- 
blable à nous, sauf le péché ; à payer à Dieu un 
juste tribut d'adoration et d'actions de grâces pour 
l'accomplissement des éternels desseins de sa bonté 
miséricordieuse ; elle nous invite aussi à féliciter la 
sainte Vierge, à la remercier d'avoir donné son 
généreux consentement, moins pour elle que pour 
nous, à Fimiter surtout dans la mesure du possible. 
Car le fidèle est appelé, lui aussi, à concevoir et à 
enfanter ÎSotre Seigneur, non certes comme Marie, 
mais moralement, en s'appliquant de toutes ses 
forces à reproduire les sentiments, les pensées, les 
paroles, les actes de Jésus, à le reproduire lui-même, 
et pour cela à être pour le Sauveur un peu de ce 

i. Mgr Gay, Conférences, t. ii, p. 292. 



MESSE DE l'Annonciation /ior 

que Marie a été. Mais ces considérations, chères à la 
piété, laissent la place, dans l'expression liturgique 
de la pensée de l'Eglise, à un redoublement de 
conflance dans la puissance de la sainte Vierge, à 
un appel à sa maternelle protection, en vue de la 
vie présente et de la vie future. C'est pourquoi, 
associant au souvenir du mystère de l'Annonciation, 
qui regarde Marie, le souvenir des mystères de 
l'Incarnation et de la Rédemption, qui regardent 
Jésus, l'Eglise les mêle dans la formule des prières 
de ce jour, et met sur nos lèvres ce qu'il convient 
de demander à Dieu en pareille circonstance. Rien 
n'est plus beau, ni plus expressif. 

Nous disons donc à Dieu tout d'abord dans la 
collecte : « Dieu, qui avez voula que votre Verbe 
prît chair, à la parole de l'ange, dans le sein de la 
bienheureuse Vierge Marie, accordez à la supplica- 
tion de vos serviteurs que nous, qui la croyons véri- 
tablement Mère de Dieu, nous soyons secourus 
auprès de vous par son intercession. )> 

Nous lui disons ensuite dans la secrète : « Dai- 
gnez confirmer, Seigneur, dans nos âmes les mys- 
tères de la vraie foi, afin que nous, qui confessons 
qu'un Homme-Dieu véritable a été conçu d'une 
Vierge, nous méritions, par la vertu de sa résurrec- 
tion salutaire, la grâce de parvenir à l'éternelle 
félicité. » 

Nous lui disons enfin dans la postcommanion : 
« Répandez, Seigneur, nous vous en supplions, votre 
grâce dans nos âmes, afin que nous, qui avons 
connu par la voix de l'ange l'Incarnation de Jésus- 
Christ votre Fils, nous arrivions par sa passion et 
sa mort à la gloire de sa résurrection. » 

Jésus est venu a nous par Marie ; c'est à nous 
d'aller à Jésus par Marie ; car notre Sauveur, c'est 
Jésus seul ; mais il a voulu que Marie fût corédemp- 

LE CATÉCHISME. — T. Vill. 26 



1^09. LE CATÉCHISME ROMAIN 

trîce. L'Eglise ne l'oublie pas, et les prières qu'on 
vient de lire marquent la dilïerence essentielle qui 
sépare Jésus de Marie, en même temps que la part 
réciproque qui les unit l'un à l'autre dans l'œuvre 
de notre salut. 

IL La Visitation 

I. Le Mystère. — i. Récit êvangélique. — a En ces 
jours-là, Marie se levant s'en alla en hâte au pays des 
montagnes, on une ville de Judn. Et elle entra dans la 
maison de Zacharie, et salua Elisabeth. Or, dès qu'Elisa- 
beth eut entendu la salutation de Marie, l'enfant tressail- 
lit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. Et 
élevant la voix, elle s'écria : « Vous êtes bénie entre les 
femmes, et le fruit de vos enlrailles est béni. Et d'où 
m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à 
moi ? Car votre voix, lorsque vous m'avez saluée, n'a pas 
plus tôt frappé mes oreilles, que mon enfant a tressailli 
de joie dans mon sein. Heureuse celle qui a cru ! car 
elles seront accomplies les choses qui lui ont été dites 
de la part du Seigneur ! » — Et Alarie dit : « Mon ame 
glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en 
Dieu, mon Sauveur (i). » 

Quelle brièveté ! et que de choses en ce raccour- 
ci ! Marie rendant visite à sa cousine, sainte Elisa- 
beth ! La Visitation après l'annonciation ! L'une à 
cause de l'autre ; la première en relations étroites 
avec la seconde, pour la manifester et en faire écla- 
ter la gloire ! Dans l'annonciation, l'ange avait 
sollicité le consentement de otarie ; dans la Visita- 
tion, Elisabeth la loue de l'avoir donné. Dans 
l'annonciation, l'ange avait annoncé à Marie qu'elle 
sera la Mère du Fils de Dieu ; dans la Visitation, 
Elisabeth la salue en cette qualité. Dans l'annon- 

I. Luc.f I, 39-^7. 



LA VISITATION l^oS 



ciation, les perfections divines semblaient anéan- 
ties ; dans la Visitation, Marie les relève, les exalte 
et les chante. Et que de détails, plus précieux les 
uns que les autres, dans le départ, le voyage, Tenlre- 
vue et ses résultats immédiats ! Tout cela demande 
à être noté. 

2. Le voyage de Marie, — C'est très peu après 
avoir reçu le message de Dieu que la Vierge, qui 
vient de concevoir le Verbe, se résout à rendre 
visite à sa cousine. Serait-ce donc pour se rendre 
compte de l'exactitude de la parole de l'ange ? Non, 
certes ; elle n'a ni le moindre doute, ni la plus 
légère incertitude, mais elle tient à faire part de la 
bonne nouvelle, elle veut féliciter et assister sa 
parente, mêlersa joie à la sienne (i). C'estpourquoi, 
comme mue par le Saint-Esprit et par l'enfant 
qu'elle porte, elle se lève et s'en va en toute hâte au 
pays des montagnes, dans une ville de Juda. Quelle 
presse pour une Vierge d'ordinaire si réservée I La 
charité, le zèle, l'apostolat l'entraînent et la font 
plutôt courir que marcher. 

3. L'entrevue. — Après trois ou quatre jours de 
marche, elle arriva dans la petite ville qu'habitaient 
ses parents. Et entrant dans la maison de Zacharie, 
elle salua Elisabeth. Son salut fut aussitôt révéla- 
teur de la présence de Celui qu'elle avait conçu. 
Sans rien révéler à sa cousine, celle-ci n'eut qu'à 
l'entendre, et aussitôt l'enfant qu'elle portait dans 
son sein depuis six mois se prit à tressaillir ; elle- 

I. Non quasi increduia deoraculo, nec quasi incerla de nun- 
iio, npc quasi dubitans de exemplo, sed quasi lirta pi\) volo, 
religiosa pro officio, fcstina prie gaudio, disait s:»inl Anil)roise, 
In Lac, II. Et saint Bernard d'ajouter : ideo sterilis cognata3 
conceptus Virgini nuntiatur. ut diun niiraculum niiraculo» 
addilur, gaudiuni gaudio cumuletur. a Super .]J issus est, » 
homil. IV, G. 



4o4 LE CATÉCHISME ROMAIN 

même fut remplie du Saint-Esprit, et, ne pouvant 
contenir l'expression de sa foi et de sa vénération, 
elle se mit à crier cette parole, qui retentira dans 
les siècles : « Vous éles bénie eiilre les femmes, et le 
Jrail de vos entrailles est héiii, » « Supérieure à Marie 
par son âge et par le rang de Zacharie, son mari, 
prêtre du Seigneur ; honorée dans celui-ci de la 
visite d'un ange, et bénie du don miraculeux d'un 
enfant dans sa vieillesse, d'un enfant annoncé de 
loin par les plus grands ])rophctes, elle pouvait se 
considérer comme ennoblie par tous ces privilèges, 
sinon à l'égal, du moins à un rang voisin de celui 
de sa jeune parente, épouse d'un charpentier, et 
dont la visite quelques jours avant lui aurait été 
toute familière. Mais, telle est la position sublime 
où la maternité divine a élevé Marie, qu'en venant 
aujourd'hui chez Elisabeth, elle parait lui faire une 
visite royale, dont celle-ci ne peut trop se croire 
indigne et qui la confond (i). » De là ce qu'elle 
ajoute : u IJoii ni est-il donné que la Mère de mon 
Seigneur vienne à moi ? » Et si elle incline ainsi la 
triple majesté de l'âge, du sacerdoce et de la sain- 
teté, c'est qu'elle sait, à n'en pas douter, qu'elle a 
devant elle la»Mère du Verbe. 

Et comment le sait-elle ? Au tressaillement de joie 
du fils qu'elle porte dans son sein. Et quand celui-ci 
a-t-il tressailli ainsi .^ Dès que la voix de Marie a 
frappé les oreilles de sa mère. Le Cbrist a parlé par 
la voix de sa Mère, et Jean a entendu par les oreilles 
de la sienne. Deux femmes, et quelles femmes ! 
Deux futures mères, et quelles mères ! Deux enfants 
qui s'annoncent, et quels enfants 1 

A son cri de foi, au sentiment de sa vénération 
profonde, au témoignage de l'etfct produit par Celui 

I. A. Nicolas, La Vierge d'aprcj V Evangile, p. 224. 



LE MAGNIFICAT /jOS 



qui vient sauver ]e monde, Elisabeth ajoute des 
félicitations : « Heureuse celle qui a cru ! » Et pous- 
sée par l'Esprit prophétique, elle affirme que tout 
ce qui a été dit à Marie sera pleinement accompli. 

4. Le magnifical. — Que va répondre l'humble 
Vierge, dont nous connaissons déjà la réponse à 
Fange de l'Incarnation, et dont nous demandions 
quels pouvaient être les sentiments intimes à la suite 
du message divin ? Rien qui s'adresse directement 
à sa cousine, mais un cantique inspiré, d'unebeauté 
sublime, bien au dessus des accents des prophètes, 
des psalmistes, de Judith ou de Débora, tel qu'il 
retentira toujours dans le monde comme l'expres- 
sion achevée et parfaite de l'humilité, de la recon- 
naissance et des grandeurs de la Mère du Verbe 
incarné. Et Marie dit : 

(( Mon âme glorifie le Seigneur, 

El mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur, 
Parce quil a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. 
Voici, en effet, que désormais toutes les générations niap- 

[pelleront bienheureuse, 
Parce quil a fait en moi de grandes choses, Celui qui est 
El dont le nom est saint, [puissant, 

Et dont la miséricorde s'étend d'âge en âge, 
Sur ceux qui le craignent. ^' 

Il a déployé la force de son bras ; 

7/ a dissipé ceux qui s enorgueillissaient dans les pensées 
Il a renversé de leur trône les potentats, [de leur cœur ; 
Et il a élevé les petits ; 
Il a comblé de biens les affamés, 
Et les riches, il les a renvoyés les mains vides. 
Il a pris soin d'Israël son servilenr, 
Se ressouvenant de sa miséricorde. 
Ainsi quil f avait promis à nos pères, 
Envers Abraham et sa race, pour toujours (i). » 

I. Luc, 1, /j{j-55. Ce chant, dit A. Nicolas, op.\cit.y p. 243, est 



i4o6 LE CATÉCHISME ROUMAIN 

Marie exhale son âme, Tâmede la plus humble, 
mais aussi de la plus reconnaissante des créatures. 
Elle chante, et de quel cœur, les gloires du Très- 
Haut. Elle exalte les grandes choses que le Tout- 
Puissant a faites en elle. Mais plus fort que son 
humilité, l'Esprit prophétique lui fait publier ses 
grandeurs et prophétiser sa gloire : Bealam me 
dicent onines geaeraliones, 

II. La fête. — i. En Orient, — Si une fête de la 
sainte Vierge se trouve autorisée par le récit évan- 
gélique, c'est assurément celle de la Visitation. 
Pourtant les Grecs, si dévots à otarie, ne l'ont pas. 
Mais, au 2 juillet, ils avaient et ils ont encore une 
autre fête, sous ce litre : Depositio preliosœ vesils 
sanclissiinœ Doniinœ /loslrœ Deiparœin Blachernis (i). 
C'est dans le quartier des Blachernes, situé sur le 
bord de la mer près du Pont-Euxin, que Timpéra- 
trice sainte Pulchérie (y /i53) avait fait élever un 
temple en Thonneur de la Vierge Mère de Dieu, 
temple qui fut restauré et agrandi dans la suite par 
les empereurs Justin P' (y 027) et Justinien P' 

donc le chant de la maternité divine dans sa première efTu- 
sion, r.çpithalame du Saint-Esprit, l'hymne du Verbe à son 
entrée dans Marie, la Jouant par sa bouche, qui ne faisait que 
chanter au dehors cet hymne admirable qu'il composait lui- 
même en son cœur. Les traits intermédiaires qui composent 
la Visitation ne font que marquer le trajet et le progrès de 
l'inspiraiion, que lui servir de prélude et de motif : aussi les 
retrouve-t-ori agrandis dans le cantique de Marie. Ainsi, saint 
Jean tressaille de joie dans le sein d'Elisabeth, et Marie tres- 
saille de joie en Dieu son Sauveur, Elisabeth appelle Marie bien- 
heureuse, et Marie proclame que toutes les générations l'appel' 
leront bienfieureuse, Elisabeth prophétise à Marie que les 
choses qui lui ont été dites s'accompliront, et Marie, publiant 
ces grandes choses, déroule à nos yeux la prophétie d'Elisa- 
beth et les merveilles du Christianisme à travers les âges. 

I. Nilles, Kalendariuni, op. cil.t 1. 1, p. 200-202. 



FETE DE LA YJSITATIOlN /Joy 

(j 565), et qui était l'un des plus beaux monuments 
sacrés de Constantinople. Naturellement on Aoulut 
Tenrichir par quelque relique de la sainte Vierge ; 
mais il ne restait que le tombeau où avait été déposé 
son corps. Est-ce le tombeau lui-même ou une de 
ses parties qui fut transporté dans Téglise des Bla- 
chernes ? Le calendrier de Constantinople, publié 
par Morcelli (i), porte : Tvanslatio lociill in Blacher- 
nis. Morcelli croit qu'il s'agit du localas vide ou ne 
renfermant que les voiles qui avaient servi à en- 
velopper le corps de la sainte Vierge, localas trans- 
porté à Constantinople, au dire de Nicéphore Cal- 
liste, sous l'empereur Marcien et l'impératrice 
Pulclîérie. Dans un autre calendrier, publié aussi 
par Morcelli, le titre est différent : Deposilio veli sea 
viilx capilis sanclae Deiparae ; et un calendrier, du 
xi^ siècle, de Grottaferrata, publié par Toscani, porte : 
Veneralio pretiosae veslis Deiparae {'2). 

Les Grecs honorent donc, le 2 juillet, la sainte 
Vierge, non sous le titre de la Visitation de Notre- 
Dame, mais sous celui de Déposition da précieux 
habit de Notre-Dame, la très sainte Mère de Diea, aux 
Blachernes. L'histoire de la translation et de la dé- 
position de ce vêtement sacré se lit dans le synaxaire- 
Mais la fête grecque du 2 juillet n'a rien de com- 
mun avec la fête latine du même jour. 

2. En Occident. — Ce n'est que bien tard qu'on a 
songé, dans TEglise latine, à honorer par une fête 
spéciale le souvenir de la visite faite par Marie à 
Elisabeth. Les Frères Mineurs sont les premiers à y 
avoir pensé ; dès 1260, comme le rapporte Gavan- 
tus (3), ils la célébraient dans leurs couvents. Fête 

I. Kalendariam Ecclesiœ Conslantinopolitanœ, Rome, 1788. 
— 2. Toscani, Ad. lypica Grœcoram aniniadverslones, Kalen^ 
dariuni quadruplex, Rome, 1864. — 3. Comrnentarii in rubricas 
Breviarii romani, Venise, 17G9, sect. vir, c. ix, n. 2, 



4o8 LE CATÉCHISME ROMxVlN 

de pure dévotion, simplement autorisée par l'Eglise, 
elle attendit longtemps avant d'être olïiciellement 
sanctionnée et imposée à toute l'Eglise. Ce fut aux 
débuts du grand schisme d'Occident. Le pape 
Urbain \I (1078-1389) avait vu se dresser devant 
lui un anti pape, Robert de Genève, qui prit le nom 
de Clément Yll. Le monde chrétien, au ])lus grand 
préjudice du salut des âmes et de l'unité de 
l'Eglise, se trouva partagé entre deux obédiences. 
Les temps étaient mauvais, et l'avenir paraissait 
sombre. Le vrai pape sentit le besoin de recourir au 
secours de Celle qu'on n'invoque jamais en vain, afin 
d'obtenir de Dieu par elle le rélablissemcnt de 
l'union et de la paix. Pour se la rendre favorable, il 
institua une fêle nouvelle en son honneur, celle de 
îa Msitalion, qu'il désirait voir précédée d'une 
vigile et d'un jeûne et suivie d'une octave. C'était 
en 1089 ; la mort le surprit. La bulle de promulga- 
tion fut reprise et publiée par son successeur sur le 
siège romain, Boniface IX (i 089-1/10^), le 9 novem- 
bre de la même année ; mais la fêle ne devait être 
ni précédée d'un jeûne, ni suivie d'une octave (i). 
Un demi siècle plus tard, en i/i^i, les derniers 
tenants du schisme, dans la quarante-troisième 
session de leur concile de Bàle (2), voulurent pro- 
mulguer eux-mêmes cette fête de la Visitation, dans 
laquelle Urbain \I avait placé son espoir, ^larie 
triomphait des schismatiques, dissipait l'orage et 
reconstituait définitivement l'unité : c'était Larc- 
en-ciel après la tempête. La fête n'en prit que plus 
<rimportance : instituée aux débuts du scliisme 
comme un appel plein d'espoir en la toute-puis- 
sante intercession de xMarie, et proclamée à la fin 

I. Lt bulle crinstitiilion se Iroirvo d;ins les Acla Saiicloruin 
du mois do juillet, t. i, p. 2r>2-26'j. — 2. Dans llardouii), Acl. 
ConclL, t. vii[, p. I2(j2-i2'j^. 



FÊTE DE LA VISITATION /iO^ 

de ce schisme par les derniers dissidents comme 
un témoignage de gratitude à l'égard de la i\ière de 
Dieu, cette fête se trouve ainsi mêlée aucommeoce- 
ment et à la fin de l'une des périodes les plus diffi- 
ciles de l'histoire de l'Eglise ; elle reste un monu- 
ment mémorable de la confiance pontificale et delà 
reconnaissance du peuple chrétien. Son office,, 
revu par saint Pie V (1566-1572), puis par Clé- 
ment YIII (1592-1605), n'a plus été touché ; mais la 
fête déjà élevée au rile double majeur par Clé- 
ment YIII, a été élevée à celui de lî' classe par 
Pie I\, dans des circonstances, qui méritent d'être 
rappelées. 

Chassé de Rome, en 18/48, par la révolutiom 
triomphante, Pie IX avait cherché un refuge à 
Gaëte. L'année suivante, les 28, 29 et 00 juin, soos 
l'égide des saints apôtres Pierre et Paul, patrons el 
protecteurs de la cité, Rome se débarrassait des 
révolutionnaires, et la victoire s'achevait le 2 juillet^ 
jour de la fête de la Visitation. Rientôt, dit le con- 
tinuateur de dom Guérangcr (i), un double décret 
notifiait à la Ville et au monde la reconnaissance 
du pontife, et la manière dont il entendait perpé- 
tuer par la sainte liturgie le souvenir de ces événe- 
ments. Le 10 août, de Gaëte même, lieu de son re- 
fuge pendant la tourmente. Pie IX, avant d'aller 
reprendre le gouvernement de ses Etats, s'adressait 
au Chef invisible de l'Eglise et la lui confiait par 
l'établissement de la fête du Précieux Sang, lui rap- 
pelant que, pour cette Eglise, il avait versé tout son 
sang. Peu après, rentré à Rome, il se retournait vers 
Marie, comme avaient fait en d'autres circons- 
tances saint Pie V et Pie \il; il renvoyait à celle 
qui est ce le secours des chrétiens » l'honneur de la 

I. Le temps après la PeiUecôle, i. m, p. /1G9. 



/ilO LE CATECHISME ROMAIN 

victoire remportée le jour de sa glorieuse Visita- 
tion et statuait que la fête du 2 juillet serait désor- 
mais élevée du rite double majeuràcelui de H' classe 
pour toute l'Eglise. 

m. La messe. — i. Chants et prières. — Une 
double remarque s'impose, c'est que les chants de 
la messe de la Visitation sont exactement les mêmes 
que ceux de la messe de la Nativité ; pareillement 
les mêmes formules des prières servent ici comme 
pour la Nativité, à cette différence seule qu'à la col- 
lecte et à la secrète, le mot Visitalioids remplace 
celui de Nativitatis. Inutile par conséquent d'y 
insister. 

2. Les tectares, — La caractéristique de cette 
messe est dans le choix des lectures. Le passage 
évangélique, cela se comprend, contient le récit de 
la visite faite par la sainte Vierge à sa cousine : nous 
Tavons déjà reproduit et interprété. 

L'attention doit se porter sur le passage épisto- 
laire (i). C'est le monologue de l'Epouse dans le 
Cantique des cantiques. L'Epouse commence par 
peindre son bien-aimé, semblable à la gazelle ou au 
faon des biches, bondissant sur les montagnes, fran- 
chissant les collines, regardant par la fenêtre et 
prenant la parole en ces termes : « Lève-toi mon 
amie, ma belle, et viens ! Car voici que l'hiver est 
fini ; la pluie a cessé, elle a disparu. Les fleurs 
paraissent sur la terre, le temps des chants est 
arrivé ; la voix de la tourterelle se fait entendre 
dans nos campagnes ; le figuier développe ses fruits 
naissants; la vigne en fleur exhale son parfum. 
Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens ! Ma colombe, 
qui te tiens dans les fentes des rochers, qui ta 

I. Cant,, II, 8-i4» 



MESSE DE LA VISITATION l^ïl 

caches dans les parois escarpées, montre-moi ton 
visage, fais-moi entendre ta voix ; car ta voix est 
douce et ton visage charmant. )> 

Indépendamment de la beauté intrinsèque et de 
la fraîcheur printanière de ce passage, c'est la ten- 
dre invitation adressée par TEpoux à l'Epouse de se 
montrer et de faire entendre sa voix, qui expUque 
son choix pour la fête de la Visitation. C'est, en 
effet, à l'invitation de Celui qu'elle porte dans son 
sein que Marie, d'ordinaire cachée dans sa demeure, 
la quitte en toute hâte, pour se montrer sans doute, 
mais aussi pour parler. A ses accents, nous avons 
compris combien douce était sa parole, douce pour 
Elisabeth, douce pour Jean-Baptiste, douce surtout 
pour Jésus. Sa voix jaillissait des profondeurs de 
son âme, toute embaumée de la présence du Verbe, 
et allait par l'oreille de sa cousine jusqu'à faire 
tressaillir le futur Précurseur. Et, d'autre part, 
n'est-il pas vrai que l'Emmanuel, le véritable Epoux, 
est accouru auprès de l'humanité, avec tout Tem- 
pressement de son amour pour elle, en s'incarnant 
dans la Vierge? Et n'est-il pas vrai aussi que sa pré- 
sence, quoique invisible encore, a mis fin à l'hiver 
et fait éclore le printemps dans les âmes et dans les 
cœurs ? Le ciel est rasséréné, l'air retentit du chant 
de la colombe, la terre se pare de plantes et de 
fleurs ; c'est le moment de la joie. Et cette joie pro- 
fonde, surhumaine, sublime, éclate déjà dans la 
visite de Marie à Elisabeth ; elle doit éclater aussi 
en nous, au jour de fête, oii nous commémorons 
cet événement évangélique, à titre de souvenir saiTs 
doute, mais aussi à titre de présage de la joie totale 
et définitive qui doit suivre, s'il plaît à Dieu, notre 
entrée dans la patrie céleste. 

I. Le Fiat de Marie. — « Depuis le fiat du Ciéateur 
qui a donné rorigiue aux choses, rien ne s'était dit de 



/il 2 LE CATECHISME ROMAIN 

plus grand que le fiât de celle humble Vierge, rien de 
plus important, rien de plus eiïicace. Vous vous rappelez 
ce fleuve chanté par k^psalmiste, fleuve impétueux comme 
un torrent, r[ui partout on il coule répand la vie, la fécon- 
dité et la joie, et fait une vraie cité de Dieu de toutes les 
cités qu'il arrose. Ce lleuve qui prend sa source là même 
où l'amour a la sienne, au cœur de la divinité ; ce fleuve 
qui contient la grâce, la paix, l'honneur et la félicité du 
monde, et dont, à cause de cela, Dieu veut que le monde 
soit inondé ; il battait depuis quatre mille ans les unirs 
delà cité humaine : murs que Dieu n'avait point cons- 
truits, qu'il avait au contraire défendu de construire, 
mais que la main d(^ rhomme avait élevés malgré lui, et 
non seulement malgré lui, mais contre lui, comme pour 
lui barrer le passage et so défendre. Se défendre, de 
quoi, grand Dieu ? De la lumière de votre visage, des 
paroles de vos lèvres, des largesses de vos mains, des 
tendresses de votre cœur : muraille d'orgueil, d'impiété, 
de ténèbres, muraille de folie et de haine. Or, pour 
battu qu'il fut par ces flots surhumains, le rempcirt 
n'avait point cédé ; les pierres ne s'en étaient ni usées, 
ni disjointes. Ah ! sans doute, l'œil de Dieu restant bon 
même quand le nôtre était mauvais, quelques iniillra- 
tions bienfaisantes s'étaient toujours et malgré tout pro- 
duites, ici et là, à travers les obstacles ; quelques vagues 
même avaient de temps en temps passé par dessus la 
muraille; par suite chaque habitant de la cité pouvait, 
rigoureusement parlant, ne pas mourir de soif ; mais en 
somme la ville entière restait un lieu aride et infécond : 
on y respirait la poussière, l'air y était de feu, toute arae 
y languissait, et il semblait que la mort y fût reine. Le 
fiai de la jeune épouse de Joseph, s'il ne renversa point 
complètement cette muraille odieuse et obstinée, y lit 
néanmoins une large brèche ; et le lleuve, se précipitant 
aussitôt, commença de baigner la cité stupéfaite. Ce fut 
le plus grand événement de l'histoire et l'exorde de notre 
salut. A partir de cejlat et grâce à lui, le jour l'empoiia 
décidément sur les ténèbres ; la vérité eul raison du 
mensonge ; la justice, de l'iniquité ; la grâce, de la rébel- 



l'angélus /il 3 



liosi ; l'amour, de nos résistances. Dieu vit poindre ici- 
bas l'aurore de sa gloire extérieure, et son cœur put enfin 
se reposer sur celte humanité qui lui est si chère. Leftat 
du Créateur avait affirmé le droit de Dieu ; \e fiat de la 
sainte Vierge confessa pleinement ce droit ; et parce que 
cette confession restaurait l'ordre, la paix se trouva réta- 
blie. Et quelle merveille encore i Le fiât de Dieu avait 
fait des anges et des hommes ; le fiat de cette humble 
et candide enfant faisait des dieux, en rendant au Dieu 
souverain cette liberté sans laquelle il ne pouvait en 
faire d'adoptifs et de secondaires, comme c'était éternel- 
lement son dessein. » Mgr Gay, Conférences aux mères 
chrétiennes, t. ii, p. 290. 

2. L" angélus. — (( Trois fois le jour, le matin, à midi 
et le soir, la cloche se fait entendre, et les fidèles, avertis 
par ses sons, s'unissent à l'ange Gabriel pour saluer la 
Yierge-Mère, et glorifier l'instant où le propre Fils de 
Dieu daigna prendre chair en elle. La terre devait bien 
cet hommage et ce souvenir de chaque jour à l'inedable 
événement dont elle fut l'heureux témoin un 26 mars, 
lorsqu'une attente universelle avait saisi les peuples que 
Dieu allait sauver à leur insu. Après, le nom du Seigneur 
Christ a retenti dans le monde entier ; il est grand de 
l'Orient à l'Occident ; grand aussi est celui de sa Mère. 
De là est né le besoin d'une action de grâces journalière 
pour le sublime mystère de f Annonciation qui a donné 
le Fils de Dieu aux hommes. Nous rencontrons déjà la 
trace de ce pieux usage au xiv^ siècle, lorsque Jean XXII 
ouvre le trésor des indulgences en faveur des fidèles qui 
réciteront V Ave Maria ^ le soir, au son de la cloche qui 
retentit pour les inviter à penser à la Mère de Dieu. 
Au xv^ siècle, nous apprenons de saint Antonin, dans sa 
Somme, que la sonnerie avait déjà lieu soir et malin dans 
la Toscane. Ce n'est qu'au commencement du xvi*" siècle 
que l'on trouve sur un document français cité par ^labil- 
lon ie son à midi venant se joindre à ceux du lever et du 
coucher du soh^il. Ce fut en cette forme que Léon X 
approuva cette dévotion, en lôrS, pour frdjbaye de Saint- 
Geriîiain-des-Prés, à Paris. Des lors la chrétienté tout 



4l'/i LE CATÉCHISME ROMAIN 

entière accepta le pieux usage avec ses développements ; 
les papes multiplièrent les indulgences ; après celles de 
Jean XXII et de Léon X, le xviii" siècle vit publier celles 
de Benoît XIll ; et telle parut l'importance de cette pra- 
tique que Rome statua qu'en l'année du jubilé, où toutes 
les indulgences, sauf celles du pèlerinage de ]\ome, 
demeurent suspendues, les trois salutations sonnées en 
l'honneur de Marie, le matin, à midi et le soir, conti- 
nueraient chaque jour de convier tous les fidèles à s'unir 
dans la glorification du Verbe fait chair. (^)uant à Marie, 
l'Epouse du (]anti(jue, TEsprit-Saint semblait avoir dési- 
gné à l'avance les tiois termes de cette touchante dévo- 
tion, en nous invitant à la célébrer, parce qu'elle est 
douce comme l'aurore à son lever, lesplendissante comme 
le soleil en soti midi, et belle comme la lune au reflet 
argenté. » Guéranger, Le Carême, 7°édit., Paris, 1880, 
p. G6:^. 

3. Marie et Elisabeth, Jésus et Jean-Baptiste. — 

(( Quel admirable spectacle que celui de ces deux fem- 
mes, et, dans ces deux femmes, que celui de ces deux 
enfants, dans cette visite d'ailleurs si simple, si ignorée, 
si cachée de Marie à Elisabeth. Dieu a voulu que ce fût 
im enfant qui manifestât Dieu enfant au monde, et une 
femme qui reconnût aussi et manifestât la première au 
monde la Mère de Dieu. Vu enfant et une femme ! Ce 
qu'il y a de plus faible et de plus humble, mais aussi 
de plus conforme à l'élat dans lecpiel lui-même a voulu 
paraître, pour mieux faire éclater à la fm sa condescen- 
dance et sa grandeur. Et quelle merveille nous découvre 
la rencontre de ces deux enfants dans le sein de ces deux 
mères ! L'un dans le sein d'une mère ancienne et stérile, 
c'est l'image de la Loi ancienne qui ne produisait pas la 
grâce, mais qui la promettait et l'attendait ; l'autre dans 
le sein d'une mère jeune et vierge, mais féconde, c'est 
l'image de la Loi nouvelle, féconde en sainteté et pleine 
de toute l'abondance des grâces. Les deux mères de ces 
deux enfants se joignent de près dans ce mystère, et la 
plus jeune vient trouver la plus ancienne, parce que la 
vérité survient à la figure, le don vient accomplir la pro- 



! 



LA VISITATION 4l5 



messe, et les richesses du second Adam se répandent 
sur toutes les misères du premier. Et comme leur con- 
duite est h la hauteur de leur sihiation ! quels senti- 
ments ! quel langage ! quelle humilité î quelle majesté ! 
pas un mot qui soit donné à la natirre, à la vanité, à la 
superlluité ; tout y est grand ; tout y est saint, tout y est 
divin, tout y est, dès le début, dans le caractère et dans 
la proportion du Ghnstiaaisuic. Loin d'être touchées du 
moindre sentiment de complaisance dans les grandes 
faveurs qui leur ont été faites, elles ne se les disent 
même pas, elles n'en reçoivent la connaissance que de 
l'Esprit-Saint, et elles ne parlent que pour disputer entre 
elles à qui s'humiliera davantage : l'une se reconnaît 
indigne d'ctre visitée par la iNlère de Dieu ; Tautre, quel- 
que élevée qu'elle soit au dessus d'Elisabeth par cette 
dignité, ne veut avoir d'autre avantage sur elle que celui 
d'être la plus humble. Non que la vérité perde rien à 
cette humilité : Marie, en effet, reçoit les hommages 
d'Elisabeth ; elle les déploie même, elle les proclame 
plus grandement dans son cantique, mais elle les reçoit 
et les exalte pour en glorifier Dieu, pour s'en humilier 
d'autant plus, et elle en devient par cela même d'autant 
plus digne. » A. Nicolas, La Vierge Marie dapres VEvan- 
gile, p. 236. 



Leçon XXVI IT 
La Purification 




I. Mystère de la Purification, — II. La fête, 
III. La messe. 

E la naissance du Sauveur à sa présentation 
au temple, quarante jours sV'coulent, con- 
sacres à honorer les mystères de la Sainte 
Enfance, qui commencent à la fête de Noël, et 
s'achèvent à la fête de la Purification ; et celle-ci 
complète la première, comme la fête de la Visita- 
Cion complète celle de l'Annonciation (i). Dans les 
mystères de l'Annonciation, Jésus ne paraît pas, 
bien qu'il en soit l'objet et la cause ; dans ceu^ de 
la Noël et de la Purification, il se montre à nous, au 
contraire, dans toute la grâce de son enfance, et déjà 
dans la fonction austère de Victime et de Rédemp- 
teur, mais en compagnie de sa Mère, qui débute, 
elle aussi, dans son rôle auguste de corédemptrice. 
C'est donc encore une fête de Jésus, c'est aussi une 
fête de Marie. 

I. Le Mystère 

1. Récit évangélique. — i . Le texte. — « Lorsque 
les jours de leur purification furent accomplis, selon la 
loi de Moisc, Marie et Joscpli portèrent l'enfant à Jérusa- 

E. Cf. Benoît Xl\ , De fesiU B. M. T., u. Pour la bibliogra- 
|iliie, voir en Icte de la leçon xxiv'. 



LA PURIFICATION Ixl'J 



lem pour le présenter au Seigneur, suivant ce qui est 
€crit dans la loi du Seigneur : ce Tout mâle premier-né 
sera consacre au Seigneur; » et pour offrir en sacrifice, 
ainsi que le prescrit la loi du Seigneur, une paire de tour- 
terelles, ou deux petits de colombes. 

(( Or, il y avait à Jérusalem un homme nommé Si- 
méon ; c'était un homme juste et craignant Dieu, qui 
attendait la consolation d'Israël, et TEsprit-Saint était sur 
lui. L'Esprit-Saint lui avait révélé qu'il ne mourrait point 
avant d'avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint donc dans 
le temple, poussé par l'Esprit. Et comme les parents 
apportaient le petit enfant Jésus, pour observer les cou- 
tumes légales à son égard, lui aussi, il le reçut entre ses 
bras, et bénit Dieu en disant : 

« Maintenant^ ô Maître, vous laissez partir votre serviteur 

En paix selon votre parole ; 

Puisque mes yeux ont vu votre Salut, 

Que vous avez préparé à la face de tous les peuples : 

Lumière qui doit dissiper les ténèbres des nations 

Et illustrer Israël, votre peuple. » 

(( Le père et la mère de l'enfant étaient dans l'admira- 
tion des choses que l'on disait de lui. Et Siméon les bénit 
et dit à Marie, sa mère : « Cet enfant est au monde pour 
la chute et la résurrection d'un grand nombre en Israël, 
et pour être un signe en butte à la contradiction ; vous 
même, un glaive transpercera votre âme ; et ainsi seront 
révélées les pensées cachées dans le cœur d'un grand 
nombre. » 

(( Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Pha- 
nuel, de la tribu d'Aser ; elle était fort avancée en âge, 
ayant vécu, depuis sa virginité, sept ans avec son mari. 
Kestée veuve, et parvenue à quatre-vingt-quatre ans, elle 
ne quittait point le temple, servant Dieu nuit et jour dans 
le jeûne et dans la prière. Elle aussi, survenant à cette 
heure, se mit à louer le Seigneur et à parler de l'enfant à 
tous ceux qui, à Jérusalem, attendaient la rédemption. 
Lorsqu'ils eurent tout accompli selon la loi du Seigneur, 

LE CATÉCHISivIE, — T. VIII, t^l 



4l8 LE CATÉCHISME ROMAIN 

ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville (i). >) 

2. Leçons qui s'en dégagent. — H y a. dans ce ré- 
cit, une série de scènes, aussi simples que touchan- 
tes, mais d'un sens très profond et d'une portée 
considérable : il y a une série de personnages, jouant 
chacun son rôle sous l'inspiration du Saint-Esprit; 
il y a une série de mystères, a mystères vénérables, 
dit Bourdaloue, où nous découvrons ce qu'il y a 
dans notre religion, non seulement de plus subli- 
me et de plus divin, mais de plus édifiant et de 
plus touchant: un Homme-Dieu ofï'ert à Dieu ; le 
Saint des saints consacré au Seigneur; le Souverain 
Prêtre de la nouvelle Alliance dans un état de vic- 
time ; le Rédempteur du monde racheté lui-même ; 
une Vierge purifiée, et une Mère immolant son Fils; 
quels prodiges dans l'ordre de la grâce ! Et quel 
concours de circonstances I Ces deux nobles repré- 
sentants de l'Ancien Testament, Siméon et Anne, 
à côté de Celui qui fonde le Testament Nouveau ; 
ces gestes, ces paroles, ces chants, ces prophéties, 
tout se mêle pour attirer et fixer notre pieuse curio- 
sité, pour l'alimenter surtout par les multiples 
leçons qui se dégagent d'un tel récit. 

IL Les personnes. — i. Jésus et Marie. — C'est 
en vertu de la loi, que Marie porte son enfant au 
temple. Que disait donc cette loi ') Elle disait d'abord 
au sujet de la femme devenue mère : « Lorsque les 
jours de sa purification seront accomplis, selon 
qu'elle aura enfanté un fils ou une fille, elle pré- 
sentera au prêtre, à l'entrée de la tente de réunion, 
un agneau d'un an en holocauste, et un jeune 
pigeon ou une tourterelle en sacrifice pour le péché. 
Le prêtre les offrira devant Jéhovah, et fera pour 

I. Luc. y n, 22-89. 



LA PUIUFIGATION /^ig. 



elle l'expiation, et elle sera pure du flux de son 
sang. Si elle n'a pas de quoi se procurer un 
agneau, qu'elle prenne deux tourterelles ou deux 
jeunes pigeons, l'un pour l'holocauste, l'autre pour 
le sacrifice pour le péché ; et le prêtre fera pour elle 
l'expiation, et elle sera pure (i). » Elle disait au 
sujet du fils : « Tu rachèteras ton premier-né de 
l'homme parmi tes fils (2). » Toute mère, après 
chaque enfantement, était donc tenue à se purifier 
de la souijlure légale ; et tout premier-né, quand 
c'était un enfant mâle, devait être présenté au Sei- 
gneur et racheté. Voilà ce qui regardait les mères 
ordinaires et ne concernait en rien Marie, la Vierge 
pure, puisqu'elle n'avait pas conçu de l'homme ; et 
voilà aussi ce qui regardait le premier-né et ne con- 
cernait pas le Verbe fait chair, destiné par sa nature 
et sa fonction à être prêtre. Et pourtant Jésus et 
Marie ont tenu à se soumettre à la loi : exemple 
d'humilité, sans doute, et d'obéissance, et de pau- 
vreté, mais aussi quel profond et mystérieux ensei- 
gnement ! 

(( Les mystères du saint Evangile sont tout ensem- 
ble des parfums, des concerts, des festins : parfums 
pour Dieu ; concerts pour les saints anges ; festins 
pour nous. Les essences de ces parfums qui mon- 
tent vers Dieu pour l'honorer, ce sont des homma- 
ges ; les harmonies de ces concerts qui réjouissent 
les esprits célestes, ce sont des vertus : les mets de 
ces festins qui nous nourrissent, ce sont des exem- 
ples. Cela est vrai du mystère total de la vie de 
Jésus, depuis son incarnation bénie dans le sein de 
sa mère jusqu'à sa rentrée triomphante dans le sein 
de son Père. Mais ce triple aspect se retrouve dans 
chacun des mystères particuliers dont cette vie se 



I. Levii., XII, C-8. — 2. Exode, xui, i3. 



420 LE CATÉCHISME ROMAIN 

compose : mystères qui sont comme les stations 
d'un même voyage, les degrés d'une même ascen- 
sion, les phases d'un sacrifice unique. Dans ce par- 
cours divin, Marie n'est nulle part séparée de Jésus. 
Elle est au Calvaire, oii tout s'achève ; et là même 
où, dans l'intervalle, elle ne se trouve point corpo- 
rellement, on ne peut dire qu'elle soit absente. Elle 
est partout dans cette sainte vie du Christ, et comme 
participant à tout ce qui s'y passe. Elle n'y est pas 
seulement d'esprit et de cœur, par sa foi, sa pitié, 
son fidèle et ardent amour : elle y est d'office et par 
état ; en vertu d'un ordre divinement établi qui 
domine et règle sa vie tout entière, l'associant 
indissolublement à celle de son Fils. Elle a partout 
un rôle à remplir, un ministère à exercer, une 
œuvre à faire. Elle est partout mère, sœur, épouse et 
aide. Jésus, en tout ce qu'il fait, agit comme Fils de 
Dieu, mais aussi comme fils de l'homme, c'est-à- 
dire comme fils de la Vierge ; il agit comme nou- 
nel Adam, et n'opère point sans son Eve; de sorte 
qu'ils marchent et vivent tous deux de compagnie; 
et si parfaite est leur union qu'elle ne peut être sur- 
passée que par celle des trois personnes divines en- 
tre elles, et celle du Verbe avec sa propre humanité. 
(( Dans le mystère dont l'Eglise fête aujourd'hui 
l'anniversaire, cette union de Marie et de Jésus n'est 
pas simplement, comme dans d'autres, intérieure et 
mystique, elle est historique et visible. Marie 
apporte son Fils au temple pour le racheter comme 
premier-né, en même temps qu'elle y vient elle- 
même pour accomplir la cérémonie de sa purifica- 
tion légale. Et ici, comme dans tout le reste des 
événements évangéliques, il y a des hommages, des 
vertus, des exemples ; et ce sont les mêmes actes qui, 
donnant de la gloire à Dieu et de la joie aux 
anges, donnent aussi à nos âmes l'aliment dont elles 



LA PURIFICATION 421 



ont besoin... Entre toutes les vertus qui brillent dans 
le mystère delà Purification et nous sont proposées 
à tous en exemple, il y en a trois qui semblent plus 
considérables : l'une qui fonde tout ; l'autre qui 
accomplit tout ; la troisième qui consomme tout. 
La première, c'est l'humilité ; la seconde, c'est 
l'obéissance ; et la dernière, c'est la patience (i). » 

Humilité dans la soumission à une loi qui ne les 
concerne pas ; car que pouAait-elle avoir à purifier, 
cette Vierge sans tache ? Et de quoi avait-il à se rache- 
ter, Celui qui venait racheter tous les autres ? Et la 
mère et l'enfant viennent comme une mère et un 
enfant ordinaires, sans distinction, au rang des 
autres, parmi les pauvres ; c'est l'humilité se tra- 
duisant par la pauvreté, s'en revêtant, s'en couron- 
nant ; l'humilité de Marie, qui s'est proclamée la 
servante du Seigneur ; l'humilité de Jésus, qui s'est 
anéanti jusqu'à prendre la forme d'un esclave ; 
humilité qui fait le fond de la grandeur de Marie et la 
base fondamentale de l'œuvre rédemptrice de Jésus. 

Et avec l'humilité l'obéissance: obéissance du 
Verbe incarné au bon plaisir de son Père ; obéis- 
sance qui, par l'incarnation déjà accomplie, doit 
aller jusqu'au supplice de la croix; obéissance 
d'agneau, mais d'un agneau destiné au sacrifice;^ 
obéissance de la Mère qui, dès aujourd'hui, com- 
mence généreusement à immoler son Fils, en se 
soumettant elle-même, sans y être tenue, à des 
prescriptions légales faites pour d'autres, comme 
gage de la docilité qu'elle entend mettre dans 
raccomplissement autrement dur des desseins de la 
Providence sur le rachat du monde, par la mort 
sanglante de son Fils ; car déjà, dans ce mystère de 
la purification, se projette Tombre de la croix ; et. 



I. Mgr Gay, Conférences, t. ii, p. 77. 



422 LE CATÉCHISME ROMAIN 

comme le lui dira Sîméon, un glaive de douleur 
transpercera son âme. 

Donc obéissance entière, définitive, impertur- 
bable, quelles qu'en soient les douloureuses consé- 
quences, les terribles perspectives, la compassion 
de Marie devant aller aussi loin que la passion de 
Jésus. Car elle n'en peut douter au jour de sa puri- 
fication, la Vierge Mère, elle est destinée au glaive. 
« C'est ainsi qu'on la traite. O Dieu, qu'on ménage 
peu sa douleuf I Pourquoi la frappez-vous de tant 
d'endroits ? Ou ne lui dites rien de son mal, pour 
ne la tourmenter point par la prévoyance ; ou dites- 
lui tout son mal pour lui en ôter du moins la sur- 
prise. Il n'en sera pas de la sorte. On lui annoncera 
son mal de bonne beurc afin qu'elle le sente long- 
temps ; on ne lui dira pas ce que c'est, de peur 
d'ôter à sa douleur la secousse violente que la sur- 
prise y ajoute. Ce qu'elle a ouï confusément du 
bon Siméon, ce qui a déjà décbiré le cœur et ému 
toutes les entrailles de cette mère, elle le verra sur 
la croix p'us horrible, plus épouvantable qu'elle 
n'avait pu se l'imaginer. prévoyance ! ô surprise! 
ô ciel ! ô terre ! ô nature ! Etonnez-vous de cette 
constance. Ce qu'on lui prédit lui fait tout craindre ; 
ce qu'on exécute lui fait tout sentir. Voyez cepen- 
dant sa tranquillité par le miracle de son silence. 
Là, elle ne demande point: qu'arrivera-t-il ? Ici, 
elle ne se plaint pas de ce qu^elle voit. Sa crainte 
n'est point curieuse ; sa douleur n'est pas impa- 
tiente ; ni elle ne s'informe de Tavenir, ni elle ne se 
plaint du mal présent ; et elle nous apprend par cet 
exemple les deux actes de résignation par lesquels 
nous nous devons immoler à Dieu : se préparer de 
loin à tout ce qu'il veut ; se soumettre humblement 
à tout ce qu'il fait (i). » 

I. Bossuet, Sermon /•''■ pour la Parificallon de la S. V, 



L\ PURIFICATION 423 

Dès sa présentation au temple, quarante jours 
après sa naissance, Jésus commence son r(Me de 
victime. Il avait dit en entrant dans le monde : 
(( Vous n'avez voulu ni sacrifice, niohlalion, mais vous 
m'avez formé un corps ; vous n'avez agréé ni holocaus- 
tes, ni sacrifices pour le péché! Alors f ai dit : Me voici, 
je viens, ô Dieu, pour faire voire volonté (i). » Cette 
oblation de soi pour le salut du monde, il la fait 
aujourd'hui, mais par sa Mère ; il s'ofTre à Dieu par 
Marie ; car Marie a « sur lui le double empire, et de 
sa force physique, qui permet qu'elle le porte où 
elle veut, et de son autorité de mère, qui fait qu'elle 
l'offre comme son bien propre; de sorte que, en 
définitive, la source humaine de ce sacrifice, c'est 
le cœur de cette Vierge, c'est la religion qui rem- 
plit ce cœur et l'amour qui en déborde (2). » Marie 
donne déjà son Fils à Dieu pour nous, à l'ombre du 
temple, en attendant qu'elle le donne une dernière 
fois, et toujours pour nous, au pied de la croix. 
Quelle reconnaissance ne doit donc pas être la nôtre, 
et à l'égard de Jésus dans ce jour de sa présentation 
au temple, et à l'égard de Marie dans ce jour de sa 
purification ! 

2. Siméon et Anne. — Deux vieillards près de 
l'enfant Jésus, voilà ce que nous montre encore 
l'Evangile, non sans renfermer de précieux ensei- 
gnements dans ce rapprochement des deux extré- 
mités de la vie, dans ce point de contact et ce trait 
d'union entre l'Ancien et le Nouveau Testament. 

L'un, c'est un homme appelé Siméon, mais d'une 
âme rayonnante et belle, et d'une vie morale très 
riche. En quelques mots, l'Evangéliste burine son 
portrait: il était juste, il avait la crainte de Dieu, il 
attendait la consolation d'Israël, et TEsprit-Saint 

I. Hehr.y x. 5-7. — 2. Mgr Gay, Conférences, t. 11, p. 106. 



h'^^ LE CATECHISME ROMAIN 

était en lui. Il était juste, donc plein de respect pour 
la souveraineté de Dieu et de confiance en sa sagesse, 
admirablement docile aux vouloirs de la Provi- 
dence, quels qu'ils fussent, les yeux et le cœur fixés 
sur les décrets d'en haut, qui mènent les événe- 
ments d'ici-bas. Et il était timoré, donc plein de 
défiance de lui-même et d'abandon filial à la con- 
duite de Dieu, ne pensant point comme les hommes, 
n'étant nullement de leur parti, mais attaché mal- 
gré tout à l'enseignement traditionnel des patriar- 
ches et des prophètes de sa patrie. Sa crainte pieuse 
était l'arôme de sa justice, l'enveloppe précieuse de 
sa grâce, le rempart de sa fidélité. « Je ne doute pas 
dit iMgr Gay (i), qu'elle ne fût l'un des secrets de 
cette longévité, de cette promptitude d'opération, 
de cette jeunesse d'esprit, de cette fraîcheur de sen- 
timent, de cette ardeur de cœur, de cette puissance 
d'enthousiasme, et enfin de celte abondance de vie 
intérieure, dont l'Evangile nous montre fort claire- 
ment qu'il jouissait dans ses années extrêmes. » — 
Et que faisait-il donc si tard dans la vie .^ 11 attendait 
la consolation d'Israël ; il attendait le ÎMessie: c'était 
là son occupation, sa profession, sa raison d'être, 
sa vie même; c'était, comme dit A. Nicolas (2), un 
expectant de Jésus-Christ. A l'âge où l'homme 
s'affaisse et se replie sur lui-même, à peu près indif- 
férent à tout le reste, Siméon sentait vivre en lui la 
foi ardente et l'immortelle espérance des ancêtres. 
(( Tout l'esprit des justes de l'ancienne loi était passé 
dans le saint vieillard : il en était la personnifica- 
tion vénérable. C'est ce que confirme ce nouveau 
trait : Et le Saint-Esprit était en lui. Jugez par là des 
saintes dispositions de son âme. C'est pour cela 
qu'il était juste et honoré, attendant la consolation 

I. Conférences, t. 11, p. 12^. — 2. La Vierge Marie d'après 
r Évangile, p. 299. 



LA PURIFICATION /jâS 



d'Israël, retenu à la vie par cette unique attente^ 
détaché de tout le reste, et se rendant de plus en 
plus digne de ce divin objet de ses désirs, jusqu'à 
être, dans le temple, comme un temple lui-même, 
sanctifié par la présence continue de l'Esprit- 
Saint (i). » 

Or, dans l'espoir invincible qui l'anime, et tout 
en ignorant le moment où il le verrait réalisé, 
poussé par un pressentiment surnaturel, il pénètre 
dans le temple selon son habitude. Mais, ce jour-là, 
parmi tant d'autres femmes présentes, il en distin- 
gue une, qui porte son enfant dans les bras. Plus de 
doute, une inspiration surnaturelle le lui révèle, cet 
enfant est bien celui qu'il attend ; n'y tenant pas, il 
le prend lui-même dans ses bras, et, le pressant sur 
son cœur avec un respect et un amour attendris, il 
se met à chanter le cantique de sa reconnaissance. 
Et maintenant il peut mourir en paix, car il a vu le 
Sauveur, la Lumière des nations la gloire d'Is- 
raël. Il peut mourir en paix et quitter joyeuse- 
ment ce monde, pour aller porter à ses pères, réu- 
nis dans les limbes, la bonne nouvelle de l'avène- 
ment du Messie et de leur prochaine délivrance. 

Mais, du même coup, dans les paroles inspirées 
du saint vieillard, quelle prophétie touchant cel 
enfant et sa mère ! L'enfant, Siméon le déclare éta- 
bli pour la ruine et la résurrection d'un grand nom- 
bre en Israël, pour être un signe en butte à la con- 
tradiction. N'est-ce point là, en efl'et, le résumé de 
toute la vie mortelle de Jésus, de toute sa vie im- 
mortelle, dans l'Eglise, à travers le temps et l'espace? 
Plus de milieu : il faut être pour ou contre Jésus. 
Il est la pierre où se brisent tous ses adversaires 
aveugles et passionnés, où s'appuient, au contraire. 



. Ibid. 



iisG LE CATÉCHISME ROMAIN 

d'une manière solide et inébranlable, tous ses ser- 
viteurs dociles et dévoués. L'alternative s'impose 
désormais ; elle est inéluctable ; elle fait le départ, 
dès ici-bas, entre les enfants de la cité de Dieu et 
les enfants de la cité des hommes ; elle e^t aujour- 
d'hui ce qu'elle était hier ; elle sera demain ce qu'elle 
est aujourd'hui. Et c'est ainsi que la prophétie du 
vieillard Siméon traverse les siècles, à l état de réa- 
lisation permanente, toute pensée se révélant ou 
pour ou contre Jésus-Gbrist. 

Quant à la mère, Siméon lui présage, d'un mot, 
sa part de douleurs dans le mystère de la rédemp- 
tion, qui s'opère déjà : son àme sera transpercée par 
un glaive. C'est l'annonce mystérieuse d'un genre 
particulier de martyre, réservé à Marie: le crucifie- 
ment moral de son cci'ur, qui devait ressentir le 
contre coup du crucifiement corporel de Jésus. 
L'Eglise honore, dans sa liturgie, la part ainsi prise 
par la sainte Vierge à la rédemption des hommes. 

A côté de Siméon paraît une femme, dont le 
texte évangélique nous fait connaître le nom, la 
famille, la tribu, l'âge et la profession : c'était 
Anne, la prophétesse, fille de Phanuel, de la tribu 
d'Aser, mariée pendant sept ans, puis restée veuve ; 
elle avait quatre-vingt-quatre ans. Et elle aussi fré- 
quentait le temple, servant Dieu nuit et jour dans 
le jeune et dans la prière. On devine ses vertus : sa 
chasteté, sa mortification, son recueillement, sa 
piété, sa persévérance. Et elle aussi devait attendre 
la consolation d'Israël; elle survint, en tout cas, au 
moment propice pour apprendre la grande nou- 
velle, et elle se mit à louer le Seigneur. Quelles 
furent ses paroles? L'Evangile ne le dit pas, mais il 
nous révèle le zèle apostolique qui s'empara de cette 
bonne vieille ; car elle se mit à parler de Tenfant à 
tous ceuNL qui attendaient la rédemption d'Israël. 



FÊTE DE LA PURIFICATION /I27 

IL La Fête 

I. Son histoire. — i. Sa date et son titre. — Un 
ensemble de faits évangéliques, tels que ceux que 
nous venons de rappeler, renfermait trop de mys- 
tères et d'enseignements pour ne pas devenir l'ob- 
jet d'une fête spéciale. Mais quel titre lui donner? 
Le plus petit, parmi ces saints personnages, était en 
réalité le plus grand et celui qui commandait aux 
autres : à sa Mère et à Joseph pour le présenter et 
l'offrir à Dieu, à Siméon et à Anne pour chanter sa 
venue. C'est donc bien un mystère du Sauveur, 
celui des débuts dans son sacritlce, qui prime tout 
autre mystère; et dès lors la fête pourrait bien por- 
ter le titre de Présentation de Jésus au temple. Mais il 
y a là la Vierge-Mère, qui vient accomplir un grand 
acte d'humilité et d'obéissance, en se soumettant à 
des prescriptions qui ne la concernent point ; et dès 
lors le titre de la fête pourrait être celui de la Puri- 
fication de Marie. Mais comment oublier le rôle im- 
portant, quoique secondaire, de Siméon et d'Anne P 
On pourrait donc désigner la fête sous le nom de 
Rencontre. Et tels sont, en effet, les titres divers 
qu'elle porte dans l'histoire. La liturgie grecque n'a 
retenu que celui de Rencontre ; la liturgie latine a 
préféré celui de Purification. 

A quelle date fixer une pareille fête? Ici, les hési- 
tations n'étaient guère possibles : l'usage juif l'indi- 
quait suffisamment. Car toute femme qui devenait 
mère, devait rester quarante ou quatre-vingts jours 
avant sa purification légale, selon qu'elle avait mis 
au monde un fils ou une fille ; c'était donc, pour 
la sainte Vierge, le quarantième jour après la nais- 
sance de Jésus. Tout dépendait, dès lors, du jour 
déjà fixé pour la célébration de la Nativité du Sau- 
veur : c'était le 6 janvier dans quelques églises 



^2S LE CATÉCHISME ROMAIN 

d'Orient, le 26 décembre partout ailleurs. La fête 
devait donc se célébrer, le i/i février chez les uns, 
le 2 février chez les autres. Il en fut ainsi aux 
débuts pour des motifs d'ordre exclusivement reli- 
gieux et évangélique, et nullement pour des raisons 
extérieures, telles que celles de la suppression 
des Laper cnlia ou des Ambavbalia de la ville de 
Morne, et de leur remplacement par une fête chré- 
tienne. 

Sans doule, parmi les romains, le mois de février 
avait emprunté son nom, soit au dieu Fehraus, père 
de Pluton, à cause des sacrifices qu'on offrait à cette 
divinité païenne à cette époque de l'année (i), soit 
aux cérémonies expiatoires des Lupercalia, qui se 
célébraient, douze jours durant, à partir des kalen- 
des (2). Febraai^'uis a februis sacris Lupercoriim, 
disait saint Augustin (3) ; et par februa, selon 
Ovide (4), il faut entendre toute cérémonie sacrée, 
capable d'expier. Ce mois s'appelait donc Février^ à 
cause des rites expiatoires des Lupercalia; etfebruari 
était synonyme de exparcjari. D'autre part, les .Im- 
barbaUa ou Ambavvalia étaient des fêtes de prin- 
temps en l'honneur de Gérés, pendant lesquelles on 
promenait processionnellement autour de Rome les 
victimes destinées à obtenir d'abondantes moissons. 
Entre ces fêtes païennes et la fête chrétienne, il 
n'est pas d'assimilation possible ; à part le mois de 
l'année oii on les célèbre et le titre de Purification 
donné à la fête du 2 février, qui sont de pures 

I. Macrobe, Satarnalia, 1. [, c. 10 ; S. Isidore, Elymol, I. v, 
c. 33, Pair, lai., t. lxxxii, col. 219. — 2. On lit dans Varron, 
Ling. lat., 1. v : Luperci primo die, qui februaftis dicebalur, 
omnem Lrbem veterem pelles caprinas in manibus gestantes 
circaincursabant, idque piamen censebatur. Praeterca duode- 
cim diebus conlinnis pro defunctoruin mambus J'ebrna, hoc 
est sacrifîcia expiatoria fîebant. — 3. Coiit. Fausiam, 1. xviii,5. 
— 4- Fast., 1. II, V. i(). 



FÊTE DE LA PURIFICATION 4 29 

■ ' ' ' 

coïncidences, justifiées pleinement par ailleurs par 
les données évangéliques, tout les sépare et les dis- 
tingue, l'objet et même le mode : l'objet, car dans 
la fête chrétienne il ne s'agit nullement d'un rite 
expiatoire populaire, mais de la Purification de 
Marie, inspirée par les motifs surnaturels les plus 
élevés, qui n'ont rien à voir avec les usages romains 
si dénués de décence ; et le mode, car la procession 
de la Chandeleur est d'une dignité et d'un symbo- 
lisme complètement étrangers aux pratiques idolâ- 
triques. On comprend que les papes, dès qu'ils le 
purent, firent cesser ces démonstrations païennes, 
pour leur substituer des cérémonies spécifiquement 
chrétiennes. La fête d'aujourd'hui a paru d'abord 
ailleurs qu'à Rome, et elle était célébrée avec une 
procession ; quoi d'étonnant que l'Eglise romaine 
Tait adoptée telle quelle, sauf à l'appeler du nom de 
Purification de la sainte Vierge ? La suppression des 
Lupercalia et des Ambarbalia en a pu être l'occasion 
accidentelle, et non la cause déterminante ; celle-ci 
se trouve dans l'Evangile. Quant au rite de la béné- 
diction et de la procession des cierges, il était usité 
en Orient, où l'on ne peut pas soutenir qu'il ait été 
inspiré par le désir de supplanter un usage païen 
de Rome ; et il a, comme nous le verrons plus 
loin, une signification et une portée exclusivement 
chrétiennes. 

2. La fête en Orient. — Que la fête d'aujourd'hui 
ait été instituée à Jérusalem, cela n'a pas de quoi 
étonner. Car c'est dans le temple de Jérusalem que 
s'étaient passés les événements racontés par l'Evan- 
gile. Et l'on sait la puissance des traditions locales 
pour ne rien laisser perdre des souvenirs religieux. 
A Jérusalem donc, vers la fin du iv^ siècle, l'auteur 
de la Peregrinatio, un témoin oculaire, raconte 
qu'on célébrait, avec une pompe extraordinaire, une 



43o LE CATÉCHISME ROMAIN 

fête dite Qaadragesimœ de Epiphania, qui n'est autre 
que la fête actuelle. Le quarantième jour de l'Epi- 
phanie, dit ce titre, c'est-à-dire le quarantième jour 
après la célébration de la fête, ou Ton commémo- 
rait tout spécialement la Nativité du Sauveur, exac- 
tement le i4 février, puisque l'Epiphanie était le 6 
janvier. A quand remontait-elle? Tout au moins à 
l'époque, où Constantin et sa mère se montrèrent si 
généreux pour la ville sainte et où la liberté de 
l'Eglise étant olïïciellement reconnue, Jérusalem 
put faire revivre, par des monuments et des fêtes, 
les souvenirs locaux consignés dans l'Evangile. A 
défaut de la date de son institution, l'auteur de la 
PeregruiaUo nous fait connaître l'objet et l'éclat de 
la solennité. Celle-ci commençait par une proces- 
sion dans l'église de VAnaslasis ou de la Résurrec- 
tion ; et tout s'y passait dans une sainte et grande 
allégresse, comme pour Pâques. Prêtres et évêque, 
chacun à son tour, y prenaient la parole pour com- 
menter les événements qui s'étaient passés au tem- 
ple, lorsque Joseph et Marie y présentèrent Jésus au 
Seigneur, l'oblation faite par les parents, la ren- 
contre de Siméon et d'Anne (i). 

De Jérusalem, la fête dut rayonner en Orient. 
Saint Grégoire de Nazianze y fait allusion dans un 

I. Quadragesiin^e de Epipbania valde cnm sumnio honore 
hic celebrantur. ISam eodem die processio est in Anastase, et 
omnes procednnt, et ordine agnntur omnia cum summa 
laetilia, ac si per Pascha. Predicant eliam onines presbyteri, 
et sic episcopus, semper de eo loco tractantes Evangehi, iibi 
quadragesima die tulerunt Dominum in templo Josepli et 
Maria, et yideriint eum Symeon et Anna propbetissa filia 
Samuhel (pour Phanuel), et de verbis eorurn quae dixerunt 
vise Domino, vel de oblatione ipsaqnam obtulerunt parentes. 
Et poslmodum celebratis omnibus per ordinem quae consue- 
tudine sunt, aguntur sacramenta, et sic fit missa. Dans 
Duchesne, Origines du culte, 2" édit., Paris, 1898, p. 48o. 



FETE DE LA PURIFICATION 43f 

discours prononcé le jour de l'Epiphanie (i). Il énu- 
mère, en eflet, les principaux mystères de la sainte 
enfance précédemment célébrés : l'apparition de 
rétoile, l'adoration des mages, des bergers et des 
anges, la rencontre de Siméon recevant l'enfant 
dans ses bras et d'Anne, la chaste veuve. Il parlait 
ainsi pour la fêle des Lumières, qui était le nom de 
rEpiphanie. Son langage suppose donc que la com- 
mémoration de la présentation de Jésus au temple 
se célébrait, chez lui, entre la Noël et 1 Epiphanie. 
Cette divergence de dates ne doit pas étonner ; il 
est certain en tout cas qu'elle disparut de bonne 
heure. 

Au v^ siècle, la Vie de saint Théodose (2), qui vécut 
de l'an 420 à Tan 525, nous apprend que l'usage de 
célébrer cette fête, quarante jours après celle de la 
Noël, avec une procession aux flambeaux, était 
général en Palestine; mais il n'était pas encore uni- 
versellement répandu en Orient. Ce n'est qu'au vi^ 
siècle, dans le but d'obtenir par l'intercession de 
Marie la cessation de la peste, qui ravageait la ville 
de Constantinople, que Justinien, par un édit de 
542, l'imposa à tout l'empire. Depuis lors, elle n'a 
plus cessé d'être célébrée, non le i/i février mais le 
2, comme dans l'Eglise latine, et sous ce titre: 
'jTTccTiavTYj TO'j K'jo'loj Y^ji-Cov 'It^œo^j xp'.c7T0'j, Occursus Domini 
noslri Jesii-Christi, Rencontre de Notre Seigneur Jésus- 
Christ. Titre parfaitement justifié par le texte évan- 
gélique (3), mais qui n'exclut point les mystères de 
la présentation de Jésus et de la purification de 

i.Ora/., xxxix. Pair, gr., t. xxxvi, col. o^Q, 55o. — 2. Corn- 
posée par Cyrille de Scytliopolis. puis remaniée par Meta- 
phraste. Pair, gr., t. cxiv, col. 469-654. — 3. Quia venerabilee 
personaî, Siineon et Anna, eo die obviaverunt Domino, dum 
praesentaretur in templo, dit l'auteur du Micrologus, 4t>, Pair, 
lat,, t. CLI, col. 1012. / 



Jl32 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Marie, puisque c'est le même passage de saint Luc 
qu'on y lit à la messe. 

3. La fêle en Occident, — L'Eglise latine ne pou- 
vait pas négliger de commémorer les mystères de ce 
jour. Elle eut de bonne heure sa fête, qu'elle dut 
emprunter, selon toute vraisemblance, à l'Eglise 
grecque. Mais elle en changea le titre et en fît une 
fête de la sainte Vierge; ce qui n'exclut pas, cela va 
sans dire, le souvenir des autres mystères : elle 
l'appela Purification de la bienheureuse Vierge Marie; 
c'est le titre qu'elle porte encore. Ce titre se justifie 
par les premiers mots du passage évangélique : 
Poslquamcompletisuntdies purgationis ejus, Purgatio, 
ParificatiOy deux termes synonymes. Pour mieux 
préciser sa pensée, qui est de faire honorer la puri- 
fication de la sainte Vierge, l'Eglise a substitué, 
dans le texte de la messe, le nom de Mariœ au pro- 
nom ejus. Ce qui prouverait que la fête latine de la 
Purification est un emprunt fait aux Grecs, c'est le 
titre même qu'elle porte dans le sacramentaire gré- 
gorien : Hypanti ad sanctani Mariani ; cela prouve du 
moins qu'elle est antérieure à saint Grégoire le 
Crand ; les trois oraisons qu'on disait de son temps 
à la messe sont encore celles qu'on dit aujour- 
d'hui (i). 

Avec la diffusion de la liturgie romaine, la fête 
de la Purification fut introduite en Gaule et dans le 
reste de l'Eglise latine (2). Au viii^^ siècle, saint 

I. Dans Pamélius, Litargica, t. 11, p. 2o5. — 2. Voici 
comment en parlait Alcuin dans un sermon prononcé, 
Mce jour-là, devant Gharlemagne : Hujus diei solemnitas, 
sicut a quibusdam christianis ignoratur, sic a muitis pra3 
^aeteris anni solemnitatibus honoratior habetur ; maxime 
autem eo loco, quo primatum Ecclesia catholica in primo 
pastore sortita est, in tanta reverentia habetur, ut eo die 
cuncta civitatis tuiba in unum collecta immensis cereorum 



FÊTE DE LA PURIFICATION 433 

Boniface, l'apôtre de la Germanie, l'avait rangée 
parmi les fêtes d'obligation (i). Tout comme celles 
de l'Annonciation, de l'Assomption et de la Nati- 
vité de Marie, elle a longtemps obligé à l'audition 
de la messe et à l'abstention des œuvres serviles. 
Urbain VIII la maintint encore comme fête de pré- 
cepte, en 1642 (2); elle fut supprimée, pour la 
France, par le Concordat, en même temps que celle 
de l'Annonciation et de la Nativité ; elle l'est actuel- 
lement pour toute l'Eglise sans distinction, depuis 
le décret de Pie X sur les fêtes (3). 

Cette fête donna lieu, pendant le moyen âge, à 
de multiples interprétations sur le symbolisme des 
cierges ; elle est restée chère, en France, à la piété 
des fidèles. Il n'est pas encore aujourd'hui de 
famille chrétienne qui ne tienne à posséder un 
cierge, bénit ce jour-là, pour l'allumer, dans des 
circonstances données, en témoignage de dévotion 
envers Marie et de confiance en sa protection ma- 
ternelle. Mais cet usage religieux, pleinement justi- 
fié aux yeux de la foi par la consécration liturgique, 
n'est pas exempt chez quelques-uns d'idées qui tou- 
chent parfois à la superstition. Ces derniers, il est 
vrai, n'ont guère plus de chrétien que le nom ; ils 

luminibus coruscans, missarum solemnia devotissime célè- 
brent, nullusqne aditum publicœ stationis intret, si lumen 
manu non tenuerit, tanquam scilicct Dominum in templo 
oblaturi, immo etiam suscepturi, fidei lumen, quo interius 
fulgent, exterius oblationis suae religione demonstrcnt. Patr^ 
lai,, t. Lxxxix, col. 1291, 129?.. 

I. Voir t. VI, p. 43, n. 2. — 2. Voir t. vi, p. /^G, n. 2. — 3. Le 
Mota proprlo de dlebus festis, Saprenil disclplinœ ecclesiasiica: 
custodes, du 2 juillet 191 1, réduit à huit le nombre des fètcs 
d'obligation sub ulroqiie prœcepto : la Noël, la Circoncision, 
l'Epiphanie, l'Ascension, l'Immaculée Conception. lAssomp- 
tion, la fôle de saint Pierre et de saint Paul, cl la Toussaint, 
sans toucher aux concessions déjà faites pour tel ou tel pays. 

LE CATÉCHISME. — T. VIII, 28 



434 LE CATÉCHISME ROMAIN 

obéissent, sans trop savoir pourquoi, à des habi- 
tudes traditionnelles, qui remontent dans le loin- 
tain des âges, dont la signification religieuse et la 
portée surnaturelle leur échappent. Il sera donc 
utile de dire un mot de ces cierges bénits, puisque, 
aussi bien, ils sont l'objet d'une cérémonie, qui est 
Tune des caractéristiques de cette fête. 

II. La bénédiction des cierges et la proces- 
sion. — I. Son orkjine. — En Orient, la procession 
de ce jour semble contemporaine de l'institution de 
la fête ; elle est du moins mentionnée, comme nous 
Tavons vu, en même temps que la fête, à Jérusa- 
lem, dès la fin du iv^ siècle. Une procession avec 
des cierges allumés, c'était tout à la fois donner un 
éclat particulier à la solennité, rappeler d'une ma- 
nière symboliqvie et expressive Celui que le vieil- 
lard Siméon avait salué comme la Lumière pour les 
gentils, et qui devait dire un jour : « Je suis la 
lamièreda moiide{i), » C'était aussi évoquer d'avance, 
à titre de leçon très opportune, la scène du dernier 
jour, où les vierges sages, leur lampe allumée, 
seront reçues par l'époux dans la chambre nuptiale. 
Tel est, en effet, l'esprit de TEglise, dans les mani- 
festations de sa liturgie, de faire sanctifier le temps 
présent par le rappel des souvenirs passés et par 
révocation des événements futurs, en commémo- 
rant les uns et en préparant aux autres. 

En Occident, la fête a certainement précédé l'ins- 
titution de la procession ; celle-ci est due au pape 
Sergius P', à la fin du vu' siècle. Saint Ildefonse, 
évêque de Tolède, mort en 717, montrait déjà en 
quoi la cérémonie chrétienne ressemblait à la pro- 
cession païenne du mois de février, en quoi sur- 

I. Joan., VIII, 12. 



FÊTE DE LA PURIFICATION 4'^5 

tout elle en différait (i). Et Ton voit bien, aux 
raisons qu'il donne, et qui seront très fidèlement 
reproduites dans la suite, le caractère spécifique- 
ment chrétien de la cérémonie. <•< Aujourd'hui, 
disait saint Bernard (2), la Vierge-Mère introduit le 
Seigneur du temple dans le temple du Seigneur ; 
Joseph présente au Seigneur, non un fils qui soit le 
sien, mais le Fils bien aimé du Seigneur, dans 
lequel il a mis ses complaisances. Le juste recon- 
naît celui qu'il attendait ; la veuve Anne l'exalte 
dans ses louanges. Ces quatre personnages ont célé- 
bré pour la première fois la procession d'aujour- 
d'hui, qui, dans la suite, devait être solennisée 
dans l'allégresse de la terre entière, en tous lieux, 
et par toutes les nations. Ne nous étonnons pas que 
cette procession ait été si petite ; car celui qu'on y 

I. HcTC feslivitas niense februario, qiiam Romani adhiic 
pa^ani a Februo, id est Plutone sic vocaverunt, quem potentis- 
simum purgationis credebant, — febriiaie enim purgare 
diciinus ; — quo mense lustrabaiur civilas... et diis manibus 
sacrificia ofierebant, quorum auxilio et virtate totum orbem 
subjiigasseputabant. Quam lusLraridiconsuetudinem congrue 
et religiose chiistiana mutavil rcJigio, quum eodem mense, 
hoc est hodierna die, in honore sanctîc Dei genitricis et per- 
petuae virginis Mariae, non solum clerus, sedetomnis plebsec- 
clesiaramlocacum cereisetdiversis hymnis kistrantibus circu- 
meunt, non jam in memoriam terreni imperli quinquennlum, 
sed ob recordationem cœleslis regni perennem, quam juxta 
evangelicam parabohin) omnessancli, cum bonorum operum 
lampadibus, in fine mundi sponso Christo obviantes, ab eo in 
thalamum aelernae felicitalis sunt intromitlendi. Pair, lat.^ 
t. xcvi, col. 277, Tel est le thème répété quant au sens et 
quant aux mots, par saint liloi de Noyon. PaU\ laL, t. lxxxvii^ 
col (io'i ; par Bède, De rallone leniporutn, xii, l^atr. Int., t. X(\ 
col. 35 1 ; par Amalaire Fortunaf, De eccL offwiis, ni, fiS : par 
Alcuin, De div. officiis, vu, Pali'. /a/., t. ci, col. 1181 ; par 
Raban Maur, De insUl. clericoruni, n, 35, Pair. Int , t cvii, 
col. 345 ; et par d'antres encore. — 2. In Purijîcalione B, M., 
serm. 1,1. 



436 LE CATÉCHISME ROMAIN 

recevait s'était fait petit. Aucun pécheur n'y parut ; 
tous étaient justes, saints et parfaits. » 

2. Symbolisme des cierges. — Les liturgistes du 
moyen âge n'eurent pas de peine à dégager le sym- 
bolisme des cierges pour en tirer des conclusions 
d'ordre pratique, offrant ainsi à la piété un aliment 
€t une leçon d^édification. a Selon saint ^ ves de 
dhartres, dans son deuxième sermon sur la fête 
d'aujourd'hui, la cire des cierges, formée du suc 
des fleurs par les abeilles, que l'antiquité a toujours 
considérées comme un type de la virginité, signifie 
ïa chair virginale du divin Enfant, lequel n'a point 
altéré, dans sa conception ni dans sa naissance, 
l'intégrité de Marie. Dans la flamme du cierge, le 
saint évêque nous apprend à voir le symbole du 
Christ, qui est venu illuminer nos ténèbres. Saint 
Anselme, dans ses Enarrations sur saint Luc, déve- 
loppant le môme mystère, nous dit qu'il y a trois 
choses à considérer dans le cierge : la cire, la mèche 
-et la flamme. La cire, dit-il, ouvrage de l'abeille 
virginale, est la chair du Christ ; la mèche qui est 
intérieure, est l'àme ; la flamme, qui brille en la 
partie supérieure, est la divinité (i). » 

Durand de Mende, résumant ses prédécesseurs, 
donne six raisons pour lesquelles on fait en ce jour 
une procession avec des cierges allumés. Ce n'est 
pas seulement pour donner à un usage païen un 
sens plus religieux et exclusivement chrétien, c'est 
encore pour se conformer à la parole de Siméon 
qui salua en Jésus la lumière du monde ; pour 
signifier l'humanité et la divinité du Christ ; pour 
proclamer la pureté inaltérable de Marie ; pour 
imiter les vierges sages et pour pouvoir être, comme 
elles, introduits un jour, à la lumière de notre 

I. Guéranger, Le Temps de isoël, t. ii, p. 63o. 



I 



BÉNÉDICTION DES CIERGES f^Sj 

chasteté et de nos bonnes œuvres, dans le temple 
de la gloire (i). 

La matière, on le voit, peut se prêter à de nom- 
breux rapprochements et aux applications les plus 
heureuses, quand on songe au mot de saint Paul : 
« Marchez comme des enfants de lumière (2) ; » et à 
la recommandatioA de Notre Seigneur lui-même : 
(( Ayezla ceinture aux reins et vos lampes allumées (3). » 

Cette procession avec des cierges allumés, en 
l'honneur de Notre-Dame, est une manifestation 
liturgique parfaitement appropriée à cette fête. On 
en saisit d'autant mieux la beauté qu'on est plus 
pénétré du sens des prières qui servent à bénir les 
cierges, et des chants qui retentissent pendant la 
procession. 

3. Prières de la bénédiction. — C'est avant la messe, 
et toujours le 2 février, même quand, pour des 
raisons d'ordre liturgique, la fête de la Purification 
est transférée (/i), que l'officiant, revêtu de la chappe 
de couleur violette, procède solennellement à la 
bénédiction des cierges. Il commence par saluer 
l'assistance, puis il lit les cinq prières suivantes : 

Première prière. — « Seigneur Dieu, Père tout-puis- 
sant, Dieu éternel, qui avez créé toutes choses du néant, 
et avez ordonné que la cire confectionnée par les abeilles 
devînt propre à former les cierges, et qui, aujourd'hui, 
avez accordé la demande du juste Siméon ; nous vous 
prions humblement de daigner bénir et sanctifier, par 
l'invocation de votre saint Nom, et par l'intercession de 
la bienheureuse Marie toujours Vierge, dont nous célé- 
brons dévotement la fcle, et par les prières de tous vos 
saints, ces cierges, pour l'usage des hommes, et pour la 
santé des corps et des amcs, soit sur la terre, soit sur les 

I. Rallonale, l. \U, c. vu, n. 12-1C). — 2. Eph., v, 8. — 
3. Luc, XII, 35. — /|. Le cas s'est présenté en 191 3, où le a 
février était le dimanche de la quinquagésime. 



^38 LE CATÉCHISME ROMATN 



eaux. Exaucez du haut du ciel, votre sanctuaire, et du 
trône de votre majesté, les voix de votre peuple ici pré- 
sent, qui désire les porter honorablement dans ses mains, 
et vous louer par ses chants. Enfin soyez propice à tous 
ceux qui vous implorent, puisque vous les avez rachetés 
par le précieux sang de votre Fils qui, étant Dieu, vit et 
règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous 
les siècles des siècles. » — a Amen. » 

Deuxième prière : — « Dieu tout-puissant et éternel, 
qui avez voulu que votre Fils unique, présenté aujour- 
d'hui dans votre temple, fut reçu sur les bras de saint 
Siméon, nous supplions votre clémence de bénir, de sanc- 
tifier, et d'allumer au feu de la céleste bénédiction, ces 
cierges, que nous, vos serviteurs, désirons porter allu- 
més, après les avoir reçus pour la gloire de votre saint 
nom ; afin que, les ofTrant à vous, notre Seigneur, rendus 
dignes et enflammés du feu sacré de votre très douce 
charité, nous uiéritions d'être présentés dans le temple 
de votre gloire. Par le même Jésus-Christ Notre Sei- 
gneur. » — (( Amen. » 

Troisième prière. — « Seigneur Jésus-Christ, vraie 
lumière qui illuminez tout homme venant en ce monde, 
répandez votre bénédiction sur ces cierges, et sanctifiez- 
les de la lumière de votre grâce ; et de même que ces 
luminaires allumés à un feu visible, chassent les ténèbres, 
daignez faire que nos cœurs, illuminés d'un feu invisible, 
c'est-à-dire de la splendeur du Saint-Esprit, soient déli- 
vrés de l'aveuglement de tous les vices, afin que, l'œil de 
notre âme étant purifié, nous puissions voir les choses 
qui vous sont agréables et qui sont utiles à notre salut, 
et mériter, après les ombres et les dangers de ce siècle, 
d'arriver à la lumière qui ne s'éteint jamais, par vous, ô 
Christ Jésus, Sauveur du monde, qui, dans la Trinité 
parfaite, vivez et régnez Dieu, dans tous les siècles des 
siècles. )) — (( Amen. » 

Quatrième prière. — u Dieu tout-puissant et éternel, 
qui avez fait préparer par Moïse, votre serviteur, une très 
pure liqueur d'huile pour fournir au luminaire qui devait 
briller toujours devant votre majesté, daignez répandre 



I 



BÉXÉDIGTION DES CIERGES M<j 



ia grâce de votre bénédiction sur ces cierges, afin que, 
pendant qu'ils nous donneront la lumière extérieure, la 
lumière de votre Esprit soit octroyée par vous intérieure- 
ment à notre âme. Par Notre Seigneur Jésus-Christ, etc. » 
— (( Amen. » 

Cinquième prière. — « Seigneur Jésus-Glirist, qui, 
apparaissant aujourd'hui au milieu des hommes, dans la 
substance de notre chair, avez été présenté au temple par 
vos parents; vous que le vénérable vieillard Siméon, tout 
rayonnant de la lumière de votre Esprit, a reconnu, reçu 
et béni ; faites que nous aussi, illuminés et instruits par 
la lumière du même Saint-Esprit, nous vous reconnais- 
sions aVec vérité et vous aimions avec fidélité, vous qui, 
étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père, en Funité 
du même Esprit, dans tous les siècles des siècles. » — 
<( Amen ». 



Qu'imaginer de plus simple et de plus beau que 
ces prières.^ On s'y adresse trois fois au Père des 
lumières, et deux fois à la Lumière du monde, à 
Notre Seigneur lui-même, pour qu'ils daignent 
bénir, sanctifier et allumer ces cierges ; et on le 
demande par la vertu du Nom divin, Tintercession 
de la sainte Vierge et les prières des saints, en ayant 
soin de rappeler les circonstances les plus touchan- 
tes des mystères de ce jour. Dans quel but.^^ Pour 
la santé du corps et de Tàme sans doute, mais aussi, 
par des précisions admirablement appropriées, pour 
être délivrés des ténèbres du vice et de l'erreur; 
pour être éclairés intérieurement par le Saint- 
Esprit ; pour mieux voir dès lors ce qui doit plaire 
à Dieu et nous être utile ; pour reconnaître et aimer 
fidèlement le Verbe fait chair; et finalement pour 
mériter ainsi d'entrer dans le séjour de leternelle 
lumière, dans le temple de la gloire divine. Telle 
est la plénitude de sens et la parfaite simplicité de 
ces formules, au bout desquelles le célébrant asperge 
et encense les cierges, puis les distribue, pendant 



4 do ' LE CATECHISME ROMAIN 

que le chœur, empruntant au vieillard Sîméon les 
accents de son cantique, répète six fois le verset 
caractéristique : Lumen ad rcvelationem gentiam. Et 
le prêtre achève cette première partie de la cérémo- 
nie par une prière où il demande pour tous la grâce 
de profiter spirituellement de la fête de ce jour : 
(( Daignez exaucer votre peuple, Seigneur, et opérer 
intérieurement dans nos âmes, par la lumière de 
votre grâce, les mystères que vous accordez à notre 
piété de célébrer extérieureyient chaque année. » 

/;. La procession. — Aussitôt, les cierges étant 
allumés, l'assemblée se met en marche procession- 
nellemcnt, comme pour aller à la rencontre du 
Sauveur. Et elle chante ces magnifiques antiennes 
et versets, où se mêlent tous les souvenirs évangé- 
liques, qui semblent revivre dans cette action sacrée : 

« Décore ta chambre nuptiale, ô Sion, et reç/)ls le 
Christ roi; accueille avec amour ^laric, qui est la porte 
du ciel ; car elle tient dans ses bras le Roi de gloire, celui 
qui est la lumière nouvelle. La Vierge s'arrête, présentant 
son fils engendré avant l'aurore ; Siméon le reçoit dans 
ses bras et annonce aux peuples qu'il est le maître de la 
vie et de la mort et le Sauveur du monde. 

« L'Esprit-Saint avait révélé à Siniéon qu'il ne mour- 
rait point avant d'avoir vu le Christ du Seigneur. Et com- 
me les parents introduisaient FEnfant dans le temple, il 
le reçut entre ses bras, et bénit Dieu en disant: Mainte- 
nant, ô Maître, vous laissez partir votre serviteur en paix. 
— Comme les parents apportaient le petit enfant Jésus 
pour observer les coutumes légales à son égard, il le 
reçut entre ses bras. 

« Ils olïVirent au Seigneur une paire de tourterelles, ou 
deux petits de colombes, suivant ce qui est écrit dans la 
loi du Seigneur. — Lorsque les jours de la purification 
de Marie furent accomplis, selon la loi de Moïse, ils por- 
tèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, 
suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur. » 



MESSE DE LA PURIFICATION 44 15 

La procession achevée, la messe commence. 

III. La messe 

I. Les chants. — Les chants de la messe respi- 
rent la plus sainte allégresse, au souvenir des mys- 
tères qui se passèrent dans le temple à pareil jour ; 
ils éclatent en accents de reconnaissance envers 
Dieu ; ils célèbrent sa miséricorde et proclament la 
grandeur de son nom; ils font aussi entendre l'éloge 
de la Vierge. 

Dès Viniroïl, le chœur emprunte au psalmiste ces^ 
paroles, on il est question de la cité de Dieu, de la 
montagne sacrée et du temple : « Nous avons reçu, 
ô Dieu, votre miséricorde au milieu de votre tem- 
ple. Comme votre nom, ô Dieu, ainsi votre gloire 
s'étend jusqu'aux extrémités de la terre: votre droite 
est pleine de justice. » A cette antienne succède le 
verset : « Jéhovah est grand, il est l'objet de toute 
louange, dans la cité de notre Dieu, sur sa monta- 
gne sainte (i). » 

Au graduel, on reprend l'antienne de l'introït, en 
y ajoutant ce verset : <( Ce que nous avions entendu 
dire, nous l'avons vu dans la cité de notre Dien^ 
sur sa montagne sainte (2). » — Suit le verset 
alléluiatique : « Alléluia, alléluia ! Le vieillard por- 
tait l'Enfant; mais l'Enfant conduisait le vieillard. 
Alléluia. » Mais si la fête tombe après la septuagé- 
sime, on remplace le verset alléluiatique par le 
trait, qui n'est autre ici que le cantique même du 
vieillard Siméon : ISanc d'unittls servani launi, etc. 

A Vojfertoire retentit l'éloge delà Vierge, emprunté 
à répithalame royal : a La grâce est répandue sur 
tes lèvres; c'est pourquoi Dieu t'a bénie pour tou- 
jours et dans les siècles des siècles (3). » 

I. Ps , XLVII, I. — 2. Ps., XLVII, 9. — 3. Ps., XI.IV, 3. 



4/i2 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Et à la communion reparaît une dernière fois la 
promesse faite par le Saint-Esprit à Siméon qu'il ne 
mourrait pas avant d'avoir vu le Christ du Sei- 
gneur. On Ta déjà chantée à la procession ; on en 
a lu le texte à l'évangile du jour ; on la chante 
encore, tant l'image de ce vieillard tenant TEnfant 
Jésus dans ses bras et proclamant sa reconnaissance 
d'avoir vu le Sauveur, est attachante et douce. 

II. Les lectures. — La principale, qui est celle 
de l'Evangile, raconte, nous l'avons vu, les diverses 
scènes qui se passèrent au temple ; elle fait passer 
sous nos yeux les personnages qui y jouèrent un 
rôle, et nous offre une suite de mystères très profi- 
table pour la piété ; nous n'y reviendrons pas. 

Mais ce qui intéresse ici, c'est de se rendre compte 
du choix du passage pour servir de première lec- 
ture. Celle-ci est empruntée à Malachie (i). Il y est 
question de la venue du Seigneur dans son temple ; 
et rien que par cette prophétie, elle convient déjà 
à la fête, comme la préface de l'évangile ; mais 
elle contient autre chose. « Voici que j'envoie mon 
messager, et il préparera le chemin devant moi, et 
soudain viendra dans son temple le Seigneur que 
vous cherchez, l'ange de l'alliance que vous désirez. 
Yoici, il vient, dit Jéhovah des armées. Qui soutien- 
dra le jour de sa venue ? Qui restera debout quand 
il apparaîtra ? Car il sera comme le feu du fon- 
deur, comme la potasse des foulons. Il s'assiéra 
fondant et purifiant l'argent ; il purifiera les fils de 
Lévi et les épurera comme l'or et l'argent ; et Jého- 
vah aura des hommes qui lui présenteront des 
offrandes selon la justice, et l'offrande de Juda et 
de Jérusalem sera agréable à Jéhovah, comme 

I. Malach., m, i-4. 



MESSE DE LA. PURIFICATION /i43 

aux anciens jours, comme dans les années d'autre- 
fois. )) 

Dieu viendra dans son temple ; il y est venu, et 
la fête de ce jour commémore sa présentation. Mais 
il sera un feu qui fond et purifie, et c'est après avoir 
fondu et purifié qu'il aura des hommes capables de 
lui présenter des offrandes agréables. Qu'est-ce à 
dire ? Sa visite au temple de Jérusalem en présage 
une autre, sa venue dans nos cœurs. Etant un feu 
qui fond et épure, c'est qu il entend nous purifier 
pour nous rendre dignes de lui être offerts et d'être 
offerts avec lui, dans un sacrifice parfait.. « Nous 
ne devons pas nous contenter d'admirer de si hau- 
tes merveilles, mais comprendre qu'elles ne nous 
sont montrées que pour opérer en nous la destruc- 
tion de l'homme ancien, et la création de l'homme 
nouveau. Nous avons dû naître avec Jésus-Christ; 
cette nouvelle naissance est déjà à son quarantième 
jour. Aujourd'hui, il nous faut être présentés avec 
lui par Marie, qui est aussi notre mère, à la majesté 
divine (i). » C'est donc laisser entendre la part 
personnelle que nous devons prendre dans le sacri- 
fice de Jésus ; car c'est à nous aussi que s'adresse la 
parole qu'il disait aux disciples d'Emmaûs : « Ne fal- 
lait-il pas que le Christ souffrît toutes ces choses pour 
entrer dans sa gloire (2) ? » Le sacrifice est la condi- 
tion nécessaire et le chemin voulu de Dieu pour 
aller à la gloire ; l'homme ne peut rien changer à 
cet ordre, mais son devoir comme son intérêt est de 
s'y soumettre docilement. Alors seulement il peut 
formuler avec raison la demande d'être présenté au 
séjour de l'éternelle lumière et de la gloire indéfec- 
tible, comme l'Eglise l'a fait formuler par le prê- 



I. Guéranger, Le temps de Noël, t. 11, p. 643. — 2. Luc.^ 

XXIV, 26. 



[\fxlx LE CATÉCHISME ROMAIN 

tre à la bénédiction des cierges. Telle est l'écono- 
mie divine du salut, a Ce salut, écrivait saint Pierre» 
a été l'objet des recherclies et des méditations de 
ceux d'entre les prophètes dont les prédictions 
annoncent la grâce qui vous était destinée ; ils cher- 
chaient à découvrir quel temps et quelles circons- 
tances indiquait l'Esprit du Christ qui était en eux, 
et qui attestait d'avance les souffrances réservées au 
Christ et la gloire dont elles devaient être sui- 
vies (i). » Mieux instruits par TEvangile, nous 
savons que le Christ n'est entré dans sa gloire que 
par le sacrifice sanglant de la croix, et que les fidè- 
les du Christ, à l'exemple de leur iMaître, n'auront 
la récompense du ciel que s'ils savent se renoncer, 
porter leur croix et marcher à la suite du Sauveur. 
Austère leçon, certes; mais leçon salutaire et fonda- 
mentale, à laquelle nous ramènent invariablement 
toutes les fêtes chrétiennes. 

III. Les prières. — La secrète et la poslcommu- 
riion se bornent à demander à Dieu, la première de 
nous accorder les secours de sa miséricorde afin 
que Toblation qu'on vient de faire lui soit agréable, 
la seconde de nous accorder, par l'intercession de 
la bienheureuse Marie toujours Vierge, la grâce de 
trouver dans la participation aux saints mystères 
un remède salutaire pour le temps et pour l'éter- 
nité. Ces deux formules, parfaitement appropriées 
au moment de la messe où on les récite, ne con- 
tiennent aucune allusion précise aux mystères da 
jour ; seule la postcommunion mentionne simple- 
ment la sainte Vierge. Par contre, la collecte est très 
significative comme toujours et formule admirable- 
ment la demande qui convient à pareille fête. « O 
Dieu tout-puissant et éternel, faites, nous vous en 

I. I Peir., T, lo-ii. 



MESSE DE LA PURIFICATION 4^5 

sapplions humblement, que comme votre Fils 
unique a été présenté aujourd'hui dans le temple, 
avec la substance de notre chair, nous vous soyons 
aussi présentés avec la pureté de l'âme. » 

ï. Le congé de la Loi et la nouvelle Alliance. — 

<( Nanc dlmittis servum ttiiim, Domine, seciindam verbum 
iaain in pace. Maintenant, ô Seigneur, selon votre parole, 
vous congédiez en paix votre serviteur. Maintenant, à cet 
instant précis marqué par vous entre les innombrables 
instants qui composent la série des âges ; maintenant 
que l'éternité remplit le temps et que tout ce qui va se 
faire dans le temps a très décidément une portée éter- 
nelle ; maintenant, ô Dieu fidèle, qui engagez votre parole 
et la tenez invariablement ; maintenant, selon votre 
parole, vous donnez congé à votre serviteur et le laissez 
aller. Votre serviteur : c'était le nom propre et caracté- 
ristique de ceux qui vivaient sous la Loi. Etablie par un 
Maître, elle avait pour fin spéciale de lui former des ser- 
viteurs, en attendant que la grâce lui donnât des enfants. 
Non pas que, dans l'ancienne Alliance, Dieu n'eut déjà 
de vrais fils ; mais la crainte y gardait le pas sur l'amour, 
et le service sur la piété. Désormais on vivrait sous un 
autre régime. La bénignité de Dieu était apparue (i), la 
grâce était faite (2) ; l'amour allait, par suite, reprendre 
les devants. Toute âme de bon vouloir recevrait ce doux 
Esprit qui fait crier : Mon Père ! Mon Père (3) : toute âme 
sans exception, sans distinction; et cela, dès la naissance, 
par le saint baptême. 

« La Loi s'en allait donc, comme le dit Siméon ; mais 
dans une paix profonde, ayant tout ce qu'elle attendait ; 
d'ailleurs honorée et lieureuse. Elle n'avait vécu que pour 
annoncer et préparer le ('.lirist ; or, le Christ était là, 
dans ses mains, comme un fruit sur sa tige, comme une 
lampe sur son candélabre. Après l'avoir, et si longtemps 
et avec de si grands soupirs, cberclié, appelé, invoqué, 
elle le tenait enfin, l'embrassait, le baisait. Elle pouvait 
donc partir en paix, contente de Dieu parce que Dieu 

I. TIL, LU, 4. — 2. Joaii,, I, 17. — 3. Rom., vin, i5. 



446 LE CATÉCHISME ROMAIN 



était content d'elle. Sa journée était finie ; elle avait 
achevé sa tache ; les ombres du soir descendaient ; le 
père de famille réglait les comptes et mettait le denier 
promis dans la main de sa chère .travailleuse. Quel 
denier ! Le Verbe fait chair ! Celui qu'elle avait reçu par 
Toreille, à l'état de parole révélée et transmise, elle le 
contemplait à présent de ses yeux. C'était le salut de 
Dieu, le Salut que Dieu envoyait au monde, le vrai Jésus 
du Père, qui devenait le Jésus de toute créature. 

« Mais ce Jésus, que Dieu donnait aux Juifs en le met- 
tant aux mains de Siméon, il commençait de l'exposer à 
la face de toutes les nations, pour découvrir enfm le 
mystère caché jusque-là deladoption des Gentils, et con- 
sommer ainsi la gloire delà race d'Israël. Siméon le dut 
proclamer, et c'était là une grave parole. Comme Rachel, 
en mourant, mettait un fils au monde, Benjamin, un fils 
d'amour et de douleur, le Judaïsme, en disparaissant, 
donnait passage au (Christianisme, la forme dernière et 
préférée de la religion éternelle. La famille d'Abraham 
si restreinte, malgré le nombre incalculable de ceux qui 
en font partie, devenait la cité universelle de ce Dieu 
dont il est écrit que : « Il aime tout ce qui existe et ne 
délaisse aucun des êtres qu'il a créés (i). » La Synagogue 
se transformait en Eglise catholique. » Mgr Gay, Eleva- 
fions sur la vie et la doctrine de M. -S J.-C, Paris, 1879, 
t. 1, p. 172. 

2. La présentation de Jésus, mystère de sacri- 
fice. — (( Quoique le crucifiement de Jésus-Christ n'ait 
paru à la vue du monde que sur le Calvaire, il y avait 
déjà longtemps que le mystère en avait été commencé et 
se continuait invisiblement. Jésus-Christ n'a jamais été 
sans croix, parce qu'il n'a jamais été sans avancer l'œu- 
vre de notre salut. Ce roi a toujours pensé au bien de 
ses peuples ; ce céleste médecin a toujours eu l'esprit 
occupé des besoins et des faiblesses de ses malades ; et 
comme telle était la loi, que ni ses peuples ne pouvaient 
être soulagés, ni ses malades guéris, que par sa croix^ 

I. Sap., XI, 20. 



PRÉSEIS'TATIOIN DE JESUS AU TEMPLE 447 



par ses clous et par ses blessures, il a toujours porté 
devant Dieu toute l'horreur de sa passion. Nulle paix, nul 
repos pour Jésus-Christ : travail, accablement, mort 
toujours présente ; mais travail enfantant les liommes, 
accablement réparant nos chutes, et mort nous donnant 
la vie... 

a L'Eglise catholique apprend tous les jours dans le 
sacrifice qu'elle offre, qu'elle doit aussi s'olTrir elle-même 
avec Jésus-Christ, qui est sa victime ; parce qu'il a telle- 
ment disposé les choses, que nul ne peut avoir part à 
son sacrifice, s'il ne se consacre en lui et par lui pour être 
un sacrifice agréable... 

c( N'admirez-vous pas, dans la solennité de ce jour, que 
tous ceux qui paraissent dans notre évangile, nous y sont 
représentés par le Saint-Esprit dans un état d'immola- 
tion P Siméon, ce vénérable vieillard, désire d'être 
déchargé de ce corps mortel. Anne, victime de la péni- 
tence, paraît toute exténuée par ses abstinences et par 
ses veilles. Mais surtout la bienheureuse Marie apprenant 
du bon Siméon qu'un glaive tranchant percera son âme, 
ne semble-t-elle pas être déjà sous le couteau du sacrifi- 
cateur ? Et comme elle se soumet en tout aux ordres et 
aux lois de Dieu avec une obéissance profonde, n'enlre-t- 
elle pas aussi dans la véritable disposition d'une victime 
immolée ? Quelle est la cause que tant de personnes con- 
courent à se dévouer à Dieu comme des hosties, si ce 
n'est que son Fils unique, pontife et hostie tout ensem- 
ble de la nouvelle alliance, commençant en cette journée 
à s'offrir lui-même à son Père, il attire tous ses fidèles à 
son sentiment, et répand, si je puis parler de la sorte, 
cet esprit d'immolation sur tous ceux qui ont part à son 
mystère P 

(( C'est donc l'esprit de ce mystère, et c'est le dessein 
de notre évangile, de faire entendre aux fidèles qu'ils 
doivent se sacrifier avec Jésus-Christ. Mais il faut aussi 
qu'ils apprennent de la suite du même mystère et de la 
doctrine du même évangile, par quel genre de sacrifice 
ils pourront se rendre agréables. C'est pourquoi Dieu 
agit en telle manière dans ces trois personnes sacrées, qui 



448 LE CATÉCHISME ROMAIN 



paraissent aujourd'hui dans le temple avec le Sauveur, que 
faisant toutes, pour ainsi dire, leur oblation à part, nous 
pouvons recevoir de chacune d'elles une instruction par- 
liculière. Car comme notre amour propre nous fait appré- 
hender ces trois choses comme les plus grands de tous 
les maux, la mort, la douleur, la contrainte ; pour nous 
inspirer des pensées plus fortes, Siméon détaché du 
siècle présent immole l'amour de la vie ; Anne péni- 
tente mortifiée détruit devant Dieu le repos des sens ; et 
Marie soumise et obéissante sacrifie la liberté de l'esprit. 
Par où nous devons apprendre à nous immoler avec 
Jéscs-Ghrist par trois genres de sacrifice : par un sacrifice 
<ie détachement, en méprisant la vie ; par un sacrifice de 
pénitence, en mortifiant nos appétits sensuels ; par un 
sacrifice de soumission, en captivant notre volonté. » 
Bossuet, i" Sermon pour la Parificalton, Exorde. 



Leçon XXIX' 
L'Assomption 



I. La fête. — II. Histoire de la doctrine 
et de la dévotion, — III . Messe de l'Assomption 

I. La Fête de TAssomption 

I. Objet de la fête. — i. Le mot Assomption. — 
La fête que l'Eglise catholique célèbre depuis plus 
de mille ans le i5 août, commémore trois faits, 
ceux de la mort, de la résurrection et de la trans- 
lation de la sainte Vierge en corps et en âme dans 
le ciel (i). 

I. BIBLIOGRAPHIE. — Parmi les plus récents auteurs: 
Buseli, La Vergine Maria vivente in corpo ed in anima, ossia 
disserlazione ikeologico-storicO'critica sulla definibiliia dogma- 
tica délia corporea assanzione délia Madré di Dio, Rome, i863 ; 
Gozza-Luzi, De corporea assamptione B, M. Deiparœ teslimonia 
liturgica Graecorani selecla, Rome, 1869 ; Gaspard de Luise, 
V assanzione di Maria, Turin, 1869 ; Lana, La risarrezione e 
corporea assanzione al cielo délia S, V, Madré di Dio, Rome, 
1880 ; Yirdia, Poslulalam prô dogmalica dejînitione iniegrse in 
caelos assampiionis Deiparœ Virginis, Rome, 1880 ; Vaccari, De 
corporea Deiparœ assumptionCy Rome, 1869 ; DeB, V. M. morte, 
resurreciione et in cœlum gloriosa assamptione, FerrsiTe, 1881 ; 
Jannucci, De psichosomalica et pneumato Somalie a Deiparentis 
assamptione, Turin, i884 ; Perrella, Quœstio utram B. l . non 
solam in anima sed etiam in cor pore evecta faeril in cœlam^ 
Naples, 1901 ; Grosl a, L'a5su^/a nelV odierna theologia cattolica^ 
Monza, 1908 ; Ballerini, Delta morte, risarrezione ed assanzione. 
di Maria, Sienne, 1983; Renaudin, Définition dogmatique de 

LE CATÉCHISME. — T. Vlll, 29 



45o LE CATÉCHISME ROMAIN 

Le u\oi assompiion, deassamplio, assumi, a un sens 
passif, celui d'être élevé par une force étrangère 
et extérieure. Appliqué à la sainte Vierge, il signifie 
proprement qu'elle a été élevée au ciel par la toute- 
puissance divine, et il se distingue ainsi de celui 
d'ascension, réservé au Sauveur, parce qu'il monta 
au ciel par sa propre vertu. Marie aurait pu être 
l'objet d'une telle faveur sans avoir eu à passer 
préalablement par !a mort ; mais la fêle du i5 août 
comprend d'abord la mort, appalée souvent jadis, à 
raison de sa nature transitoire et de sa courte durée, 
paasaUo, repos, dormilio, sommeil, transitas, pas- 
sage. C'est justement qu'a prévalu le terme d'as- 
somption tant dans la liturgie que dans la langue 
théologique. 

2. Le triple mystère de la fêle. — Le premier mys- 
tère de la fête, c'est la mort de Marie. Seul dans 
l'antiquité chrétienne, saint Epiphane de Salamine 
a douté de cette mort, a Est-elle demeurée vivante 
et immortelle, a-t-elle passé par la mort, c'est ce 
que je ne nie ni n'alïîrme (i). » 

Au xvii"^ siècle, quelques théologiens (2) ont cru 
pouvoir soutenir que la sainte ^ ierge n'était pas 
morte parce que, ayant était soustraite au péché 
originel, elle n'avait pas eu à en subir laconséqu^nce. 
Raisonnement faux, car alors on pourrait soutenir 
tout aussi bien que le Sauveur n'est pas mort (3). 

rAssomplion, Angers, 1900; La définibillié de l'AssompUon, 
dans la Revue ikomisic, 1901-1902, t. viii, ix, x ; L'Assomptioi 
de la .sainte ] lerge, Paris, 1907 ; Dlct. d'Ecriture sainte, Dict. 
de théologie, au mot Assumption. 

I. Adu.hœr, Lxxvin, 11, Palr,gr., t. xmi, col. 716. — 2. Ma- 
redo les nomme. De clavibiis Pétri, Rome, i6C)o. t. i, 1. iv. 
De peccat. orig., ssct. m. — 3. Gotti a réfuté cette opinion, 
Veritas religionis ckristianœ, Rome, 1737, t. iv, c. xl, De morte 
Deiparœ, p. 628. 



l'assomption 45 i 



Au siècle dernier, le génois Arnaldi a repris et 
développé cette opinion (i). Mais elle se heurle trop 
manifestement à la tradition des Pères, à l'enseigne- 
ment des théologiens et à la liturgie catholique 
pour être retenue. La croyance générale est, en 
eflet, que la sainte Vierge n'a pas échappé à la loi 
commune. Le Sauveur lui-même a accepté la mort 
et « il n'a pas voulu soustraire sa bienheureuse 
Mère aux suites naturelles de la déchéance primi- 
tive, à la souffrance, à la mort, bien que, par un 
privilège insigne, il l'ait préservée du péché qui les 
cause (2). » 

Marie est donc morte ; mais à peine eût-elle rendu 
le dernier soupir que son âme entra incontinent au 
séjour des élus pour y jouir de la vision béatifîque 

I. Saper transita B. M. V. Delparœ expertis omni lahe 
calpœ oriyinalis dabia proposita. Gènes, 1879. — 2. Ter- 
rien, La Mère de Diea, Paris, 1900, t. 11, p. 822. Il fal- 
lait, continue le P. Terrien, que, nouvelle Eve, elle eût sa 
part au calice des douleurs que devait boire le nouvel Adam, 
pour apaiser le courroux du Père et mériter à tous ^vàce et 
pardon. Il fallait que la mortalité la révélât semblable aux 
autres femmes, pour que son fils nous apparut manifestement 
comme membre de la famille humaine. 11 fallait que cette 
mère des hommes put rendre plus supportable et moins 
amer à ses enfants le calice de la souîTrance, en le buvant avant 
eux et pour eux. Il fallait qu'elle-même, elle qui devait être à 
jamais la Mère de Miséricorde, expérimentU nos maux dans 
son âme et dans sa chair, afin d'être excellemment la compa- 
tissante et la miséricordieuse. Il fallait que .Marie ne fût pas 
seulement noire modèle dans la souffrance, mais qu'elle nous 
offrît dans sa mort le type achevé d'une mort sainte, et méri- 
tât, grâce à l'incomparable perfection de son dernier passage, 
d'être à jamais la protectrice et la consolatrice attitrée des 
chrétiens mourants. Il fallait enfin que, par sa mort libre- 
ment acceptée, elle suivît son fils jusqu'à la fin, et couronnât 
les souffrances et les mérites de sa longue et très sainte vie. 
Telles sont les raisons providentielles qui rendirent la mort 
nécessaire pour Marie, bien qu'elle n'eût pas contracté la 
dette du péché. 



452 LE CATÉCHISME ROMAIN 



près des personnes augustes de la sainte Trinité, 
dont elle avait été la coopératrice dans l'œuvre de 
l'Incarnation. Son corps virginal fut enseveli et 
confié à la tombe, mais pour n'y faire qu'un rapide 
séjour et sans y subir la moindre altération ; car, 
au lieu d'attendre la résurrection générale, il fut 
miraculeusement rappelé à la vie et réuni à l'âme 
de Marie p0ur jouir de la gloire des corps ressus- 
cites ; c'est donc en corps et en âme que la sainte 
Vierge se trouve au ciel. On honore ainsi dans la 
même solennité sa mort bienheureuse, sa résurrec- 
tion glorieuse et son entrée triomphale dans le ciel. 

3, Les circonstances, — Quant à préciser la date, 
le lieu, les circonstances de ce triple fait, l'Eglise 
n'a pas eu la prétention de le faire. L'Ecriture est 
muette; l'histoire positive fait défaut. Il y a bien la 
tradition orale, mais elle est loin de prendre à son 
compte tous les détails dont sont remplis les apo- 
cryphes. 

Il est à croire cependant que c'est à Jérusalem 
plutôt qu'à Ephèse que la sainte Vierge est morte et 
qu'elle a été mise au tombeau (i). Il est à croire 
aussi que ce n'est ni la caducité de l'âge, ni les in- 
firmités physiques qui ont causé son trépas, mais 
plutôt, comme Tinsinuait déjà Albert le Grand (2), 
le seul amour de Dieu, Sa fin, loin de subir les 
souffrances ordinaires de l'agonie, dut être extrême- 
ment douce. « Il est impossible d'imaginer, dit 
saint François de Sales (3), que cette vraie mère 
naturelle du fils soit morte d'autre sorte de mort 
que de celle d'amour, mort la plus noble de toutes, 
et due par conséquent à la plus noble vie qui fut 
oncques entre les créatures. » Bossuet dit à son 

I. Cf. Nirsclil, Das Grab der heiligen Jung fr au Maria, 
Mayence, 1896. — 2. Quœsiiones super (( Missus est, »q. iSa. — 
3. Traité de l'amour de Dieu, 1. VIL 



MORT DE LA T. S. VIERGE /JBS 

tour : u Comme le divin amour régnait dans son 
cœur sans obstacles, il allait de jour en jour s'aug- 
mentant sans cesse par son exercice et s'accroissant 
par lui-même ; de sorte qu'il vint enfin, s'étendani 
toujours, à une telle perfection, que la terre n'était 
pas capable de le contenir. Aussi point d'autre 
cause de la mort de Marie que la vivacité de son 
amour (i). » 

4. Que penser dès lors des témoignages des apocry- 
phes ? — 11 en est un, le plus ancien et le plus célè- 
bre, le Transitas Mariœ, d'un certain Leucius, qui 
eut une grande vogue à partir du second siècle, et 
qui contenait des précisions et des détails miracu- 
leux sur Tassomption. C'était l'œuvre, de l'aveu du 
pseudo-Méliton, d'un disciple infidèle, qui s'était 
écarté de la voie de la justice. Et cette œuvre se 
trouve condamnée dans le décret du pseudo-Gélase 
comme un apocryphe qu'on ne doit pas lire. Mais 
postérieurement à l'œuvre de ce Leucius et au décret 
de Gélase, d'autres livres semblables parurent, sur 
le même sujet, sous le nom de saint Jean l'Evangé- 
liste, de Joseph d'Arimathie et de Méliton, évêque 
de Sardes (2). Le Hir (3), qui les a étudiés, en place 



I. Premier sermon sur l'Assomption, second point. — 
2. Tischendorff a inséré dans ses Apocalypses apocryphes les 
récits sur l'asyomption de saint Jean, de Joseph d'Arimathie 
et de Méliton. iMais on possède d'autres textes du Joannis apos- 
iolide transita B. M. V liber, l'un en arabe, édité par Enger 
avec traduction latine, à Elberield, en i8o4 ; l'autre en syria- 
que, édité avec une traduction anglaise par A\ right dans 
Journal of sacred lilleralure, i8G5. La même année. \\ rigiit a 
publié des fragments de trois livres diflerents sur la mort de 
la sainte Vierge dans sa Conlribalion to ihe apocryphal litlera- 
tare of Ihe New Testament. — 3. Etudes bibliques, Paris. i8()9, 
t II, p. i48-i85. Le Hir croit que le De transitii du pseudo- 
Méliton provient, pour le fond, de l'Egypte ou de la Palestine; 
il y est question de la réunion miraculeuse des apùtres au 



454 LE CATÉCHISME ROMAIN 

la composition tout au plus au vi^ siècle. Voici ses 
conclusions : « La tradition ecclésiastique, si on la 
distingue de quelques opinions populaires non 
autorisées, et variables selon les temps et les lieux, 
ne doit rien à cette série apocryphe. Si quelquefois 
ils ont influencé l'opinion des peuples, l'Eglise n'en 
est pas responsable ; et d'ailleurs ils ont eux-mêmes 
tout autant suivi que dirigé le mouvement de l'opi- 
nion... Rien ne montre mieux combien l'oracle de 
la Vierge-Mère fut prompt à s'accomplir, quel con- 
cert de louanges retentit de bonne heure autour de 
son nom béni, quelle auréole de respect, de vénéra- 
tion et d'amour a toujours environné sa mémoire, 
que le grand nombre de légendes qui circulèrent 
dès les premiers temps sur les époques les plus 
obscures de sa vie. Les textes sacrés n'avaient rien 
dit de son berceau ni de sa tombe. Mais les souve- 
nirs d'une piété toute filiale devaient y suppléer. l]t 
si la crédulité, l'imposture ou l'hérésie se sont 
emparées de ces souvenirs pour les dénaturer, nous 
sommes les premiers à déplorer cet abus. Mais il 
n'en faut pas moins reconnaître que par là l'impos- 
ture et l'hérésie ont à leur insu rendu à la vérité 
un éclatant témoignage. Car elles auraient laissé 
dans la poussière une mémoire ignorée. Elles n'ont 
eu intérêt à s'en prévaloir, et n'y ont cherché un 
instrument de succès, que parce que cette mémoire 

chevet de Marie, de Jésus recevant l'àme de sa mère et ordon- 
nant aux apôtres d'ensevelir son corps dans la vallée de Josa- 
phat, le ressuscitant ensuite en leur présence et à leur 
demande, après quoi le corps glorieux de Marie est enlevé 
au ciel par les anges. Le texte grec du pseudo-.Iean serait pos- 
térieur ; il ajoute de nouveaux n^.iracles ; il ne mentionne pas 
la résurrection du corps de Marie mais sa translation au 
paradis terrestre. Plus récent encore, le De transita de Joseph 
d*Arimathie mentionne le retard de saint Thomas, qui n'arri- 
va à Gethsémani que trois jours après la sépulture. 



MORT DE LA T. S. VIERGE 455 

vivait dans tous les cœurs et résonnait dans toutes 
les bouches (i). )> 

Le témoignage des apocryphes n'est pourtant pas 
à rejeter en bloc, car il est tout au moins une preuve 
historique de la croyance chrétienne à l'époque de 
leur composition. Leurs auteurs n'ont pas inventé 
le fait de Tassomption de Marie ; ce fait était déjà 
€onnu et accepté dans l'Eglise (2). Quant à préten- 
dre que la croyance de l'Eglise leur doit son ori- 
gine, c'est ce qu'il est impossible d'établir sur des 
faits positifs. « Il n'est pas vraisemblable, dit dom 
Renaudin (3), que l'opinion d'un auteur plus ou 
moins digne de foi, produite au v^ siècle, se soit 
répandue subitement en Orient et en Occident, de 
manière à être acceptée par des églises fort éloi- 
gnées les unes des autres, et à provoquer sur les 
points les plus différents l'institution immédiate 
d'une fête solennelle. Cet accord que l'on constate 
ne peut être l'eflet du hasard ou de l'irréflexion ; il 
résulte évidemment d'une persuasion universelle 
chez les chrétiens de cette époque, et qui, pour s'im- 
poser, a dû être appuyée sur la double autorité de 
l'enseignement officiel et de la tradition. » 

5. Objet précis de la croyance et de renseignement 
de r Eglise, — Cette croyance authentique, infailli- 
ble et obligatoire de l'Eglise porte uniquement sur 
la réalité de la résurrection anticipée de la sainte 
Yierge, et nullement sur les diverses circonstances 
de sa mort et de sa résurrection. L'Eglise enseigne 
(jue la Mère de Dieu est au ciel en corps et en âme, 
pas autre chose. Il faut donc distinguer l'essence 
même de Tassomption de ses accidents, la résurrec- 
tion de la Yierge des circonstances qui l'ont entou- 

I. Le Ilir, op. cit., p. i84. i85. — 2. Cf. Hurler, Thelogix 
dogmaticœ compendium, Inspruck, 1891, t. 11, n. 665. — 3. De^ 
la définillon dogmatique de Vassoniption, Angers, 1900, p. ai. 



456 LE CATÉCHISME ROMAIN 

rée. Sans doute des passages de Pères, insérés au 
bréviaire, rapportent quelques-unes de ces circons- 
tances, qui peuvent être inexactes. Mais l'Eglise 
n'entend pas les sanctionner. Car, dit dom Renau- 
din (i), « extrinsèques au double fait delà résurrec- 
tion de Notre-Dame et à sa présence en corps et en 
âme au ciel, c'est-à-dire très distincts de ce que l'on 
peut appeler la substance de l'assomption, et, de 
plus, dépourvus de caractère dogmatique, ces 
détails rentrent dans la catégorie des faits pure- 
ment historiques, sur lesquels peut s'exercer la cri- 
tique. Leur fausseté n'entraînerait donc pas celle de 
l'assomption, autour de laquelle ils sont venus se 
grouper plus ou moins légitimement. Si, quelque 
jour, on lui en démontre l'inexactitude, l'Eglise 
pourra supprimer du corps de ses oiFices litur- 
giques, la mention de ces détails légendaires, parce 
qu'ils n'ont pas de connexion nécessaire avec le 
dogme et la morale, et qu'ils relèvent uniquement 
de l'histoire. Mais il n'en est pas de même de la 
résurrection de la sainte Vierge, qui constitue un 
objet doctrinal, se rattachant par des liens intimes 
et essentiels à plusieurs vérités de la foi. » 

II. Preuves de la croyance à Tassomption. — 
I. L'Ecriture, — L'Evangile est muet sur l'assomp- 
tion ; l'Ecriture ne contient pas de témoignage 
explicite et formel. Mais n'y a-t-il pas des textes, 
comme il en existe pour le mystère de la concep- 
tion immaculée, qui contiennent cette croyance à 
létat implicite ? Le P. Terrien en signale deux (2). 
D'abord celui de la Salutation angélique (3). Que 
signifient cette plénitude de grâce et cette bénédic- 

I. La défînibilité de lassomptiou, dans la Reime thomiste, 
mai 1902, t. X, p. 193. — 2. La Mère de Dieu, t. Ji, p. 343 sq» 
— 3. Luc, I, 28. 



RÉSURRECTION ET ASSOMPTION DE MARIE 45 J 



tien singulière dont fut favorisée la sainte Vierge? 
Ne peut-on pas en conclure que la grâce de passer 
par la mort sans ressentir la corruption de la 
tombe fait partie de cette plénitude ? C'est en tout. 
cas la conséquence que signalait Alexandre III 
(i 169-1 i8i) au sultan d'Icône : a Marie a conçu sans^ 
rougeur, enfanté sans douleur, et passé de cette YÎe 
au ciel sans corruption, suivant la parole de l'ange,, 
afin qu'elle apparût manifestement pleine, et bom 
pas seulement demi-pleine de grâce (i). » Cette co»« 
clusion paraît d'autant plus légitime si l'on consi- 
dère ces autres paroles de la salutation : bénie entrer 
les femmes. Une telle bénédiction ne semble telle 
pas exiger que la sainte Aierge ait échappé à la 
décomposition du tombeau, puisqu'il y a là hbc 
malédiction spéciale qui répugne à l'excelleBce 
d'une créature aussi bénie que la Mère de Diee ? 
Saint Thomas n'a pas hésité à le croire (2), 

L'autre texte rappelé par le P. Terrien est celïiî 
de la Genèse : « Je meiirai ane inimitié entre toi el la 
femme, entre ta postérité et sa postérité ; celle-ci ie 
meurtrira à la tête (3). » Il y a dans ce passage, jus- 
tement appelé le Protévangile, une prophétie messia- 
nique, où il est question, sinon quant à la lettre, du 
moins quant au sens spirituel, du démon symbolisé 
par le serpent, et, d'autre part, du Rédempteur eide 
sa Mère qui doivent remporter un triomphe écra- 
sant sur l'ennemi du genre humain. Or, nous 
savons que le Sauveur a vaincu le démon sous un 
triple rapport, en triomphant du péché qui est sonj 

i.Epist., XXII, Labbe, t. xxi,p. 898.— 2. Dans son Opuscule 
sur la Salutation angélique, il écrit : La troisième n)alédic- 
tion, qui condamne à retourner en poussière, a élé commune 
aux hommes et aux femmes ; mais la bienheureuse Vierge 
en a été exempte, parce qu'elle a été enlevée au ciel avec soa 
corps — 3. Gen , m, i5. 



458 



LE CATECHISME ROMAIN 



œuvre principale (i), puis de la concupiscence et de 
la mort qui sont deux fruits du péché ('>). N'est-il 
pas juste que la sainte Vierge, qui est merveilleuse- 
ment associée au Christ par 1 oracle messianique 
comme l'ennemie du démon, ait une large part 
dans son triple triomphe? Il est certain que ni le 
péché, ni la concupiscence n'ont eu d'empire sur 
elle. Il semble donc, au même titre, qu'elle doit 
triompher de la mort, considérée comme salaire du 
péché et œuvre du démon. Elle mourra sans doute, 
à l'exemple de son lils, mais non de cette mort 
complète et hideuse qui est la corruption du tom- 
beau. Et ainsi l'assomption sera le couronnement 
de son triomphe sur le serpent séducteur (3). 

2. Raisons de convenance. — De nombreuses et 
admirables raisons de convenance plaident en 
faveur de l'assomption. Benoît XIV les tire de la 
dignité de More de Dieu, de l'excellente virginité de 
Marie, de son unique sainteté au-dessus des hommes 
et des anges, de son intime union avec le Christ, 
son Fils, et de l'affection du Fils pour sa très digne 
Mère (/J). A lui tout seul, le privilège de Mère de 
Dieu constitue Marie dans un ordre à part, en la 
rapprochant de Dieu autant que peut l'être une per- 
sonne créée ; sa chair est devenue la chair du Christ. 
Convenait-il dès lors que Jésus laissât le corps de sa 
Mère en proie à la corruption du tombeau, comme 
un cadavre vulgaire ? Ne devait-il pas plutôt l'asso- 
cier au mystère de sa propre ascension, en devan- 
çant pour lui l'heure de la résurrection et de la 
glorification suprême.^ N'était-ce pas le couronne- 
ment logique des privilèges merveilleux qui avaient 

1. Jonn., I, 39. -— 2. Rom., vn, 28, 25; I Cor., xv, 26, 55. — 
3. Cf. Dorn Renaudin, La mission de corédtmptrice et la défini^ 
bililé de l'Assomption, dans Revue thomiste, 1904-1905, t. xii-xiii. 
— 4. Oe canoniz. sancL, l. 1, c. xm, n. i5. 



RÉSURRECTION ET ASSOMPTION DE MARIE /JSq 

préparé, accompagné et suiri la maternité divine 
de Marie ? 

« Si Dieu, disait le pseudo-Augustin (i), a voulu 
conserver intacte la chaste virginité de sa Mère, 
pourquoi ne voudrait-il pas la sauver des hontes de 
la corruption ?... Que ma chair à moi devienne 
l'abjecte pâture des vers, rien de plus juste et de 
plus facile à concevoir; mais que le même sort 
attende la chair très pure de Marie, cette chair d'où 
le Christ a pris son corps pour en faire le corps de 
Dieu, je ne peux le penser et je tremblerais de le 
dire. » Et il conclut: a Après avoir considéré toutes 
choses et consulté la droite raison, j'estime qu'il 
faut confesser de Marie qu'elle est dans le Christ et 
chez le Christ... Chez le Christ, préservée de la 
dégradation qui suit la mort, soustraite à la morsure 
dévorante des vers, transportée glorieusement aux 
joies éternelles du paradis... Personne ne niera que 
Dieu ait pu lui accorder ce privilège. S'il l'a pu, il 
l'a voulu, car il veut tout ce qui est juste et raison- 
nable. On peut donc le conclure raisonnablement: 
Marie jouit en son corps aussi bien qu'en son âme 
d'une béatitude inénarrable. Elle a échappé à la 
corruption de la mort : elle vit tout entière (2). » 

3. La croyance à l'assompUon 11 est pourtant pas un 
dogme défini. — L'Eglise l'enseigne infailliblement 
par son magistère ordinaire. Cette croyance est 
donc une vérité certaine, qu'il n'est permis ni de 
nier ni de mettre en doute sans une faute grave. 
Mais jamais jusqu'ici l'Eglise ne s'est prononcée 
sur son origine ; jamais elle n'a dit qu'elle faisait 
partie du dépôt de la révélation ; jamais encore 
n'est intervenue une définition dogmatique comme 

I. De assumptione B. M. F.. 5, Palr.y lat., t. xl, col. ii44- — 
2. îbid.. 5, 6, 7, 8, 9, col. 1145-1149. 



46o LE CATÉCHISME ROMAIN 

cela a eu lieu pour le privilège de Timmaculée con- 
ception. Toutefois, comme nous le dirons plus loin^ 
c'est une croyance qui, un jour ou Tautre, pourra 
être définie. 

IL Histoire de la doctrine 
et de la dévotion 

I. Pendant les cinq premiers siècles. — i. Le 
silence des Pères. — « Le seul argument plus ou 
moins spécieux qu'on puisse opposer à la croyance 
traditionnelle, dit Bellamy (ij, est le silence des 
Pères pendant les cinq premiers siècles. Mais pour 
que cet argument négatif eût quelque valeur, il fau- 
drait prouver que les circonstances où ont vécu les 
Pères rendent leur silence inexplicable, et cette 
preuve ne sera jamais faite. L'assomption, d'ailleurs, 
n'est pas la seule doctrine qui ne soit pas docu- 
mentée pour les premiers siècles ; et le dogme de 
l'immaculée conception, entre autres, n'est guère 
mieux partagé sous ce rapport, car il ne paraît au 
grand jour qu'aux V'' et vi^ siècles, vers la même 
époque que l'assomption. Si les Pères antérieurs 
n'ont pas cru devoir mentionner ces deux mystères 
d'une façon explicite, c'est qu'ils avaient leurs rai- 
sons ; et, encore qu'il nous soit difficile de les con- 
naître parfaitement, nous pouvons toutefois en 
soupçonner quelques-unes. N'y avait-il pas à crain- 
dre, par exemple, que certains hérétiques eussent 
abusé de ces dogmes en y cherchant la justification 
de leurs erreurs, et que les Yalentiniens, entre au- 
tres, eussent pris occasion de là pour s'aifermir 

I. Assomption, dans le Did. de Théologie, t. i, col. 21 35. 



RÉSURRECTION ET ASSOMPTION DE MARIE ^6l 

dav^antage dans leur conviction erronée au sujet du 
corps de Notre Seigneur qu'ils croyaient formé 
d'une substance céleste et impassible ? Peut-être 
aussi les Pères laissaient-ils à dessein le culte de 
Marie dans une ombre discrète, pour éviter de four- 
nir le moindre prétexte à une répétition quelcon- 
que d'actes idolâtriques, en réveillant par un ensei- 
gnement inopportun le souvenir des nombreuses 
déesses que les païens avaient adorées. Les auteurs 
ecclésiastiques des premiers siècles avaient d'ailleurs 
bien d'autres préoccupations plus urgentes que de 
consigner par écrit, surtout pendant les persécu- 
tions, tout ce qui concerne le culte de la sainte 
Vierge ; et leur silence, après tout, ne doit pas nous 
paraître trop surprenant. Si la plupart des dogmes 
catholiques ont été soumis à la loi providentielle 
du développement organique, il n'est pas étonnant 
que cette loi se vérifie, même avec plus de rigueur, 
quand il s'agit d'une doctrine qui n'appartient pas, 
comme d'autres, à la substance même de l'économie 
rédemptrice. » 

2. Tradition orale. — A défaut de tradition écrite, 
n'y a-t-il pas eu une tradition orale? Â quoi peut 
bien se rapporter l'apocryphe si connu de Leucius 
au second siècle ? N'est-il pas, à sa manière, un 
témoin de la croyance répandue parmi les fidèles, 
au sujet de l'assomption de Marie? Et ne doit-on 
pas en dire autant des fragments syriaques publiés 
par Wright sous ce titre : Obseqaies of ilie holy Vir- 
gin, d'après un manuscrit du v"" siècle (i)? Ils ren- 
dent, eux aussi, témoignage à la résurrection de 
Marie. Ils sont un écho de la croyance populaire. 
Les circonstances miraculeuses qu'ils rapportent 
peuvent assurément paraître suspectes, mais le fond 

ï. Dans Ccnt.ibationSf Londres, i865. 



/i62 LE CATÉCHISME ROMAIN 

même, autour duquel ils brodent tant de légendes, 
n'a pu être inventé (i). 

Il est vrai que la croyance a pu exister sans 
qu'une fête spéciale ait été instituée alors pour hono- 
rer le mystère de l'assomption. Et, de fait, ni dans 
le calendrier de Rome du iv^' siècle, ni dans celui 
de Cartilage du commencement du yi% ni dans le^ 
reste de l'Eglise latine, il n'est pas fait mention 
d'une pareille fête. En était-il de même dans TEglise 
grecque? On a signalé naguère l'existence à Antio- 
che d'une fête de la sainte Vierge, qu'on célébrait, 

I. Il faut renoncer à faire état d'un texte de la Chronique 
d'Eusèbe, Pali\ laL, t. xxvii, col. o8i, où est mentionné le 
mystère de l'Assomption ; c'est, de l'avis de critiques compé- 
tents, une interpolation. Il faut écarter de même un passage 
du pseudo-Denys, De div. nomin., ii, dont le sens est obscur. 
Il faut aussi laisser de côté le récit d'un certain Euthymius, 
recueilli par saint Jean Damascène, où il est dit que l'empe- 
reur iMarcien et l'impératrice Pulchérie demandèrent à Juvé- 
nal, patriarche de Jérusalem, des reliques de la Vierge pour 
l<^s placer dans l'église qu'ils venaient de construire, à Gons- 
tantinople, au quartier des Blachernes, vers 4oi. Juvénal 
aurait répondu qu'on ne possédait que le tombeau de Marie 
et que, a d'apr<^^s une antique et très véridique tradition, » 
Dieu avait soustrait le corps immaculé de la Vierge à la 
pourriture du tombeau et 1 avait honoré de Tincorruptibilité 
et d'une translation au ciel avant la résurrection générale. 
L'Eglise, il est vrai, a inséré dans les leçons du second 
nocturne du i8 août le récit emprunté par saint Jean 
Damascène à Euthymius. mais non sans une correction carac- 
téristique, qui marque sa prudente réserve sur les questions 
d'ordre purement historique, tout en utilisant des passages 
où la piété et Tédification trouvent leur compte. L'auteur prête 
ces paroles à Juvénal : « Nous avons appris (Vime antique et 
très véridique tradition, qu'au temps du glorieux sommeil de 
cette Vierge bénie, tous les apôtres, alors dispersés dans le 
monde pour le salut des nations, furent instantanément 
enlevés par les airs et réunis à Jérusalem, auprès de la Mère 
de Dieu. Etc. » L'Eglise a supprimé verissinia et a mis seule- 
ment : Ex antiqua accepitnus traditione. 



RÉSURRECTION ET ASSOMPTION DE MARIE 463 

paraît-il, dès la fin du iv^ siècle (i), sous le titre de 

AIvr]|jL'r^ TV,; âyca; Osotcxoj xa: àsiTrapOivou Mapia^, Mémoire de 

la sainte et toujours vierge Marie, Mère de Dieu, Et 
Proclus, dans un discours qu'il prononçait à Cons- 
tantinopie, en /i^g, semble bien faire allusion à une 
fête de la Vierge. Très vraisemblablement il s'agis- 
sait là d'une fête analogue au Natale des martyrs et 
des saints, rappelant par conséquent le souvenir de 
la mort de Marie. Commémorait-elle également 
1 assomption corporelle ? On peut le supposer, non 
le démontrer ; mais cette hypothèse est d'autant 
plus vraisemblable que les nestoriens et les euty- 
chiens, séparés de TEglise après le concile d'Ephèse 
et de Chalcédoine, célèbrent la fête l'Assomption, 
conformément aux usages établis dans l'Eglise avant 
leur schisme. Et ceci nous reporte à la première 
moitié du v^ siècle. 

II. Du VP au X« siècle. — i. Premières men- 
tions de la fête de V Assomption. — C'est au vi'' siècle 
que se trouvent les premières mentions de la fête 
de l'Assomption tant dans l'Eglise latine que dans 
l'Eglise grecque. Où prit-elle naissance? Par qui 
fut-elle instituée!^ Ce sont des questions auxquelles, 
faute de documents, il est impossible de répondre. 
Mais le fait de sa célébration simultanée dans les 
deux parties de l'Eglise accuse une unanimité de 
sentiments remarquable et montre quelles raisons 
profondes une pareille fête trouvait dans la croyance 
et la piété populaires. 

2. En Orient. — Nous savons par l'historien 
grec, Nicéphore (2), que Tempereur Maurice (588- 
602) ordonna de célébrer cette fête le i5 août dans 
tout l'empire d'Orient; ce qui n'empêche pas, 

I. Cf. Beuinstark, dans la Rômische Quarlalschrlft, 1897, 
p. 55^ 5G. — 2. liist, eccLy xvii, 28, Pair. gr.,t. cxlvii, col. 292. 



464 LE CATÉCHISME ROMAIN 

remarque Tillemont (i), qu'on en fît dès aupara- 
Y^nt quelque solennité. Il s'agissait donc moins de 
l'institution proprement dite de la fête que d'une 
reconnaissance officielle par le pouvoir civil et 
d'une fixation commune pour toutes les églises de 
l'empire. 

A- partir de cette époque nous possédons les 
témoignages de saint Modeste de Jérusalem (f 634), 
>de saint André de Crète (f 720), de saint Germain 
<ie Constantinople (f 783) et de saint Jean Damas- 
<5ène (f 760). Saint Modeste, tout en étant sobre de 
détails sur les circonstances du mystère de l'assomp- 
tion, mentionne pourtant la présence des apôtres 
amenés de loin auprès de la sainte Vierge par une 
voie connue de Dieu seul, l'apparition du Christ qui 
vient au devant de sa Mère, l'ardeur avec laquelle 
î'âme de Marie séparée de son corps s'élance vers 
^on divin Fils, puis son prompt retour à la vie, 
« afin de partager corporellement l'incorruption 
perpétuelle de Celui qui l'a fait sortir du tombeau 
et qui l'a attirée à lui, de la manière que lui seul 
connaît, » Cette expression, répétée à dessein, vise 
les apocryphes et montre la défiance qu'il avait 
vis-à-vis d'eux. C'est à d'autres sources qu'il fait 
appel, à la tradition orale, et il s'écrie : « Bienheu- 
reux est le sommeil de la très glorieuse et toujours 
vierge Marie, puisque le corps, vase très précieux 
et très saint où s'était enfermée la Vie, n'a pas 
souffert la corruption du tombeau, gardé qu'il était 
par le tout-puissant Christ Sauveur, formé de cette 
chair virginale (2). » 

Saint André n'est pas moins formel : « Ce fut 
^certes un spectacle bien nouveau, un spectacle qui 

E, Mémoires, t. i, p. 476. — 2. Encomium in dormitione D. N, 
J^^ipards, 7, Patr. gr,, t. lxxxvi, col. 3298. 



RÉSURREGTIOxX ET ASSOMPTION EE MARIE /i&S 



dépasse la portée de notre raison : Une femme, dont 
la pureté l'emporte sur celle des cieux, pénétrant 
dans les profondeurs célestes avec le tabernacle de 
son corps (i). » 

(( Il était impossible, dit à son tour saint Ger- 
main en s'adressant à Marie, que ce vase de votre 
corps, qui fut plein de Dieu, s'en allât en poussière 
comme une chair ordinaire. Parce que celui qui 
s'est anéanti en vous est Dieu dans le principe, et 
par conséquent la Vie antérieure à tous les siècles, 
il fallait que la Mère de la Vie cohabitât avec la Vie, 
qu'elle se couchât dans la mort comme pour y 
sommeiller quelques instants, et que le passage de 
cette Mère de la Vie fût une sorte de réveil (2). )> 

Saint Jean Damascène, qui se rapproche davan- 
tage des récits apocryphes par le développement 
qu'il donne à sa narration, n'invoque pourtant 
d'autre source écrite que le passage du pseudo-Denys 
et Phistoire d'Euthymius ; pour le reste il s'appuie 
sur la tradition orale et le commun sentiment des 
fidèles. Dans l'un de ses trois discours pour la fête 
de l'assomption, il s'écrie : « Quel nom donner, ô 
très sainte Vierge, au mystère qui s'est accompli en 
vous ? Dirons-nous que c'est la mort ? Il est vrai, 
votre très sainte et très heureuse âme, suivant la 
loi de la nature, a été séparée de votre corps imma- 
culé. Mais ce même corps, bien qu'on Tait confié 
au tombeau, ne resta pas dans la mort et ne subit 
pas la décomposition. De même que vous êtes 
demeurée vierge, tout en devenant mère, ainsi votre 
corps, tout en souffrant l'atteinte de la mort, ne 
s'est pas dissous comme les nôtres ; par une trans- 
formation merveilleuse, il est devenu ce tabernacle 

I. In dormitlone S. il/., liomil. II, Pair. ^r.,t.xcvii, col. 1084. 
— 2. In dorniiUone B. M, l ., Scriiion 1, Pair, gr., t. xcviu, 
col. 345, 348. 

LE CATÉCHISME. — T. VIII. ^O 



466 LE CATÉCHISME ROMAIN 

divin sur lequel la mort n'aura jamais aucune 
prise, et qui demeurera vivant aux siècles des 
siècles (i). » 

3. En Occident, — L'Eglise grecque, on vient de 
le voir, célébrait, le i5 août, l'assomplion corpo- 
relle de Marie dans le ciel. En était-il de même dans 
l'Eglise latine ? Oui, quant à la fête ; non, quant à 
la date. 

C'est, en effet, en Gaule qu'il est fait mention 
pour la première fois dans l'Eglise latine d'une fête 
de l'assomption. Grégoire de Tours (y 094) fait 
d'abord allusion à Tassomption corporelle de Ma- 
rie (2) ; puis, parlant d'une fête solennelle, précédée 
d'une vigile, il donne clairement à entendre qu'il 
s'agissait de la f.'te de l'assomption (3). Il raconte 
même le miracle dont il fut témoin la nuit où il se 
disposait à célébrer la vigile de cette fête. Or, dit il, 
cette fête se célébrait au milieu du onzième mois, 
c'est-à-dire en janvier. Tel était déjà l'usage de la 
Gaule au vi^ siècle. La fête se trouve inscrite dans le 
martyrologe hiéronymien de la recension d'Auxerre, 

I. Indonnilione B. M. V., homil. i, 10, Pair, gr., t. xcvi,col. 
716. — 2. « Quand la bienheureuse Merge toucha au terme de 
sa carrière, écrit Grégoire de Tours, De gloria mari., T,iv, Pair, 
lat,, t. Lxxi, col. 708, et que Dieu la relira de ce monde, tous 
les apolres s'assemblèrent de diverses contrées en sa maison. 
Ils veillaient avec elle ; et voilà que le Seigneur Jésus vint 
avec ses anges et que, recevant son àme, il la remit à saint 
Michel et disparut. A l'aurore, les apôtres levèrent son corps 
et ils firent la garde, en allendant le retour du Seigneur. Il 
leur apparut de nouveau ; et. enveloppant le corps d'un 
nuage, il le Fit porter an paradis, où, réuni à son àme, il 
goule les joies éternelles. » — 3. Il s'exprime ainsi, au j^hapi- 
tre IX. Ibid., col. 718 : Maria vero gloriosa gonitrix Christi... 
angelicis choris canentibus, in paradisum, Domino pr<TCC- 
dente, translata est .. Ilujus festivitas sacra mediante mense 
undecimo celebratur... Adveniente autem hac festivitate, ego 
ad celebrandas vigilias cessi, etc. 



RÉSURRECTION ET ASSOMPTIOiN DE MARIE 467 

ea Sgo. Le lectionnaire de Luxeuil, après le second 
dimanche qui suit l'Epiphanie et avant la Chaire 
de saintPierre, signale les leçons in fesUvitale Sanclae 
Mariae, sans autre indication (i). Le sacramentaire 
gallican de Bobbio, entre le Missa in cathedra sancti 
Pelri et \di Missa qaadraginsinialis, a deux messes, 
l'une In Sanclae Marine soUenirdtale, que Mabillon» 
regarde comme celle de la vigile, l'autre In adsamp- 
tione sanclae Mariae (2). Cette fête était célébrée en 
Gaule le 18 janvier. Pourquoi celte date et ce mois P 
Serait-ce un emprunt fait à l'Egypte ? On lit, en 
effet, dans la vie de saint Leucius, d'Alexandrie, 
contemporain de Théodose le Grand, qu'on célé- 
brait en janvier une grande solennité en l'honneur 
de la Vierge (3). Et actuellement encore, les Copies 
des bords du Nil ont dans leur synaxaire une dou- 
ble fête appelée Repos delà Vierge Marie, Mère de 
Jésus, assoniplion de son corps au ciel, l'une le 21 TobL 
ou 28 janvier, et Tautre le 16 Mesori ou 21 août (4). 
Quelle qu'en soit l'origine et la raison, cette date 
fut maintenue dans le rit gallican jusqu'à l'adoption 
de la liturgie romaine. 

La Gaule n'était pas la seule en Occident h fêter 
l'assomption corporelle de Marie. L'église d'Espa- 
gne la célébrait aussi ; témoin le missel gothique, 
qui, entre l'Epiphanie et la fête de sainte Agnès, 
par conséquent en janvier, contient une Missa in 
adsumpUone sanclœ Mariœ Malris Doniini Nostri (5). 

I. Leclionariam gallicanuin. Pair. laL, t. lxxu, coL 180. — 
2. Sacranienlariani galUcanani, Pair, lai., t. lxxii, col. 47^- 
On lit ces mots dans la préface f Contestai ioj : \ cre diversis 
infulis anima rediinitR, cai npostoli rcddant obsoquium, 
angeli cantum, Gliristus amplexnm, nubes vehiculum, 
adsumplio païadisum, in choris virgituim gloria tenons 
principalufn — 3. Acia Sanclorum, i\ janvier, t. i. p. ()Gs. — 
4. Cf. JNilies, Kalewlnrluin utriusfjue Ecclesix. — 5. Mlssale 
goUdcam, Pair, /a/., t. lxxii, col. 244. 



il68 LE CATÉCHISME ROMAIN 

On y célèbre dès le début le jour rendu glorieux par 
l'assomplion ; on affirme à la collecte posl nomma 
que Marie ne connut pas la mort pour en subir la 
souillure. Et la préface (i) contient une magnifique 
profession de foi au mystère du jour. Or ce missel 
gothique tout comme le sacramentaire de Bobbio 
et le lectionnaire de Luxeuil sont des livres liturgi- 
ques du vii^ et du viii^ siècles. 

Rome dut l'adopter dans le courant du yn^ siècle, 
mais à la date du i5 août comme à Constantinople; 
car le pape Sergius I (6S7-701) ordonna qu'on ferait 
tine procession solennelle ce jour-là (2). La fête de 
l'assomption est marquée dans le sacramentaire 
gélasien du commencement du vni'' siècle ; elle se 
trouve aussi dans le sacramentaire grégorien ; mais 
celui qui l'édita, à la fin du vni*^ siècle ou au com- 
mencement du ix^, a soin de faire remarquer que 
c'est une addition postérieure à saint Grégoire le 
Grand (3). Si elle avait été célébrée du temps de 
saint Grégoire, les missionnaires qu'il envoya dans 
la Grande Bretagne l'y auraient introduite ; or 
l'église anglo-saxonne l'ignorait encore au com- 
mencement du vin^ siècle ; c'est le concile national 
de Salisbur^^ en 713, qui l'introduisit en Angle- 
terre. Peu après, en 7^7, le concile de Cloveshove 
l'introduisit en Germanie. Ce fut l'une des fêtes les 
plus solennelles, comme le prouvent la règle de 
Chrodegang, évêque de Metz (4), le concile de Salz- 
bourg (5), en 799, le concile de Mayence (6), en 
^10, les ordonnances de Hérard, archevêque de 



t. Voir à la fin de la leçon. — 2. Liber ponlif.. Pair, lai., t. 
<f:Kxvin, col. 898; édit. Ducliesne, t. i, p. 37O. — 3. Pamélius, 
Llturgica, Cologne, 1571, t. 11, p. 829. 33o. — 4- Pair. lai. y t. 
î.xKxix, col. 1089. — 5. Ilefele, Hisl. des conciles, trad. Delarc, 
t. V, p. 157. — (3. Labbe, t. vu, p. i25o. 



RÉSURRECTION ET ASSOMPTION DE MARIE l\C)g 

Tours (i). Depuis le ix*" siècle, elle est partout célé- 
brée le i5 août. Saint Léon IV (847-855), lui donna 
une octave (2) ; et saint Nicolas I (858-867), ^^^^ 
apprend, dans sa réponse aux Bulgares nouvelle- 
ment convertis, que depuis longtemps elle était pré- 
cédée, à Rome, d'une vigile et d'un jeûne (3). Il en 
est ainsi encore de nos jours. 

4. Quelques hésilalioiis, — Il y eut cependant, du 
VI'' au x^ siècle, quelques hésitations de la ])art de 
ceux qui trouvaient manifestement exagérées et 
déclaraient inacceptables les données de l'apocryphe 
De transita Mariœ, déjà condamné par TEglise. C'est 
ainsi qu'on voit paraître au vif siècle une lettre de 
saint Jérôme à Paula et à Eustochium sur Tassomp- 
tion de la sainte Vierge. L'auteur met en garde ses 
lectrices contre la lecture du De transita, de crainte 
qu'elles ne prennent pour vrai ce qui est faux. La 
Vierge est morte, dit-il : son tombeau est dans la 
vallée de Josaphat ; une belle église l'abrite, mais il 
est vide. Aussi plusieurs doutent-ils parmi nous du 
fait de son assomption corporelle. Son corps a-t-il 
été enlevé et transporté ailleurs, ou bien est-il res- 
suscité ? On n'en sait rien ; beaucoup le croient res- 
suscité ; et comme rien n'est impossible à Dieu, 
nous nous gardons bien de le nier et nous ne sau- 
rions rien décider, ni pour ni contre. Il vaut mieux, 
par prudence, laisser au nombre des opinions pieu- 
ses un point sur lequel on peut, sans danger, rester 
dans l'ignorance, que de l'établir inconsidérément 
comme un dogme (/[). 

I. Pair, lat., t. cxxr, col. 708. — 2. Lib. PonUf., t. 11. — 
3. iNIansi, t. xv, p. /403. — 4. Quod, quia Deo nihil est impos- 
sibile, nec nos de beala Virgine ^Nlaria factum abnuimus, 
quamquam propter caulclam, salva fide, pio magis dcsiderio 
opinari oporteat, quain inconsulte definire quod sine periculo 
nescitur. De Assumplione B. M., n. 2,PatrJat.,i. xxx, col. 12^- 



fijO LE CATECHISME ROMAIN 

L'autorité de saint Jérôme était pour en imposer 
a plusieurs ; on ne se demanda pas si la lettre était 
bien de lui, on l'accepta telle quelle ; et sa fâcheuse 
influence se fît sentir dans la rédaction des martyro- 
loges du IX' siècle. Saint Adon, archevêque de 
Vienne (y 876), signale, en 858, dans son martyro- 
loge, la Dormit lo sanclae Dei Ge/dlricis Mariae. La 
mort de Marie, dit-il, n'est pas douteuse, mais on 
ignore où est le corps. Et il ajoute qu'il vaut mieux 
se résigner à ignorer que de tenir pour vrai quelque 
chose de frivole et d'apocryphe ( i ). Quelques années 
après, en 870, le bénédictin Usuard, reproduit en 
l'abrégeant ce même texte d'Adon. Nous verrons à 
quel incident il donna lieu au xvii' siècle. Notker 
(jgi*^), moine de Saint Gall, dépend d'Adon dans 
son martyrologe ; il hésite sur Tassomption corpo- 
relle et croit que si le corps de Marie est caché quel- 
que part sur la terre, sa manifestation est réservée 
pour la destruction de TAntéchrist (2). 

Ces œuvres n'engagent pas la responsabilité de 
LEglise ; elles n'arrêtèrent nullement la croyance 
des fidèles et la célébration annuelle de la fête de 
l'Assomption ; elles accusent simplement l'influence 
du pseudo-Jérôme. Mais cette influence fut combattue 
par une autre lettre, attribuée cette fois à saint Au- 

i. Gujus (Virginis) dormitionem xviii Kal. sept, omnis célé- 
brât Ecclesia, cujus et sacrum corpus non invenitur super 
lerram, tamen pia mater Keclesiaoj us venerabilem meinoriam 
SIC festivam agit, ut pro conditione carnis eam migrasse non 
dubitet. Ubi autem venerabile Spiritus Sancti templum illud, 
id est caro ipsius beatissimae V. M., divino nutu et concilie 
occultatum sit, magis elegit sobrietas Ecclesiae cum pietate 
nescire, quam aliquid frivolum et apocryphum inde tenendo 
docere. Pair, lai., t. cxxiii, col. 202. - 2. Si reverendissimum 
illud corpus, ex quo Deus est incarnatus, adhuc alicubi in 
terra celatur, revelatio utique illius ad destructionem Anti- 
christi reservalur. Pair. laL, t. cxxxi, col. iiGi. 



RÉSURRECTION ET ASSOMPTION DE MARIE /jyi 

gustin (i), OÙ sont admirablement exposées les rai- 
sons de convenance qui plaident en faveur de l'as- 
somption corporelle de Marie (2). Ces raisons du 
pseudo-Àugustin ont leur valeur par elles-mêmes ; 
examinées avec soin, elies sont entrées dans l'en- 
seignement des théologiens scolastiques. 

m. Du XV siècle à nos jours. — i. La croyance 
à Vassomplioii est générale. — Il est inutile de relever 
ici les noms des théologiens qui, désormais, en- 
seignent unanimement l'assomption corporelle de 
la sainte Vierge ; la liste en serait trop longue (3). 
Notons seulement un témoignage des schismati- 
ques, celui de l'Eglise grecque au concile de Jérusa- 
lem, en 1672, où est nettement affirmée la croyance 
catholique contre les calvinistes, qui essayaient 
d'attirer à eux l'Eglise d'Orient (4). Et bornons- 
nous à signaler quelques incidents caractéristiques 
survenus dans l'Eglise latine. 

2. La Faculté de théologie de Paris enseignait 
communément l'assomption corporelle de Marie 
et ne tolérait pas une opinion contraire. Or, le 
i5 août 1497, Jean Morcellus avait prononcé un 
discours qui fit scandale. Parmi les propositions 
suspectes se trouvait celle-ci : a Nous ne sommes 
pas tenus de croire, sous peine de péché mortel, que 
la sainte Vierge ait été transportée en corps et en 
âme dans le ciel, cela n'étant pas un article de foi. )> 

I. De assumpilone B. M. F., Pati\ lat., t. xl. — 2. Voir 
une citation plus tiaut. — 3. Cf. Gampana, Maria nel dogma, 
op. cil., p. 612 ; Dict.de théoL, t. i, col. 2i36-2i38; Vaccari, 
Grosta, Renaudin, op. cit. — /j. Recte (B. Virgo) signum esse 
dicitur in caelo, eo quod ipsa cum corpore assumpta est in 
cseluni. Et quanivis conclusum in sepulcro fuerit immacula- 
tum COI poris ejus labernaculum, in cœlum tamen, ubi Ghris- 
tus fuerat assumptus, tertio et ipsa die in cœlum migravit. 
Hardouin, Act. Gonc, t. xi, p. 199, 



Ix'-jl LE CATÉCHISME ROMAIN 

La Faculté la condamna (i), et le prédicateur cen- 
suré se rétracta. 

3. Controverse du XVII'' siècle. — Comme les sco- 
lastiques, leurs prédécesseurs, les grands théolo- 
giens du XVI- siècle s'étaient prononcés en faveur de 
Fassomption. Delà vint que dans Téglise cathédrale 
de Paris, qui se servait du martyrologe d'Usuard, 
on crut devoir changer, en io/|0, le passage relatif 
au i5 août par un texte plus ex]:)licite en faveur de 
Fassomption. L'exemplaire ne pouvant plus servir, 
on dut la remplacer en 1668. On se demanda alors 
s'il fallait rétablir le passage primitif. Le chanoine 
Claude Joly pencha pour raffîrmative, et obtint 
gain de cause, grâce à une dissertation qu'il com- 
posa à ce sujet (2) et à une lettre qu'il écrivit aux 
cardinaux de Retz et de Bouillon (3). Mais il fut 
combattu par deux autres chanoines, Jacques Gan- 
din (4) et Nicolas Billiard (Ladvocat) (5). Claude 
Joly répliqua (6), et Launoy se prononça en faveur 
de Claude Joly (7) Les jansénistes n'étaient guère 
favorables à l'idée de l'assomption corporelle de la 
sainte Vierge. Tillemont, sans blâmer la croyance 
générale, ne l'admet pas; il parle, dit-il, en histo- 
rien, non en théologien : distinction subtile qui a 
reparu de nos jours, pour d'autres sujets, sous la 
plume des modernistes (8). Le dominicain Noël 

I. Gomme téméraire, scanrlaleu'*e, contraire à la croyance 
commune, et même comme fausse et hérétique. — 2. De 
verbis Usaardi relafis in martyroloçjio parisiensi de assump- 
iione B. M. T., Sens, 16O9. — 3. Epistola apologetica, Rouen, 
1670, — ^. AssiimpfAo corporea B. M. V. vindkata, Paris, 1670. 
— 5. Vlndicix parihenicce de veva assumpiione corporea B. M. 
F., Paris, 1670. — 6 Tradifto aniiqua ecclesiarum Franriœ de 
verbis Usaardi ad feslani assiimptionis B. M. V. vindicata. Sens, 
1672. — 7. Jadiciuin de controversia saper exscribéndo pari- 
siensls ecclesiœ martyrologio exorta^ Laon, i67[. — 8. « \ous 
ne prétendons point nous rendre juges de Topinion qui sem- 



DÉFINIBILITÉ DE l'aSSOMPTION /i^5 

Alexandre pensa de même; désapprouvé par ses 
supérieurs, il donna des explications qui étaient 
l'équivalent d'une rétractation, et finit même par 
louer l'ouvrage de Ladvocat(i). Celte controverse, 
loin de nuire à la croyance catholique, donna lieu' 
à un triage nécessaire parmi les arguments qu'ont 
invoquait jusque là en faveur de Tassomption. Et 
depuis lors, observe Bellamy (2), cette doctrioe 
n'a fait que s'affermir davantage, dans l'Eglise toute 
entière. 

fi. Définibilité de rAssomplioti. — L'heure même 
aurait sonné, d'après un grand nombre de théolo- 
giens, pour la définition dogmatique de la croyance 
à Tassomption corporelle de Marie. C'est, en tout 
cas, ce qu'avaient pensé plusieurs Pères du concile 
du Vatican, dans leurs poslulaia (3). Ils deman- 

ble reçue par le commun consentement des fidèles, dit Tiîîe- 
mont, Mémoires, Paris, 1701, t i, p. 470, que Dieu a ressus- 
cité la sainte Vierge... Nous nous contentons de représenîer 
aux personnes habiles les dilïlcultés qu'on y peut faire. » — 
« Nous ne traitons tout ceci, p. 474. que suivant les principes^ 
de Ihisloire, et non sur ceux de la théologie. » — « Il faut 
donc avouer que ni les Pères et la tradition ecclésiastique, m 
l^s monuments de l'histoire ne sont point favorables à \^ 
croyance de la résurrection de la sainte Vierge. Ce n'est pas 
néanmoins une raison suffisante pour assurer qu'elle soit 
fausse. Car tout ce que nous avons dit ne nous donne point 
de certitude que Dieu n'ait pas voulu préserver de la corrup- 
tion le corps sacré dont Jésus-Uhrist a tiré le sien, comme il 
est indubitable qu'il l'a pu. » ïhid,, p. 474. — « 11 est certatJi. 
que la croyance qu'on en a communément est une croyance 
pieuse, c'est-à-dire qui favorise le respect que nous devoîis 
avoir pour celle par qui nous avons reçu en Jésus-Christ 
toutes les grâces du ciel. » 76 ici., p. 470. 

I. Cf. Campana, Maria nel dorpna, p. 017. — 2. Dicf. de 
théol., t. I, col. 2i3i. — 3. «Il y eut, dit Mgr Martin, 
Les travaux du concile du Vatican, trad. fr , l^aris, 1878^ 
p. io5 sq., dix: propositions de ce genre, émanant de 



^74 LE CATÉCHISME ROMAIN 



daient, pour Tassomplion, une définition comme 
celle qui est intervenue pour Timmaculée concep- 
tion ; et ils le demandèrent parce qu'ils regardaient 
Tassomption comme un fait dogmatique qui échappe 
à la prise des sens et comme une vérité consignée 
dans la tradition divino-apostolique (i). Bien plus, 
quelques évêques, entre autres Mgr Plantier, évêque 
de Nîmes, étaient d'avis que le concile aurait pu la 
définir par voie d'acclamation spontanée, puisque, 
disait-on, « elle était parvenue à ce point de matu- 
rité glorieuse où Pie I\ saisit Timmaculée concep- 
tion de Marie pour l'imposer à la foi des peuples ; 
évidemment il n'y aurait ni précipitation, ni témé- 
rité à la définir telle quelle, même par voie d'accla- 
mation, parce que c'est une cause suffisamment 
étudiée (2). » Malheureusement, par suite d'événe- 
ments politiques survenus en 1870, le concile se 
sépara sans avoir statué sur ce point comme sur 
tant d'autres. Mais l'idée n'a pas été abandonnée ; 
car depuis lors des théologiens ont formulé le même 
désir : Bertani, dans la Scaola cathoUca de Milan, 
en 1877 ; le P. Lana, consulteur de la S. C. des 



rinitiative des Pères, faisant toutes au concile la même 
demande... Les dix propositions qui motivaient leur de- 
mande par des raisons semblables et souvent exposées dans 
les mêmes termes, affirmaient nettement que la croyance 
de l'Eglise à l'assomption était une tradition apostolique 
reposant elle-même sur une révélation divine, dont l'apôtre 
saint Jean, par exemple, avait pu être favorisé, puisqu'il 
survécut aux apôtres et à la sainte Vierge. » 

I. Illa vero (assumptio Deiparse corporea) definibilis de 
fide est, quia inter facta dogmatica sensibus non subjccta 
accensetur atque traditioni divino-apostolica3 consignata est. 
Mgr Martin, Omniuin conciUi Valicaniqaœ ad doctrinam et disci- 
plinam pertinent docamentoram collectio, Paris, 1872, p. i07-ii4» 
— 2. Lettre pastorale, Nîmes, 1869. 



DÉFINIBILITÉ DE l'aSSOMPTION /lyB 

Rîtes (i) ; Virdia, évêque de Cariati (2) ; Vaccari (3); 
en France, dom Renaudin {f\), et tout dernière- 
ment, en Italie, Campana, professeur au grand 
séminaire de Lugano (5). 

Très certainement ce vœu des évêques et des 
théologiens sera pris en considération et, à l'heure 
marquée dans les desseins de la Providence, l'Eglise 
procédera à une définition dogmatique. « Le jour 
où le Vicaire infaillible de Jésus-Christ, assisté de 
l'Esprit de Dieu, déclarera à la face de l'univers 
catholique que la doctrine de l'assomption, dès 
maintenant et depuis de longs siècles indubitable et 
certaine dans l'Eglise, a été révélée de Dieu et repose 
sur l'autorité même de la sagesse infinie, ce jour-là 
un rayon de gloire accidentelle s'ajoutera à l'éclat 
de la douce figure de la sainte Vierge, et sa cou- 
ronne dogmatique s'enrichira d'un fleuron du plus 
haut prix ; car tout le monde saura désormais que 
la croyance à sa résurrection a, pour garant, non 
la parole de l'homme, mais le témoignage de Dieu 
lui-même. Tous les mystères du Rosaire, sans excep- 
tion, devront être crus de foi divine, puisque le 
couronnement se trouve compris dans l'assomption, 
entendue au sens total, c'est-à-dire comme embras- 
sant la résurrection et la vie glorieuse du corps 
immaculé de Notre-Dame (6). » 



I. La rkarrezlone e corporea assanzione al clelo délia S. F. 
Madré di Dio, Rome, 1880. — 2. Poslalalam pro dogmatica 
definliione Inlerjrœ in cœlos assamplione Dsiparœ Virginls, Rome, 
1880. — 3. De B. M. V. morle, resarreclione et in crelam gloriosa 
assamptione, Ferrare, 188 1. - 4. La définibillté de l'assomption 
de la T, S. F., dans la Revue thomiste, 1900- 1902, t. viii-x. — 
5. Maria net dogma cattolico,T\inn, 1909, p, 618-626. — 6. Dom 
Renaudin» La dèfuiibilité de Vassomplion, dans la Revae Tho^ 
misle, 1902, t. X, p. 268. 



[[•^Q LE CATÉCHISME ROMAIN 



III. Messe de l'Assomption 

Voici la fête des fêtes en l'iionneur de Marie, la 
plus belle, la plus grande, la plus solennelle. Elle 
évoque à la fois le souvenir de la résurrection et de 
l'ascension du Sauveur, puisque dans cette unique 
solennité, elle ne rappelle pas seulement la mort de 
la Vierge (i), mais encore et surtout, à cinq reprises 
différentes (2), son assomption, c'est-à-dire sa résur- 
rection anticipée et sa translation dans le ciel en 
corps et en âme. Il convenait bien que le triom- 
phe de la Mère eût quelque ressemblance avec celui 
de son divin Fils. Et si le Christ, montant au ciel, 
fut escorté et salué par les chœurs angéliques 
comme le Roi de gloire, sa Mère, transportée par 
les anges, dut goûter pareillement les honneurs et 
les douceurs du triomphe. « Ouvrez, ouvrez vos 
portes éternelles, » devaient crier ceux qui avaient 
reçu mission de venir chercher sur la terre ce taber- 
nacle vivant du Très-Haut. Et ceux qui n'avaient 
point quitté les parvis célestes devaient s'écrier 
comme l'époux du Cantique des cantiques : « Quelle 
est celle qui monte du désert comme une colonne 
de fumée, exhalant la myrrhe et l'encens (3).^ » — 
a Quelle est celle qui apparaît comme l'aurore, belle 
comme la lune, pure comme le soleil (4).^ » — 
(( Quelle est celle qui monte du désert, appuyée sur 
son bien-aimé (5) .^ » Quelle ovation enthousiaste, 
pleine de vénération et d'amour, durent faire les 
anges et les saints à la Mère du Sauveur, à leur 
Reine .^ Qui dira surtout Taccueil fait à Marie par 
les augustes personnes de la sainte Trinité, parle 

I. A la Secrète. — 2. A l'Inlroït, au Graiuel, à l'OtTertoire, 
à la J^réface, à la Postcommunion. — 3. Cant , m, 6. — 
4. Cant. y VI, 9. — 5. Cant., vin, 5. 



MESSE DE l'assompïion /i77 

Père, parle Fils, par le Saint-Esprit? « Celui qu'elle 
avait reçu à son entrée dans cet humble monde, la 
reçoit en ce jour au seuil de la cité sainte. Point de 
Heu ne se trouve sur la terre plus digne du Fils de 
Dieu que le sein de la Vierge ; point de trône plus 
sublime au ciel que celui où le Fils de Marie la fait 
asseoir à son tour. De part et d'autre, bienheureuses 
réceptions, ineflables toutes deux, parce que toutes 
deux dépassent la pensée. Qui racontera la généra- 
tion du Fils, l'assomption de la Mère (i) ? » L'Eglise 
ne s'y est pas essayée dans l'office liturgique de la 
messe; mais, par le choix des chants, des lectures et 
des prières, elle ouvre un vasle champ aux médita- 
tions pieuses, aux saintes effusions de la joie, à une 
confiance absolue dans l'intervention de celle 
qu'elle proclame bienheureuse en corps et en âme 
dans le ciel. 

I. Les chants. — i. L'introït. — Un jour tel que 
celui du triomphe définitif et complet de Marie ne 
peut êlre qu'un jour d'allégresse sur la terre comme 
dans le ciel. Au ciel, la liturgie nous le rappelle 
par trois fois (2), ce mystère de l'assomption com- 
ble de joie les anges et leur fait chanter en l'hon- 
neur du Fils un cantique de bénédictions et de 
louanges, dont les accents doivent retentir, ineffa- 
blement doux, dans le cœur de la Mère. Et sur 
terre ? Dès le premier mot de l'introït, Tinvilation que 
l'Eglise adresse à tous les fidèles, c'est une invitation 
à la joie, à une joie pure et sans mélange, i' Réjouis- 
sons-nous tous dans le Seigneur, en célébrant ce 
jour de fête en l'honneur de la bienheureuse Vierge 
Marie. Les anges se réjouissent de son assomplion 
et louent à l'envi le J^ils de Dieu. » Après cette 

I. S. Bernard. In Assunipt. Z>. M. T ., serm. i, — 2. Introït, 
Graduel et OtTertoire. 



478 LE CATÉCHISME ROMAIM 

antienne, vient le verset d'un psaume (i), qui est 
un épithalame royal : « De mon cœur jaillit un 
beau chant ; je dis : Mon œuvre est pour un roi. » 
Parole mystérieuse, mais bien douce aux lèvres qui 
la prononcent, parce qu'elle exprime la plus tou- 
chante gratitude et le don total de soi ; parole 
d'épouse choisie, et comme Tépoux est roi, parole 
de reine et de souveraine, parole de Marie. 

2. Le graduel. — L'époux, le roi répond, ou plu- 
tôt il fait entendre les raisons de son choix : vérité, 
douceur, justice, conduite et harmonie admirable, 
toutes ces magnificences morales ont touché son 
cœur, (y Ecoute, ma fille, regarde et prêle l'oreille, 
parce que le roi a été épris de ta beauté (2). » Beauté 
dont il est le premier auteur sans doute, puisque ce 
roi n'est autre que Dieu ; mais beauté dont la Vierge 
incomparable s'est rendue digne et qu'elle a respectée 
avec un soin jaloux, et dont elle rend tout l'hon- 
neur à Celui de qui elle la tient; beauté qui expli- 
que tous les privilèges de la conception immaculée, 
de la maternité divine, delà collaboration à l'œuvre 
rédemptrice; beauté enfin qui justifie la gloire de 
ce jour. Et c'est pourquoi le chœ^ur fait retentir un 
double alléluia joyeux et célèbre le mystère de la 
fête : (( Marie a été élevée dans le ciel; les chœurs 
des anges se réjouissent. Alléluia. » 

3. Vofferloire et la communion. — Au moment de 
l'offrande, le chœur chante l'offertoire en repre- 
nant le thème de la fête du jour : « Marie a été éle- 
vée dans le ciel ; les anges se réjouissent, bénissant 
à l'envi le Seigneur. Alléluia. » — A la communion, 
il reprend les derniers mots de l'évangile, qu'il 
applique à la Mère de Dieu, pour bien montrer 
qu'en effet c'est la meilleure part qu'elle a choisie 

I. Ps., XLIV, I. — 2. Ps.y XLIV, 12. 



MESSE DE l'aSSOMPÏjON ^79 

et qui lui est échue à jamais, le jour de son couron- 
nement dans le ciel: a Marie a choisi la bonne part, 
qui ne lui sera point ôtée. » 

II. Les lectures, — i. Véoangile {\). — A défaut 
d'un passage ayant traita I assomplion, passage qui 
n'existe dans aucun des quatre Evangiles, l'Eglise a 
fait choix de celui où Jésus reçut l'hospitalité chez 
les deux sœurs Marthe et Marie. Marthe vaquait aux 
soins du service, pendant que sa sœur s'était assise 
aux pieds de Jésus et écoutait sa parole. « Seigneur, 
dit Marthe, ne vous mettez-vous pas en peine que 
ma sœur m'ait laissée servir seule? Dites-lui donc de 
m'aider. » Et Jésus de répondre: « Marthe, Maiilie, 
vous vous inquiétez et vous agitez pour beaucoup de 
choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la 
bonne part, qui ne lui sera point ôtée. » Quel rapport 
ce passage peut-il bien avoir avec la fête decejour? 
Un rapport plein de mystère, mais non sans quel- 
que application instructive. Voici comment l'expli- 
que saint Bruno d'Asti : <( Ces deux femmes (Mar- 
the et Marie) sont les chefs de l'armée sainte ; c'est 
elles que suit le peuple entier des élus. Les uns vont 
après Marthe, les autres après Marie, mais nul n'ar- 
rive à la patrie, qu'il ne suive ou celle-ci ou celle- 
là. Aussi les saints Pères ont-ils à bon droit statué 
que cet évangile serait lu dans la fête principale de 
la bienheureuse Vierge, parce que c'est elle que 
signifient les deux sa^urs ; elle s'élève entre toutes 
les créatures, comme ayant plus qu'aucune réuni 
les privilèges des deux vies, l'active et la contem- 
plative. Comme Marthe, et bien mieux, elle a reçu 
le Christ : elle Ta reçu, non pas dans sa maison 
seulement, mais dans son sein ; elle l'a servi davan- 

I. Luc, X, 38-43. 



48o LE CATÉCHISME ROMAIN 

tage, l'ayant conçu, mis au monde, porté dans ses 
foras. Comme Marie, d'autre part, elle écoutait sa 
parole, et de ]:)lus la conservait pour nous tous dans 
son cœur: elle contemplait son humanité, elle 
pénétrait aussi et plus que personne sa divinité. 
Elle a donc bien choisi la meilleure part, qui ne lui 
sera point ôtée (i). » 

Marie aux pieds de Jésus, c'est le repos en appa- 
rence inactif, mais au fond c'est une attitude d'at- 
tention soutenue, de respectueuse avidité, de con- 
fiance, d'admiration et d'amour, où toutes les puis- 
sances de l'âme et du ccrur sont concentrées pour 
îie laisser perdre aucune des paroles qui tombent 
des lèvres de Jésus. Le Sauveur n'a-t-il pas dit: 
<c Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu 
et qui la gardent? » Et qui donc Ta mieux écoutée 
<it gardée que celle qui a été sa Mère .^ Qui l'a mieux 
fécondée par la méditation et la pratique de toutes 
les vertus.^ Il est bien juste qu'au ciel Marie soit 
assise aux pieds du trône de son Fils, plus que 
jamais buvant à même la parole de vie, s'eniv^rant à 
la source intarissable de la félicité éternelle, et trou- 
vant son repos dans le repos de son Fils. Mais elle 
y est, comme un parfum d'un prix unique, qui s'ex- 
Iiale et embaume, ainsi que le dit Tépître de ce jour. 

2. Uépître (2). — A la vérité c'est la Sagesse éter- 
nelle qui parle, dans cette épître, pour faire son 
propre éloge ; mais c'est aussi la sainte Vierge. Et 
que dit-elle P u Parmi tous les peuples, j'ai cherché 
tin lieu de repos, et j'habiterai dans le domaine du 
Seigneur. Alors le Créateur de toutes choses m'a 
donné ses ordres, et Celui qui m'a créée s'est reposé 

f . In assampt. S. M, F., homil. cxvii, cité par le conlinua- 
teav de (loin Guévanger, Le temps après la Pentecôte, Paris, 
«893, t. IV, p. 477. — 2. EcclL, XXIV, 7-i5. 



MESSE DE l'aSSOMPTION f^Sl 

4ans ma tente. Et il m'a dit : « Habite en Jacob, 
.aie ton héritage en Israël ; étends tes racines parmi 
mes élus. » Et ainsi j'ai eu une demeure fixe en 
Sion, et je me suis reposée dans la sainte cité, et 
dans Jérusalem est le siège de mon empire. J'ai 
poussé mes racines au milieu du peuple glorifié, 
dans la portion du Seigneur, dans son héritage, et 
j*ai fixé mon séjour dans l'assemblée des saints. Je 
me suis élevée comme le cèdre sur le Liban et com- 
me le cyprès sur le mont Sion. Je me suis élevée 
comme le palmier en Cadès et comme un plant de 
roses en Jéricho; comme un bel olivier dans la 
plaine, et j'ai grandi comme un platane au bord de 
l'eau sur le chemin. J'ai exhalé mon parfum com- 
me la canelle et comme le baume odorant, et comme 
une myrrhe choisie j'ai répandu une odeur suave. » 
Marie a répandu le parfum de ses vertus ; elle a été, 
pour employer une expression de saint Paul (i), 
<( la bonne odeur du Christ. » Et après en avoir 
rempli la terre, elle en remplit le ciel au jour glo- 
rieux de son assomption. C'est là, dans le rayonne- 
ment de l'auguste Trinité, tout près de son Fils, 
qu'elle exhale à jamais tout son parfum suave ; c'est 
là qu'elle habite ; c'est là qu'elle a trouvé son repos. 
Mais, encore une fois, ce n'est pas un repos inactif; 
•car de même que le Christ est toujours vivant pour 
intercéder en notre faveur (2), de même la Vierge 
vit toujours, toute-puissance suppliante, pour nous 
protéger et nous secourir. Sa puissance d'interces- 
sion reste en pleine activité. Et c'est pourquoi 
l'Eglise tient à nous le rappeler dans les prières du 
jour. 

III. Les prières. — i. La collecte, — On peut 

I. II Cor., II, i5. — 2. Ilebr, ,Yiî, 25. 

LE CATÉCHISME. — T. VIII. }l 



A82 LE CATÉCHISME I OMAIN 

regretter la belle collecte qui se disait à Rome sur 
le peuple assemblé, au moment du départ de la 
procession, où il est dit : u Nous devons honorer, 
Seigneur, la solennité de ce jour, oii la sainte Mère 
de Dieu a subi la mort du temps, sans que les liens 
de cette mort aient pu retenir celle qui de sa chair 
a fourni un corps à votre Fils, Notre Seigneur. » 
La collecte de la messe actuelle ne contient pas, 
comme elle, l'affirmation de la croyance à l'assomp- 
tion corporelle de Marie, mais elle la suppose et 
s'en autorise pour intéresser Marie aux besoins de 
notre sanctification et de notre salut. « Daignez, 
Seigneur, pardonner les péchés de vos serviteurs, 
afin que, dans l'impuissance de vous plaire par nos 
actes, nous soyons sauvés par Tintercession de la 
Mcre de votre Fils, Notre Seigneur. » C'est ainsi 
que l'Eglise profite de la fête de la glorieuse assomp- 
tion de la sainte Vierge, pour nous rappeler que 
nous avons au ciel une puissante auxiliatriceet pour 
nous faire recourir à elle. 

2. La secrète, — Elle revient sur la môme pensée 
à la secrète, mais en mentionnant cette fois le mys- 
tère du jour, d Qu'au secours de votre peuple, Sei- 
gneur, se fasse sentir la prière de la Mère de Dieu; 
nous savons bien que, suivant la condition de toute 
chair, elle a quitté ce monde; puissions-nous du 
moins ressentir les efïets de son intercession pour 
nous dans la gloire des cieux. » 

3. La poslconimanion. — C'est la dernière prière 
de la messe ; c'est aussi une dernière allusion au 
mystère de l'assomption ; et c'est enfin un dernier 
appel à l'intercession de Marie. Elle est au ciel, 
nous sommes sur la terre ; elle est au ciel, et tous 
nos efforts doivent tendre à y arriver un jour pour 
la remercier de ses bienfaits; en attendant, nous 
recourons à sa maternelle bonté, et nous disons à 



1 



LE VŒU DE LOUIS Xlll /i83 

Diea cette prière : « Rendus participants de la table 
céleste, nous implorons votre clémence, Seigneur 
notre Dieu, afin que, célébrant Tassomption de la 
Mère de Dieu, nous soyons délivrés par son inter- 
cession de tous les maux qui nous menacent. » 

1. La procession de l'Assomption en France et 
le vœu de Louis XIIL — Par lettres données à Saint- 
Germain-en-Laye, le lo février i638, Louis XII [ déclarait 
consacrer à Marie sa personne, son état, sa couronne, ses 
sujets. (( Nous enjoignons à l'archevcque de Paris que 
tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire 
commémoration de notre présente déclaration à la grand*- 
messe qui se dira en son église cathédrale, et qu'après 
les vêpres du dit jour il soit fait une procession en la dite 
église, à laquelle assisteront toutes les compagnies sou- 
veraines et le corps de ville avec pareille cérémonie que 
celle qui s'observe aux processions plus solennelles. Ce 
que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant 
paroissiales que celles des monastères de la dite ville et 
faubourgs, et en toutes les villes, bourgs et villages du 
dit diocèse de Paris. Exhortons pareillement tous les 
archevêques et évêques de notre royaume, et néanmoins 
leur enjoignons de faire célébrer la messe solennelle en. 
leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocè- 
ses ; entendant qu'à la dite cérémonie les cours de parle- 
ment et autres com])agnies souveraines, les principaux 
officiers des villes y soient présents. Nous exhortons les 
dits archevêques et évêques... d'admonester tous nos 
peuples d'avoir une dévotion particulière à la Vierge, 
d'implorer en ce jour sa protection, afin que sous une si 
puissante patronne notre royaume soit à couvert de toutes 
les entreprises de ses ennemis ; qu'il jouisse longuement 
d'une bonne p:n\ ; que Dieu y soit servi et révéré si sain- 
tement que nous et nos sujets puissions arriver heureuse- 
ment à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été 
créés ; car tel est notre plaisir. » 

2. Préface de la messe de l'Assomption dans le 
Missel gothique. — (( Il est digne et juste, Dieu tout- 



484 LE CATÉCHISME ROMAIN 



puissant que nous vous rendions de justes actions de 
grâces en ce temps consacré, en ce jour vénérable entre 
tous. Gomme le fidèle Israël sortit de l'Egypte, de même 
la Vierge, Mère de Dieu, passa du monde au Christ. Pas 
plus que la corruption de la vie, elle ne connut la disso- 
lution du tombeau. Exempte de souillure, glorieuse en 
sa fécondité, délivrée par son assomption, elle règne au 
Paradis. Vierge toujours pure, elle porte un fruit d'allé- 
gresse ; la douleur est absente de son enfantement, la 
peine de sa mort ; sa vie fut au-dessus de la nature, son 
trépas ne fut pas une dette exigée par celle-ci. Chambre 
nuptiale brillante, d'où sort l'incomparable Epoux, la 
lumière des nations, l'espérance des fidèles, le spoliateur 
des démons, la confusion des juifs ! Vase de vie, taber- 
nacle de gloire, temple céleste ! Mais de cette Vierge les 
mérites éclatent mieux, si les gestes de l'ancienne Eve eu 
sont rapprochés. 

(( Celle-là produit la vie pour le monde ; celle-ci donne 
naissance à l'empire de la mort. L'une prévarique et nous 
perd, l'autre engendre et nous sauve ; Tune par le fruit 
de l'arbre nous frappe à la racine, de la branche de 
l'autre sort la fleur dont le parfum nous réconforte, dont 
le fruit nous guérit. L'une sous la malédiction engendre 
dans la douleur, l'autre retrouve la bénédiction, assure le 
salut. La perfidie de l'une conspire avec le serpent, 
trompe son époux, perd sa race ; l'autre par son obéis- 
sance apaise le Père, mérite le Fils, délivre sa descen- 
dance. L'une nous présente dans le suc d'un fruit l'amer- 
tume, l'autre fait couler de la source de son Fils la dou- 
ceur sans fin. Telle est l'aigreur de la pomme d'Eve que 
les dents des enfants en demeurent agacées ; la suavité 
du pain de la Vierge les raffermit et les nourrit : nul avec 
elle ne meurt que celui qui, en présence de ce pain rassa- 
siant, reste dégoûté. Mais il est temps de laisser les vieux 
gémissements pour les nouvelles joies. 

c( Nous revenons donc à vous, Vierge féconde. Mère 
toujours pure qui ne connûtes point d'homme, qui en- 
fantez, mais dont le Fils vous apporte Thonneur et non 
la souillure. Heureuse, vous par qui sont arrivées jus- 



l'assomption 485 



qu'à nous les joies que vous avez conçues ! Nous nous 
sommes félicités de votre naissance, nous avons tressailli 
à votre enfantement, nous nous glorifions de votre pas- 
sage au ciel. 11 n'eût pas suffi sans doute que le Christ 
sanctifiât votre entrée ; d'une telle Mère il devait illustrer 
aussi la sortie. 11 était juste que, l'ayant reçu dans votre 
amour quand vous le conçûtes par la seule foi, lui-memeà 
son tour vous reçût dans sa félicité par cette assomption; 
celle en qui la terre n'avait pas eu de prise ne pouvait 
être retenue sous la pierre du tombeau. 

(( Véritablement donc, que de merveilles inaccou- 
tumées ! Les apôtres lui rendent le devoir suprême ; les 
anges la célèbrent dans leurs chants : le Christ la reçoit 
dans ses bras ; une nuée est son char ; son assomption 
l'élève au paradis ; parmi les chœurs des vierges elle 
exerce une principauté glorieuse. Par le Christ Notre 
Seigneur, à qui les anges, les archanges, etc. » Missale 
gothicam, Contestatio ; Patr, lai., t. lxxii, col. 2 44- 

3. Quelques raisons de convenance en faveur 
de rassomption. — (( Antérieurement à tout examen, 
le sens catholique porte à croire que la très sainte Vierge 
ressuscitée est présente au ciel en corps et en âme. 
Pourrait-il se faire que Notre Seigneur, le Fils très aimant 
de Marie, qui s'est plu à combler sa divine Mère d'admi- 
rables privilèges, lui ait refusé celui du bonheur com- 
plet de la gloire et lait soumise, comme les autres 
humains, elle dont la beauté immaculée n'a jamais été 
ternie par l'ombre d'un péché, pas même du péché d'ori- 
gine, à la longue attente de la résurrection générale? Les 
motifs les plus graves que la théologie énumère interdi- 
sent au chrétien de le penser, même si l'Eglise n'avait pas 
donné, sur ce point, un enseignement très authentique. 

« En effet, par suite de cette union inelTable que l'In- 
carnation a établie entre Jésus et Marie, entre le Fils de 
Dieu et la Vierge-Mère, la chair de la sainte Vierge est en 
quelque sorte la chair du Verbe incarné. 11 ne convenait 
donc pas que ce corps très pur lestât inanimé jusqu'à la 
fin des temps, encore moins qu'il devînt la proie delà 
corruption ordinaire. Dieu, qui l'avait préparée pour être 



486 



LE CATECHISME ROMAIN 



■le trône vivant de son Fils, ne devait pas permettre une 
telle humiliation. — Et si l'on prend garde à l'amour 
infini de Notre Seigneur pour sa Mère, on est amené à 
dire qu'il a dû vouloir la posséder tout entière au ciel, 
absolument la même qu'il avait aimée ici-bas. Oserons- 
nous ajouter que, sans la présence corporelle de Marie, le 
bonheur de Jésus-Christ triomphant nous paraîtrait im- 
parfait P II ne jouirait pas, dans son humanité, des ten- 
dresses de sa Mère; il ne verrait pas, de ses yeux, la 
beauté de Notre-Dame, transfigurée par la vie glorieuse, 
il n'entendrait pas le son de cette voix, dont lui seul con- 
naît tout le charme et qui lui rappelle les souvenirs de 
Bethléem et de Nazareth. — Déplus, l'immaculée con- 
ception qui, en droit, exemptait Marie de la mort, lui 
donnait un titre réel à la résurrection anticipée, à cette 
nouvelle victoire sur le péché, qui continue l'analogie 
entre le Rédempteur et la Corédemptricc. — EnCin le 
corps de Notre-Dame participant à la grâce de son incom- 
parable virginité, devait, lui aussi, revêtir toutes les 
qualités dont il est susceptible, même celles de l'état 
glorieux, qui répondent si bien aux mérites de la Vierge 
sans tache. 

« Ces raisons, ou mieux, ces trois chefs de preuves 
n'ont cependant pas une telle force qu'elles ne laissent 
place à d'autres desseins de la souveraine liberté de 
Dieu, dont la sagesse aurait pu, par des moyens différents, 
couronner les mérites de sa Mère et compléter ses préro- 
gatives. Mais, étant donné ce que nous savons de la 
sainte Vierge, par la révélation et par l'enseignement de 
l'Eglise, ces motifs ont une valeur réelle, très grande, 
pour nous aider à découvrir les intentions du Seigneur au 
sujet de Notre-Dame. » Do m Renaudin, La dcfudbiUté de 
Vassomption, dans la Revue thomiste, 1902, t. ix, p. 21. 



W^'^W^'mW^'m'm^^^^^'^'^^^^'^^^^^^ 



Leçon XXX' 



Les Saints 



I. Saint Joachim et sainte Anre. — II. Saint Joseph 

L'ÉGLISE latine a soin de reconnaître et de reven- 
diquer pour siens tous les saints qui ont paru 
sur la terre depuis les origines du monde, 
mais elle réserve de préférence les honneurs de son 
culte public à ceux qui se sont illustrés depuis Tavè- 
nement du Christ. Ce n'est pas qu'elle écarte systé- 
matiquement les personnages de rancienne loi, 
puisqu'elle célèbre, le i^* août, la mémoire des 
sept frères Machabées ; elle sait qu'ils ne sont pas 
les seuls, dans l'Ancien Testament, à avoir versé 
leur sang pour Dieu, car il y a eu « beaucoup de 
sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang 
du juste Abel jusqu'au sang de Zacharie (i). » Avec 
saint Paul elle énumère tous les héros de la foi, 
Abel, Enoch, Noé, Abraham, Sara, Isaac, Jacob, 
Joseph, Moïse, Gédéon, Barac, Samson, Jephté, 
David, Samuel, les patriarches et les prophètes. 
« Par la foi, ils ont conquis des royaumes, exercé 
la justice, obtenu l'eflet des promesses, fermé la 
gueule des lions, éteint la violence du feu, échappé 
au tranchant de l'épée, triomphé de la maladie, 
déployé leur vaillance à la guerre, mis en fuite des 
armées ennemies ; par eux des femmes ont recou- 

I. Mallh., XXIII, 25. 



1^88 LE CATÉG HISME ROMAIN 

"vré leurs morts ressuscites. Les uns ont péri dan» 
les tortures, refusant la délivrance afin d'obtenir 
une meilleure résurrection ; d'autres ont souffert 
les moqueries et les verges ; de plus, les chaînes et 
les cachots ; ils ont été lapidés, sciés, éprouvés ; ils 
sont morts par le tranchant de Tépée ; ils ont erré 
ça et là, couverts de peaux de brebis et de chèvres, 
dénués de tout, persécutés, maltraités, eux dont le 
inonde n'était pas digne ; ils ont été errants dans 
les déserts et les montagnes, dans les cavernes et 
dans les antres de la terre (i). » Parmi ces saints, 
il en est dont le nom a été inséré au martyrologe 
romain ; les patriarches et les prophètes sont invo- 
qués dans les litanies ; Abel et Abraham sont nom- 
més dans les prières de la recommandation de 
l'âme ; quelques-uns sont l'objet d'un culte privé ; 
seuls les sept frères Machabées sont l'objet, dans 
l'Eglise latine, d'une fête universelle. 

Or, à la limite qui sépare l'ancienne loi de la loi 
nouvelle, il existe un groupe de personnages qui 
appartiennent par leur naissance à l'Ancien Testa- 
ment et par leur mort au Nouveau, et qui ont été 
plus ou moins mêlés aux commencements de la vie 
du Sauveur et de l'avènement du christianisme. 
Tels sont le père et la mère de la sainte Vierge,^ 
Joachim et Anne ; ses parents, Zacharie et Elisa- 
beth ; son époux, Joseph ; les témoins de sa purifi- 
cation et de la présentation de Jésus au temple,. 
le vieillard Siméon et la prophétesse Anne ; le pré- 
curseur du Sauveur et les apôtres. Tous ceux-ci ont 
été inscrits aux fastes de l'Eglise. Il convient donc 
d'en dire un mot, sauf à insister sur saint Joseph, 
saint Jean-Baptiste et les douze apôtres. 



I. Hebr., xi, 33-38. 



SAINT JOACHIM ET SAINTE ANNE 489. 



I. Saint Joachim et sainte Anne 

L Le père et la mère de la sainte Vierge. — 
I. L'Evangile ne nous apprend rien sur eux, — iNi sur 
leur nom, ni sur leur état, ni sur leur vie, on ne 
trouve le moindre renseignement dans les auteurs^ 
inspirés. La raison d'un tel silence est mystérieuse, 
nous n'avons pas à la rechercher. Mais nous savons 
que Dieu, dans sa sagesse, proportionne toujours 
les moyens à la fin, et qu il a dû dès lors choisir 
pour être le père et la mère de la Vierge, qui devait 
concevoir et enfanter le Sauveur, deux personnages 
éminemment dignes du rôle qu'il leur destinait, 
Nous pouvons être assurés par ailleurs que ce rôle 
a été parfaitement rempli, conformément aux des- 
seins providentiels. Marie, en effet, était appelée à 
une trop haute destinée pour ne pas avoir été pré- 
parée, au foyer domestique, dans une atmosphère 
de religion et de sainteté. Sous l'action du Saint- 
Esprit, son père et sa mère se sont appliqués à for- 
mer son âme et son cœur, à l'orner de vertus, à en 
faire un chef-d'œuvre de grâce. Mais quels étaient 
ces personnages ? 

2. Ce qu en dit la tradition. — Telle qu'elle se trouve 
consignée dans un apocryphe, le Protévangile de Jacques, 
le père et la mèredelasainteVierge se nommaient Joachim 
et Anne. Longtemps soumis à l'épreuve de la stérilité, et 
par là même aux dédains de leurs proches, les deux époux 
gémissaient et priaient. Joachim alla cacher sa tristesse 
au désert, tandis que sa femme, pleurant son veuvage et 
son humiliation, renouvelait auprès du Seigneur la de-^ 
mande de la mère de Samuel. Un jour de grande fête,. 
(( Anne déposa ses vêtements de deuil, elle orna sa tête, 
et elle se revêtit de sa rohe nuptiale. Et vers la neuvième 
heure, elle descendit au jardin pour s'y promener ; et 
voyant un laurier, elle s'assit à son ombre et répandit sa 



f^QO LE CATÉCHISME ROMAIN 



prière en présence du Seigneur, disant : « Dieu de mes 
pères, bénissez-moi et exaucez mes supplications, comme 
vous avez béni Sara et lui avez donné un fds. )) En levant 
les yeux au ciel, elle vit un nid de passereau, et gémissant 
elle dit : « Hélas ! quel sein m'a portée, pour être ainsi 
malédiction en Israël ? A qui me comparer ? Je ne puis 
me comparer aux animaux de la terre, car eux aussi sont 
féconds devant vous. A qui me comparer ? Je ne puis me 
comparer aux eaux, car elles ne sont point stériles en 
votre présence, et les fleuves et les océans poissonneux 
vous louent dans leurs soulèvements ou leur cours paisi- 
ble. A qui me comparei? Je ne puis me comparer à la 
terre même, car elle aussi porte ses fruits en son temps, 
et elle vous bénit. Seigneur. » Or, voici qu'un ange du 
Seigneur survint, lui disant : « Anne, Dieu a exaucé ta 
prière; tu concevras et enfanteras, et ton fruit sera célè- 
bre dans toute terre habitée. » Et le temps venu, Anne 
mit au monde une fille, et elle dit : a Mon ame est ma- 
gnifiée à celte heure. » Et elle nomma l'enfant Marie, et, 
lui donnant le sein, elle entonna ce cantique au Seigneur : 
(( Je chanterai la louange du Seigneur mon Dieu ; car il 
m^a visitée, il a éloigné de moi l'opprobre, il m'a donné 
un fruit de justice. Qui annoncera aux fils de Ruben 
qu'Anne est devenue féconde? Ecoutez, écoutez, douze 
tribus : voici qu'Anne allaite. » 

Ce récit, ou l'on retrouve des réminiscences des 
scènes évangéliques de Tannonciation, de la con- 
ception de saint Jean et de la Visitation, est d'une 
origine trop suspecte pour pouvoir être pris comme 
l'expression de la vérité. Mais rien nempêche de 
tenir tout au moins pour authentiques les noms 
du père et de la mère de la sainte Vierge, qu'une 
tradition orale a dû transmettre, et que l'auteur du 
Prolévanglle n'avait aucune raison d'inventer (i). 

T.Bollandus, Act. Sancl., au 20 mars, dit qu'on peut bien 
avoir donné au père et à la mère de la Merge le nom de 
Joachim et d'Anne, parce que le premier signifie la prépara- 



SAINT JOACHIM ET SAINTE ANNE /I9I 

Toujours est-il que l'Eglise les a acceptés comme 
des noms propres, qu'elle a inscrits au martyrologe, 
et qu'elle a institué une fête en leur honneur. 

IL Culte de saint Joachim et de sainte Anne. 
— I. Dans r Eglise grecque. — L'Orient a précédé 
l'Occident dans le culte public rendu au père et à la 
mère de la sainte Vierge. Dès le vi^ siècle, Justi- 
nien L*^ fit élever, à Gonstantinople, une église en 
l'honneur de sainte Anne (i). Au vui^ siècle, Jus- 
tinien II en fit élever une autre pour y déposer le 
corps de la sainte qu'il avait fait transporter dans 
la capitale de son empire (2). Une fête devait com- 
mémorer un tel souvenir; et c'est une fête en l'hon- 
neur de saint Joachim et de sainte Anne qu'on célé- 
brait, dès le ix^ siècle, à Gonstantinople, le 9 sep- 
tembre, au lendemain même de la Nativité de Marie, 
pour rapprocher la fête du père et de la mère de la 
fête de celle qu'ils avaient enfantée (3). Ce ne devait 
pas être la seule ; car on trouve bientôt, au 25 juil- 
let, celle de la DormUion de sainte Anne, qui devint 
très célèbre en Orient et fut une fête obligatoire. 
Au xii^ siècle, en effet, dans la Constitution où il 
dressa officiellement la liste des jours complète- 
ment fériés et des jours semi-fériés, c'est parmi les 
premiers que Manuel Comnène maintint la fête de 
sainte Anne du 25 juillet {l\). 

tion du Seigneur, et le second la gr/ice. G'e4 aussi la pensée 
de Bailiet, Vie des saints, au 20 mars. 

I. Procope, De œdlficUs, 1. I, c. m : In co autem urbis loco, 
qiiem D(3uteron appellant, venerandum adrnirandumque teni- 
plurn dicavit sancte Ann;e, quam quidam Deiparœ matrem 
et Gtirlsli aviam fuisse putant. ~ 2. Cf. Tillemont, Mémoires, 
Paris, 1701, t. [, p. /4<'>o, on il est dit que Louis, comte de 
Blois, envoya à N.-D. de Cliarlres, vcs l'an 1200, un chef 
qu'on croyait, à Gonstantinople, être celui de saint Anne. — 
3. Morcelli, Kalendariani EccL Constant., 1. 1, p. 137. — 4- Souella 



492 LE CATÉCHISME ROMAIN 

2. Dans r Eglise latine, — L'Occident n'était pas 
sans connaître saint Joachim et sainte Anne ; c'est 
ainsi que, vers l'an 800, Léon III fît broder leur 
histoire sur un ornement de l'Eglise de Sainte-Marie 
ad pnesepe (i) ; mais ce n'est pas là une preuve de 
culte public. Leur culte resta inconnu longtemps 
encore. Pierre Damien, au xi^ siècle, pouvait dire 
que c'était une curiosité vaine que de vouloir 
rechercher ou savoir quels furent le père et la mère 
de la sainte Vierge (2). Et, au siècle suivant, saint 
Bernard, parmi les raisons' qu'il donnait contre 
l'introduction de la fête de la Conception de Marie, 
faisait valoir celle-ci : célébrer la Conception de la 
sainte Vierge, c est autoriser l'institution d'une fête 
nouvelle en l'honneur de ceux qui l'ont conçue (3). 
Une telle fête n'existait donc pas de son temps. 
Mais elle ne pouvait pas ne pas paraître un jour ou 
l'autre, surtout après que les Carmes, venus en 
Occident, eurent fait connaître les usages grecs et 
s'appliquèrent à propager le culte de saint Joachim 
et de sainte Anne. 

Au xni^ siècle l'église d'Apt, en Provence, célébrait 
déjà une fête de sainte Anne (l\]. Au siècle suivant, 
l'Angleterre sollicita du Saint-Siège le privilège 
d'honorer par une fête la more de Marie, Païeule du 
Christ: Urbain Vll'accordaen i38i (5). A la fin du xv^ 

Constit-, de Tan 1166, Patr, gr, t. cxxxiii, 001.749-762. Actuel- 
lement cette fcte n'est plus d'obligation en Orient, sauf chez 
les Ruthènes et les Coptes ; cf. Nilles, Kalendarlam, t. i, p. 

I. Liber Pontif., xcviir, édit. Duchesne, t. 11, p 9 ; Pair, 
lat., t. cxxvni, col. 12 19. — 2. Serin, xlvi, Patr. lat., t. cxliv, 
col. 754. — 3. Episl. CLxx[v, 6, Patr. lat., t. clxxxii, col. 334. 
— 4. Cf. le continuateur de dom Guéranger,Le Temps après la 
Pentecôte, Paris, 1893, t. iv, p. 2»o. — 5. Labbe, Ad. conciL, 
t. XI, p. II, col. 2o5o. 



SAINT JOACHIM ET SAINTE ANNE /igS 

siècle, les noms de saint Joachim et de sainte Anne 
paraissent dans le martyrologe. En i5io, Jules II 
fait insérer dans le bréviaire l'office de saintJoachim ; 
mais en i568, lors de la réforme du bréviaire, saint 
Pie V fit supprimer la fête de sainte Anne et la 
mémoire de saint Joachim. En i584, Grégoire XIII 
rétablit les deux et donna le rite double à la fête de 
sainte Anne (i). En 1622, Grégoire XV alla plus 
loin ; ayant été guéri d'une grave maladie par l'in- 
tercession de sainte Anne, il rendit sa fête obliga- 
toire sab alroqae prœcepto pour toute l'Eglise, — 
décision maintenue par Urbain VIII (2), — et il 
éleva celle de saint Joachim au rite double, en lui 
donnant un office nouveau. Celle-ci, marquée au 
20 mars dans le martyrologe (3), fut élevée au rite 
double majeur par Clément XII, en 1788, et fixée, 
à cause du carême, au dimanche dans l'octave de 
l'Assomption (4), tandis que celle de sainte Anne 
resta maintenue au 26 juillet (5). Enfin Tune et 
l'autre, par décret Urbis et Orbis, du i^'août 1879, 
ont été élevées par Léon XIII au rite double de 
11^ classe. Depuis longtemps déjà, la fête de sainte 
Anne avait été rayée du nombre des fêtes qui obli- 
gent à l'audition de la messe et à l'abstention des 

I. Schober, Explanatio critica editlonis Breviarli romani, 
quœ a S. R. C. uti typica declarata est, Ratisbonne, 1871, p. Ag. 
— 2. Voir t. VI, p. 46. — 3. In Judaea, S. Joachim, patris beaiis- 
simœ Virginis genitricis Dei Mariœ. — 4. A plusieurs reprises, 
les empereurs avaient demandé que le pape rangeât parmi les 
fêtes obligatoires la fête de saint Joachim, à l'exemple de celle 
de sainte Anne ; pour répondre à ce vœu, sans toutefois aug- 
menter le nombre des fêtes de précepte, la Congrégation des 
Rites décida de déplacer la fête de saint Joachim, fixée jusque- 
là au 20 mars, et de la transporter au dimanche qui suit la 
fête de TAssomption, en l'élevant au rite double majeur : 
telle est la décision approuvée par Clément XII. — 5. Dormiiio 
S. Annœt malris genitricis Dei Mariœ. 



494 LE CATÉCHISME ROMAIN 

œuvres serviles, pour les pays de concordat ; depuis 
le Mot a proprlo de S. S. Pie X, en date du 2 juil- 
let 191 1, elle reste supprimée pour toute l'Eglise. 

3. Raisons du calle de saint Joachim et de sainte 
Anne. — Le décret du i"" août 1879 les indique som- 
mairement. L'Ecclésiastique nous apprend à louer 
ceux qui sont glorieux dans leur descendance ; la 
gloire des enfants rejaillit ainsi sur leurs parents et 
leur sert de couronne. Quel honneur singulier ne 
revient-il donc pas à saint Joachim et à sainte Anne 
pour avoir donné le jour à la Vierge immaculée, 
Mère de Dieu? Les gloires de Marie remontent jus- 
qu'à eux. Il n'est donc pas étonnant que l'Eglise les 
ait entourés d un culte religieux. Les Pères ont 
chanté leurs louanges, les fidèles les ont vénérés ; 
en leur honneur des monuments ont été élevés, de 
pieuses sociétés se sont formées ; à plusieurs repri- 
ses des princes chrétiens ont demandé que leur 
culte fût plus solennel. Et les Pontifes romains, 
assurés de l'efficacité de leur patronage, grâce sur- 
tout à leur fille, la Heine du ciel, ont accueilli 
volontiers la demande des princes et encouragé par 
des faveurs spirituelles la dévotion des fidèles. iMais 
étant donné l'état lamentahle d'une époque, qui 
plus que jamais a besoin du secours divin et des 
célestes consolations, le culte de la A ierge Marie a 
reçu de magnifiques accroissements ; il convenait 
donc que cette splendeur nouvelle et cette gloire 
récente, qui fait briller au plus haut point leur bien- 
heureuse fille, rejaillît sur ses heureux parents. Et 
c'est pour harmoniser le culte de ceux-ci avec le 
culte de la Vierge, que Léon XIII a élevé leur fête, 
pour toute l'Eglise, au rite double de IL classe (i). 

I. Pour plus de détails sur le culte de saint Joachim et de 
sainte Anne, voir les Bollandistes ; la 2^ cdit. du Kirchenlexi'- 
koiij t. Yi, p. 14/1 sq. ; la Blbliotli, hag. yr., aux mots Anne et 



SAINT JOACHIM ET SAINTE ANNE 1\q5 

4. Manifestations de ce culte, — Joachirn et Anne 
sont le modèle de l'époux et de l'épouse, du père 
et de la mère ; à ces titres ils doivent être chers 
aux foyers chrétiens et inspirer aux parents les sen- 
timents les plus généreux de la religion envers Dieu 
et du dévouement envers leurs enfants. Quel sanc- 
tuaire que le foyer, quand les représentants de l'au- 
torité divine ont la conscience de leur dignité et de 
leur responsabilité, quand ils en remplissent tous 
les devoirs pieusement, saintement ! 

L'Eglise, dans la messe de saint Joachim, em- 
prunte, pour ses chants et ses leçons, les passages 
de V Ecclésiastique et des psaumes, où se trouve 
l'éloge de l'homme sans tache, de l'homme géné- 
reux, qui répand l'aumône au sein des pauvres, du 
juste qui craint le Seigneur et met tout son zèle à 
lui obéir, du père dont la descendance sera puis- 
sante et en bénédiction sur la terre ; aussi Dieu le 
couronnera-t-il d'honneur et de gloire. 

Dans la messe de saint Anne, c'est le portrait de 
la femme forte, tel qu'il a été buriné dans les Pro- 
verbes, et ce sont en même temps quelques-uns des 
éloges de la sainte Vierge appliqués à sa mère, avec 
un vif sentiment d'allégresse qui éclate, dès l'introït, 
dans Tinvitation adressée aux hommes et aux anges 
pour se réjouir dans le Seigneur : Gaudeamus onvies 
in Domino. 

« Sic Jingit tabernaculuni Deo, ainsi elle crée un 
tabernacle à Dieu : c'était la devise que portaient, 
autour de Timage d'Anne instruisant Marie, les 
jetons de l'ancienne corporation des ébénistes et 
des menuisiers, qui, regardant la confection des 
tabernacles de nos églises, oia Dieu daigne habiter, 

Joachim, p. 9 et 58 ; et surtout Rocchi, Le glorie di s. Gioa- 
chinOy padre di Maria Venjine, seconda i fadri delV Oriente, 
Grotta Ferrata, 1878. 



496 LE CATÉCHISME ROMAIN 

comme son œuvre la plus haute, avait pris sainte 
Anne pour patronne et modèle auguste. Heureux 
âge que celui, où ce que l'on aime à nommer la 
ïiaïve simplicité de nos pères, atteignait si avant 
dans l'intelligence pratique des mystères, que la 
stupide infatuation de leurs fils se fait gloire d'igno- 
rer ! Les travaux du fuseau, de tissage, de couture, 
de broderie, les soins d'administration domestique, 
apanage de la femme forte, rangèrent naturellement 
aussi dans ces temps les mères de famille, les maî- 
tresses de maison, les ouvrières du vêtement, sous 
la protection directe de la sainte épouse de 
-Joachim (i). » 

IL Saint Joseph 

I. Grandeur et gloire de saint Joseph. — i. Ce 

I. Continuateur de dom Guéranger, Le temps après la Pente- 
€Ôte, t, IV, p. 240. Dans les Menées des Grecs, on lit à l'office 
de vêpres : a Fête solennelle, toute de lumière, allégresse du 
monde! Aujourd'hui, dans une sainteté digne de toute louan- 
te, s'est endormie la gracieuse Anne de laquelle est sortie la 
mère de la Vie... Salut, messagère du printemps de la grâce ! 
Salut, brebis qui enfanta l'agnelle, qui, d'un mot, conçut 
l'Agneau, le Verbe qui ôte les péchés du monde I Salut, terre 
bénie d'où sortit la branche qui fleurit divinement !... Anne 
«n Dieu bienheureuse, aïeule du Christ Dieu, qui as mis au 
monde la Mère de Dieu comme un flambeau brillant, daigne 
avec elle intercéder pour qu'à nos âmes soit faite une grande 
miséricorde. » — A sainte Anne d'Auray, où elle apparut en 
1623, 1624 et 1625 à Yves Nicolazic, les Bretons la proclament 
<( l'honneur de la Judée, la Mère de Marie. Joignant au sang 
des saints rois, celui de ses aïeux les pontifes, Anne surpasse 
par l'éclat des vertus l'illustration d'une telle race... Dans sa 
^hair prend vie l'astre immortel des vierges... Dans son sein, 
la Vierge écrase, en sa conception, la tête du dragon cruel. 
Nantie d'un tel gage de salut, la race humaine espère enfin ; 
au monde racheté la colombe annonce la paix qui la suit. » 
Hymne de la fête. 



SAINT JOSEPH 497 



qu'en dit VEvangile, — Si TEvangile est complète- 
ment muet sur le père et la mère de la sainte Vierge, 
il n'en est pas de même au sujet de son époux. 11 le 
nomme à plusieurs reprises, il le reconnaît fils de 
David, il le proclame juste et le montre fidèle à 
obéir aux ordres d'en haut. Mais c'est à peine si 
Joseph passe comme une ombre discrète, comme un 
personnage silencieux. On l'aperçoit à Bethléem, 
dans la fuite en Egypte, au retour de l'exil, dans 
l'atelier de Nazareth ; puis au lendemain du jour où 
il retrouva l'Enfant au milieu des docteurs, il dispa- 
raît à tout jamais, sans qu'on sache ni quand ni 
comment il quitta cette terre (i). 

2 . Son extraordinaire personnalité. — Pour peu 
qu'on essaye d'étudier ce personnage si muet mais 
si actif, et de pénétrer dans sa vie intime, que de 
merveilles on y découvre ! « La teinte à peine éclai- 
rée de la superficie cache un fond tout resplendis- 
sant ; et telle est la profondeur de ce fond, qu'elle 
semble croître à mesure qu'on la sonde, et qu'en 
somme l'âme se sent en présence d'un abîme. Elle 

I. BIBLIOGRAPHIE : Ac^d 5a/2c/oriîm, au 19 mars; Guyet, 
Heortologia, Paris, 1657 ; Isidore de Isola no, S anima de donis 
S. Joseph Adriano VI d'icata, Rome, 1887 » Trombelli, Vila e 
cuUodiS. Giuseppe, Bologne, 1767; Calmet, Dissertailo de S, 
Josepho, au t. vu de ses œuvres, Venise, 177/4 ; Vitali, Vita e 
gloria del gran Patriarca S , Giiiseppe, Rome, i883 ; Mariani, 
De calta S. Joseph ampUficando , Paris. 1887 ; Healy Thomp- 
son, The llfe and glories of S, Joseph, 3^ édit., Londres, iç)o4 ; 
Castello, Vila del glorioso Pairiarca san José, IMadrid, 1888 ; 
Ricard, Saint Joseph, sa vie et son culte, Lille, i8()3 ; Nocelli, 
Vliaerjrandezze del glorioso Pairiarca S. Giuseppe, Prato, 189^; 
"Cardinal Vives, Sainnia Josephina, Rome, 1907 ; Lépicier, 
Tractatas de S. Joseph, Paris, 1909 ; Kent, Easlern dévotion to 
S. Joseph, dans la Dublin Revieiu, 1890, p. 245 sq. ; dom Plai- 
ne, De calta S. Joseph tarde ostenso e jusque hodiernis mirabi^ 
Ubas incremenlis, dans Sladien and MiUheilangen, 1898, t. xix, 
p 174 sq. 

LE CATÉCHSME. — T. VlH, 32 



I\g8 LE CATÉCHISME ROMAIN 

■ ■ 

est alors comme insensiblement soulevée au-dessus 
du monde ordinaire de ses préoccupations et de ses 
pensées ; elle respire un air plus pur et comme em- 
baumé ; on dirait qu'une brise lui arrive de la 
patrie éternelle. Simplifiée et pacifiée en elle-même, 
elle est tout entourée d'une influence céleste, et 
ressent l'impression d'une sorte de voisinage de 
Dieu. Joseph est, en effet, un homme à part et sans 
pareil. Les saints, qui se ressemblent si peu, diffè- 
rent bien moins les uns des autres qu'ils ne diffè- 
rent de saint Joseph. Il forme un monde à lui tout 
seul, dans cet immense système de mondes qui est 
la société des élus. L'océan dont on ne voit plus les 
rivages, le firmament surtout qui n'en a pas, telles 
sont les figures qui se présentent ou plutôt s'impo- 
sent à l'esprit comme d'elles-mêmes quand nous 
cherchons à formuler ce que nous concevons de la 
physionomie morale de Joseph et du caractère de sa 
vie. On ne commettrait aucune inconvenance et 
l'on ne serait pas coupable de la moindre exagéra- 
tion en disant qu'il est comme une image créée de 
la nature divine. Fallait-il moins d'ailleurs pour 
qu'il fût assorti à ces deux autres images de Dieu 
qui sont iMarie et Jésus : Marie qui le nomme son 
époux, et Jésus qui l'appelle son père .^ Jésus, 
Marie, Joseph ! Quelle société ! quelle Irinité ! quelle 
famille (i) ! >) 

II. Sublimité de ses fonctions. — i. Apparence 
et réalité. — Saint Joseph est de race royale, de la 
tribu de Juda, de la maison de David. ^lais qui 
soupçonnerait une si glorieuse ascendance dans cet 
être effacé, dans cet humble artisan? 11 habite Naza- 
reth, une cité plutôt décriée ; et il y exerce un 

I. Gay, Conjérences t. ii, p. 137. 



SAINT JOSEPH /igg 



modeste métier ; il travaille de ses mains ; il est 
tout entier aux soins de sa famille ; il mène une vie 
d'humilité, d'abnégation, de sacrifice, c'est-à-dire 
de dévouement, d'amour, de sainteté. 

2. Mais quelle destinée que la sienne I — Celle d'être 
l'époux de Marie, de la Mère du Verbe incarné, du 
plus riche trésor de Dieu ; l'époux virginal devait 
servir de voile discret et dévoué à la virginité de 
Marie pour dérober aux regards profanes le grand 
mystère de l'Incarnation, pour sauver l'honneur de 
la Mère et de l'Iinfant, pour être à la fois leur 
témoin, leur garant, leur appui. Celle aussi de ser- 
vir de père à Celui qui n'en peut avoir sur terre et 
d'être ainsi, près de Jésus, le suppléant du Père 
célesle, son délégué officiel près d'un Enfant qu'il 
sait, par révélation, être le Sauveur promis, le 
\erbe incarné, son propre Créateur. Celle enfin 
d'être le dépositaire du grand mystère de l'Incarna- 
tion qu'il doit tenir secret et comme caché au 
monde jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de le faire con- 
naître pleinement. 

(( Pour garder la virginité de Marie sous le voile 
du mariage, quelle vertu est nécessaire à Joseph, 
demande Bossuet ? Une pureté angélique, qui puisse 
en quelque sorte répondre à la pureté de sa chaste 
épouse. Pour conserver le Sauveur Jésus parmi 
tant de persécutions qui l'attaquent dès son enfance, 
quelle vertu demanderons-nous ? Une fidélité invio- 
lable, qui ne puisse être ébranlée par aucuns périls. 
Enfin pour garder le secret qui lui a été confié, 
quelle vertu y emploiera-t-il, sinon cette vertu 
admirable, qui appréhende les yeux des hommes, 
qui ne veut pas se montrer au monde, mais qui 
aime à se cacher avec Jésus-Christ (i) ? » 

I. Premier panégyrique de saint Joseph, Exordc. 



5oO LE CATECHISME ROMAIN 

« Entre toutes les vocations, j'en remarque deux 
dans les Ecritures, continue l'évêque de Meaux (i), 
directement opposées : la première, celle des apô- 
tres ; la seconde, celle de Joseph. Jésus est révélé 
aux apôtres, Jésus est révélé à Joseph, mais avec des 
conditions bien contraires. Il est révélé aux apôtres, 
pour l'annoncer par tout l'univers; il est révélé à 
Joseph, pour le taire et le cacher. Les apôtres sont 
des lumières pour faire voir Jésus-Christ au 
monde ; Joseph est un voile, pour le couvrir ; efc 
sous ce voile mystérieux on nous cache la virginité 
de Marie et la grandeur du Sauveur des âmes. Aussi 
lisons-nous dans les Ecritures que lorsqu'on le vou- 
lait mépriser, « N'est-ce pas là, disait-on, le fils de 
Joseph? » Si bien que Jésus, entre les mains des 
apôtres, c'est une parole qu'il faut prêcher : Pvœdi* 
cate verbiun Evaiigelii hajas (2) ; et Jésus, entre les 
mains de Joseph, c'est une parole cachée : Verbum 
abscondilum, et il n'est pas permis de la décou- 
vrir. )) 

3. Saint Joseph est le gardien du dépôt sacré, — 
<( Les saintes règles de la liturgie prescrivent que 
l'eucharistie, conservée dans nos tabernacles, réside 
dans un ciboire d'or ou d'argent, et que ce ciboire 
lui-même soit recouvert d'un voile d'or, d argent 
ou de soie. Dans le mystère du Verbe incarné, l'hos- 
tie consacrée, c'est Jésus ; le ciboire, c'est Marie ; 
le voile, c'est saint Joseph. Comme le ciboire n'est 
que pour Ihostie, le voile non plus n'est que pour 
l'hostie etle ciboire; de même Marie n'existe et ne vit 
que pour Jésus ; Joseph n'existe et ne vit que pour 
Jésus et pour elle. C'est un être tout relatif. Dieu, 
dans l'éternité, ne l'a pensé qu'en pensant Jésus et 
Marie ; c'est parce qu'il a voulu Jésus et Marie qu'il 

I. Ibid , troisième point. — 2. /le'., v, 20. 



I 
I 



SAINT JOSEPH 5oi 



a voulu Joseph ; car, quoique secondaire à certains 
égards, la présence et la coopération de Joseph 
importent essentiellement à l'intégrité, à l'exécu- 
tion, au succès du mystère de Jésus... Jésus et 
Marie lui sont tout : Dieu les lui a confiés comme un 
dépôt sacré. La garde de ce dépôt devient toute sa 
charge et Tunique emploi de sa vie. C'est en gar- 
dant ce dépôt qu'il obéit à Dieu, qu'il fait son 
œuvre, accomplit toute justice, et monte aux cimes 
de la sainteté. Et c'est parce qu'il l'a gardé avec 
une fidélité incomparable que l'Eglise du ciel et de 
la terre le louent unanimement, et lui décernent 
une gloire qui va croissant toujours (i). » 

4. Son obéissance silencieuse et persévérante. — 
Qu'admirer le plus en lui ? Sa docilité ou son 
silence ? Dès que le mystère de l'Incarnation est 
accompli, un ange lui dit de ne pas craindre de 
prendre avec lui Marie, son épouse ; et il la prend. 
A Bethléem, il lui dit de prendre l'Enfant et sa 
mère, de fuir en Egypte, et d'y rester jusqu'au 
moment voulu ; et Joseph part pour l'Egypte avec 
Jésus et Marie. Il lui dit de retourner en Judée et de 
se retirer en Galilée ; et Joseph rentre à Nazareth. 
Pas une hésitation, pas une demande d'explication, 
en dépit des difficultés ou des impossibilités appa- 
rentes. Et c'est toujours pendant son sommeil qu'il 
est ainsi prévenu, par l'ange, des volontés divines ; 
et cela lui suffît. 

Pas un seul mot de lui n'est rapporté dans l'Evan- 
gile. Nommé le premier par les auteurs inspirés et 
par la Vierge elle-même, ce n'est pourtant pas lui 
qui prend la parole. Il sait le secret de l'auguste 
origine et de la nature divine de Jésus, mais il le 
garde. Encore une fois, a safojiction était de cacher 



I. Gay, op, cil., t. 11, p. 162. 



5o2 LE GATr^GHISME ROMAIN 



le Fils de Dieu et en quelque sorte de Tobscurifier. 
Représentez-vous toute réconomie du mystcre de 
rincarnation comme un grand tableau dans lequel 
vous verrez dépeint Dieu le Père, son Fils unique, le 
Saint-Esprit et la sainte Vierge, et ces quatre per- 
sonnes éclatantes d'autant de lumières qu'elles opè- 
rent de prodiges dans ce mystère. Mais au lieu que 
dans un tableau matériel, l'ombre a toujours pour 
objet de faire ressortir les figures en repoussoir ou 
en relief; ici, au contraire, il faut une ombre pour 
tempérer et pour éteindre leur trop grand éclat, de 
peur qu'elles n'éblouissent ou qu'elles n'aveuglent 
les yeux des mortels ; et le seul Joseph a une vertu 
d obscurité si étendue qu'elle suffit pour les voiler 
toutes, jusqu'au temps où il plaise à Dieu de les 
manifester. La sainte Vierge, en effet, est cachée à 
l'ombre de saint Joseph : sa virginité, sa maternité 
divine, sont enveloppées du voile de son mariage 
avec lui. Le Saint-Esprit est pareillement caché sous 
cette même ombre ; car ce qui est né de Marie, dit 
lEvangile, est l'ouvrage du Saint-Esprit : c'est là 
son chef-d'œuvre, sa gloire, dont l'humble époux 
de Marie éteint en lui les rayons. Que dirai-je de 
ce chef-d'œuvre lui-même, de l'Homme-Dieu ense- 
veli dans cette obscurité jusqu'à passer pour fils du 
charpentier.^ Enfin Dieu le Père est tellement dérobé 
par saint Joseph, qu'il aura besoin, en quelque 
sorte, de venir revendiquer lui-même son Fils, au 
jour de son baptême, par cette parole céleste : 
(( Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui j'ai mis 
toutes mes complaisances (i). » 

5. Rôle unique, rôle obscur, mais d'autant plus 
sublime. — Gomme c'est un plus grand prodige de 
voir la gloire de Dieu anéantie, que de la voir écla- 

I. A. Nicolas, La Vierge Marie, t. ii, p. 34i. 



SAINT JOSEPH 5o3 



tante de majesté, la toute-puissance de Dieu s'est 
montrée plus miraculeuse en un sens dans le seul 
Joseph, dont elle s'est servi comme d'un voile pour 
cacher sa gloire, que dans tout le reste des saints, 
qu'elle a employés pour la manifester ; et Ton doit 
regarder et vénérer ce grand saint comme ces au- 
gustes ténèbres, dont parle l'Ecriture, sous lesquel- 
les la majesté de Dieu a voulu se retirer. Mais, 
comme ces nuages, dont le soleil n'éclaire que la 
partie que nous ne voyons pas, et qui sont d'autant 
plus lumineux du côté du ciel qu'ils sont plus obs- 
curs à la terre, la gloire de Joseph éclate aux yeux 
de Dieu et des anges en raison de son obscurité 
aux regards des hommes (i). » 

III. Dévotion et culte de saint Joseph. — 
I . Tardive apparilion de celte dévotion et de ce culte, 
— On comprend sans peine que, pour éviter les 
dangers de l'idolâtrie, le culte des saints en général 
ne se soit manifesté et n'ait été liturgiquement con- 
sacré que lorsque la foi en la divinité du Christ a 
été inébranlablement assise. On s'est demandé seu- 
lement pourquoi la dévotion envers Marie et le culte 
de la sainte Vierge n'ont pas été les premiers à 
paraître dans l'ordre chronologique. La même 
question se pose au sujet de saint Joseph, d'autant 
plus que sa dévotion et son culte sont de beaucoup 
postérieurs. Il y avait longtemps que les calendriers 
et les martyrologes contenaient les noms de saints et 
des jours de fêtes consacrés à honorer leur mémoire, 
avant que le nom de saint Joseph n'y fût inscrit. 
Celui de la Vierge s'y trouva d'assez bonne heure, 
comme nous l'avons vu, mais celui de son glo- 
rieux époux en restait exclu. C'est là un fait à 
constater. Quant aux raisons de ce fait, elles appar- 



I. A. Nicolas, Ihid., p. 343, 



5o4 LE CATÉCHISME ROMAIN 

tiennent à Dieu, dont les vues providentielles res- 
tent toujours adorables sans cesser d'être mysté- 
rieuses. Il semble pourtant que Dieu n'avait rien 
négligé pour autoriser la dévotion et le culte de 
saint Josepb. L'Evangile, malgré sa discrétion, 
nous a laissé, sur l'époux de Marie et le père nour- 
ricier de Jésus, des traits suffisamment caractéristi- 
ques. Il contient en germe tous les éléments justifi- 
catifs de cette dévotion et de ce culte. Mais le germe 
est resté longtemps caché sans donner signe de vie. 
11 n'était pas mort cependant; il attendait seulement 
pour s'épanouir l'heure marquée par la Providence. 
Aux origines chrétiennes, c'eut été trop tôt ; Joseph, 
comme le prétendaient certains hérétiques, aurait 
passé pour le père du Sauveur selon la chair. Plus 
tard, il convenait que le culte de Marie s'établît et 
prît le premier rang dans le culte des saints ; celui 
de Joseph pouvait alors paraître et lui être associé 
dans la piété des fidèles et les pompes de la liturgie. 
11 parut, en effet, et fut soumis, comme tout ce qui 
est vivant dans l'Eglise, à un développement inces- 
sant, subordonné pour ainsi dire, et corrélatif au 
culte de Marie. On peut en poursuivre les étapes, 
depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; le progrès 
en a toujours été sensible, et il n'est pas près de 
finir. Pour avoir tant tardé à paraître, il ne s'est 
pas moins épanoui, sous Taction inspiratrice de 
l'Esprit-Saint et la sage autorité de l'Eglise, avec de 
magnifiques compensations. 

2. Cesl en Orient qu'a para tout d'abord le culle de 
saint Joseph. — Pour le culte de saint Joseph comme 
pour celui de la sainte Vierge, l'Orient a précédé 
l'Occident, mais il a été ensuite dépassé. Ce que 
raconte Nicéphore Calliste (i) d'une église qui aurait 

I. Hisl. eccL, viii, 3o. 



SAINT JOSEPH 5oS 



été élevée en l'honneur de saint Joseph par sainte 
Hélène, à Bethléem, ne repose sur aucune donnée 
certaine du iv^ siècle. On a cru par ailleurs que, dès 
le ix^ siècle, on célébrait une fête de saint Joseph,, 
mais la preuve fait défaut. Le calendrier de Cons- 
tantinople n'en contient pas la moindre trace, alors 
qu'il renferme déjà la fête de saint Joachim et de 
sainte Anne. En revanche, le ménologe de Basile 
Porphyrogénète, qui est de la fin du x^ siècle, con- 
tient une double mention de saint Joseph. Il mar- 
que, en effet, pour le 25 décembre, une synaxe 
spéciale en l'honneur de Joseph, époux et gardien 
de la Vierge, et, pour le dimanche qui suit la NoëU 
la mémoire de saint Joseph unie à celle du roi 
David et de Jacques, frère du Seigneur (i). Cette 
synaxe et cette mémoire devaient exister peu avant 
Basile. C'est donc à la fin du ix^ siècle ou dans la 
première moitié du x^ que le culte de saint Joseph 
a été institué en Orient ; mais nous ignorons dans 
quelles circonstances. 

Le ménologe de Basile porte aussi, à la date dm 
26 décembre, cette indication : Faite de la Mère de 
Dieu en Egypte. Dans la suite, la mémoire de saint 
Joseph a dû être portée du 26 au 26 décembre, car 
les Menées signalent, au 26 décembre, à la synaxe 
de la Mère de Dieu, saint Joseph, époux et gardien 
de la Vierge, et Euthymius, évêque de Sardes^ 
martyr (2). Actuellement encore, le dimanche après- 
Noël est la Commemoratio sanctoram et justorum 
Joseph, sponsi sanctœ Virginis Delparœ, Domiiix nos- 
trœ ; Jacohl, fratris Doniini, et David, prophetac et 
régis (0). C'est dire que l'Eglise orientale n'a pas, à 
proprement parler, de fête spéciale en l'honneur de 

I. Cf. Morcdli, Kalendarium, t. i, p. 283-284. — 2. Nilies, 
Kalendarium, t. i, p. 3GG. — 3. ISilles, Kalendarium, t. 11, p. 
043. 



5o6 LE CATÉCHISME ROMAIN 



saint Joseph (i) ; elle s'en est tenue à ses anciens 
usages sans y introduire la moindre modification. 
Seuls les catholiques ont accepté la fête latine du 
19 mars (2). 

3. En Occidenl, le calle de sidiit Joseph a été mieux 
Javorisé. — C'est grâce à l'ordre des Carmes que la 
dévotion à saint Joseph a été introduite et propagée 
dans l'Eglise latine, au xiii^ siècle. Bien accueillie 
par les Servîtes, les lîénédictins, les Dominicains et 
les Franciscains, elle devait se traduire par l'érection 
d'églises et l'institution d'une fête en l'honneur de 
saint Joseph. Benoît XIV signale, à Bologne, l'exis- 
tence de la première église qui ait été consacrée au 
grand patriarche (3). Confiée d'abord aux Bénédic- 
tins, elle passa, en i3oi, aux Servîtes, qui en firent 
un centre de dévotion. Trombelli croit que c'est 
dans ce sanctuaire que saint Bernardin de Sienne 
prononça son célèbre sermon sur saint Joseph (4). 
En i32/|, le chapitre général des Servîtes décida de 
célébrer, dans l'ordre, la fête du saint. Pareille 
décision fut prise, en 1389, par les Franciscains, 
qui firent un oHîce à neuf leçons. Des cloîtres, la 
dévotion et le culte de saint Joseph se répandirent de 
plus en plus près des âmes pieuses. D'illustres person- 
nages, tels que Gerson, qui proposait, pour ramener 
la paix et l'unité dans l'Eglise, l'institution d'une fête 
de saint Joseph ; le dominicain Isidore de Isolano, 
qui dédiait à Hadrien VI (i522-i523) sa Samma de 

1. Nilles, Kalendarlum, t. 11, p. 708, 722, signale les Go^es, 
qui fêtent saint Joseph, le 26 épip ou i'^' août. — 2. Tels les 
Italo-grecs et les Giialdéens, Nilles, Kalendarlum, t. 11, p. 548, 
682 ; les catholiques du rite syriaque pur ont conservé en 
outre la fête du 26 décembre ; Nilles, op. cit., t. i, p. 466 ; et 
ceux du rite syro-maronite, celle du dimanche qui suit la 
Noël ; Nilles, op. cit., t. i, p. 486. — 3. De seru. Dei beatij,, 1. 
IV, p. II, app. n. — 4. Vita di San Giaseppe, p. -2^1. 



SAINT JOSEPH 507 



donis sancti Joseph ; des saints, tels que Vincent 
Ferrieret Bernardin de Sienne, qui prêchaient ses 
vertus ; la Réformatrice du Carmel, Thérèse d'Avila, 
qui certifiait n'avoir jamais recouru en vain à l'in- 
tercession de saint Joseph ; Tévêque de Genève, 
François de Sales, qui recommandait avec tant 
d'instances aux Visitandines la dévotion à saint 
Joseph ; des orateurs comme Bossuet, qui a con- 
sacré à saint Joseph les prémices de son éloquence, 
(( et fit tellement partager à la reine mère et à 
Louis XIV sa vénération pour ce glorieux déposi- 
taire de la virginité de Marie et de l'humanité du 
Fils de Dieu, que, sur lettres closes et ordres très 
exprès du grand roi, les Cours souveraines ordon- 
nèrent que sa fête serait chômable et obligatoire, 
avec interruption de travail et cessation entière des 
affaires pour tout le royaume (i) ; » tous ces per- 
sonnages, du XV® au xvu^ siècle, contribuèrent puis- 
samment à faire connaître, aimer et honorer l'époux 
de la sainte Vierge. 

4. L'ac lion des papes. — De privé, le culte de saint 
Joseph devait devenir public ; des ordres religieux, 
il devait s'étendre à toute TEgUse ; et de plus en 
plus il devait être entouré d'éclat. C'est aux ponti- 
fes romains qu'on doit cette consécration, cette 
extension et cette exaltation. Enumérons simple- 
ment les actes décisifs de leur intervention auto- 
risée. On doit à Sixte IV (1/171-1484) l'insertion au 
bréviaire et au missel romain de la fête de saint 
Joseph. En 162 1, Grégoire XV la rangea parmi le^ 
fêtes de précepte ; Urbain VIII l'y maintint (2) ; 
Clément X, en 1670, l'éleva au rite double de 11^ 
classe ; en 1714, Clément XI lui donna une messe 
et un office propres ; en 1726, Benoit XIII fit insé- 

I. A. Nicolas, La Vierge Marie, t. ir, p. 352. — 2. Voir t. vr, 
p. 46-47. 



5o8 ' LE CATÉCHISME ROMAIN 



rer aux litanies le nom de saint Joseph ; en 18/47, 
Pie IX éleva au rite double de IP classe la fête du 
Patronage de saint Joseph, déjà concédée pro aliqui- 
bas locis et fixée au troisième dimanche après Pâques 
par un décret de 1680, et retendit à toute TEglise ; en 
1870, il déclara le grand patriarche Patron de l'Eglise 
universelle, et en même temps il éleva sa fête au rite 
double de I" classe, mais sans octave à cause du 
carême (i) ; en 1889, Léon XIll s'exprimait ainsi, 
dans son encyclique Qaamqaam plaries : « Dans les 
endroits, où le dix-neuf mars, consacré au bienheu- 
reux Joseph, n'est pas fête de précepte, nous exhor- 
tons les fidèles à sanctifier autant que possible ce 
jour par la piété privée, enThonneur de leur céleste 
patron, comme si c'était une fête de précepte. » 
Cette fête n'était, en effet, obligatoire que dans les 
pays de droit commun ; partout ailleurs elle avait 
été supprimée par des concordats. Aujourd'hui, 
depuis le Mola proprio du 2 juillet 191 1, elle est 
supprimée pour toute l'Eglise. Mais saint Joseph 
n'en reste pas moins l'objet de la piété privée. Et S. 
S. Pie \, ratifiant, le 7 août 191 1, le décret du 2/i 
juillet de la Congrégation des Rites, a décidé que 
lafêteduig mars, sans fériation et sans octave, 
continuerait à être célébrée sous le rite double de 
P' classe, mais avec ce titre nouveau : Commemoratio 
solemnis sancll Joseph^ Sponsi beatœ Mariœ Virginis, 
confessoris {2) ; il a décidé en outre que la fête du 
Patronage de saint Joseph, fixée au troisième diman- 
che après Pâques, serait élevée au rite double de P^ 
classe avec octave, et rangée désormais parmi les 
Jesta primavia (3), sous le titre de Soleninilas sancti 

- 1. Décret Urbls et Orbis^ du 8 décembre 1870. — 2. Décret 
Urbis et Orbis, a. 1. — o.Ibid., a. 11 ; ceci modifie le classement 
des fêtes établi par le décret des 22 et 27 août 1898; Décréta 
authentlca, n. 38 10. 



SAINT JOSEPH 609 



Joseph, Sponsi beatae Marise Virginis, Confessoris, 
Ecclesiae universalis patroni (i). C'est donc celle-ci 
qui est désormais la fête principale de saint Joseph. 

5. Développement de la dévotion et du culte de saint 
Joseph. — Quelle marche ascendante dans la dévo- 
tion et le culte de saint Joseph, depuis leur première 
apparition dans l'Eglise latine I Quels humbles dé- 
buts jadis, et aujourd'hui quel merveilleux épanouis- 
sement ! Ainsi vont les choses de Dieu : elles reçoi- 
vent de Dieu leur force intime de germination ; et, 
sous l'action du Saint-Esprit, elles reçoivent de 
l'Eglise leur consécration. Aussi bien il y avait dans 
les âmes délicates et les cœurs pieux comme un 
pressentiment et comme un besoin de l'extension 
de ce culte (2). Mais qui eut pu en deviner la gran- 

I. La fête du Patrona^^e n'appartenait jusque-là, sous le 
rite double de II** classe, qu'aux /esta secandaria. — 
2. « Beau soleil, père des jours, hâte ta course, écrivait le 
P. Jacquinot, La gloire de saint Joseph, Dijon, i6/i5, p. 2o4, 
fais vitement naître cette heure fortunée, en laquelle doivent 
être accomplis les oracles des saints, qui nous promettent que 
sur le déclin du monde, on fera magnilîquement paraître 
toutes les grandeurs de saint Joseph ; qui nous assurent que 
Dieu même tirera le rideau et déchirera le voile qui nous a 
empêchés jusqu'à maintenant de voir à découvert les mer- 
veilles du sanctuaire de Tàme de Joseph ; qui prédisent que 
le Saint-Esprit agira incessamment dans le cœur des fidèles 
pour les énaouvoir à exalter la gloire de ce divin personnage, 
lui consacrant des maisons religieuses, lui bâtissant des tem- 
ples et dressant des autels ; qui publient que, par tout l'em- 
pire de l'Eglise militante, on reconnaîtra pour protecteur 
particulier ce saint qui l'a été de Jésus-Christ, fondateur du 
môme empire ; qui nous font espérer que les Souverains Pon- 
tifes ordonneront, par un secret mouvement du ciel, que la 
fête de ce grand Patriarche soit solennellement célébrée par 
toute l'étendue du domaine spirituel de saint Pierre ; qui an- 
noncent que les plus savants hommes de l'univers s'emploie- 
ront à la recherche des dons de Dieu cachés dans saint Joseph 
et qu'ils y rencontreront des trésors de grâces incomparable- 



5lO LE CATÉCHISME ROMAIN 

deur et l'éclat? Il s'est passé pour saint Joseph ce 
qui s'était passé pour la sainte Vierge, dans les mani- 
festations de la piété chrétienne. Marie avait son 
mois de mai, Joseph eut son mois de mars ; Marie 
a eu de plus son mois d'octobre, tout entier consa- 
cré au Rosaire, et voilà que Joseph, par une atten- 
tion déUcale de Léon \11I, a été associé à Marie 
dans les pratiques religieuses de ce même mois 
d'octobre, a INous prescrivons, écrivait Léon XIII, 
que, pendant tout Je mois d'octobre, à la récitation 
du rosaire on ajoute une prière à saint Joseph ; il 
sera ainsi fait chaque année à perpétuité. » ^ oici la 
formule de cette prière (i) : 

(( Nous recourons à vous dans notre tribulation, 
bienheureux Joseph, ci après avoir imploré le secours de 
votre sainte Epouse, nous sollicitons aussi avec confiance 
votre patronage. Par l'afTection qui vous a uni avec la 
Vierge immaculée, Mère de Dieu ; par l'amour paternel 
dont vous avez entouré l'Enfant Jésus, nous vous sup- 
plions de regarder avec bonté l'héritage que Jésus-Christ 
a acquis de son sang et de nous assister de votre puis- 
sance, de votre secours dans nos besoins. Protégez, ô 
très sage Gardien de la divine ramille, la race élue de 
Jésus-Christ ; préservez-nous, ô Père très aimant, de 
toute souillure d'erreur et de corruption ; soyez-nous 
propice et assistez-nous, du haut du ciel, ô notre très 
puissant Libérateur, dans le combat que nous livrons à 
la puissance des ténèbres ; et de môme que vous avez 
arraché autrefois l'Enfant Jésus au péril de la mort, 
défendez aujourd'hui la sainte Eglise des embûches de 
l'ennemi et de toute adversité. Accordez-nous votre per- 
pétuelle protection, afin que, soutenus par votre exemple 

ment plus précieux et plus abon^lants, que n'en posséda la 
meilleure parlio des piédestinés de l'Ancien Testament par 
l'espace de quarante siècles. » 

I. Encyclijue « Qaaniquam pluries, » i3 août i88c). 



FÊTE DE SAINT JOSEPH 5ll 



et votre secours, nous puissions vivre saintement, pieuse- 
ment mourir et obtenir la béatitude éternelle du ciel. 
Ainsi soit-il. » 

De nos jours, enfin, on a été jusqu'à demander 
qu'on établisse en l'honneur de saint Joseph un 
culte de protodalie, et qu'on insère son nom, immé- 
diatement après celui de la sainte Vierge, dans le 
Confiteor et dans les prières de la messe, au Suscipe 
sancta Trinilas, au Communicantes et au Libéra nos. 
Mais jusqu'ici la Congrégation des Rites n'a pas 
donné suite à ces demandes. Mais vraisemblable- 
ment de nouvelles instances pourraient être cou- 
ronnées de succès. 

IV. Fête de saint Joseph. — i. Fixée au i9 
mars, — A quel moment mourut saint Joseph .^ On 
n'en peut rien dire de certain, faute d'un témoi- 
gnage assuré ; mais on peut conjecturer avec assez 
de vraisemblance qu'il était déjà mort, lorsque 
Jésus commença sa vie publique, car il n'est pas 
question de lui aux noces de Cana. Il avait sûre- 
ment cessé de vivre au moment de la Passion, car 
ce n'est pas à saint Jean, mais à lui, que le Sauveur 
aurait confié sa mère. Sa mort devait être assez 
récente, et son souvenir était encore vivant parmi 
le peuple, aux débuts du ministère évangéiique, 
puisque l'on disait de Jésus à Nazareth : « IN'est-ce 
pas là le fils de Joseph (i) .^ » — « N'est-ce pas là le 
fils du charpentier (2) .^ » — « N'est-ce pas le char- 
pentier, le fils de Marie (3) .^ » 

Oii est-il mort ? Même incertitude pour répondre 
à cette question. A raisemblablement à Nazareth, 
son séjour habituel. Peut-être à Jérusalem, car une 
tradition le dit enseveli dans la vallée de Josaphat. 

I. Lac, IV, 22. — 2. Mallh.y xui. 54. — 3. Marc, vi, 3. 



5l2 LE CATÉCHISME ROUMAIN 



Bède s'est fait Técho de cette tradition, et les auteurs 
'des Acla Sanclorum n'y voient aucune invraisem- 
blance. Dans ce cas, c'est pendant un pèlerinage à 
la ville sainte, au moment des fêtes pascales, que 
saint Joseph aurait achevé sa mission sur la terre. 

A défaut d'une date précise et certaine sur le jour 
<Je celte mort, l'Eglise latine a choisi le 19 mars, 
qui était la date marquée déjà dans la plupart des 
martyrologes depuis le x^ siècle et celle où l'on célé- 
brait la fête de saint Joseph dans plusieurs sanc- 
tuaires, à Bologne, à Milan, à Florence et ailleurs (i). 
C'est aussi la date qui convient )e mieux à la tradi- 
tion dont nous avons parlé. 

2. La messe. • — Tout l'oirice liturgique est la glo- 
rification de saint Joseph. Dans les chants, l'Eglise 
rappelle Taction prévenante et les récompenses dont 
Dieu a favorisé son serviteur : « ïu l'as prévenu de 
bénédictions exquises ; tu as mis sur sa tête une 
couronne d'or pur (2). » Mais les prévenances ne 
sont rien, si celui qui en a été l'objet, n'y corres- 
pond pas; elles sont pleines de promesses, au con- 
traire, s'il s'y prête généreusement. Alors « le juste 
croîtra comme le palmier, il s'élèvera comme le 
cèdre du Liban. Planté dans la maison de Jéhovah, 
il fleurira (3). » Et ce sera, pour la terre, un spec- 
tacle réconfortant : « Heureux l'homme qui craint 
Jéhovah, qui met toute sa joie à observer ses pré- 
ceptes ; sa postérité sera puissante sur la terre ; la 
race des justes sera bénie ; il a dans sa maison 
bien-être et richesses, et sa justice subsistera à 
jamais (4). » Car Dieu l'a dit : « Ma fidélité et ma 
bonté seront avec lui, et par mon nom grandira 
sa puissance (5). » Et Dieu a prévenu celui qu'il 

I. Cf. Lépicier, Tract, de S. Joseph, p. 2^9, 240. — 2. Ps., 
XX, li, 5 ; giaduel. — 3. /'s., xci, i3, i^i ; ialroït. — 4. Ps., cxi, 
1-3 ; graduel. — 5. Ps.y lxxxvui, 20 ; oirertoire. 



I 



PATRONAGE DE SAINT JOSEPH 5l3 

destinait comme époux à la Vierge et comme père 
nourricier au Sauveur ; il l'a assisté ; il a fait écla- 
ter sa gloire, et cette gloire brille dans TEglise d'un 
incomparable éclat. 

En l'honneur de Joseph, la liturgie emprunte à 
V Ecclésiastique (i) l'éloge de Moïse, le Législateur 
des Hébreux, l'un des plus grands personnages de 
l'Ancien Testament, et à VEvangile (2) ses titres per- 
sonnels d'époux vierge de la Vierge Marie, de pro- 
tecteur de la Mère et du fils, auquel il est chargé 
par le ciel de donner le nom de Jésus. Nous avons 
vu avec quel empressement, quelle fidélité résolue 
€t discrète, saint Joseph a rempli sa mission déli- 
cate et auguste ; mais une telle conduite, quels 
mérites ne suppose-t-elle pas ? Ces mérites, sans 
mesure appréciable, le rapprochent intimement de 
Marie et de Jésus ; ils correspondent à ces privilèges 
exceptionnels ; et c'est sur eux que se fonde la litur- 
gie pour formuler au Christ Sauveur la prière de la 
fête de ce jour : « Faites, Seigneur, nous vous en 
supplions, que nous soyons aidés par les mérites 
de l'Epoux de votre très sainte Mère, et que nous 
soit donné par son intercession ce que notre fai- 
blesse est incapable d'obtenir (3). » 

V. Fête du Patronage de saint Joseph. — 
I. Vidée d'une seconde fêle de saint Joseph. — D'ordi- 
naire, les saints n'ont qu'une seule fête, celle de 
leur mort ou plutôt de leur naissance à la vie glo- 
rieuse ; de très bonne heure, Jean-Baptiste en eut 
deux ; la sainte Vierge en a plusieurs. Supérieur au 
Précurseur à cause de ses fonctions auprès de 
l'Enfant Jésus, Joseph méritait bien lui aussi plus 
d'une fête. Mais laquelle ? Celle surtout de son 
patronage, qui pouvait être motivée, soit par la 

I. EcclL, XLV, 1-6. — 2. Malth», i, 18-21, — 3. Collecte. 

LB CATÉCHISME, — T. VIII , 3 } 



5l4 LE CATÉCHISME ROMAIN 



confiance éprouvée des fidèles en son intercession, 
soit par la nature des fonctions qu'il exerça dans la 
sainte Famille, et qu'il est tout naturel qu'il exerce 
dans cette grande famille qu'est TEglise catholique. 
2. Témoignage de sainte Thérèse, — En faveur de 
l'institution d'une telle fête, on peut invoquer tout 
particulièrement le témoignage de sainte Thérèse. 
La grande carmélite avait eu vainement recours aux 
hommes pour sortir d'une dangereuse maladie ; elle 
s'adressa donc au ciel. 

(( Je pris pour patron et pour intercesseur le glorieux 
saint Joseph, je me recommandai beaucoup à lui, et j'ai 
rcconim depuis que ce graiid saint m'a donné en cette 
occasion et en d'autres où il allait mcme de mon hon- 
neur et de mon salut, une plus grande et une plus 
prompte assistance que je n'aurais osé lui demander. Je 
ne me souviens pas de l'avoir jusqu'ici prié de rien que 
je n'aie obtenu, ni ne puis penser sans étonnement aux 
grâces que Dieu m'a faites par son intercession, et aux 
périls dont il m'a délivrée, tant pour l'ànie que pour le 
corps. Il semble que Dieu accorde à d'autres saints la 
grâce de nous secourir clans de certains besoins ; mais je 
sais par expérience c[uc saint Joseph nous secourt en tous; 
comme si Notre Seigneur voulait faire voir que, de même 
qu'il lui était soumis sur la terre, parce qu'il lui tenait 
lieu de père et en portait le nom, il ne peut dans le ciel 
lui rien refuser. D'autres personnes à qui j'ai conseillé de 
se recommander à lui l'ont éprouvé comme moi ; plu- 
sieurs y ont maintenant une grande dévotion ; et je 
reconnais tous les jours de plus en plus la vérité de ce 
c]ue je viens de dire... 

(( L'expérience que j'avais des grâces que Dieu accorde 
par l'intercession de ce grand saint me faisait souhaiter 
de pouvoir persuader à tout le monde d'avoir une grande 
dévotion pour lui, et je n'ai connu personne qui en ait 
une véritable et la lui ait témoignée par ses actions, qui 
ne se soit avancé dans la vertu. Je ne me souviens pas de 
lui avoir, depuis quelques années, rien demandé le jour 



PATRONAGE DE SAINT JOSEPH 5l5 



de sa fête, que je n'aie obtenu ; et s'il se rencontrait quel- 
que imperfection clans l'assistance que j'implorais de lui, 
il en réparait le défaut pour la faire réussir à mon avan- 
tage. . . Je me contenterai de prier, au nom de Dieu, ceux 
qui n'ajouteront pas foi à ce que je dis, de le vouloir éprou- 
ver ; et ils connaîtront par expérience combien il est avan^ 
tageux de recourir à ce grand patriarche, avec une dévo- 
tion particulière (i). » 

Forte de cette expérience, c'est dans une maison 
et une chapelle préalablement consacrées à saint 
Joseph, que Thérèse commença, à Avila, la réforme 
du Carmel. Son exemple et son témoignage n'ont 
pas été perdus. Ils sont autorisés, du reste, par les 
analogies frappantes que Dieu a établies entre Joseph 
et le fils de Jacob, vendu par ses frères, etdevenu, au 
milieu d'un concours surprenant de circonstances, 
le premier ministre de Pharaon. 

3. Raisons de celle fêle da Palronage. — Saint Ber- 
nard, l'un des premiers, s'est plu à relever ces ana- 
logies. (( Le premier Joseph, dit-il (2), vendu par 
ses frères, et en cela figure du Christ, fut conduit 
en Egypte ; le second, fuyant la jalousie d'Hérode, 
porta le Christ en Egypte. Le premier Joseph, gar- 
dant la foi à son maître, respecta l'épouse de celui- 
ci ; le second, non moins chaste, fut le gardien de 
sa Souveraine, de la Mère de son Seigneur, et le 
témoin de sa virginité. Au premier fut donné Tin- 
telligence des secrets révélés par les songes ; le 
second reçut la confidence des mystères du ciel 
même. Le premier conserva les récoltes du fro- 
ment, non pour lui-même, mais pour tout le peu- 
ple ; le second reçut en sa garde le Pain vivant 
descendu du ciel, pour lui même et pour le monde 
entier. » 

I. Vie de sainte Thérèse écrite par elle-même, c. vi. — 2. Super 
« M issus est, » homil. n, 16. ; 



5l6 LE CATÉCHISME ROMAIN 

Le patronage de saint Joseph se trouve annoncé 
dans le rôle du fils de Jacob, auquel Pharaon dit : 
a C'est toi qui gouverneras ma maison, et tout mon 
peuple obéira à ta bouche ; par le trône seulement 
Je suis plus grand que toi. Voici que je t'établis sur 
tout le peuple d'Egypte. » Et Pharaon donna son 
anneau à celui qu'il nomma dans la langue égyp- 
tienne Sauveur du monde (i). Et lorsqu'on s'adres- 
sait à lui, il répondait : « Allez à Joseph. » Un rôle 
analogue a été confié à saint Joseph près de la 
Sainte Famille ; et ce rôle s'étend à l'Eglise toute 
entière. C'est là ce que reconnaissait Pie IX dans le 
décret où il proclama officiellement, au milieu des 
épreuves et des calamités, saint Joseph patron de 
l'Eglise catholique (2). 

4. Témoignage de Léon XIII. — « Les raisons et 
les motifs spéciaux pour lesquels saint Joseph est 
nommément le Patron de l'Eglise et qui font que 
l'Eglise espère beaucoup, en retour, de sa protection 
et de son patronage, sont que Joseph fut l'époux de 
Marie et qu'il fut réputé le père de Jésus-Christ. De là 
ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire. 
Certes, la digaité de Mère de Dieu e^t si haute qu'il ne 
peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme 
Joseph a été uni à la bienheureuse A ierge par le lien 
conjugal, il n'est pas douteux qu'il n'ait approché plus 
que personne de cette dignité suréminente par laquelle la 
Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures 
créées. Le mariage est, en effet, la société et l'union de 
toutes la plus intime, qui entraîne de sa nature la com- 
munauté des biens entre l'un et l'autre conjoints. Aussi, 
en donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu 
lui donna non seulement un compagnon de sa vie, un 
témoin de sa virginité, un gardien de son honneur, mais 
encore, en vertu même du pacte conjugal, un partici- 

I. Gen., xLi, 4o sq. — 2. Décret Urbis et Orbis, du 8 décem- 
bre 1870. 



t 



PATRONAGE DE SAINT JOSEPH Sl-J 



pant de sa sublime dignité. Semblablement, Joseph brilî© 
entre tous par la plus auguste dignité parce qu'il a été, 
de par la volonté divine, le gardien du Fils de Dieuj. 
regardé par les hommes comme son père. D'où il résul- 
tait que le Verbe de Dieu était humblement soumis k 
Joseph, qu'il lui obéissait et qu'il lui rendait tous les 
devoirs que les enfants sont obligés de rendre à leurs- 
parents. 

(( De cette double dignité découlaient d'elles-mêmes les 
charges que la nature impose aux pères de famille, de 
telle sorte que Joseph était le gardien, l'administrateur 
^t le défenseur légitime et naturel de la maison divine 
dont il était le chef. Il exerça de fait ces charges et ces 
fonctions pendant tout le cours de sa vie mortelle. M 
s'appliqua à protéger avec un souverain amour et une 
sollicitude quotidienne son épouse et le divin Enfant ; il 
gagna régulièrement par son travail ce qui était néces- 
saire à l'un et à l'autre pour la nourriture et le vêtement ; 
il préserva de la mort l'Enfant menacé par la jalousie 
d'un roi, en lui procurant un refuge ; dans les incom- 
modités des voyages et les amertumes de l'exil, il fut 
constamment le compagnon, l'aide et le soutien de la 
Vierge et de Jésus. 

(( Or, la divine maison que Joseph gouverna avec l'au- 
torité du père contenait les prémices de l'Eglise naissante. 
De même que la très sainte Vierge est la mère de Jésus- 
Christ, elle est la mère de tous les chrétiens qu'elle a 
enfantés sur le mont du Calvaire, au milieu des souffran- 
ces suprêmes du Rédempteur ; Jésus-Christ aussi est 
comme le premier-né des chrétiens, qui, par l'adoption 
et la rédemption, sont ses frères. 

c( Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux 
patriarche regarde comme lui étant particulièrement 
confiée la multitude des chrétiens qui compose l'Eglise, 
c'est-à-dire cette immense famille répandue par toute la 
terre, sur laquelle, parce qu'il est l'époux de Marie et le 
père de Jésus-Christ, il possède comme une autorité 
paternelle. 11 est donc naturel et très digne du bienheu- 
reux Joseph que, de même qu'il subvenait autrefois à 



5l8 LE CATÉCHISME KOMAIN 



tous les besoins delà famille de Nazareth et l'entourait 
saintement de sa protection, il couvre maintenant de son 
céleste patronage et défende l'Eglise de Jjésus-Christ... 

(( Le Joseph des temps anciens, fils du patriarche Jacob, 
fut la figure du nôtre et, par son éclat, témoigna delà 
grandeur du futur gardien de la divine famille. Et, en 
effet, outre que le même nom, point dénué de significa- 
tion, fut donné à l'un et à l'autre, vous connaissez par- 
faitement les similitudes évidentes qui existent entre eux : 
celle-ci d'abord, que le premier Joseph obtint la faveur 
et la })arliculière bienveillance de son maître, et que, 
étant préposé par lui à l'administration de sa maison, il 
arriva que la prospérité et l'abondance affluèrent, grâce 
à Joseph, dans la maison du maître ; celle-ci ensuite, 
plus importante, que, par l'ordre du roi, il présida avec 
une grande puissance au royaume, et en un temps où la 
disette des fruits et la cherté des vivres vint à se produire, 
il pourvut avec tant de sagesse aux besoins des Egyptiens 
et de leurs voisins, que le roi décréta qu'on l'appellerait 
le Sauveur du monde. C'est ainsi que, dans cet ancien 
patriarche, il est permis de recoimaîtrc la figure du nou- 
veau. De même que le premier fit réussir et prospérer 
les intérêts domestiques de son maître et bientôt rendit 
de merveilleux services à tout le royaume, de même le 
second, destiné à être le gardien delà religion chrétienne, 
doit être regardé comme le protecteur et le défenseur de 
l'Eglise, qui est vraiment la maison du Seigneur et le 
royaume de Dieu sur la terre (r). » 

5. Fêle du patronage. — On comprend, après ce 
qui vient d'être rapporté, que la fête du patronage 
de saint Joseph, déjà concédée pro aliguibus locis, 
«oit devenue une fête de TEglise universelle. Pie I\, 
Léon XIII et Pie X, à cette époque de l'histoire où 
les puissances de l'enfer semblent plus furieuses 
que jamais contre l'œuvre immortelle du Christ, 
ont jeté un regard de confiance du côté du ciel. 

I. Encycllqm « Quanqaam plaries, » du i5 août 1889. 



PATRONAGE DE SAINT JOSEPH 5l9 

Faisant appel à toutes les énergies de la foi, c'est 
avant tout à Dieu qu'ils s'adressent comme à l'au- 
teur de tout bien, mais c'est aussi aux intercesseurs 
que l'Eglise militante possède et honore dans l'Eglise 
triomphante, et c'est très particuHèrement à la très 
sainte Vierge et à saint Joseph, llien de plus con- 
forme et de mieux en harmonie avec l'esprit même 
du catholicisme ; rien de plus beau, même humai- 
nement ; et rien de plus rassurant, au point de vue 
divin. Il est fort possible que nos yeux se ferment 
à la lumière du jour, avant que nous n'ayons pu 
constater les effets assurés d'un tel recours et d'un 
tel espoir ; mais qu'importe ? D'autres les constate- 
ront après nous, et répéteront ce que nous avons 
dit nous-mêmes, pour l'avoir appris du Livre qui 
ne trompe pas : a Les portes de V enfer ne prévau- 
dront point contre elte (i). » Qu'est-ce, en effet, que 
quelques années dans la série des siècles .^ 

Depuis la décision de S. S. Pie X, la fête du Patro- 
nage de saint Joseph, fixée au troisième dimanche 
après Pâques, est la plus grande solennité en l'hon- 
neur de ce bienheureux patriarche. Dotée désormais 
d'une octave, il se peut qu'une messe nouvelle rem- 
place celle qui existe, bien que celle-ci, par le choix 
de ses morceaux liturgiques, exalte et glorifie la 
puissance d'intercession de saint Joseph d'une 
manière admirable. 

Quoi qu'il en soit, l'Eglise a très heureusement 
donné le plus grand éclat liturgique à la fête du 
Patronage, et compte qu'elle ne sera point sans 
porter les plus heureux fruits au point de vue spiri- 
tuel d'abord pour le bien des âmes, et aussi, quand 
il plaira à Dieu, pour la liberté et la pleine action 
de son ministère apostolique dans le monde. 

î . Maiih.y xvr, i8. 



520 LE CATÉCHISME ROMAIN 

T. Motifs pour se recommander à saint Joseph. — 
<( Les pères de famille trouvent en Joseph la plus helle 
personnification de la vigilance et de la sollicitude pater- 
nelle ; les époux, un parlait exemple d'amour, d'accord 
et de fidélité conjugale ; les vierges ont en lui, en même 
temps que le modèle, le protecteur de l'intégrité virgi- 
nale. Que les nohles de naissance apprennent de Joseph 
à garder, même dans l'infortune, leur dignité ; que les 
riches comprennent, par ses leçons, quel sont les biens 
qu'il faut désirer et acquérir au prix de tous ses efforts. 

« Quant aux prolétaires, aux ouvriers, aux personnes 
de condition médiocre, ils ont comme un droit spécial à 
recourir h Joseph et à se proposer son imitation. Joseph, 
en effet, de race royale, uni par le mariage à la plus 
grande et à la plus sainte des femmes, regardé comme le 
père du Fils de Dieu, passe néanmoins sa vie à travailler 
et demande à son labeur d'artisan tout ce qui est néces- 
saire à Tentretien de sa famille. 

(( Il est donc vrai que la condition des humbles 
n'a rien d'abject, et non seulement le travail de l'ou- 
vrier n'est pas déshonorant, mais il peut, si la vertu 
vient s'y joindre, être grandement ennobli. Joseph, con- 
tent du peu qu'il possédait, supporte les difficultés in- 
hérentes à cette médiocrité de fortune avec grandeur 
d'âme, h l'imitation de son Fils qui, après avoir accepté 
la forme d'esclave, lui, le Seigneur de toutes choses, 
s'assujettit volontairement à l'indigence et au manque de 
tout. 

(( Au moyen de ces considérations les pauvres et tous 
ceux qui vivent du travail de leurs mains doivent relever 
leur courage et penser juste. S'ils ont le droit de sortir 
de la pauvreté et d'acquérir une meilleure situation par 
des moyens légitimes, la raison et la justice leur défen- 
dent de renverser l'ordre établi par la Providence de 
Dieu. Bien plus, le recours à la force et les tentatives par 
Yoie de sédition et de violence sont des moyens insensés, 
qui aggravent la plupart du temps les maux pour la sup- 
pression desquels on les entreprend. Que les pauvres 
donc, s'ils veulent être sages, ne se fient pas aux pro- 



MORT DE SAINT JOSEPH 521 

messes des hommes de désordre, mais à l'exemple et au 
patronage du bienheureux Joseph, et aussi à la mater- 
nelle charité de TEglisc, qui prend chaque jour de plus 
en plus souci de leur sort. » Léon XllI, Encyclique 
« Quanquam pluries , » du i5 août, 1889. 

2. La mort de saint Joseph. — (( On ne peut quasi 
pas bonnement douter que le grand saint Joseph ne fût 
trépassé avant la Passion et la Mort du Sauveur, qui, 
sans cela, n'eut pas recommandé sa Mère à saint Jean. 
Et comme pourrait-on donc imaginer que le cher Enfant 
de son cœur, son Nourrisson bien aimé, ne l'assistât à 
l'heure de son passage? Bienheureux sont les miséricor- 
dieux, car ils obtiendront miséricorde. Hélas 1 combien 
de douceur, de charité et de miséricorde furent exercées 
par ce bon père nourricier envers le Sauveur, lorsqu'il 
naquit petit enfant au monde ! et qui pourrait donc 
croire, qu'icelui sortant du monde, ce divin Fils ne lui 
rendît la pareille au centuple, le comblant de suavités 
célestes ? Les cigognes sont un vrai portrait de la mu- 
tuelle piété des enfants envers les pères et des pères en-- 
vers les enfants ; car, comme ce sont des oiseaux passa- 
gers, elles portent leurs pères et leurs mères vieux, en 
leurs passages, ainsi qu'étant encore petites leurs pères 
et mères les avaient portées en môme occasion. Quand le 
Sauveur était encore petit enfant, le grand Joseph son 
père nourricier, et la très glorieuse Vierge sa mère 
l'avaient porté maintes fois, et spécialement au passage 
qu'ils firent de Judée en Egypte et d'Egypte en Judée. 
Hé î qui doutera donc que ce saint père, parvenu à la fin 
de ses jours, n'ait réciproquement été porté par son divin 
Nourrisson au passage de ce monde en l'autre, dans le 
sein d'Abraham, pour de là le transporter dans le sien, à 
la gloire, le jour de son Ascension ? Un saint qui avait 
tant aimé en sa vie ne pouvait ne mourir que d'amour ; 
car son âme ne pouvant à souliait aimer son cher Jésus 
entre les distractions de cette vie, et ayant achevé le ser- 
vice qui était requis au bas âge d'icelui, que restail-il 
sinon qu'il dît au Père éternel : « Père, j'ai accompli 
l'œuvre que vous m'aviez donnée en charge ; » et puis au 



522 LE CATÉCHISME ROMAIN 



F^ils : (( mon Enfant, comme votre Père céleste remit 
votre corps entre mes mains au jour de votre venue en ce 
monde, ainsi en ce jour de mon départ de ce monde, je 
remets mon esprit entre les vôtres. » S. François de Sa- 
les, Traité de l'amour de Dieu, 1. Vil, c. xiii. 

3. Derniers sacrifices de saint Joseph. — u Re- 
mettre à Dieu Jésus et Marie, pour Joseph, c'était les 
quitter. Je ne sais si vous comprenez le sacrifice contenu 
dans ces deux paroles: quitter Jésus! quitter Marie? 
Vous auriez la mesure du sacrifice que cet adieu impli- 
querait pour vous, vous seriez loin de savoir à quel point 
il immolait Joseph qui avaitpassé avec eux Irenteannées; 
et dans quel commerce, grand Dieu! 11 n'y avait plus 
sans doute de secrets enlre eux trois; ils étaient, si on 
peut le dire, transparents l'un pour l'autre : image ici-bas 
de cette Trinité adorable qui est Dieu même, et où tout 
est commun entre les trois qui y subsistent. Puis, il fal- 
lait quitter Jésus au moment même où il allait commen- 
cer sa vie publique, se révéler, se donner, glorilier son 
Père céleste, et se glorifier dès lors lui-même aux yeux 
des hommes. Quel spectacle et quelle joie c'eut été pour 
Joseph ! 11 y devait renoncer. Il fallait en outre quitter 
Marie alors qu'elle allait être seule, Jésus ne vivant plus 
près d'elle, la voyant rarement, l'entretenant brièvement. 
Quel regret donc pour Joseph de ne pouvoir, non pas 
assurément combler le vide causé par cette absence, mais 
au moins en adoucir la peine, en restant le compagnon 
assidu de celle qui l'aimait tant ! 

(( Cette époque qui s'ouvrait, c'était aussi, et pour 
Jésus et pour Marie, le lemps des soull'rances. Plus que 
probablement Joseph n'ignorait rien du sort qui atten- 
dait son iils : ni ses luttes, ni son agonie, ni sa passion, 
ni sa mort sur la croix. 11 n'ignorait pas davantage la com- 
passion et les inénarrables angoisses que Marie subirait 
au Calvaire. Quelle douleur, je vous le demande, de ne 
partager point de telles douleurs, et de ne pas même 
tremper ses lèvres à ce calice que deux êtres si inexpri- 
mablement aimés boiraient ensemble jusqu'à la lie ! 
Mourir avant eux et sans eux, mourir quand ils allaient 



GRANDEUR DE SAINT JOSEPH SsS 



souffrir, pour saint Joseph, c'était mourir trois fois. 

« Encore si, en les quittant, il avait du voir tout de 
suite la face du Père céleste î Nous savons bien que la vue 
de la divine essence, comblant d'un seul coup tous les 
désirs dont la créature est capable, ne laisse plus de place 
en elle à l'ombre d'un regret. Mais Joseph, en mourant, 
ne devait pas jouir encore de la vision béatifique. Comme 
tous ses devanciers, morts depuis quatre mille ans dans 
la paix du Seigneur, il ne devait, il ne pouvait entrer au 
ciel qu'à la suite de Jésus, le premier des prédestinés ; et 
Jésus ne devait y faire son entrée solennelle qu'au jour de 
sa sainte ascension. C'était donc plus de trois ans que 
Joseph attendrait, dans les limbes, l'heure de revoir 
Jésus dans la chair, et de contempler la face de son Dieu. 
Mourir, pour hii, dans de telles conditions ; mourir en quit- 
tant Jésus et Marie, et pour ne pas voir Dieu en lui-même, 
ce n'était point aller en paradis, comme il arrive à ceux 
de nous qui, purs de toute faute et libres de toute dette, 
ont la grâce de faire une sainte mort ; c'était bien 
plutôt en sortir, et mourir à la vie du ciel en disant 
adieu à cette terre où le ciel était descendu. 

(( Mais l'heure avait sonné ; Dieu redemandait son 
dépôt ; Joseph otait tout prêt. Il s'était tenu prêt toute sa 
vie ; il le rendit sans résistance ; il mourut doux, paisi- 
ble et silencieux comme il avait vécu : descendant dans 
la mort comme, après un beau soir d'autoume, le soleil 
qui se couche descend sous l'horizon. » Mgr Gay, Confé- 
rences, t. ii, iGi-iOS. 

4. Grandeur éminente de saint Joseph. — « Peut- 
être que saint Joseph est le plus grand des hommes. Ce 
que Notre Seigneur dit : « que parmi ceux qui sont nés 
d'une femme, il n'en a point paru de plus grand que 
Jean-Baptiste, s'entend de Tordre des prophètes, où, sans 
contestation, le fils d'Elisabetli occupcî le premier rang. 
Le texte de l'Evangile est formel, et dès lors n'infirme en 
rien ce que nous avançons ici comme possible. Outre 
que la preuve de cette priniuité de Joseph se pourrait 
aisément tirer du rapport si intime que Dieu même a éta- 
bU entre lui et la Vierge et Jésus, comme aussi de la 



524 LE CATÉCHISME ROMAIN 



place suréminente que, par suite de ce rapport, il occupe 
dans le mystère, et du rôle important, du rôle indispen- 
sable qu'il est divinement chargé d'y remplir, le choix 
que le Souverain Pontife, surnaturellement assisté et cer- 
tainement infaillible en ceci, vient de faire de ce saint 
comme Patron de l'Eglise universelle, devient, en faveur 
de sa primauté, un argument très fort, sinon tout à fait 
péremptoire. 11 est plus que la désignation de Joseph à la 
vénération filiale du genre humain ; il est la manifesta- 
tion d'un fait déjà accompli et subsistant, d'une réalité 
céleste, enfin d'une véritable institution divine. La dévo- 
tion ici implique im dogme et s'y appuie. Si, de parle 
Saint-Siège, toute l'Eglise catholique peut et doit invo- 
quer Joseph comme son Patron attitré et spécial, c'est 
qu'il Test de par Dieu. Or, le Patron est nécessairement 
supérieur à tons ceux qu'il patronne. Ce n'est, certes, ni 
à saint Jean-Baptiste, ni à aucun autre saint, si grand 
soit-il, qu'on a jamais pensé à reconnaître ce patronage. 
Encore, je le répète, si haut que cela nous montre lej 
saint Patriarche élevé, sa relation avec l'Elglise et avec le 
monde ne saurait jamais constituer sa dignité la plus 
sublime, et partant le titre le plus valable à ce qu'il soit 
le premier de tous. Sa première gloire résulte de son rap- 
port avec le Verbe; et, dans cet ordre, il n'est dépassé 
que par l'humanité sainte de Marie. )) Mgr G i\y, Elévations 
t. I, p. i85. 



Leçon XXXI 
Les Saints 



L Saint Jean Baptiste. 
II. Saint Pierre et saint Paul 

I. Saint Jean-Baptiste 

TOUT ce qui concerne la naissance, la vie, le 
rôle et la mort de saint Jean-Baptiste se 
trouve consigné dans TEvangile, et tout 
cela constitue le plus bel éloge donné par Dieu lui- 
même à une créature. Il n'y a donc, au sujet du 
Précurseur, qu'à rappeler les passages évangéliques 
oii il est question de lui pour comprendre, à la 
grandeur de sa mission, la grandeur de sa vertu (i). 

I, BIBLIOGRAPHIE : Acta sandoram des Bollandistes ; 
Gretser, DefesUs christianoram, dans le t. v de ses œuvres 
complètes, Ratisbonne, 1734-1741 ; Paciaudus, De calta sancli 
Joannis Baptistœ antiqaitates chrisiianœ, Rome, 1765 ; Dereser, 
De viia Joannis Baplislœ, Rome, 1786 ; Khautz, De rita ignis in 
Naiali sancti Joannis Baptistœ accensi. Vienne, 1759 ; Mazocchi, 
Jn velus marmoreum sanctœ Neapolitanae ecclesiœ kalendariam, 
commeniarius, Naples, 1 744-1 7^5 ; Morcelli, Kalendariam eccle- 
siœ Constaniinopolitanae, Rome, 1788 ; Du Cange, Traité du 
chef de saint Jean-Bapiisle, Vaiis, 1660; ïillemont, Mémoires 
pour servir à Vhistoire ecclésiastique des six premiers siècles, 
Paris, 1701, t. i; Kirchenlexikon, 2« édition; Sergius, Kalen- 
dariam Orientis completum, Moscou, 1876, 187O ; Nilles, Kalen^ 
daritim manuale utriusque Ecclesiœ orienlalis et occidentalis, 2* 
édit., Inspruck, 1896. 



•2 6 LE CATÉCHISME ROMAIN 



I. Grandeur et gloire de Jean-Baptiste. — i. 

Annonce de sa conception et de sa naissance. — « Aux 
jours d'Hcroclc, roi de Judée, il y avait un prêtre, nommé 
Zacharie, de la classe d'Abia ; et sa feinme, qui était une 
des fdles d'Aaron, s'appelait Elisabeth. Tous deux étaient 
justes devant Dieu, marchant dans tous les commande- 
ments et ordonnances du Seigneur, d'une manière irré- 
prochable. Us n'avaient point d'enfants, parce que Eli- g 
sabeth était stérile, et ils élnient l'an et l'autre avancés ea 
âge. Or, pendant que Zacharie s'acquittait devant Dieu 
des fonctions sacerdotales, dans l'ordre de sa classe, il fut 
désigné par le sort, selon la coutume observée par les 
prêtres, pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y 
offrir l'encens. Et toute la multitude du peuple était 
dehors en prière à l'heure de l'encens. Mais un ange du 
Seigneur lui apparut, debout 5 droite de Tau tel de l'en- 
cens. Zacharie, en le voyant, fut troublé, et la crainte le 
saisit. Mais l'ange lui dit : u ?se crains point, Zacharie, 
ta prière a été exaucée ; ta femme Elisabeth te donnera 
un fds que tu appelleras Jean. 11 sera pour toiunsujetde 
joie et d'allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa nais- 
sance ; car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira 
ni vin, ni rien qui enivre, car il sera rempli de l'Esprit- 
Saint dès le sein de sa mère. Il convertira beaucoup d'en- 
fants d'israrl au Seigneur leur Dieu ; et lui-même mar- 
chera devant lui, dans l'esprit et la puissance d'Elie, 
pour ramener les cœurs des pères vejs les enfants, et les 
indociles à la sagesse des justes, afin de préparer au Sei- 
gneur un peuple parfait. » — Zacharie dit à l'ange : u A 
quoi reconnaîtrai-je que cela sera ? Car je suis vieux, et 
ma femme est avancée en âge. )) — L'ange lui répondit : 
((Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu; j'ai été 
envoyé pour le parler et t'annoncer cette heureuse nou- 
velle. Et voici que tu seras muet et ne pourras parler jus- 
qu'au jour où ces choses arriveront, parce que tu n'as pas 
cru à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps. )> 

(( Cependant le peuple attendait Zacharie, et il s'éton- 
nait qu'il demeurât si longtemps dans le sanctuaire. Mais 
étant sorti, il ne pouvait leur parler, et ils comprirent 



SAINT JEAN-BAPTISTE 627 



qu'il avait eu une vision dans le sanctuaire, ce qu'il leur 
faisait entendre par signes; et il resta muet. Quand les 
jours de son ministère furent accomplis, il s'en alla en sa 
maison. Quelque temps après, Elisabeth, sa femme, con- 
çut, et elle se tint cachée pendant cinq mois, disant : 
« C'est une grâce que le Seigneur m'a faite, au jour où il 
m'a regardée pour ôter mon opprobre parmi les hom- 
mes (i). » 

2. Naissance de Jean-Baptiste. — Le même ange, qui 
venait ainsi de la part de Dieu, annoncer la naissance du 
Précurseur, fut envoyé à Marie pour lui annoncer la nais- 
sance du Sauveur, en lui apprenant en même temps ce 
que Dieu avait fait en faveur d'Elisabeth. Et Marie s'em- 
pressa d'aller rendre visite à sa cousine. Or, dit l'Evan- 
gile, dès qu'Elisabeth eut entendu la salutation de Marie, 
l'enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du 
Saint-Esprit (i). (( Cependant le temps s'accomplit où 
Elisabeth devait enfanter, et elle mit au monde un fils. 
Ses voisins et ses parents, ayant appris que le Seigneur 
avait signalé en elle sa miséricorde, se réjouissaient avec 
elle. Le huitième jour, ils vinrent pour circoncire l'en- 
fant, et ils le nommaient Zacharie d'après le nom de son 
père. Mais sa mère, prenant la parole : « Non, dit-elle, 
mais il s'appellera Jean » — Ils lui dirent: « 11 n'y a 
personne dans votre famille qui soit appelé de ce nom. » 
Et ils demandaient par signe à son père comment il vou- 
lait qu'on le nommât. S'étant fait apporter une tablette, 
il éciivit : « Jean est son nom ; )) et tous furent dans 
l'étonnement. Au même instant sa bouche s'ouvrit, sa 
langue se délia ; et il parlait bénissant Dieu. La crainte 
s'empara de tous les habitants d'alentour, et partout dans 
la montagne de la Judée, on racontait toutes ces merveil- 
les. Tous ceux qui en entendirent parler les recueillirent 
dans leur cœur, et ils disaient : u Que sera donc, cet 
enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui. » Et 
Zacharie, son père, fut rempli de l'Esprit-Saint, et il 
prophétisa, en disant : 

I. Luc, I, 5 25. — 2. Luc, I, 4i. 



528 LE CATÉCHISME ROxMAIN 



« Béni soit le Seigneur y le Dieu d Israël, 

Parce quil a visité et racheté son peuple. 

Et qail a suscité une Force pour nous sauver , 

Dans la maison de David, son serviteur, ■ 

Ainsi qu'il l'a promis par la bouche de ses saints ^ 

De ses prophètes, des les temps anciens, 

Pour nous sauver de nos ennemis 

Et du pouvoir de tous ceux qui nous haïssent. 

Afin d'exercer sa miséricorde envers nos pères, 

Et de se souvenir de son pacte saint ; 

Selon le serment quiljît à Abraham, notre père, 

De nous accorder que, sans crainte. 

Affranchis du pouvoir de nos ennemis, 

J)Ious le servions, avec une sainteté et une justice 

Dignes de ses regards, tous les jours de notre vie, 

« Quant à toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du 
Car tu marcheras devant la face du Seigneur, [Très-Haut. 
Pour lui préparer les voies ; 

Pour apprendre à son peuple à reconnaître le salut 
Dans la rémission de leurs péchés : 
Par l'effet de la tendre miséricorde de notre Dieu, 
Grâce à laquelle nous a visités, d'en haut, le Soleil levant. 
Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'om- 

\bre de la mort. 
Pour diriger nos pas dans la voie de la paix (i). » 

3. Saint Jean au désert. — « Or l'enfant croissait 
-et se fortifiait en l'esprit, et il demeura dans le 
-désertjusqu'au jour de sa manifestation en Israol(2). n 
— « Ce que Dieu fait dans cet enfant est inouï, dit 
Bossuet (3). Celui qui des le sein de sa mère avait 
-commencé à éclairer saint Jean-Baptiste et à le 
remplir de son Saint-Esprit, se saisit de lui dès son 
•enfance ; et il paraît que des lors il se retira dans le 
«désert sans qu'on puisse dire à quel âge. Que ne 

I. Luc, I, 56-79. — 2. Lac, I, 80. — 3. Elévations sur les 
mystères, xv^ semaine^ vu*' élévation.^ 



SAINT JEAN-BAPTISTE 629 



faut-il point penser d'un jeune enfant qu'on voit 
tout d'un coup après le grand éclat que fit sa nais- 
sance miraculeuse, disparaître de la maison de son 
père, pour être seul avec Dieu, et Dieu avec lui ? 
Loin du commerce des hommes, il n'en avait aucun 
qu'avec le ciel ; il se, retire de si bonne heure d'une 
maison sainte, d'une maison sacerdotale, d'avec 
des parents d'une sainteté si éminente, élevés au 
rang des prophètes, dont il devait être la consola- 
tion ; mais les saints n'en ont point d'autre que de 
tout sacrifier à Dieu. Qui n'admirerait cette profonde 
retraite de saint Jean-Baptiste ?... Cet homme, dès 
son enfance, d une retraite et d'un silence si pro- 
digieux, mène une vie si étonnante ; n'ayant pour 
tout habit qu'un rude cilice de poils de chameaux ; 
Tine ceinture aussi affreuse sur ses reins ; pour toute 
nourriture des sauterelles, sans qu'on explique 
comment il les rendait propres à sustenter sa vie, 
et du miel sauvage (i) ; et dans sa soif, de l'eau 
pure. .. C'est une autre sorte de prodige, que Jean- 
Baptiste qui avait senti sur la terre le Verbe incarné 
dès le sein de sa mère, et à qui son père avait pré- 
dit qu il en serait le prophète et lui devait préparer 
les voies, ne quitta point son désert pour l'aller voir 
parmi les hommes. » 

4. Prophéties qui concernent saint Jean, — L'une 
est dans Isaïe : « Une voix crie : Frayez dans le 
désert le chemin de Jéhovah. Aplanissez dans le 
steppe une route pour notre Dieu. Que toute vallée 
soit relevée, toute montagne et toute colline abais- 
sées, et toute chair verra la gloire de Jéhovah (2). » 
L'autre est dans Malachie : « Voici que j'envoie 
mon messager, et il préparera le chemin devant 
moi, et soudain viendra dans son temple le Seigneur 

I. Matih., III, 4. — 2. Is,, XL, 3-5. 

LE CATÉCHISME. — T. VIII. 34 



53o 



LE CATECHISME ROMAIiX 



que vous cherchez, l'ange de l'alliance que vous 
désirez (i). » Jean est cette voix qui prêcha la péni- 
tence, en relevant les consciences humiliées et abat- 
tues, et en abattant les cœurs superbes. Jean est ce 
messager qui annonce à ses auditeurs que le Sau- 
veur va venir, qu'il est venu et se trouve au milieu 
d'eux sans être connu ; Jean fait plus encore : il le 
désigne et montre sa puissance. 

5. Téinoifj liages de Jean eu faveur du Christ, — 
C'était la quinzième année du règne de Tibère Cé- 
sar, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, que 
Jean commença à prêcher le baplcMiie de pénitence 
pour la rémission dC'S péchés. Les foules accouru- 
rent à lui. Aux uns il disait : w Race de vipères, 
qui vous a appris à fuir la colère qui vient. ^ I aites 
donc de dignes fruits de repentir, et n'essayez pas 
de dire en vous-mêmes : Abraham est notre père... 
Déjà la cognée est à la racine des arbres. Tout arbre 
donc qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et 
jeté au feu. » Au peuple qui lui demandait ce qu'il 
fallait faire, il répondait : « Que celui qui a deux 
tuniques en donne une à celui qui n'en a point, o 
Aux publicains : « ?s'exigez rien au delà de ce qui 
vous est ordonné. » Aux gens de guerre : « Abste- 
nez-vous de toute violence et de toute fraude, et 
contentez-vous de votre solde. )> A tous : « Repentez- 
vous, car le royaume de Dieu est proche.